Le Francophone.

L' Outil d' Information de la Diaspora Francophone minoritaire en République d' Irlande.

20 avril 2008

The_Congolese_Association_in_Ireland

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17 avril 2008

Obsèques nationales pour Aimé Césaire, décédé jeudi à 94 ans

Aimé Césaire, le 26 janvier 2007 à Fort-de-France

Le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, est décédé jeudi à Fort-de-France (Martinique), et la France s'apprêtait à organiser des obsèques nationales pour le chantre de la "négritude", dont le combat contre la colonisation avait trouvé des échos jusqu'en Afrique ou aux Etats-Unis.

Figure emblématique des Antilles françaises, Aimé Césaire avait été admis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, où il est décédé.

Dès l'annonce de son décès, le cabinet de la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé que des obsèques nationales seront organisées, à une date qui reste à fixer.

L'Assemblée nationale devait observer une minute de silence à la mémoire de celui qui fût, aussi, le député ayant battu tous les records de longévité parlementaire de 1945 à 1993.

Selon l'équipe de l'hôpital Pierre Zobda-Quitman, où Aimé Césaire avait été admis pour des affections "de nature cardiologique", le décès est intervenu à 05H20 et la dépouille du poète a été restituée dès jeudi matin à sa famille.

Né en 1913 à Basse-Pointe, sur la côte nord de la Martinique dans une famille de petits fonctionnaires, Aimé Césaire avait été confronté très jeune à la misère de la population rurale d'une île profondément marquée par deux siècles d'esclavage, qui avait alors le statut de colonie.

Etudiant à Paris dans les années 1930, il avait forgé avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, le concept de la "Négritude", la conscience de l'identité noire, la "fierté d'être nègre" et de revendiquer ses origines africaines.

La "négritude" avait rapidement débordé le cadre des seuls intellectuels français pour se répandre dans les pays colonisés, en Afrique, dans les Caraïbes, et au delà chez les militants noirs américains en lutte contre les droits civiques. Son message avait dès lors pris un caractère universel, notamment après la publication de son "Discours sur le colonialisme" (1950).

Les cérémonies à la suite de son décès pourraient s'étaler sur trois jours, selon des informations recueillies dans les milieux proches de l'Hôtel de Ville de Fort-de-France. Après une veillée familiale, un hommage devrait lui être rendu par la population rassemblée dans un stade de la ville, avant les obsèques nationales, qui devraient rassembler de nombreuses personnalités, politiques et intellectuelles.

Les autorités locales envisageaient que le cortège transportant sa dépouille emprunte les différents quartiers de la ville, dont il a été le maire pendant 56 ans (1945-2001).

Dès le week-end dernier, des travaux de peinture et d'embellissement avaient été entrepris à l'ancien Hôtel de Ville, où Césaire recevait encore des visiteurs quelques jours avant son hospitalisation, dans sa maison familiale de Fort-de-France et au siège du Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qu'il avait fondé en 1958, après sa rupture avec le PCF.

De tous les combats contre le colonialisme et le racisme pendant 70 ans, l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" a en effet consacré sa vie à la littérature et à la politique. Maire de Fort-de-France et député de la Martinique (1945-1993), Aimé Césaire faisait l'objet d'un véritable culte dans l'île ou la population l'appelait affectueusement "Papa Césaire".

Venu à la politique "par hasard", disait-il, il avait notamment été en 1946 le rapporteur de la loi sur la départementalisation des territoires de Martinique, Guyane, Guadeloupe et de La Réunion.

A l'annonce de son décès, les chaînes de télévision locales ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique classique ou afficher une photo du poète.

Le président Nicolas Sarkozy a salué en Aimé Césaire un "symbole d'espoir pour les peuples opprimés". Ségolène Royal (PS) a demandé l'entrée au Panthéon de cet "éclaireur de notre temps", et le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la "très grande émotion" de toute la "famille francophone".

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12 avril 2008

LA GUERRE DE 1940-45 VÉCUE À COQUILHATVILLE

INTRODUCTION
La Deuxième Guerre Mondiale a eu un impact notable sur l'Afrique coloniale. La Colonie belge n'y a pas échappé. On y trouve le reflet des changements culturels et conceptuels intervenus en Europe. La démocratie était tombée en discrédit; d'autres formes de gouvernement, plus autoritaires, faisaient désormais partie du paysage. Les esprits étaient fort divisés sur ce genre de questions. En Flandre et en Wallonie, les tendances fascistes avaient gagné un grand nombre d'adhérents. Quand la guerre atteint la Belgique, cette division idéologique jouera pleinement dans l'attitude que certaines autorités et beaucoup de citoyens adoptaient devant l'événement. Quand le roi prend sur lui de signer la capitulation de l'armée belge devant l'Allemagne, la rupture se radicalise. Le Gouvernement veut continuer la guerre au côté de l'Angleterre (et de ses alliés) et se sépare du roi Léopold III. Au Congo, le Gouverneur Général Ryckmans choisit le côté du Gouvernement, établi à Londres.
Les Belges du Congo n'avaient pas de droits politiques (locaux), mais ils n'étaient pas sans avoir d'opinions. Certains les expriment et ils ne se sentent pas obligés de s'aligner sur l'option politique du Gouverneur. Ainsi il se fit que la Belgique n'était plus en guerre effective, mais que la Colonie y était. Comme en Belgique, il y eut au Congo des gens qui s'accommodaient de la défaite. C'étaient des 'défaitistes', car ils doutaient de la victoire finale des Alliés; mais, de ce fait, ils étaient en opposition avec la doctrine officielle. Dans un pays sans démocratie, une telle attitude était risquée, il pouvait y avoir des sanctions. Il fallait penser comme le gouvernement (de Léopoldville), il fallait penser correctement, être "bien-pensant".
Pour le contexte général de la guerre au Congo et pour l'identification des documents officiels qui s'y rapportent, nous renvoyons à l'étude de Benoît Verhaegen, La guerre vécue au Centre Extra-coutumier de Stanleyville. (1)
L'étude qui suit, veut apporter quelques éléments à l'histoire coloniale belge. Les faits relatés sont liés à la situation particulière de Coquilhatville. Mais, ils ne sont que des retombées d'Instructions valables pour toute la Colonie et ils traduisent les réactions typiques des populations blanches et noires devant les mêmes événements et inspirées par les mêmes positions idéologiques et sociales.
Sur base de documents de l'Administration de Coquilhatville, Lufungula Lewono a esquissé dans les Annales Aequatoria de 1988 (2) le sort réservé aux Allemands, aux Autrichiens et aux Italiens séjournant dans la Province de l'Equateur et à Coquilhatville. Ils furent internés ou mis sous surveillance. Une atmosphère de suspicion était ainsi créée envers ces personnes et leurs familles et des tracasseries ne pouvaient pas être évitées.
Nous avons trouvé dans les archives MSC à Borgerhout de nouveaux matériaux qui nous permettent de décrire plus en détails l'atmosphère régnant à Coquilhatville principalement au début de la guerre. Nous sommes ainsi en mesure de relater quelques incidents qui ont ému la population blanche de la ville, souvent, comme le constate Lufungula, "au grand étonnement du public (noir)."
Les Noirs se posaient bien des questions, mais l'Administration avait pris des mesures de surveillance et censurait les publications qui leur étaient destinées empêchant ainsi la moindre mention de la guerre en Europe.
Cela n'empêchait pas les Blancs de leur côté de s'en émouvoir. Une véritable psychose de guerre s'installa à Coquilhatville et quelques personnes furent victimes d'une chasse aux sorcières, menée par les "bien pensants".
Des Noirs, qui ne pouvaient rien savoir de ce qui se passait, on attendait qu'ils s'efforcent néanmoins de contribuer à "l'effort de guerre" par une nouvelle campagne de caoutchouc. Un document révélateur et choquant pour certains observateurs contemporains en témoigne. Ici nos considérations dépassent quelque peu la ville de Coquilhatville, car l'effort de guerre, bien que dirigé à partir du centre de la province, était surtout d'exécution à l'intérieur.
L'art, plus éloquent et plus insidieux que la parole surveillée, permet au Père Jos Moeyens de glisser sous le nez de l'Administrateur, dans le pamphlet même appelant la population noire au caoutchouc, les vives protestations qu'il avait déjà formulées dans ses lettres à Gustaaf Hulstaert.
Cette étude est loin d'être complète. Plusieurs secteurs n'ont pas été touchés. Il faudrait pour ce faire avoir accès à d'autres documents, notamment ceux de l'Administration locale, de la Justice et des militaires(3). Nous avons pu consulter les Rapports des Conseils de Province des années 1940, 1944 et 1945, mais précisément les années 1941 à 1943 font défaut dans la Bibliothèque Africaine à Bruxelles.

LE PETIT MONDE DE COQUILHATVILLE EN 1940 (4)

Coquilhatville est située sur la rive gauche du Fleuve Congo là où celui-ci reçoit la Ruki et l'Ikelemba. Le point vital de la ville est son port de transit (Kinshasa - Kisangani ; mouvement en 1944 : 50.000 tonnes). Elle héberge l'Administration Provinciale avec M. E. Henry (1890, au Congo 1915) comme Commissaire Provincial, Chef de Province durant toute la guerre, l'administration du Territoire, un Bataillon de la Force Publique, deux paroisses catholiques et une protestante (Disciples of Christ Congo Mission), deux hôtels (5), quelques entreprises commerciales (SECLI, SEDEC, Interfina, Van Lancker, N.A.H.V., Nogueira) et l'Administration des grandes entreprises agricoles comme la Société Anonyme Belge (S.A.B.) et l'Equatoriale, un hopital pour les Noirs (1920) et un pour les Blancs (1926 et 1932), et un Laboratoire de bactériologie (1929). Les Noirs vivaient dans deux quartiers (6) : Bakusu et Basoko (principalement des pêcheurs). Plusieurs Congrégations religieuses y organisaient l'enseignement primaire pour garçons et filles et une Ecole secondaire était dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Coquilhatville disposait d'un Bureau de Poste, d'une liaison télégraphique et radiographique, d'un poste de douanes. La plaine d'aviation servait depuis 1935 comme escale sur la ligne Bruxelles-Léopoldville. Il y avait un Tribunal de Première Instance dont Maurice Posschelle (1886, au Congo 1928) était Juge-Président.
Selon les données officielles, la population de Coquilhatville se présente comme suit :
1940 : Blancs 417 / Noirs: 9.953 (dont 1.941 pêcheurs)
1945 : Blancs 354 / Noirs: 11.767 (dont 2.191 pêcheurs)

Les acteurs principaux des événements relatés dans cette étude sont des militaires et des missionnaires (catholiques). Les scènes évoquées se situent aux endroits suivants: le Couvent des Frères, la Procure, le Camps Militaire, le Port de Coquilhatville et à la Mission Catholique de Bamanya (10 km de Coquilhatville).
Les Frères des Ecoles Chrétiennes (F.E.C.), tous d'origine belge, étaient arrivés au Congo en 1910. En 1929, ils s'étaient installés à Bamanya sur demande de Monseigneur Van Goethem pour y diriger l'Ecole Normale. Deux ans plus tard, ils ouvrent à Coquilhatville le Groupe Scolaire, Ecole Officielle Congrégationiste, (Ecole Moyenne pour Commis, 4 ans) en face de la cure de la paroisse de Bakusu. On y trouve les Frères Herman (7) et Albert (Albrecht) De Witte (8).
La " Procure " est située au bord du fleuve en pleine ville européenne, à quelques pas du Port. En 1911, les Trappistes y avaient construit une habitation et une remarquable cathédrale. C'est aussi la résidence de l'Evêque du lieu, Mgr Edward Van Goethem, appelé à cette époque "Vicaire Apostolique". Son adjoint le Père Paul Jans, longtemps Supérieur de la Mission de Bamanya, y séjournait depuis 1936 jusqu'à son départ à l'armée mi-décembre 1940. Y étaient rassemblés les services centraux du Vicariat comme le bureau qui organisait l'approvisionnement des Postes de Mission de l'Intérieur, communément appelé "Procure", tenu par le Père Marcel Es. La mission y avait installé une petite imprimerie dont le Père Moeyens tenait les rênes au moment des événements relatés ici. Boelaert y habitait de décembre 1940 au 2 juillet 1941. Il y retournera après la guerre. Sur la concession de la Procure se trouvait le " Cercle Sportif et Philanthropique ", lieu de rencontre et des activités culturelles des Blancs (9).
Bakusu était la Paroisse des Noirs ouverte en 1934 dans le "Centre Extra-Coutumier". En 1942 s'y ajoute le quartier "Bruxelles" à côté du village Ikongo Wasa. Boelaert habitait la paroisse de Bakusu du 15 août 1939 à mi-décembre 1940 et y animait l'action culturelle et sociale dans le cadre du Cercle "Excelsior". Le curé était l'ancien Trappiste, le Père Sébastianus Wiedenbrugge (1884-1963; Congo 1912-1950).
Le Camp de la Force Publique (10) était situé en face de la Paroisse de Bakusu, au delà du marais en direction de la Ruki. C'est le Capitaine Commandant Camille De Vré (dans la Force Publique depuis 1925) qui y commande au début de la guerre, remplacé plus tard par un réserviste Thiriart (incorporé dans la Force Publique en novembre 1941).
Bamanya avait été repris des Pères Trappistes, fondateurs de la Mission (1895), par les Missionnaires du Sacré Cœur en 1925 (11). Hulstaert y résidait comme Supérieur et Inspecteur des écoles entre 1936 et 1946. Les Frères des Ecoles Chrétiennes y dirigeaient une école d'Instituteurs (Ecole Normale) et avaient une maison de formation de candidats congolais à leur Congrégation. Parmi les Missionnaires du S. Cœur, il n'y avait à cette époque à Bamanya et à Mbandaka que de Flamands.
La vie culturelle des Flamands et des Wallons de Coquilhatville était en grande partie séparée par le clivage linguistique. Mais les données nous manquent pour en mesurer l'impact sur la vie sociale. Tous les Flamands n'étaient pas des " flamingants " et tous les Wallons n'étaient pas des " belgicistes (12) ". Dans leur récit des événements, Boelaert et Moeyens y font allusion et citent parmi les "flamingants" les noms de Van Houtte (13), Jean-François Nys (né 1904, au Congo depuis 1929, agent territorial), Jules Coryn (né 1901, au Congo depuis 1927, Percepteur de Poste), Désiré Braeckman (né 1910, au Congo 1938 ; Administrateur Territorial), et François Bossaert (né 1904, au Congo 1926, sous-chef de bureau au Département des Finances).

LA GUERRE DES BLANCS

1. La Page Chrétienne (14) se politise

En 1936, le Père Paul Jans (15), le futur aumônier en chef de la Force Publique, devient Curé de la Cathédrale de Coquilhatville, la paroisse des "Blancs". En 1937, il lance une feuille paroissiale : La page Chrétienne du mois. Distribuée gratuitement, en ville comme à l'Intérieur, la feuille paraissait sur 4 pages, au début mensuellement, plus tard à des intervalles irréguliers. En 1940, elle avait un tirage de 333 exemplaires. Boelaert le prendra en main pendant une brève période (de janvier à juillet 1941), après le départ de Jans. La feuille disparaît après août 1942 (16).
A part l'horaire des services religieux, il n'y avait rien d'original. C'était plutôt un genre de Digest Catholique destiné à l'édification des paroissiens. Mais cette édification n'était pas seulement pieuse. A certains moments, elle fut même très politisée, car le choix des articles n'était pas innocent et reflétait assez bien la pensée (socio-politique) des rédacteurs. A partir de juillet 1939, la guerre ne sera plus absente de La Page Chrétienne. Parfois, l'origine du texte cité est vaguement indiquée ; parfois il n'y a pas la moindre indication quant à l'auteur ou à la publication originale. Nous avons pu en retrouver quelques-unes. Moeyens a illustré ces textes avec quelques linogravures.
Le maître à penser du clergé d'avant-garde de l'époque était le Chanoine Jacques Leclercq (17), professeur à l'Université Catholique de Louvain. Ses articles, qu'on trouve reproduits dans la feuille paroissiale, ont été repris principalement de la revue La Cité Chrétienne.
Le premier article qui parle de la guerre date de juillet 1939 : Henri Bauchau, Soliloque d'un mobilisé. La vertu de force, repris de La Cité Chrétienne. Il ouvre avec la phrase: " La guerre est sur nous. " En octobre 1939, il sera suivi d'un article plus moralisateur: M.J. Folliet, A propos du racisme (18). Il s'agit bien sûr du racisme nazi.
La Page Chrétienne ouvre l'année 1940 avec un article de fond repris de Jacques Leclercq : La morale et la guerre présente (d'une série de 4 articles sur la Guerre dans La Cité Chrétienne (19). En résumé : Il ne faut pas mettre l'Eglise au service des intérêts temporels. Jusqu'à Munich, Hitler était raisonnable. L'annexion de la Tchécoslovaquie a été sa première faute. On ne peut pas se fier à Hitler. Mais il y des graves fautes de l'autre côté aussi: l'Amérique, l'Angleterre et la France ont saboté et trahi la Société des Nations. Le réflexe chrétien doit être celui du patriotisme et du respect pour tous. L'auteur fait la part des choses : " Les dirigeants de l'Allemagne prétendent n'être pas plus immoraux que leurs adversaires, mais simplement plus francs. Il y a une part de vérité là-dedans."
De portée plus philosophique, mais toujours dans le but d'une formation politique, on trouve dans le même numéro de janvier : " Universele godsdienst en nationaal volksbelang " [Religion universelle et intérêt national du peuple] (Anonyme), repris de la revue nationaliste flamande Nieuw Vlaanderen qui a son tour a puisé dans un texte de Joseph Eberle dans Schönere Zukunft (20).
En février 1940, on publie un commentaire de J.Tonneau sur l'Encyclique de Pie XII Summi Pontificatus (repris de La Vie Intelectuelle). Leclercq reçoit à nouveau la parole dans le même numéro et on reprend de La Cité Chrétienne (décembre 1939) un long texte : Petite morale patriotique (p.7-12). L'auteur donne quelques bons conseils et incite au courage et au calme. Il s'attaque à l'alarmisme de la presse et propose d'en limiter l'influence. Loger les mobilisés et payer l'impôt sont les mots d'ordre du moment.
Entre mai 1940 et janvier 1941, nous ne possédons aucun numéro dans nos archives. Le déclenchement de la guerre en Belgique avait-il temporarement fait supendre la publication?
Le numéro de janvier-février de 1941 ne contient aucune allusion à la guerre. C'est le numéro de mars-avril 1941 qui aligne les gros canons. C'est le premier après le départ de Jans pour l'aumônerie militaire. Il est très probable que tout le numéro, extrêmement politisé, est de la rédaction de Boelaert. Dans l'exemplaire gardé aux archives de Bamanya, il a apposé sa signature sous deux articles anonymes . Des accents clairement anti-alliés y percent, tout en plaidant pour un jugement équilibré, basé sur des principes chrétiens. Nous y retrouvons des reflets de l'anti-démocratisme d'avant- guerre (et qui bien sûr se prolongeait durant la guerre.) Dans le titre Pour l'Ordre Nouveau, nous reconnaissons une expression politique chère à l'époque (21). Le texte est anonyme, mais signé par E. Boelaert dans son exemplaire à lui. En fait, ce sont des longues citations de J. Du Plessis, La Civilisation de l'Occident dans La Vie Intellectuelle du 31 mars 1936, pages 471-485. Ce n'est pas un plaidoyer pour le nazisme, mais bien dans le style des " pessimistes de la culture " de l'époque, un réquisitoire contre la situation politico-religieuse en Occident (Oswald Spengler, C.V. Georghiu). Y fait suite un bref texte : Nieuwe Middeleeuwen (Nouveau Moyen Age) de Nicolas Berdjaev (1874-1948 ; la traduction néerlandaise de l'essai a été publiée en 1935 à Antwerpen.) Citons-en quelques phrases caractéristiques: "La démocratie est le gouvernement de la volonté populaire en débandade. (…) Elle laisse décider par le vote ce qui est la vérité. Mais celui qui croit en la vérité, celui qui possède la vérité, ne la livre pas au droit de vote général. (…) La démocratie fait du parlement l'outil de la dictature du parti politique = le plus désorganique qui puisse exister. " (Traduit du néerlandais.) Comme une véritable curiosité y figure alors le seul texte en anglais jamais publié dans le périodique : Citizenship. Its Privileges and Responsabilities, de Roger W. Holmes (The Atlantic, November 1940, pages 638-641). C'est typiquement Boelaert qui veut combattre ses ennemis (les pro-alliés) avec leurs propres armes (dont la langue). "The danger to our way of leaving [living?] today is not invasion - it is selfish citizenship. Selfish citizenship makes a democracy inefficient and corrupt."
Les textes dans le numéro de mai-juin 1941 suivent la même direction, bien que de manière moins prononcée. Boelaert était toujours à Coquilhatville, mais il n'est pas impossible que Hulstaert y ait eu son mot à dire et l'imprimeur, le Père Moeyens adhérait lui aussi aux mêmes idées (22). Nous y trouvons un texte des évêques anglais, catholiques et protestants : Les fondements de la paix chrétienne, paru dans le Times du 21 décembre 1940. Ensuite, on donne la parole au Père Leslie Rumble, (Australien), Pays de liberté illimitée. Il pose que la société ne peut être guérie que par le catholicisme vécu et il conclut : " L'Amérique semble tout aussi bien disposée à ignorer ce vrai remède [le catholicisme] qu'Hitler et Stalin." (23) Comme il convient à une feuille paroissiale, on finit par citer quelques extraits de l'Encyclique de Pie XII sur la guerre Summi Pontificatus (20-11-39).
En juillet-août 1941, Boelaert a déjà quitté Coquilhatville. La rédaction est probablement aux mains de Hulstaert ou de Moeyens, mais on continue à tirer dans la même direction. On y trouve un morceau très fort pour l'époque quand l'auteur anonyme, sous le titre Internationale Moraal (Morale internationale), présente quelques extraits du " Handboek van Internationale Moraal ". Citons-en (en traduction) quelques phrases de pleine application à la Belgique occupée : "Juridiquement, la région occupée reste soumise au souverain chassé, mais parce qu'il n'est pas en mesure de gouverner, le parti occupant (…) est installé à la place de l'autorité légale dont elle doit exercer la fonction jusqu'à la paix (…) Ils ne peuvent, ni individuellement ni collectivement, poser des actes de violence contre l'armée et l'administration de l'ennemi. " Et il ne manque pas de citer les paragraphes qui prônent la préséance de la communauté populaire sur l'Etat. Des extraits de Salazar : Une révolution dans la paix nous situent en pleine discussion politique avec une option forte et claire : " Nous sommes anti-libéraux, (…) Nous sommes anti-démocrates (…) Nous voulons arracher le peuple à l'esclavage de la ploutocratie." Et l'article (anonyme) suivant puise à la même veine : Oost en West (Est et Ouest) est un morceau typiquement anti-occidental et trahissant l'euro-pessimisme culturel, dans le pur style de l'Hulstaert de l'époque. De fait, ce sont des citations de L.J.M. Feber, Het uur van Azië (Antwerpen 1939, 219 pages) (L'heure de l'Asie) avec, au compte du compilateur anonyme de La Page Chrétienne, des applications à l'Afrique : " Le rabougrissement des sentiments religieux et moraux de l'Afrique sous l'influence de l'Occident (..). Voilà probablement l'accusation la plus grave qui puisse être avancée contre la colonisation. " C'est le dernier mot politique dans La Page Chrétienne.
A partir de septembre-octobre 1941 (avec une suite à Pâques 1942), le ton redevient très pieux. On publie encore des extraits innocents de la lettre pastorale de Mgr Richard Downey, Archevêque de Liverpool, en relation avec la guerre. Suivront encore deux numéros du même genre avant de sombrer définitivement après Pâques 1942.
A la même époque, Hulstaert publiait dans Aequatoria (1941, p.59-60) un extrait d'une brochure de 1938 de Leclercq " De la Communauté Populaire ", soulignant que "Dans la notion de communauté populaire, la patrie, c'est la communauté populaire, l'Etat n'est plus qu'une institution juridique", associant ainsi la position du mouvement flamand et le droit des peuples colonisés. C'étaient les textes fétiches de Boelaert et de Hulstaert.
Il n'est pas certain que ces textes ont eu une influence de quelque importance sur cette population blanche de militaires, de commerçants et d'employés, peu enclins aux considérations philosophiques. Mais au moins ils nous révèlent les idées des responsables ecclésiastiques du moment. Il est probable que les prédications dans la Cathédrale ont été d'une même teneur. Jos Moeyens écrivait à l'évêque le 9 mai 1941 : " Depuis le début de la guerre, le Curé Paul Jans s'adonne à une série de prédications pendant la messe dominicale sur le mensonge, la civilisation, la justice, l'égoïsme, l'opportunisme et sa peste, etc., etc.".

2. Les instructions des responsables de l'Eglise Catholique

Nous n'avons aucune information sur l'attitude de l'Eglise protestante à Mbandaka. Nous nous limitons donc nécessairement à la seule position de l'Eglise catholique.
La guerre éclate en Belgique le 10 mai 1940. Le 17 mai, Hulstaert en tant que Supérieur religieux des Missionnaires du Sacré Cœur à Coquilhatville, écrit une lettre à tous ses confrères présents dans le Vicariat en complément à la lettre de l'évêque. La lettre de Hulstaert est principalement spirituelle et incite les prêtres à supporter courageusement les restrictions matérielles inhérentes à la situation et à suivre avec soumission la direction de l'évêque. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver cette lettre de l'Evêque.
L'autorité ecclésiastique divulguait fidèlement les circulaires et autres instructions en provenance des autorités civiles. Ainsi, le 29 mai 1940, un "Avis au Public" destiné à la population blanche, émanant de la Province et contenant principalement la déclaration du 28 mai faite à Paris par le Premier Ministre Belge et envoyé au Congo par le Ministre des Colonies, De Vleeschauwer, était distribué aux missionnaires. Le Ministre y stigmatise l'attitude du roi Léopold et appelle à la continuation de la lutte pour l'indépendance (de la Belgique !). " Aucune défaillance dans nos rangs!" est son mot de la fin. Le Gouverneur Général y ajoute : " Le Gouvernement représente aujourd'hui la seule autorité légitime."(25)
Nous trouvons encore, parmi les documents reçus dans les Postes de Mission, une copie de la lettre du Cardinal Van Roey, lue le 2 juin dans toutes les églises de Belgique et dans laquelle il prend la défense de l'attitude du roi.
Plus importante pour son contenu est une circulaire de l'évêque de lieu, datée du 20 juillet 1941, résumant une lettre du Délégué Apostolique Mgr Dellepiane (italien (26), qui incite les missionnaires à la neutralité tout en allant à l'encontre de la position officielle quant à l'attitude à prendre envers le roi : "3. Au point de vue civile, écrit le Délégué Apostolique, qu'ils soient extrêmement prudents: qu'ils se gardent de dissocier, de n'importe quelle façon, les trois choses : Belgique, Roi et Drapeau. 4. De se garder également de discuter et de juger des événements de caractère civil et politique de la Belgique où d'ailleurs, n'étant pas de la compétence de Missionnaire et n'ayant pas les éléments suffisants pour juger. Ce conseil est particulièrement important dans les relations des missionnaires avec l'extérieur et surtout avec les Noirs".
Monseigneur Van Goethem y ajoute comme commentaire que la guerre est une punition de Dieu pour les débauches de la société moderne. Nous verrons plus loin que les missionnaires n'ont pas été si obéissants que le Délégué l'aurait souhaité.

3. La psychose de guerre

Le phénomène de la psychose des masses n'a pas épargné les Blancs de Coquilhatville lors du déclenchement de la guerre en Belgique. Le Père Van Avermaet qui hébergeait à Bokuma le " relégué " Boelaert, écrit à Hulstaert le 12 août 1941 :
"Nous [Van Avermaet et Boelaert] avons causé plusieurs fois très sérieusement. Ceci est clair: à Coq on souffre d'une 'neurose de guerre'. Même à la Mission, on ne semble pas épargné. C'est à peu près comme l'écrit Jacques Leclercq en 1937: 'De nos jours, l'esprit indépendant qui cherche à formuler un jugement moral objectif sur son pays ou sur l'ennemi passé, susceptible de le redevenir, est aussitôt dénoncé comme traître, et un courant passionné d'opinion interdit de faire la moindre discrimination dans ce qui se dit à charge d'un pays ennemi, en même temps qu'il repousse à priori tout ce qui peut se dire en sa faveur." (Lecons de Droit Naturel IV, pag. 145). Il me semble que c'est la situation à Coq. On apprend que c'est bien différent dans d'autres contrées!"
Que la guerre ait ses effets sur les nerfs des Blancs est prouvé par cette remarque du médecin provincial: "Situation de la population européenne: Les cas d'effondrement physique et psychique sans substratum pathologique bien défini, deviennent de plus en plus nombreux, et dans certains cas nous assistons à la rupture définitive de l'équilibre mental." (Le docteur Schwers devant le Conseil Provincial en 1944.)

3.1. Les défaitistes et les bien-pensants

L'ordonnance législative du Gouverneur Général du 27 mai 1940 imposait des sanctions contre ceux qui osaient "tenir des discours ou propos de nature à diminuer la faculté de résistance morale de l'armée et des populations contre les entreprises hostiles d'une puissance étrangère." Ainsi était définie par décret ce que sera dorénavant l'attitude "politiquement correct". Car tout le monde savait que la réalité politique belge était bien différente sur ce point. La prise de position du Cardinal Van Roey en Belgique et de Mgr de Hemptinne (27) à Elisabethville témoignent de l'existence d'une autre opinion. Cette autre opinion était également présente à Coquilhatville et elle ne se laissait pas engloutir par une Ordonance. Des personnes comme Edmond Boelaert avaient longuement réfléchi sur le problème du rapport des forces en Occident, bien avant que le conflit n'éclate et ils connaissaient mieux le dossier que la plupart des fervents 'gouvernementalistes' qui voulaient monopoliser le patriotisme. Ainsi, ce qui était stigmatisé par certains de défaitisme était pour d'autres une vision saine et droite de l'avenir de la société occidentale et même mondiale.
En septembre 1941, Edmond Boelaert, tenu pour le maître à penser des récalcitrants, se justifie devant son Supérieur, Gustaaf Hulstaert, et il évoque le lien profond entre plusieurs options qui ont orienté son attitude devant les problèmes de société. Il sait très bien qu'ainsi il s'etait mis parfois au ban des bien-pensants, au nombre desquels figuraient plusieurs de ses propres confrères, mais aussi d'autres membres influents de la société blanche locale.
Il évoque en quelques phrases les exclusions et les souffrances endurées à cause de sa position : "Et ainsi mon travail pour l'Action Catholique au Belge [paroisse de Bakusu] devient petit à petit très difficile sinon impossible. Le 'défaitisme', le flamingantisme et la promotion de la langue indigène me rendent impossible chez le R.P. Curé et R. Frère Directeur (28). Derrière mon dos, les accusations et calomnies arrivent jusqu'à chez Monseigneur (…) Le 16 mai, Monseigneur venait lui-même au Belge et avertissait les deux Pères (sans m'appeler moi-même, qui se trouvait à côté), que Monsieur le Commissaire Provincial avait envoyé l'Administrateur pour mettre en garde les Pères contre le défaitisme. Cela visait spécialement, ajoutait-il, le Père Boelaert. (…) Mais l'affaire Bossaert [voir plus loin] traînait et entre-temps celui-ci était stigmatisé comme défaitiste numéro un, vilipendé et mis au pilori. Depuis lors, nous avons vu s'accroître l'amitié entre R.P. Es, M. Schumacher (29), M. Schweitzer (30) et M. Piette (31) (les trois chasseurs de nouvelles et de défaitistes) et nos paroles et nos actes étaient contrôlés. (32)"
Et en réfléchissant sur l'incident Bossaert, Boelaert renvoie la balle et, dans la même lettre, il accuse les 'bien-pensants' de défaitisme: "Et que Coq était en pleine effervescence une demi-heure plus tard [après l'incident Bossaert, le 2 mai 1941] prouve encore une fois comment la neurose de guerre cause le plus grand défaitisme de l'intelligence qui est connu dans l'histoire comme psychose de masse."
L'Avenir Colonial (Léopoldville) du 12 juillet 1941 avait déjà crié sa grande indignation : "Il y a trop de défaitistes à Coq.(…) Tout défaitiste doit être mis hors d'état de nuire. (33)"
Et Boelaert de se défendre dans une lettre (34) à son évêque : " Mais Monseigneur, je nie que je suis un défaitiste. Quand je refuse le service militaire, je le fais par pleine conviction, étant conscient qu'ainsi je rends le meilleur service à la communauté. Quand j'ai obstinément défendu le roi, je ne le faisais pas par défaitisme, mais par honnête fidélité. Quand je ne peux pas approuver le mouvement de de Gaulle, j'ai agi par respect pour l'autorité légale. "
Georges Van Avermaet, le confrère-directeur du Petit Séminaire de Bokuma, fin psychologue, montre qu'il a compris ce qui animait Boelaert intérieurement, quand il affirme devant Hulstaert : " Mon n'est pas un défaitiste, mais il donne plus de valeur à la communauté populaire qu'à un Etat qui prétend tout diriger. Il s'imagine une paix par laquelle toutes les minorités seraient reconnues précisément sur base de cette communauté populaire, une ligue d'Etats sous la hégémonie de l'Allemagne. De l'Allemagne, parce que selon lui, il n'y a aucun pouvoir en Europe capable de garantir un jour suffisamment les droits des différents peuples. Mais Mon attend aussi qu'au moment où l'Allemagne aura pris le pouvoir, elle se convertira et se distanciera de sa politique anti-chrétienne et anti-ecclésiastique." (Lettre du 12 août 1941).
Ce n'était pas un vague romantisme du Deutschland über Alles qui guidait Boelaert dans ses prises de position. Il s'insurgeait contre les hypocrisies et les contradictions internes des Alliés, analysées et dénoncées dans un genre de florilège (35) sous le titre " Buts de la guerre et les Colonies ", tiré principalement de la revue : Christian Century (36). On y trouve la citation suivante : "Imperialism is of one kind all over the world. For us to engage in war to preserve one group of empires as against another has no shadow of moral justification (12-2-41)". Le compilateur (Boelaert ? Van Avermaet ? Hulstaert ?) conclut: "Ceci rappelle ce que Ghandi disait à l'Angleterre : " Si vous vous battez pour le droit à l'autodétermination des peuples, pourquoi n'accordez-vous pas ce droit aux Indes?"
Van Avermaet note dans son journal à la date du 8 décembre 1940: " Question posée au Père Supérieur [G. Hulstaert] : Supposé que les Allemands arrivent ici, puis-je collaborer?" Il n'y a malheureusement pas de trace de la réponse du Supérieur. Mais une phrase de la lettre de Hulstaert à Antoine Sohier, du 4 mai 1940, peut bien nous faire présumer le contexte mental prévalant en ce temps chez Hulstaert et certains de ses confrères. C'était le temps où l'anti-démocratie était à la mode (représentée en Flandre par le VNV-Vlaams Nationaal Verbond, et en Wallonie par Rex) : "Des nouvelles au sujet de la situation chez nous sont très intéressantes. Je crois comme vous qu'il y a trop de ministres et une mauvaise économie. Si les circonstances pouvaient nous mener à une sorte de dictature royale, quel bienfait pour notre pays! (37)"

3.2. Le contexte immédiat

La petite ville de Coquilhatville n'a pas été dépourvue de sensations et d'événements provocateurs. Les 417 Blancs (enfants compris) ont certes eu de quoi "commérer". Et, comme il se doit, tant pour les catholiques que pour les (nombreux) anti-cléricaux, le premier prône de l'évêque du lieu, deux jours après le déclenchement de la guerre, fut une aubaine. Moeyens, peintre, le met haut en couleur quand il écrit à Monseigneur même: "Pentecôte 1940 [12 mai]: Prêche de Monseigneur pendant la messe pontificale, qui concluait en disant que nous devons rentrer en nous-mêmes et prier le Saint Esprit pour connaître nos propres péchés (comme première cause de tant de malheurs). Tout cela est reçu avec la plus grande indignation par les notabilités de la ville. On reproche et on se moque de Monseigneur parce que la crosse épiscopale n'a pas fulminé contre " les sales boches " (lettre de JM à VG 9-5-41).
Lufungula a décrit (38) l'effet sur le moral de la population des internements au 10 juin 1940 des sujets Allemands et plus tard des Italiens de Coquilhatville et de la province. Bien qu'effectués avec beaucoup d'humanité, ils étaient certes de nature à rendre bien visible l'état de guerre, arrivé ainsi jusque dans leur petite ville. Lufungula relate ensuite l'aventure incroyable de Mme Roels, d'origine allemande, mais mariée à un Belge et qui aurait dit que: "Quand les boches seraient ici, (…) elle danserait sur un billard pour manifester sa joie" et le vocabulaire devient scabreux, car elle aurait traité les " Français Libres " de "Constipés de de Gaulle". Le Tribunal de Grande Instance de Coquilhatville avait à déliberer de la cause le 12 juin 1942, mais malheureusement ni les actes ni l'issue du procès ne nous sont parvenus.
Charles de Gaulle, Sous-Secretaire d'Etat à la Défence, s'était révolté contre le gouvernement légal de la France quand, en juin 1940, ce dernier avait capitulé devant les Allemands. De Gaulle s'était réfugié à Londres et, de là, il avait appelé à la poursuite de la guerre. Il mènera plus tard une campagne dans les colonies françaises en Afrique pour obtenir leur rattachement à son mouvement. Boelaert et Hulstaert, comme beaucoup d'autres qui n'étaient pas des inconditionnels des Alliés, dénoncent son action comme illégale.
Et voilà que le " constipant " paraît sur les lieux. Le 18 avril 1941, de Gaulle est à Coquilhatville. Moeyens use de son style le plus cynique quand il relate l'événement: "De Gaulle est passé ici il y a quelques jours par avion, de passage du Caire à Brazzaville. Plusieurs patriotes hystériques et 'mesdames' de Coq étaient à sa traîne, Monseigneur aussi. De Gaulle a visité notre église. Il est bien sûr un catholique exquis " (JM à GH 21-4-1941). Van Avermaet nous apprend que Boelaert et aussi Hulstaert s'étaient prononcés contre de Gaulle au grand regret de l'Evêque : " Mon est aussi contre de Gaulle et cela tracasse Monseigneur, car, lui, il est pour de Gaulle. Il regrette beaucoup que vous [Hulstaert] aussi étiez contre de Gaulle et que vous avez même dédié toute une conférence à la question pendant la retraite. J'ai dit à Monseigneur que ce n'était pas vrai, mais qu'on en avait parlé seulement durant le temps de la récréation " (VA à GH : 12-8-41). Et tout cela aussi s'est tourné contre Boelaert : " Entre-temps de Gaule a commencé son mouvement et traîne avec lui tous les patriotes bruyants. Son incitation à la révolte et sa propre attitude sont à mes yeux moralement illicites. Encore une fois, cela m'est reproché par l'opinion officieuse et publique qui a pris position pour lui. " (EB à GH, 15-9-1941.)

3.3. A bas le roi

Le Gouverneur Henry reprend un télégramme du Gouverneur Général ordonnant d'enlever les photos du roi. (Circulaire Henry n° 106/Cab, mentionnée par Moeyens.) L'évêque vient spécialement à la paroisse de Bakusu pour le communiquer.
Laissons parler Boelaert :
"Le 28 mai nous apprenions la capitulation de l'armée belge. Monseigneur me demanda ce même matin de manière directe 'si ces faits ne répondaient pas à un vœu secret de ma part'. Je croyais recevoir une gifle. Mais très vite, il était clair que tous condamnaient le roi. Même les moniteurs noirs des Frères venaient demander des explications, ce jour-là, sur la trahison du roi. Mais vite plusieurs Blancs se ressaisissent et cela prend la tournure d'une querelle entre Flamands et Wallons. Déjà le premier juillet Monseigneur de Hemptinne, ensemble avec beaucoup de notables d'Elisabethville, publiait leur manifeste pour défendre le roi, mais officieusement l'autre position prend le dessus: les portraits du roi doivent être enlevés des bâtiments publics et on décide de changer la prière pour le roi après la messe en une prière pour la patrie. Cette décision n'a pas été rendue publique ; elle fut à peine communiquée oralement au Père Sébastien. Ce dernier n'ose pas me l'imposer et, comme à Bamanya d'ailleurs, je continue à prier pour le roi. Déjà le 14 juin, on sait que le cardinal Van Roey a pris parti pour le roi. Néanmoins, Monseigneur vient le samedi soir le 16 juin, au Belge et m'ordonne sous vœu d'obéissance, de laisser tomber la prière pour le roi après la messe. Ce que je fais. " (EB à GH 15-9-41).
Rappelons qu'une année après, le Délégué Apostolique Monseigneur Dellepiane ajoute à la confusion en demandant aux missionnaires de ne pas " dissocier la Belgique, le Roi et le Drapeau " (Cité dans la Circulaire de Van Goethem, du 20-7-1941)
A Coquilhatville, on ne prie pas pour le roi, mais bien à Bamanya 10 km plus loin. Le curé ne prie plus pour le roi, mais son vicaire le fait, dans la même église de Bakusu.
Dans Le Coq Chante de novembre-décembre 1944, dans un texte du Service de l'Information, nous lisons : " Le généreux donateur congolais a également demandé au Gouverneur Général 'de bien vouloir recommander aux chrétiens de prier pour la libération de notre Cher Papa roi, noble victime prisonnière des hordes ennemis " (p.88). Et quelques années plus tard, Coquilhatville recevra l'ex-"roi félon" avec grand enthousiasme.

3.4. La chasse aux sorcières

Deux cas sont particulièrement symptomatiques de la tension qui régnait entre les deux camps:
(1) Le cas de Edmond Boelaert qui est accusé d'avoir, le 2 mai 1941, la main levée, salué M.Bossaert, en partance pour Léopoldville et suspect de sympathie pour les Allemands ;
(2) Le cas du Frère Albert De Witte (des Ecoles Chrétiennes) qui, un mois plus tard, décide de ne pas répondre à une convocation de l'Autorité Militaire.
Pour les deux cas, nous n'avons que des informations partielles et partisanes. Mais à défaut de mieux, nous y puiserons avec les précautions nécessaires. Ces sources (39) sont constituées des lettres des deux protagonistes, les Missionnaires Boelaert (Lettre à Hulstaert du 15-9-1941) et Moeyens (à Hulstaert 8-9-1941), et de la correspondance générale de Hulstaert, personne non engagée mais sympathisante de Boelaert. Nous manquons la lettre clé du Père Es à l'évêque, ainsi que tout rapport du côté de l'Armée ou de la Sécurité. Nous ne possédons aucun texte du côté des Frères des Ecoles Chrétiennes impliqués dans les incidents. Par contre, nous avons le texte de l'article de l'Avenir Colonial, rapportant les faits et les réflexions des bien-pensants belgicistes.
On peut mentionner encore le cas de M. Bossaert, fonctionnaire aux Finances qui, accusé de sympathies allemandes, sera rappelé à Léopoldville. Il revient plus loin dans le récit.

(1) Boelaert et Moeyens ou le prétendu salut hitlérien

Les lettres-rapports de Boelaert et de Moeyens sont remarquablement complémentaires. Nous suivons principalement le texte de la lettre de Boelaert et nous y ajoutons des compléments tirés de la lettre de Moeyens. Les sous-titres, en italiques, sont de moi.

Relations avec M. Bossaert

" Pendant cette Exposition (40), j'avais fait par hasard la connaissance de Monsieur Bossaert, connaissance qui évolua vers une amitié. Le 10 avril, ce Monsieur Bossaert vint me dire qu'il avait refusé le service militaire parce qu'il jugeait que les troupes coloniales ne pouvaient pas se prêter à des actions offensives hors des frontières de la Colonie et parce que lui, comme Flamand, se croyait obligé de protester contre la scandaleuse campagne de suspicion et de relégation au second plan des Flamands. Il s'attendait à une arrestation immédiate et il me demanda de vouloir assister dans ce cas sa femme. Je l'acceptai volontiers pour autant que j'en sois capable ; mais l'affaire Bossaert traînait et entre-temps il était stigmatisé comme défaitiste numéro un, vilipendé et mis au pilori. Moi, je continuais à le voir régulièrement; ce qui le rendait encore plus suspect. "

Moeyens ajoute : " A cette époque, il était devenu l'objet d'attaques sournoises de quelques Wallons de Coquilhatville qui lui tenaient rigueur de son flamingantisme. Ils le cherchaient par tous les moyens et le déférèrent à la Justice pour défaitisme. Monsieur Henry s'est même compromis en accusant faussement M. Bossaert (41). A la suite de cela, une plainte a été déposée contre Henry pour parjure. "

L'incident

Retournons au texte de Boelaert :
" Finalement le 7 mai, Monsieur Bossaert partit pour Kinshasa. La veille, plusieurs amis du Camp Militaire (42) vinrent m'avertir que quelques militaires avaient décidé d'aller importuner Mme et Monsieur Bossaert une fois qu'ils seraient à bord du bateau. J'avertis immédiatement les Frères Herman et Albert des Frères des Ecoles Chrétiennes, qui eux aussi étaient des amis de Monsieur Bossaert, ainsi que le Père Moeyens, et nous décidâmes de tenir compagnie aux Bossaert à bord, pour rendre ainsi impossible tout incident. Ce n'est que plus tard que j'ai appris que le Major Peeters avait ordonné d'éviter tout incident. Un Sous-lieutenant inconnu, M. Schumacher, nous fixait tout le temps de manière tellement défiante qu'une fois descendus du bateau, nous avons prolongé encore un peu nos gestes d'adieu à nos amis en partance. Mais qui aurait jamais pu penser que ce Monsieur en déduirait que nous avions salué en public les Bossaert du salut Hitlérien? ".

Moeyens nous raconte la scène avec d'autres détails :
" Quelqu'un parmi nous (Frère Albert) avait remarqué qu'un militaire, M. Schoenmaker s'était rapproché de nous, expressément pour être aux écoutes. A cette remarque, nous nous sommes postés plus loin sur le beach. Dans ces environs se trouvait aussi le Frère Herman. A un certain moment, je vis M. Schoenmaker demander quelque chose à M. Es et montrer du doigt le Frère Herman. Nous sommes, comme tous les spectateurs, rentrés à la maison après le départ du bateau. Au moment où nous entrons, Marcel passe devant nous et se rend chez Monseigneur. Nous ne soupçonnons rien."

La réaction

(1) A Coquilhatville

De Boelaert nous apprenons que : "Une heure plus tard toute la ville était en agitation ! Et nous étions stigmatisés comme de véritables Allemands ".
Heureusement Moeyens nous donne un rapport heure par heure du reste de la journée. La scène se situe à la Procure :
" A 17 heures du même jour, M. Rosy vient nous voir et raconte qu'il a appris que nous avons fait le salut hitlérien. Nous restons bouche bée. A 18 heures, le Frère Herman vient demander où habite Monsieur Schoenmaker. Il dit que ce monsieur raconte partout que nous avons fait le salut hitlérien. Le Frère Herman cherche ce monsieur pour l'interpeller. Le Frère Herman a déjà été voir au Camp Militaire, mais n'y a trouvé que le Commandant Peeters. Le Frère Herman continue à chercher le monsieur Schoenmaker. A 21 heures, le Frère Herman revient et cette fois-ci il trouve le Père Marcel. Il demande où on peut trouver monsieur Schoenmaker. Le Père Marcel répond de manière arrogante et attaque en avançant un tas de reproches : que nous avons fait le salut hitlérien, que lui, Frère Herman, me corrompt (le Père Moeyens). J'écoute, j'enregistre, j'accepte et je me tais. "

Retournons à Boelaert pour la suite :
"Le lendemain Monseigneur me faisait appeler:
" Asseyez-vous Père Edmond, mais pour une seconde seulement. Vous savez de quoi il s'agit. Nous sommes déjà suspects et maintenant Monsieur Schumacher est venu protester. Madame Henry (43) veut qu'une protestation publique soit déposée. Vous dites que c'est une affaire privée. Mais vous êtes Missionnaire du Sacré Cœur, donc votre comportement affecte l'Institut. Tous nos supérieurs, tant civils qu'ecclésiastiques, demandent qui nous nous fassions preuve de retenue. Vous ne réalisez pas ce que cela nous coûte. Si cela arrive encore une fois, je frapperai fort, quoi qu'il arrive, même si le travail devrait en pâtir, mais je vais aller aux autorités supérieures et frapper fort. J'espère que vous allez tenir compte de ce que j'ai dit. Vous pouvez partir.
J'ai salué et je suis parti. "

Regardons aussi les démarches du Frère Herman, comme Moeyens les a observées: " Le lendemain le Frère Herman vient chez Monseigneur. Celui-ci lui défend de porter plainte contre monsieur Schoenmaker. Monseigneur lui raconte qu'ILS sont déjà venus chez lui pour se plaindre de l'incident et qu'ILS exigent une réparation publique. Ensuite, Monseigneur répète Marcel, disant que lui, le Frère Herman, me corrompt. Cela m'exaspère et j'écris une lettre à Monseigneur dont copie incluse. (44)"

Boelaert a encore un dernier mot à dire et le même soir " Je suis retourné et j'ai dit : Monseigneur, je ne peux prendre sur moi que plus aucun incident n'arrive. Car ces gens peuvent provoquer n'importe quel incident et s'ils me provoquent, je ne peux pas me taire."
Et l'évêque de répondre : " C'est fini maintenant, Edmond. Des incidents de ce genre ne sont plus à prévoir. Pour moi, c'est comme si rien ne s'était passé."
"Mais depuis lors, nous avons vu s'accroître l'amitié entre R.P. Es, M. Schumacher, M. Schweitzer et M. Piette (les trois chasseurs de nouvelles et de défaitistes) et nos paroles et nos actes étaient contrôlés. Spontanément, plusieurs personnes à Coquilhatville aux sentiments flamands se retrouvaient: Van Haute, Cordijn, Neys, Braeckman, et [nom illisible.] "

(2) A Léopoldville.

Boelaert continue le récit :
" Le 12 juillet, le fameux et anticlérical journal de Kinshasa Avenir Colonial écrivait :
'Un article de notre correspondant de Coquilhatville que, par égard pour la justice, nous n'avions pas voulu publier pendant l'enquête, jette néanmoins un jour singulier sur l'attitude de certains individus que nous côtoyons tous les jours et sur le regrettable état d'esprit régnant dans certains milieux du Congo et d'abord sur M. Bossaert, 'un flamingant rabique'. Soutenu par quelques Pères de la Mission de Coq et par quelques camarades dont des fonctionnaires, notre Bossaert prend tout de suite figure de héros. Mais l'autorité veille ! Indignée, la population de Coq et surtout les militaires étaient prêts à lui faire un mauvais parti. Appelé à Léo, on défend toute manifestation à l'occasion de son départ à Coq. Toutefois les sympathies se firent jour au moment où le Reine Elisabeth quitte le quai de Coq et on put voir, malgré toute la colère des habitants de Coq, des échanges de saluts hitlériens entre Bossaert et plusieurs missionnaires. Quelles mesures prendra l'autorité….ecclésiastique contre ces missionnaires qui agissent ainsi ?… Il est urgent que l'autorité prenne une décision énergique. Dans ce sens urgent, dis-je, car il y a trop de défaitistes à Coq. Il faut un exemple. Tout défaitiste doit être mis hors d'état de nuire et il est encore moins admissible que cette trempe mange au " râtelier du gouvernement ".

" Le 28 juillet 1941, Monseigneur m'écrivait : "
" Cher Père Boelaert, j'ai dû m'expliquer devant le Délégué à la suite d'un article dans l'Avenir Colonial " sur ce qui s'est passé à Coq. C'est une exigence formelle de sa part que je vous défende de correspondre encore avec M. Bossaert. J'ose compter sur votre bonne volonté pour que vous mettiez en pratique cette disposition. "

" Et le 30 juillet j'ai répondu à Monseigneur:"
"Monseigneur, je viens de recevoir votre lettre du 28-7-41. C'est bien dommage qu'à l'occasion d'une loque calomnieuse comme cet article, on prenne une telle mesure. Je me soumettrai pleinement et aussi bien que possible à votre incitation que le Délégué vous impose et je promets de ne plus correspondre avec M. Bossaert. J'espère quand même que, dans les souffrances qu'ils endurent pour leurs convictions, lui et sa femme continueront à recevoir, de la part d'autres ecclésiastiques, le respect et la sympathie nécessaires. Je demanderai au Frère Herman de vouloir l'informer quant à mon silence.
J'étais content de lire que cet articulet calomnieux, que j'aurais voulu voir accusé pour atteinte à l'honneur de la Mission, reconnaissait 'que surtout les militaires étaient prêts à faire un mauvais parti' à Monsieur Bossaert. Eviter cela était certainement la raison principale pour laquelle je suis resté si fidèlement aux côtés de M. et Mme Bossaert jusqu'au tout dernier moment de leur départ. Il n'est dès lors pas étonnant que ceux qui avaient de telles projets, fussent furieux de désenchantement. Et comme cet individu bouillant de rage nous fixait expressément et ouvertement, j'ai souligné encore un peu ma manière ordinaire de saluer quand nous étions sur le quai. Mais, que ce petit monsieur y ait vu le salut hitlérien, ne plaide pas pour son bon sens. Et que Coq soit en effervescence une demi-heure plus tard prouve encore une fois comment la neurose de guerre cause le plus grand défaitisme de l'intelligence, qui est connu dans l'histoire comme psychose de masse. "

Et parmi ses conclusions nous trouvons ces réflexions:
" Si je montre ma sympathie pour Monsieur Bossaert, c'est parce que je reconnais ses actes progressistes et constructifs pour la question flamande et pacifiste, et que je soutiens sa quête honnête de la vérité et de la foi.", et " si je suis Flamand, " flamingant rabique ", comme le dit l'articulet, c'est parce que le principe du nationalisme est la première base pour la justice et la charité " (Lettre de EB à VG, du 28 ou 29 juillet 1941 citée dans EB à GH du 15-9-1941

Il est temps d'analyser un peu plus finement l'essentiel de la plainte : le salut hitlérien attribué au Père Boelaert et au Frère Herman.

Vrai ou faux ?

Boelaert et Moeyens (et le Frère Herman?), ont-ils vraiment fait le salut hitlérien ou était-ce un de ces multiples fantasmes propres à des moments de grande tension? Analysons les textes.

-Qui sont présents sur le lieu du crime ?

(1) Les " bien-pensants " (ou "l'autorité qui veille"):
M. Schumacher, du camp militaire était à son poste d'observation. Des militaires avaient préparé leur coup et avaient leur éclaireur sur les lieux, mais le premier responsable militaire (major Peeters) avait ordonné d'éviter tout incident. L'évêque aussi veillait en la personne de son alter ego, le Père Marcel Es, " l'évêque noir, bichon de Monseigneur." (45) De leur côté se trouve " La population de Coq, indignée. "

(2) Les "défaitistes":
Boelaert, l'objecteur de conscience (voir 3.5.), le Frère Herman, le Frère Albert De Witte, corrupteur du Père Moeyens et citoyen désobéissant, et le Père Moeyens lui-même, corrompu (par Herman). C'est le cercle qui assure la protection des flamingants rabiques que sont les Bossaerts, "cette trempe qui mange au râtelier du gouvernement" (46).

-Le crime :

Moeyens : " Au moment où le bateau quittait le quai, nous avons agité la main en signe d'adieu selon la coutume congolaise (on agite la main et la tient en position)".

Boelaert : (1) "Nous avons prolongé encore un peu nos gestes d'adieu à nos amis en partance ".
(2) " J'ai souligné un peu ma manière oridinaire de saluer quand nous étions sur le quai "

Avenir Colonial : "des échanges de saluts hitlériens entre Bossaert et plusieurs missionnaires"

M. Rosy "vient nous voir et raconte qu'il a appris que nous avons fait le salut hitlérien."

Père Marcel " répond (…), que nous avons fait le salut hitlérien."

Tout ceci est donc une question d'interprétation. Il me semble invraisemblable que même un Boelaert aurait été si téméraire de défier, sans grande utilité d'ailleurs, le parti qu'il savait présent et aux aguets. Nous verrons dans l'affaire de l'objection de conscience comment, tout en restant inébranlable quant aux principes, il va très loin dans la compromission pratique. Et le Frère Albert aussi, on le verra tout de suite, sait rester dans le raisonnable.
Et ainsi, avec la colère de l'évêque et l'indignation des bien-pensants, se termine (ou ne se termine pas!), le premier acte de la menace contre la sécurité de la Patrie (lointaine).

(2) Opposition à la convocation militaire : L'Affaire Albert De Witte

Le Frère Albert De Witte fut convoqué, avec 5 de ses confrères des Frères des Ecoles Chrétiennes, enseignants au Groupe Scolaire, à une instruction militaire. Il avait l'intention de ne pas y répondre.
Nous n'avons aucun rapport de l'acteur principal même, le Frère Albert De Witte. De nouveau, nous nous confions à Moeyens (Lettre à GH, 8-9-1941) et à Boelaert (Lettre à GH le 15-9-1941).
" Le dernier incident arriva peu après ", raconte Boelaert. " Le 9 juin, six Frères étaient convoqués pour les instructions de 'réserve de recrutement', e.a. le Frère Albert De Witte. Cet appel était très drôle : parmi les douze appelés (le minimum pour organiser des instructions) se trouvaient six Frères. Les Frères de l'Enseignement Officiel avaient pourtant reçu du Gouverneur Général Rijckmans l'assurance qu'ils ne seraient pas convoqués et leur appel sous les armes était, semble-t-il, en opposition avec la loi belge (47). De ce fait, le Frère Albert émit des doutes s'il allait effectivement y aller. Il n'était pas question d'un refus de service comme tel, mais d'une protestation, alors que plusieurs supérieurs des Frères avaient promis de faire les démarches nécessaires pour tirer au clair cette affaire.
L'affaire en était là quand le Fère Albert reçut la lettre suivante :
'Au Révérend Frère Albert De Witte t/s
Aimé soit partout le S. Cœur de Jésus. Coq, 18/6/41
Cher Frère,
A mon grand regret et à mon plus grand étonnement, j'ai appris que vous aviez décidé de ne pas répondre à l'appel de l'autorité militaire de Coq pour suivre aujourd'hui les instructions prévues à 13 1/2 heures pour les recrues de réserve.
Comme ami et confrère, je vous prie de revenir sur cette décision ! Un tel refus de service ne peut que provoquer des problèmes pour vous-même et pour votre communauté. Changez votre intention et montrez que vous savez obéir quand on demande un petit sacrifice de votre amour propre. D'ailleurs, il n'y a aucune raison qui peut justifier votre refus.
Mais cette affaire est trop importante pour notre réputation et pour l'œuvre missionnaire. Je me sens obligé en conscience, au nom de Monseigneur Van Goethem qui est aussi bien notre que votre Supérieur religieux, d'exiger que vous obéissiez à l'appel de l'autorité militaire et d'être présent aujourd'hui à l'instruction à 13 1/2 heures.
Cela me coûte, cher Frère, d'être obligé de vous donner un ordre écrit, mais la situation est trop sérieuse.
Je prie le Sacré Cœur de Jésus, dont nous célébrons demain la fête, de vous aider à agir en ceci comme en d'autres choses, dans un esprit de foi et d'obéissance.
Tout à vous in Corde Jesu.' (Signé Es Marcel).

Ecoutons Moeyens pour connaître la suite et les dessous de l'affaire :
" A 4 heures de l'après-midi du même jour, le Père Es déclare, en présence du Père Boelaert et des deux Frères, qu'il n'avait pas de délégation écrite de Monseigneur, mais que Monseigneur lui avait dit avant de partir qu'il devait veiller à ce que, pendant son absence, il n'y ait pas d'incidents. Le Père Es n'était pas encore nommé Vicaire Délégué. Il me laisse voir cette nomination seulement le 28 août 1941. "

Retournons à Boelaert pour la finale et regardons ce qu'en pensent les autres:
"Monseigneur était parti en voyage. Et le Frère Albert alla à la fameuse instruction. Mais les Supérieurs des Frères n'étaient pas du tout d'accord avec cet convocation et, comme par hasard nous étions en réunion à Bamanya le lendemain, avec le Père Recteur de Bamanya, le Père Smolders du Belge, les Directeurs de l' Ecole Normale et du Noviciat, tous étaient de notre opinion (moi et le Père Moeyens) que cette convocation de l'autorité militaire était illégale et que Père Marcel n'avait pas le droit d'obliger de telle manière un Frère des Ecoles Chrétiennes. "

Toujours Schumacher !
" Quand plus tard nous fûmes de retour chez le Père Marcel, je lui demandai s'il ne s'était pas trompé, mais il se défendit d'être dans son droit. (Le Père Recteur de Bamanya nous avait assuré qu'il était présent quand le Père Marcel fut incité à écrire cette lettre par les Messieurs Piette et Schumacher.) "

L'Evêque revient
Le 21 juin, de manière inattendue, Monseigneur rentra de Bokuma. Il avait interrompu son voyage à la suite d'une lettre du Père Marcel faisant rapport sur le nouvel incident. Monseigneur ne nous demanda rien, mais nous avons entendu dire par après qu'il était décidé d'aller à Kin et de me muter. Comme le voyage pour Kin ne pouvait par avoir lieu, il se retira pendant quelques jours jusqu'à ce qu'il m'appelle le 2 juillet pour me dire qu'il avait décidé de me muter.
Le 4 juillet, j'étais en voyage pour Bokuma avec l'intention d'y copier les registres et d'aller ensuite à Wafanya pour la même raison. Peu après, j'appris que cette affaire des instructions pour les réservistes était officiellement réglée en sens qu'aucun ecclésiastique ne pouvait être convoqué. J'apprenais aussi que le Père Es était nommé vicaire délégué pendant le service militaire du Père Jans. "
Boelaert a la conscience tranquille : " Et si j'ai pris parti dans l'affaire du Frère De Witte, c'est parce que je voulais défendre la liberté de conscience et la liberté de l'Eglise ".(Lettre de EB à VG, du 28 ou 29 juillet 1941 citée dans EB à GH du 15-9-1941)
L'Evêque date du 20 juillet la circulaire dans laquelle il insère des extraits d'une lettre de Dellepiane demandant aux missionnaires la neutralité (voir ci-devant).

3.5. Objection de conscience de Boelaert

Le refus de répondre à l'appel au service militaire était considéré en Belgique dans les milieux ecclésiastiques d'entre les deux guerres comme un manquement grave et scandaleux à son devoir civique. Les mythes du roi Soldat (Albert) et du Cardinal Patriote (Mercier) étaient fort bien implantés dans les consciences. Mais il y avait dans l'histoire de la morale catholique et dans d'autres lieux du monde catholique bien des tendances dissidentes, selon la conjoncture politique du moment. Boelaert connaissait ces tendances et son refus du service militaire pour Objection de Conscience était bien réfléchi et argumenté. Pendant que certains pays, dont les Etats Unis, avaient reconnu depuis longtemps le droit à l'Objection de Conscience (48), ce n'est qu'en 1964, que ce droit a été reconnu en Belgique par une loi .
En octobre 1930, Boelaert arrive dans la Colonie et est nommé pour le Petit Séminaire de Bokuma. Les militaires en congé illimité sont obligés de demander la permission d'aller à l'étranger et de déclarer annuellement leur lieu de séjour (49). Boelaert ne l'avait pas fait et, le 8 septembre 1931, il reçoit un rappel. C'est le début de 11 ans de tiraillement entre les autorités militaires et le "milicien malgré lui", le Père Edmond Boelaert.
Il y a eu un plan délibéré de la part de Boelaert pour éviter de reconnaître le droit aux autorités militaires de le rappeler sous les armes. En 1931, tout en reconnaissant qu'il a été inscrit dans les registres militaires, il répond qu'il a oublié les formalités de déclaration de départ et d'arrivée. L'année suivante, il avance l'argument que lui a insufflé 'un militaire de Boende' (M. Maurice De Ryck, selon ses propres notes, mais De Ryck était Administrateur et pas militaire) : il n'est plus tenu à une quelconque obligation militaire dans la Colonie parce qu'il n'a jamais fait de service militaire actif en Belgique.
Le Deuxième Groupement Militaire de Boende ne le lâche pas et le met début 1933 devant le dilemme: ou bien se soumettre à ses obligations ou adresser au Ministre une demande d'exemption. Boelaert répète son argument d'absence de service actif personnel en Belgique, mais il met aussi en branle une action pour obtenir cette déclaration d'exemption sur base du service actif de ses trois frères. Hulstaert contacte M. Edward De Jonghe du Ministère des Colonies. On est déjà 1937 (ou 1936?). Les services de De Jonghe conseillent à Boelaert de se munir d'une attestation de service de ses trois frères aînés et de demander l'exemption au Ministre. Il promet de s'en occuper (voir copie du 20-5-1937 du rapport des explications du Cabinet De Jonghe).
En juin 1937 Boelaert adresse une lettre au Ministre des Colonies et le 4 juillet au Ministre de la Défense nationale. (Il n'est pas clair si les deux ont été envoyées ou uniquement celle au Ministre de la Défense.) L'argument porte maintenant exclusivement sur le service militaire de trois frères. Ce qui, selon la législation en vigueur, peut donner droit à cette exemption. (Il explique qu'il a oublié de faire cette demande en temps opportun à cause de son entrée en religion.)
Boelaert part en congé en Belgique début décembre 1938 et rentre le 5 août 1939. Il voit De Jonghe qui promet encore une fois de régler l'affaire. Dans le dossier se trouve une Autorisation de départ pour la Colonie datée du 11 octobre 1939. Mais, en 1940, il n'avertit pas les autorités militaires de la Colonie de sa présence. Le 16 septembre 1940, le Capitaine Commandant De Vré lui demande de s'expliquer et l'informe que son cas sera signalé à l'Autorité Militaire Supérieure. Le 2 octobre, Boelaert répète sa lettre au Ministre de la Défense Nationale et joint une copie de cette demande à sa réponse à De Vré. Le même 2 octobre 1940, Boelaert répond à De Vré qu'il n'a pas d'obligation militaire à cause de ses trois frères qui ont servi et que M. De Jonghe s'en occupe et qu'il espère bien que les dites Autorités Supérieurs régleront le cas pour du bon.
Mais comme bouquet final, dans la même lettre au Capitaine Commandant De Vré, il se déclare objecteur de conscience : " La raison profonde en est que je suis convaincu en conscience que le service militaire est contre la loi naturelle, et donc contre le vrai bien commun, au moins dans la conception et les circonstances modernes ". Et cyniquement il y ajoute : " C'est pourquoi je suis heureux de ce que vous ayez bien voulu signaler mon cas à l'Autorité Militaire Supérieure." Cette Autorité Supérieure n'est pas impressionnée par le plaidoyer de Boelaert et répond froidement que : " Les autorités militaires coloniales n'ont pas à tenir compte des objections de conscience des citoyens belges " (cité dans la lettre de De Vré du 14-11-1940).
L'affaire rebondit comme prévu l'année suivante et entre-temps se sont passés les événements Bossaert et Albert De Witte à Coquilhatville. Boelaert se trouve depuis quelques jours à Boteka, après sa 'relégation' à Bokuma. Le 15 septembre 1941, Boelaert fait mention d'une remarque de Mgr Dellepiane à Monseigneur Van Goethem, à propos de son attitude. Pour le reste, l'année 1941 se passe apparemment sans autres accrocs (ou est-ce simplement les documents qui manquent?) Le 18 novembre 1942, le carrousel reprend avec une demande par le Capitaine Commandant Thiriart (50) à Coquilhatville " de justification de manque d'Attestation de Présence (à quoi?) et de l'absence à la " revue ". Dans sa réponse du 25, Boelaert rappelle ses démarches antérieures et il dit regretter l'attitude négative des Autorités Supérieures Militaires envers l'Objection de Conscience et il conclut que lui " de son côté doit bien en tenir compte. "
Boelaert soumet l'affaire à l'Evêque (qui l'avait instruit de faire ainsi). Celui-ci, après avoir demandé conseil à Hulstaert, l'oblige de signer l'Attestation de Présence (à l'adresse indiquée) avec l'argument qu'il a été décidé qu'en réalité les missionnaires ne seraient pas convoqués pour le service proprement dit. Boelaert obéit, mais en ajoutant en bas du formulaire une clause de réserve : "Met handhaving van aangegeven gewetensbezwaar" (avec maintien de l'objection de conscience mentionnée). Le 4 décembre 1942, le dossier se conclut avec une dernière lettre de Boelaert à son évêque dans laquelle il se plaint amèrement en ces termes: "Vous aussi, comme 'les Autorités Militaires Coloniales', ne pensez pas devoir tenir compte des objections de conscience ; vous ne soutenez pas vos missionnaires, mais les obligez d'aller à l'encontre de leurs convictions et de leur conscience, à cause de la réputation de la Mission, qui ne devrait avoir rien à faire dans une telle histoire."
Le perspicace ami de Boelaert qu'était Van Avermaet, écrit à Hulstaert : " Ensuite, Mon est anti-militariste depuis bien longtemps. Il est objecteur de conscience et il est convaincu que justement maintenant l'idée de l'objection de conscience doit être propagée dans nos pays et dans les cercles de nos gouvernements. "
Le dossier contient un document dactylographié non daté et non signé, de 5 pages, avec le titre " Dienstweigering " (Refus de Service). La critique interne de ce texte nous permet de l'attribuer sans hésitation à Boelaert. Il est écrit dans le langage théologique (scolastique et casuiste) de l'époque. En 4 chapitres, il défend la justesse morale de l'Objection de Conscience et le refus du service militaire tout en laissant la possibilité d'une opinion contraire. L'argument de base tourne autour de la possibilité d'une juste guerre. Vu le doute théorique, l'individu conserve le droit de suivre sa conscience. Pour Boelaert, c'est la conclusion d'un long et pénible combat intérieur :
" Toute cette question est assez tragique mais c'est une question d'obéissance à sa conscience. Elle est tragique comme tout conflit de conscience : le choix entre deux maux et la finalité de ses actes. La véritable objection de conscience n'est ni défaitiste ni hautaine. Mais elle essaie honnêtement de combattre les excès de l'étatisme et les guerres qui en découlent. Il considère son refus comme un moyen de protester pour une conversion. Il est convaincu de servir l'humanité en désobéissant son gouvernement. Il fait appel à l'esprit contre la loi de l'ordre, contre la lettre. Il sait que son attitude est dangereuse, c'est comme jouer avec de la dynamite, c'est comme l'organisation d'une insurrection. Il connaît la possibilité d'abus, même d'échecs. Mais il prend le risque, confiant en sa conscience et en son Dieu. Et il espère rencontrer le respect, si pas pour sa position, au moins pour la moralité de son attitude. (51) "

Dans sa lettre du 3 juillet, Boelaert conclut :
"Monseigneur, je nie que je suis un défaitiste. Quand je refuse le
service militaire, je le fais par pleine conviction, étant conscient
qu'ainsi je rends le meilleur service à la communauté. "

4. Les restrictions et les rationnements

Dans un article rétrospectif, Moeyens résume ainsi le problème des restrictions : " Le gouvernement sous la conduite du Gouverneur Général Ryckmans réglait ces problèmes. L'économie était dirigée ; les indigènes étaient obligés à plus de travail et plus de production. Ainsi, la production du caoutchouc, coton, huile, riz, cuivre, étain, café etc. augmentait et était mise à la disposition des Alliés. Les bateaux qui venaient charger ces produits nécessaires pour la guerre apportaient en échange des produits alimentaires et autres produits qui nous manquaient. Il n'était pas question de véritable pénurie et à part quelques petites restrictions dans le secteur des carburants, la Colonie n'a pas connu de rationnement. " (52)
Dans le rapport du Conseil de Province de 1944, nous en entendons une voix un peu différente : " Carence périodique de sucre, bierre, farine, lait, à cause de problèmes de transport." (53)
Et déjà en juillet 1940, Marcel Es avait écrit : " A Coquilhatville tout a augmenté de 25 à 100% " (Lettre du 20-7-1940, MF 9/195, 93,3416.)

LA GUERRE ET LES NOIRS

1. "Nous ne savons rien de la guerre en Europe". La discussion dans Le Coq Chante

De décembre 1939 à mars 1940 paraissent dans le journal de la Mission de Coquilhatville, Le Coq Chante, une série d'articles discutant ouvertement de la guerre en Europe. Le périodique avait été lancé en 1936 par Monseigneur E. Van Goethem, peu après l'installation de l'imprimerie de la Mission. Il était destiné aux indigènes et voulait informer et former. On y utilisait principalement le lomongo, peu le lingala ou le français. La rédaction n'était pas attribuée à une personne définie. Souvent, c'était le missionnaire responsable de l'imprimerie qui s'en occupait ; parfois, c'était l'influence de Boelaert ou de Hulstaert ou de Jans qui prévalait (Boelaert a été plusieurs fois lié à l'imprimerie entre fin 1936 et juillet 1941). Ils étaient assistés par deux "secrétaires" Etienne Bokaa et Paul Ngoi. En 1940, le tirage était de 800 exemplaires avec environ 700 abonnements (760 en 1943). Il paraissait mensuellement sur 12 pages et était divulgué à l'Intérieur par les Postes de Mission et, en ville, par les paroisses ; quelques exemplaires partaient dans la diaspora (Kinshasa, Lisala, Gemena).
Dès le déclenchement de la guerre par l'invasion de la Pologne, la population noire de la colonie belge était au courant des événements. La preuve en est qu'elle se pose des questions et consulte ses conseillers moraux qu'étaient les missionnaires. Les Pères sont ennuyés par les questions et n'y répondent qu'avec réticence. Le 3 octobre 1939, Jans écrivait encore à Hulstaert : " Je préfère ne pas écrire sur la guerre. Les autorités ont insisté d'éviter le plus possible d'en parler aux Noirs. Quand vous reviendrez, on pourra discuter de l'affaire s'il le faut avec l'Administrateur ou plus haut encore. "
L'Instruction imposant la censure des publications locales pour les Noirs (défendant de parler encore de la guerre), les libère de cette responsabilité (décret communiqué à l'évêque le 8 juin 1940 et la lettre d'engagement de celui-ci d'y veiller en personne du 10 juillet) (54).
Avant cette date, une petite polémique s'était déclarée dans Le Coq Chante . Le Père Gustaaf Hulstaert y avait répondu aux rumeurs et questions populaires sous le pseudonyme de E. Boala (55). La personne qui dialogue avec Gustaaf Hulstaert est une de ses très bonnes connaissances, le catéchiste Boniface Bakutu (1880-1967) (56). Ce dernier parle au nom des jeunes de la Mission de Boteka, centre de production des Huileries du Congo Belge (Lever) et, de ce fait, plus ouvert aux influences extérieures. Dans les publications protestantes éditées à Bolenge (Coquilhatville), on ne trouve aucun mot sur la guerre.
Les textes cités ici en illustration sont restitués dans leur contexte intégral dans les Annexes à cet article ; les chiffres romains entre parenthèses renvoient à ces citations.

(1) Les basenji et les belole
Dans ses réponses, Hulstaert fait montre d'une spontanéité étonnante et compromettante. Nous trouvons ici des expressions sous sa plume qui ne correspondent pas à son attitude normale: il traite les gens d'ignorants, d'enfants, d'incapables de comprendre et les jeunes (c.à.d. les " évolués ") reçoivent carrément l'épithète d'imbéciles (bolole) ; d'autres sont qualifiés de non-civilisés (basenji).
" Dans cette affaire les gens du Congo se sont encore une fois montrés supérieurement stupides, et je ne parle pas des sauvages, mais des jeunes qui se vantent d'être de grands intellectuels, de grands connaisseurs " (V). Son paternalisme ne semble pas avoir de mesure : " Mais au risque d'être mal compris, je vais pour une fois satisfaire l'envie de l'enfant "(I) ; car malgré tout, " nous les aimons comme nos enfants " (V).
Il s'acharne particulièrement contre la manie de singer les Blancs et contre la recherche de nouvelles et d'informations sans intelligence. Ici on touche au cœur de ses conceptions pédagogiques et de son aversion des méthodes des Frères des Ecoles Chrétiennes qui, selon lui, excellaient dans cette méthode : " Pauvres imbéciles ! Quand quelqu'un va trouver des informations sur la guerre, quel profit en tirera-t-il ? Penses-tu qu'il les comprendra (V). Donc, ce n'est pas de si tôt qu'ils n'auront de l'intelligence, bien qu'ils parlent le lingala et le français comme le cœur le leur dit. Le phonographe a-t-il de l'intelligence quand il parle français? (V).
Il semble même classer les Nkundo parmi les moins aptes à l'intelligence: " Si les Nkundo n'abandonnent pas cette vanité et ce vain orgueil, ils ne deviendront jamais intelligents à cause de leurs singeries" (II).

(2) Les événements et les causes profondes de la guerre
Après les avoir bien remis à leur place, Hulstaert daigne donner quelques explications et il le fait de manière très précise et assez complète: "Cette guerre a commencé avec l'Allemagne et la Pologne, ensuite la France et l'Angleterre ont pris parti parce qu'ils avaient signé un accord et avaient promis à la Pologne de l'aider. La Russie y est entrée seulement à cause de son envie de pillage et de sa rapacité. Ils ont spolié une partie du pays qu'ils avaient pris, puis ils s'y sont installés. "(II)
La guerre est un combat pour l'hégémonie : " La perte du pouvoir même en Europe, c'est cela la vraie raison.(II) (…) Ils se battent parce qu'il y en a un qui veut soumettre les autres et les plier à sa volonté. Il veut qu'ils n'obéissent qu'à lui. Mais les autres n'en veulent pas et ils refusent de vendre la liberté qu'ils ont reçue de leurs ancêtres(II). "

(3) Qui peut arrêter la guerre ?
Les Noirs étaient étonnés que personne, même pas " l'Etat ", n'était en mesure d'arrêter les Européens de faire la guerre. A cet énigme, Hulstaert a une réponse bien faite: " Mais la guerre d'Europe n'est pas une guerre entre les habitants des pays, mais entre les Etats eux-mêmes "(III). Ses interlocuteurs avaient appris (par cœur) à l'école qu'un des grands mérites de la colonisation belge avait été justement l'arrêt de leurs guerres intestines. Et effectivement, Hulstaert fait ressortir la différence entre les deux cas : " Ici au Congo, l'Etat a fini par réunir tous les peuples et a pu interdire la guerre. Si, en Europe, ils n'étaient pas comme ils sont maintenant, il n'y aurait pas la guerre."(III) Ensuite, il évoque les interventions pour la paix des Papes Pie XI et Pie XII et des rois de la Belgique, des Pays Bas et des pays nordiques.

(4) La différence entre les Blancs et les Noirs
Dans son premier article (décembre 1939) parlant des causes de la guerre, il avait écrit : "Eh bien, la guerre en Europe est pareille ". Quelle affaire! Certains ont compris et disent que " les Blancs nous ressemblent, qu'ils sont comme nous, les Noirs."(II) Et Hulstaert de leur expliquer que ce n'est pas cela qu'il a voulu dire, qu'il y a bien de différences (en avançant des éléments contradictoires d'ailleurs) et que: "Les inventeurs de ce raisonnement ne savent rien! Regardez, quand un Blanc va entendre cette explication, il s'étonnera et va éclater de rire des sottises de ces instigateurs " (II).

(5) Et la Belgique?
Heureusement pour notre auteur que la Belgique n'était pas encore impliquée dans le conflit, car qui est plus vertueux que les Belges ? " Ainsi, nous les Belges, nous en restons loin. Depuis nos ancêtres, nous n'avons jamais fait la guerre à un autre pays, sauf en cas de provocation. Mais avec une ténacité, nous voulons empêcher que certaines gens nous soumettent et nous ne voulons pas être privés de notre souveraineté et de notre terre."(I)
Mais pendant les années qui suivent quelques nouvelles bien qu'anodines, pénètreront dans les colonnes du journal. En juin 1941, page 4, on reproduit un communiqué du Service de l'Information qui mentionne le nombre de morts (2 Blancs et 10 Noirs) et de blessés (3 Blancs et 40 Noirs) dans les batailles à Bortai et à Gambela. En août 1941, le lecteur apprend que les femmes des recrutés partent dans la direction de Kisangani pour y rejoindre leurs maris. Et le 2 février 1942, nous voyons des soldats quitter Coquilhatville en direction d'amont. En mars 1942, on apprend que le 2 février des militaires sont revenus à Mbandaka d'une campagne. En juillet 1943, on annonce le départ du Père Jans en campagne comme aumônier. En novembre-décembre 1944, nous pouvons lire qu'un Noir a donné 1000 francs pour dire des messes à Kinshasa pour les militaires morts pendant la guerre. Et finalement en janvier 1945, Joseph Ntaa raconte ses visites au Nigeria, Egypte et la Palestine.
Assez curieusement, Le Coq Chante n'annoncera jamais la fin de la guerre.

2. Au caoutchouc, citoyens! Un pamphlet et une iconographie subversive

2.1. Le pamphlet de M. Denis

Nous disposons d'un document de propagande officiel et de quelques lettres de missionnaires pour nous informer des activités de la Propagande Coloniale pour l'Effort de guerre et ses conséquences pour la population de Mbandaka et environs.
Début 1942, les Alliés avaient perdu des ressources stratégiques comme le caoutchouc avec la chute de la Malaisie, de Singapore et de l'Indonésie. Ils se tournent vers d'autres endroits pour combler cette perte. Le Congo en était un. Le Conseil de Province de Coquilhatville avait décidé, début mai 1942, de lancer une campagne de propagande pour la récolte du caoutchouc. Le Père Marcel Es avait remplacé l'évêque à cette réunion. Le 18 mai, il se présente à l'imprimerie avec M. Denis, Administrateur de Territoire, pour déposer un texte de propagande à insérer dans le journal de la Mission, Le Coq Chante. Moeyens, que nous avons déjà rencontré dans l'affaire du salut hitlérien, est directeur de l'Imprimerie depuis la relégation de Boelaert. e directeur est une tête forte et il n'aime pas le belgicisme guerrier et encore moins l'exploitation des Noirs dans ce but partisan. Donc, il refuse et cherche de un appui chez Gustaaf Hulstaert qui en ce moment se trouve à Bokuma, 60 km en amont. Mais Marcel Es, lui aussi, fait appel à celui qu'il pense être le Rédacteur en chef du Coq Chante, le même Hulstaert. Donc, il écrit encore ce jour-là et donne sa correspondance à Monsieur 't Kint, colon en partance pour sa plantation à l'intérieur. La lettre de Moeyens n'est pas datée, mais Hulstaert y répond le même 25 mai. Il est donc probable que les deux missives opposées se sont trouvées côte à côte dans la "besace" du colon qui les dépose à Bokuma.
Le document en question est remarquable pour son arrogance envers les Noirs: "Il faut toujours faire comme l'Etat le veut puisque c'est notre maître." Hulstaert qualifie cette phrase de dangereuse: " Avez vous vu, écrit-il à Es, qu'il y a une phrase dangereuse dans l'article : 'il faut toujours faire comme l'Etat le veut, parce que c'est notre maître' ?. Cela peut être interprété incorrectement et, comme le texte se présente là, il n'est pas suffisamment clair et mauvais. Pour les Noirs qui ne savent pas faire les distinctions nécessaires dans ces affaires, il est positivement dangereux pour la foi et pour la morale et, selon moi, il doit être barré ou changé. " Et à Moeyens, il écrit : "Le texte exprime l'étatisme le plus pur, nous ne pouvons l'accepter." La phrase incriminée sera quand même traduite et imprimée.
Les Noirs ont évidemment besoin d'être motivés pour leurs efforts d'approvisionnement des Alliés. " Vous savez également que, pour gagner rapidement la guerre, il faut beaucoup d'armes ; il faut aussi des bateaux et beaucoup de camions pour transporter les soldats (…) Pour fabriquer tout ce matériel, il faut que les pays alliés envoient les matières qu'ils peuvent produire. Notre Congo est un bon pays producteur et l'Etat (Boula-Matari) veut aider les pays amis pour que la guerre soit vite gagnée.(…) Les provinces du Katanga et de Stanleyville fournissent le fer et le cuivre.(…) Quels sont les produits qui existent dans notre Province? Le caoutchouc, le copal, les fruits de palme (…). L'Etat veut du copal bien gratté, bien propre. Vous devez couper les fruits mûrs de vos palmeraies et les vendre à l'usine. "
Et personne n'est excusé : " Pour bien travailler et avoir du rendement, il faut se partager la besogne: l'homme va en forêt, enlève l'écorce, les femmes et les enfants s'occupent du battage et tout le monde du transport suivant sa force. " Sinon, ils seront " punis d'un mois de prison et, ensuite, ils seront obligés de fournir les produits auxquels ils avaient voulu échapper."
L'auteur du pamphlet fait aussi preuve d'un manque total de connaissance de la psychologie et de l'histoire de la région en rappelant expressément la campagne léopoldienne du caoutchouc rouge (" ce que vous avez peut-être oublié.") Mais selon Hulstaert, les Noirs ne l'avaient pas oublié du tout. Il écrit à Es: "Les gens en ont marre de cette affaire de caoutchouc; croyez-moi, les souvenirs de la période ancienne ne se sont pas effacés, au contraire. L'Etat n'a jamais rien fait pour effacer cette mauvaise impression " et, dans sa lettre à Moeyens, il enfonce le clou : "La résistance des Noirs est tenace. Ils se rappellent trop bien encore les anciennes histoires. Cela ne fera pas de bien à l'autorité des Blancs. Ceux-ci moissonnent maintenant ce qu'ils ont semé auparavant. " Il y revient en détail dans son article publié en 1983 (57). M. Blondeau de l'A.I.M.O. (Affaires Indigènes et Main d'Oeuvre), parlant en termes pudiques dans son rapport au Conseil de Province en 1944, déclare: " Les mouvements d'effervescence résultant de la réintroduction de la récolte du caoutchouc se sont très largement calmés. Il serait vain cependant de se dissimuler la lassitude de la population pour ce genre d'activité. Quelques occupations et opérations de police furent encore nécessaires pour réduire la résistance en certains groupements."
M. Denis trouve qu'il n'y a pas d'excuses : " J'ai déjà entendu un ou deux noirs dire que, dans leur forêt, il ne pousse pas de lianes à caoutchouc. Ces gens sont des menteurs ou des paresseux, ils sont en tout cas de mauvais indigènes. Ils mentent parce qu'ils savent bien que les lianes à caoutchouc existent partout dans les forêts de notre Province. Ils sont paresseux parce qu'en déclarant qu'il n'y a pas de caoutchouc, ils veulent éviter le travail. Un homme fort n'a jamais peur du travail. Ils deviennent, en parlant ainsi, de mauvais indigènes parce qu'ils veulent éviter de faire ce que l'Etat leur demande. " Le Rapport au Conseil de Province de 1944 est par contre très affirmatif : " Les lianes lactifères facilement accessibles sont épuisées " (p.44).
Hulstaert s'insurge dans une lettre à Antoine Rubbens contre ces accusations de paresse et trouve l'argument qu'avance la population concernant la rareté de lianes caoutchouteuses bien vrai : " Mais rien que du caoutchouc, 24 heures sur 24. Tout le monde dans la forêt et un tas de misères. Manque de nourriture. (…) Les quelques rares cas où les gens peuvent trouver du caoutchouc près du village, de sorte qu'ils peuvent retourner tous les jours pour dormir, sont exploités pour prouver qu'il y a du caoutchouc en abondance et que les gens ne doivent pas du tout aller très loin dans la forêt et que par conséquent ils peuvent bien cultiver leurs champs. S'il y a manque de vivres, on l'attribue à la paresse bien connue des nègres, qui, dans ce cas, ne travaillent donc pas " comme des nègres" (22-6-1944).
Hulstaert écarte résolument la publication de ce texte de propagande sous la houlette de la Mission : "Si cet article y paraît, aux yeux des Noirs, la Mission fait de la propagande pour le commerce et l'industrie de guerre et je trouve cela inconvenant.(…). Si d'un côté la Mission doit collaborer avec l'Etat, l'autorité de l'Eglise doit aussi rester séparée. Nous souffrons déjà trop de l'opinion que la religion est la religion des Blancs, la religion de l'Etat, et cela va même plus loin : c'est un moyen qu'utilisent les Blancs pour arriver à bout des Noirs et pour les dominer. L'intérêt supérieur de l'Eglise et des âmes me semble commander que nous nous tenions éloignés de cette propagande " (Lettre à Es, 25-5-1942) ;
Ce dernier pense que "nous sommes obligés de faire notre part dans le programme de l'Effort de guerre " et que cette brochure " est une instruction pour les Noirs, qui leur fait connaître leurs devoirs et leurs droits ". Mais il se voit formellement contredit par son Supérieur. Es avait proposé que Hulstaert en parle à l'évêque en voyage sur la Tshuapa et la Momboyo. Le bateau de la Mission a accosté à Bokuma le 30 mai de 11h.55 à 13 heures. Je n'ai aucune indication que Hulstaert en ait parlé effectivement à l'évêque, mais c'est très probable. Le résultat en a été que le texte ne sera pas inserré dans Le Coq Chante, mais imprimé par la mission en une brochure séparée sous la responsabilité exclusive de l'Etat.
Le résultat de la propagande n'a certes pas été ce qu'en attendait M. Denis avec une naïvité incroyable ou un cynisme maladif quand il suppose que "tout le monde travaillera de bon cœur".

2.2. Iconographie subversive. Les linogravures de Jos Moeyens

Moeyens était avant tout peintre, mais il a produit plus de deux cents lino- gravures publiées dans différents périodiques. M. Denis lui avait demandé de faire également des lino pour cette brochure. Il s'en plaint auprès de Hulstaert, qui le lui défend. Finalement, il s'est quand même exécuté, mais tout en se vengeant. C'est avec un certain cynisme qu'il a illustré ce texte de propagande pour le nouveau caoutchouc rouge. Ses linos créent une sphère de tristesse, oppressante et déprimante, en contraste avec le plaisant soldat de la Force Publique (ivre?) sonnant le rassemblement. A part celui-ci, aucune des autres linos n'a jamais été publiée ailleurs. Les images illustrent à la lettre le texte du pamphlet.

3. C'est pour quand la fin de la guerre ?

" Le besoin du caoutchouc ne durera pas longtemps, simplement jusqu'à la fin de guerre. " C'était la promesse de la propagande de Denis. On signale que les Noirs gagnent maintenant un surplus d'argent qu'ils ne savent pas utiliser, car les articles de traite font défaut, comme le signale le Rapport du Conseil de Province de 1944 : " Les articles suivants ont presque disparu du marché : lanternes tempête, malles en fer, seaux galvanisés, miroirs de traite, gobelets, assiettes émaillées, casseroles, bicyclettes, machines à coudre, phonographes, sardines de traite, corned-beef de traite, couttellerie de traite, fers à repasser et nombreux tissus de qualité ". Ce surplus d'argent échoit principalement aux gens de l'intérieur qui vont effectivement au caoutchouc, mais les citadins n'en profitent pas : " Les boulversements économiques dus à la guerre ont ébranlé les situations sociales au détriment des salariés et appointés dont les revenus n'ont pas crû en proportion de la hausse du coût de la vie " (Rapport du Conseil de Province 1944, p.33.) Le même Rapport donne des chiffres : L'index du coût de vie des Noirs par rapport à 1940 (100) était de 190 fin 1942 et de 243 fin 1943 (p.22).
Après deux années de campagne de caoutchouc, le docteur Schwers, médécin provincial, fait son rapport devant le Conseil Provincial en avril 1944 : " L'état sanitaire de la population indigène est mauvais. L'effort de guerre se fait dans de mauvaises conditions d'hygiène, d'alimentation et de soins médicaux. Les déplacements continuels de l'indigène sont nuisibles à sa vie familiale et multiplient à l'infini les chances de contamination." (p.8-9 ; plus en détails aux pages 43-44.)
En octobre 1946, Van Wing a visité le Congo et principalement les Provinces de Léopoldville et de Coquilhatville. Il constate que "l'effort de guerre y continue en pleine paix " (58). Et encore en 1947, Hulstaert écrit à Antoine Sohier, membre du Conseil Colonial, commentant un texte de Ryckmans: "Il se débat pour disculper son administration et soi-même. Mais il aurait dû le faire plus finement. Là où, p.ex., il parle de l'effort aboli dès la reddition du Japon, mais continué quand même... J'ai ici une fiche d'effort de guerre où, en date du 13.8.1947, est encore inscrite la contribution. Il s'agit en l'occurrence de poisson à livrer à l'administration (à noter que tout cela servait à l'Européen x ou y) : il était noté comme effort de guerre, la viande de chasse, les tuiles végétales pour la Société X ou Y et jusqu'à l'huile, qu'il le fallait pour M. ou la S.A. et le caoutchouc officiel.) Et qu'on ne dise pas 'volontaire'. Ici, je n'ai pas connu d'effort de guerre volontaire. Obligatoire! D'ailleurs, les fiches de contrôle marquent nettement : imposition (quantité imposée…) " (59).


CONCLUSION

La situation à Coquilhatville n'était pas exceptionnelle. On peut la considérer comme typique pour le pays. Les Blancs ont souffert de tensions psychiques, de l'isolement de leurs familles en Belgique et de l'incertitude quant à l'issue de la guerre. Ceci a provoqué dès le début (60) des réactions presque paranoïaques. Les divisions idéologiques par rapport aux belligérants se sont manifestées comme en Europe.
Mais ce sont incontestablement les Noirs qui ont souffert le plus. Pour un surplus de travail, ils ont eu moins de gain en termes de confort. La société traditionnelle a, une fois de plus, été poussée vers sa décomposition et la 'dénatalité mongo' a certainement été accentuée par les exigences de l'effort de guerre. D'autre part, les Noirs ont gagné en intelligence, ayant perdu une partie de leurs illusions quant à la nature (et à la culture) des Blancs. Malgré leur victoire militaire, la guerre a puissamment contribué à la dissolution des empires coloniaux des Occidentaux. Le Christian Century du 26 février1941 écrivait (phrase mise en exergue par certains des acteurs des 'événements de guerre' à Coquilhatville): "The great French and Dutch Empires of the East are on the auction block; and the greatest empire of all, that British realm (…) is fanatically calling upon the American Navy to save it. The great white Empires are falling to pieces before our eyes."

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11 avril 2008

Sociopol. Assignment 2007/2008

The implications of political system on the health service in Ireland.

The implications of political system on the health service engender both positive and negative effects which pervade to the public well-being. Among the negative effects there is suicide. Suicide is an act of killing oneself intentionally. In this essay, we use this case to argue against the involvement of the political structure on the health sector in Ireland. Suicide is always a tragedy, for the life that has ended brutally, the family and people left behind. Nowadays, particularly in Ireland suicide represents the most common cause of killing in young people. Why should conditions such as these, which are on the base of a huge mortality in national scale than cancer and road traffic accidents, not receive the same and equal effective life saving dispositions? To respond to this question, we look at, first, causes that lead people to suicide. In additional to this, we look at what should be done to deal and prevent suicide. Finally, we give suggestions and recommendations.

A lot of people including young one’s, kill themselves due to depression; loneliness; isolation; hopeless; frustration; bulling; disappointment, use of alcohol and drugs, mental illness, incurable sickness. The causes of suicide are more psychic than physical. This shows how very dangerous they are; the individual is affected inward and not outward; he/she appears physically well with no clinical signs that can orient other people to discover what is wrong. Further, most suicidal victims do not leave any words stating the reasons of their acts. This makes the issue very complex. Nevertheless, they are some signs of predilection to suicide, notably: previous attempts to suicide; mental illness; family records on suicide; change of behaviour; the suicidal victim heard about a suicide death through friends, school, church and media. It is difficult to have all information on suicide motivations, as the victim keeps everything secret prior to his death. But those outlined above are the mains causes of suicide.

A cause of suicide has to be perceived by both politicians and the public as a need to be satisfied. Unfortunately, this message is not getting across to both of them. Thus, the government is not doing enough to protect the vulnerable people to suicide tragedy. Also, the decriminalization act regarding suicide simply encourages people to take their own lives because; suicide is taken by the governance as normal fact which is not either. The suicidal victim dies in pain, and leaves family and community in a shock that will last forever. Added to this, it is argued by some that everybody has the right to choose to die, if they wish, and that nobody has the right to remove this. This precept makes the prevention of suicide very difficult but not impossible.

However, there are organizations in local and national level that are deeply involved to deal with suicide, prevent and protect people from taking their own lives. For example Samaritans which is well dedicated to help people who experience emotional troubles including suicide feelings, providing counselling and training of volunteers. In the light of what it is mentioned above, there are some measures to be taken by both the government and the public to prevent the suicide tragedy. Notably, identify and monitor the increasing rate of suicide, establish many centres for suicide around the country where counselling, care and information in relation to suicide would be provided, target those who are the most vulnerable to commit suicide including most of all, young people by limiting the use of alcohol and drugs, also those who have attempted suicide need a particular treatment to avoid recurrence, education on the recognition and treatment of depression could drastically decrease the rate in suicide. Reintroduce the criminality act against suicide, discourage those who consider death by suicide as act of heroism, reconsider the use of media on the plan of suicide prevention, enable individuals in many roles and at all levels in the community to play their part on the prevention of suicide. Provide skills and knowledge that equip individuals, families and communities to fight against suicide, grant funds to organisations around the country that target suicide. Moreover, parents should treat their children with kindness and avoid hurting them, schools should ban billings, churches should preach the message of hope, and each community should stand as one man to protect itself from suicide.

Consequently, suicide is still an issue which affects the public seriously and there is a need of new policies from the politics to tackle the suicide outbreak. Added to this, families, communities have to work together to spread information on how to fight against suicide, this will help to save many lives.

In summary, this essay has suggested that suicide epidemic in Ireland is a consequence of the inactive implications of the political system on the health service. As it is the case and despite what has been done by the governance so far, the public has to take care of itself waiting for consequent reforms on health service in general and suicide in particular. Therefore, a national debate on suicide issue is vital and more lives will be effectively preserved.

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MyApplied WritingEssay( Philosophy Title) 2007/2008

Abortion is a matter of personnel conscience and should not be prohibed by the state.

In this essay, I will discuss whether or not abortion is a matter of moral virtue or state dicta. Abortion is one of the major controversial issues affecting many societies around the globe for decades. Each country has its particular policies and regulations in relation to the matter. The key issue is the termination of a human life. As the value of a human life is considerable, abortion becomes a concern for the woman who bears the unborn child; for supporters and protestors of abortion, and finally for the state whose primary role is to protect its citizens and monitor ethical attitudes in society. The implication of these three groups on the matter generates a conflict of interests and rights to defend; and makes abortion a complex issue to resolve. On top of this, one question rises right away: is there any way out to reconcile those parties involved in the conflict and save the innocent human life? To respond to this question primarily we look at the background of information concerning abortion. In addition to this, we should look at interests, rights and morality in relation to abortion. And finally, we look at what should be the state duty or position towards abortion.

In the simplest terms, abortion is the intentional and artificial termination of a pregnancy that destroys an embryo or foetus before it is capable of living outside the mother’s womb. Abortions are classified in different groups. In some instances an abortion occurs on its own and in other occasions a woman decides to end the pregnancy. She might decide to end the pregnancy for relevant or irrelevant reasons according to the public discourse. The most relevant reasons justifying why women opt for abortion are rape, incest, threat on mother’s life because of the pregnancy and defects on the developing baby or genetic deformities. In contrast, the most irrelevant reasons are unplanned pregnancy, families with too many children, difficulty of coping with a handicapped child in society, the gender of the unborn child not matching with mother’s or parents’ desire, and financial difficulties. A woman who got pregnant after being raped, unenthusiastically accepts her pregnancy because, that happened against her will and moreover, it is a traumatic act. As a result, most women offer themselves to suicide. Those who are pregnant due to incest feel troubled as well but more disgusted and humiliated to bear such pregnancy. Other women would prefer to get rid of such shame rather than keep it until birth. Also, when the baby is born, the woman will presumably face questions such as who is the baby’s father and so forth. As regards to the lives of both mother and foetus, lots of women go for abortion once her own life and that of the child are endangered as a result of the pregnancy. That state might kill her at some point in nine-month period. Added to this, an unborn child who has a defect or genetic troubles represents a serious problem for both the pregnant woman and the foetus. The foetus’ development might not reach nine months term of the pregnancy or might simply stop and die inside the woman’s womb. If things go well until birth, the child will be born as a handicapped child with the risk of being rejected by either parents or society. However, some women plump for abortion when having an unplanned pregnancy; this reason is not well sound as there are many ways for preventing unintended pregnancies. Contraception is well indicated and provides significant help on that side. Also, a woman who has too many children might select abortion for the simple reason that she will not be able to rear a new child. Family planning is the correct answer and good advice to this category of women who go for abortion for their family size. Further, if the unborn child’s gender is not as expected by the mother or both parents, some women decide to evacuate the foetus because they might not love the baby once it is born. This motivation for abortion leaves speechless because the child’s gender is not worth more than child himself. Finally, a woman might opt for abortion due to financial difficulties. Financial good management and family planning would be useful in this situation. Also, wealthy states provide financial supports to everyone, children included; this should not be a big deal leading to an abortion. Relevant or irrelevant reasons claimed by women to justify their choice for abortion are only a way of defending their own interests and rights.

The viability of the unborn baby is a centre point for thought-provoking discussions opposing several views. It is established that one view supports that the embryo and foetus are human beings and are entitled to the right to life as any other individuals.

This quote from Robert George shows that embryos or foetuses start to exist after fecundation and develop independently in utero as human beings. Therefore they have to enjoy full rights to life without any restrictions. To terminate this life is simply a killing of an innocent. However, there are two more views. One of the views states that, embryos and foetuses should not considered as human beings prior their birth, because they do not live yet. The other one, opts for a neutral position with no arguments on embryo or foetus status. These two later views mentioned above are not in favour of the embryo and foetus status, and consequently, consider abortion as purely a matter of personal conscience.

The woman has the full right to decide on the right to life for the developing baby. Her moral right on the pregnancy termination has greater influence and power rather than any other dicta. The freedom of choice given to the mother exercising her personal conscience is accompanied with consequences.

[…. In exercising a moral right I can do something cruel, or callous, or selfish, light-minded, self-righteous, stupid, inconsiderate, disloyal, dishonest, that is , act viciously] (Perry John, Bratman Michael, Martin Fisher John, Introduction to Philosophy Classical and Contemporary Readings, P 598).

This passage demonstrates how dangerous it is, when someone’s moral right is exercised.

The woman bears accountability on her choice to opt for abortion. But she does not perform the act. Abortion is carried out by doctors who at this stage have a moral obligation to respect medical ethics. The fundamental role of a physician or any other medical professional is to care and heal those who are sick and protect lives but not to kill. As abortion is called by some a crime or a killing of an innocent. A physician who performs abortion on false grounds ought to examine his decision prior completing the termination of the pregnancy. Helping a pregnant woman to satisfy her desire, despite what the moral or medical practice requires is a violation of law in the matter.

Many countries around the world hold different positions in relation to abortion. Some qualify clandestine abortion as crime or illegal. Those who are directly or indirectly involved are prosecuted for serious offences which require an imprisonment or any other sentence. However, abortion conducted for the purpose of preserving the mother’s life in case of rape, incest, risk of suicide for the mother, and embryo and foetus defects or genetic troubles are considered as lawful and there are no prosecutions about that. In countries such as France, U.K and many more, abortion in all its forms is legal. Abortion is lawful in these countries on grounds of mother’s right to life and freedom of choice. Yet, in countries such as Ireland, abortion is absolutely illegal with strict exemption on some situations. The Right to information on abortion and right to travel to have abortions in countries where abortion is lawful are not prohibited. Those who are involved are prosecuted for serious offences and sentenced to imprisonment or to life.

In light of what has been outlined in this essay, it appears to suggest that, those who do not agree that the unborn child is a human being are not disturbed by abortion. According to their point of view the woman enjoys full rights and has a clear conscience when deciding on the termination of her pregnancy because; she has to prioritize her own interests and life rather than those of the unborn child. Consequently, her decision to abort should not be taken as morally wrong. However, those who find abortion so disturbing and morally wrong describe abortion as a killing of a human being, and oppose themselves strongly to the abortion practices. Further, the defend equal right to life for the embryo and foetus as for the mother. According to the pro-life opinion, women ought to think about others options or alternatives available in centres for help in relation to pregnancy crisis rather than proceed to an abortion. Also, they should make use of contraception to prevent pregnancies and abortion.

The claim of the so-called woman’s rights and interests in relation to abortion does not help and is morally wrong. Added to this, those who hold a neutral position in regard to abortion do not contribute to solve the matter on abortion and favour the abortion practice. Yet, ethics on medical practices should be respected. Physicians or any other medical professionals who perform abortion, act against hippocrates oath, where they have promised to uphold medical standards, to observe the ethical values of their profession, and specifically to seek to preserve life.

This essay, has considered the seriousness of abortion, the right to life for the mother and the unborn child where views are so diverse on the embryo’s and foetus’s status; also the consequences of the exercise of one’s moral right, the respect of ethical standards by medical practitioners and the position of different states on abortion. Consequently, this essay suggests that abortion is not a matter of personal conscience and suggests that, it should be prohibited by the state because, the faculty of discerning what is good and what is bad is not straightforward to every individual and institution. The prohibition of abortion by the state is the only way to resolve the conflict of interests and rights created by pro-abortionists on one side and anti-abortionists on the other side and will help to save innocent lives .

Bibliography

1. Corradine Antonella, On the Normativity of Human Nature: some Epistemological Remarks: Journal of Medicine and Philosophy vol. 28 no. 2pp 239-254, 2003

2. Charleton, Peter. Criminal Law: Cases and Materials. Dublin: Butterworts, 1992

3. F.Chadwick Ruth, Ethics, Reproduction and Genetic Control, New York, Routledge, 1994.

4. Perry John, Bratman Michael, Martin Fisher John, Introduction to Philosophy Classical and Contemporary Readings, New York, Oxford: Oxford University Press, 2007.

5. Robert P. George, Law and Moral Purpose: Journal of Religion and Public life, January 2008.

“What is centrally and decisively true about human embryos and foetuses is that they are living individuals of the species Homo-sapiens, members of human family at

early stages of their natural development“(Robert P. George, Law and Moral Purpose, p23).

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10 avril 2008

MyLegal Studies Essay2007/2008

The Irish Constitution is the source of law within the island of Ireland. Its substance represents Irish values, tradition, and identity and therefore, protects its citizens. In the same perspective, the Constitution provides a judicial review, a mechanism to keep the law efficient. Article 26, is one of the ways to direct the issue of constitutional validity of legislation to the Supreme Court. It empowers the President to test for the constitutionality of any bill or its provisions where there is a presumption of unconstitutionality. To evaluate this, I need to consider the procedure of Art 26; its advantages and disadvantages and how it has been used since than.

Main Body

Any bills, other than those related to money or Constitution amendments can be passed into by the signature of the President. However, if the President fails to sign it she/he can refer its constitutionality to the Supreme Court after consultation with the Council of state. This process has to be taken within seven days after the Taoiseach’s deposit of the proposed law to the President for signature. The Council of state is made up of 7 members. Those members have to be either a former president, Taoiseach, Tánaiste or a former Attorney General and are appointed by the President. They are members of the Council of state due to their experience for running the state and they are not representative. Their advice can be accepted or not by the President, but she ought to consult them as required by the procedure under Constitution. The Supreme Court is composed of 5 members who all are judges. They sit, examine the content of the refereed Bill or its part and hear all arguments made by the Attorney General or his representative and by counsel appointed by the court. Their decision has to be taken regarding the President’s request within sixty days after the date of reference. The Supreme Court decision might be either by an affirmative or by a negative. When the Supreme Court asserts the President’s request in relation to the constitutionality of the Bill or its provisions, she/her shall translate it into a law and make it public as soon as possible. If, the Supreme Court responds otherwise, this is to say by a no, the President shall not sign the bill. The Bill stands and falls as one document. Also, once this decision is made by the Supreme Court it cannot be challenged again in the court straight away.

It is vital to note here that, Judges of the Supreme Court who have examined the bill in the reference or its provisions and came to a decision through their majority, are people with huge experience in legislative matters and of high moral standing. They ought not to betray their nation or alter the constitutional substance for political interests, views or any other purposes. Albeit, some can argue on an opposite view as it is in this reference:

"[….The word "decision" could be as a shorthand method of referring to the conclusive impact of Article 26 proceedings on the constitutionality of the provision placed in question in the reference. Or it could be taken as importing rule-making authority to the judges of the Supreme Court in the course of responding to a reference. Given emphasis placed at several points in the Constitution on the conclusive effect of a reference, the former explanation seems the more plausible]".

In the light of this quote, the statement made by the Judges of the Supreme Court vis-à-vis the constitutionality of the refereed Bill or its provisions should not be called a decision, because it does not have the same meaning. It also suggests that Judges are susceptible to receive injunctions during the bill examination and modify the outcome.

Article 26 has its advantages and drawbacks. Advantages of Art 26 under constitution are so enormous. The procedure, serves as a valuable democratic safeguard towards the Constitution; prevents an unconstitutional law being in force; prevents consequences of having passed a bills into laws which are repugnant to the Constitution or to any provision of that; legitimates the mechanism; is flexible; makes no obligation to refer the presumption of constitutionality as Orieachtas makes always good laws and a law can be revoked by Orieachtas. Moreover, Clarity and certainty are the main ones. However, the disadvantages of Art 26 are as follows; only the President has the power reference not any other officials participating in the legislative matters as it is some countries such as France and Germany; lack of basic structure; delay in legislative process; legislative process strictly limited; the decision of Supreme Court arrives in abstracta; one judgment-rule, where one opinion has to be considerate for all the court; the minority’s court opinion is unheard ; and finally unchallengeability of Supreme Court decision.

Obviously, the Constitution is an intangible document, and, moreover, the existence of Art 26 under the Constitution and its use play a foremost role. In fact, the following references demonstrate that:

"The procedure is used infrequently. In the past fifty-five years, during which over 1,900 Bills were enacted, it has been used ten times. Five of those referrals occurred in the past fourteen years. This indicates a trend of increasing, though still rare, use of the procedure"

Also, "Each of the ten Bills referred to date related to important issues. If Article 26 had not existed, the resulting to uncertainly as to the constitutionality of the Bills could have caused serious difficulties such, for example, as electoral procedures being invalidated, adoptions lacking permanence, property rights being invaded" .

Conclusion

In Summary, the judicial review of laws under the Constitution and the abolition of the 26 Article under the Irish Constitution as a proposal in this essay have shown that both has benefits and prejudices to the law makers institutions of this State and its citizens. In one hand, the judicial review serves as a useful mechanism to probe any unconstitutional Bills on the President’s power reference before putting her signature and translating it into a law, in order to preserve its constitutionality. In the other hand, and despite its disadvantages, article 26 represents a rigid safe-guard to the Constitution. Its use has avoided serious consequences that should happen in the aftermath of translating a bill into a law which is repugnant to the Constitution. Its abolition would create a situation where the monopoly of law making will belong only to the Orieachtas and its two chambers. Therefore, bills and provisions that infringe the Constitution would be translated into laws without examination and fundamental fairness even though there are always possibilities to be challenged in the future.

 

Bibliography

1. J.M Kelly: The Irish Constitution, 3rd Edition, University College, Dublin 4, 1980.

2. Michael Forde: Constitutional Law of Ireland, the Mercier Press, Cork and Dublin, 1987.

3. Report of the Constitutional, Review Group 1996, Government public, Dublin, 1996.

The Irish Jurist: Reference of Bills to the Supreme Court p.337)

Constitutionality of Bills and Laws: Report of the Constitutional Review Group , pages 74-75

Constitutionality of Bills and Laws: Report of the Constitutional Review Group , page 75

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Who is the “ tragic Hero” in the Sophocles Antigone- play, Antigone or Creon?

NAME: Jean-Samuel Bonsenge-Bokanga

COURSE: Classical Civilisation/Access Course For Matures Students 2007/2008

ASSIGNMENT TITLE: Who is the “ tragic Hero” in the Sophocles Antigone- play, Antigone or Creon?

LECTURER: Mary Cairns.

Introduction

Antigone is a Greek tragedy portrayed by Sophocles in 5th B.C. Throughout the play, two main characters arise and antagonize each other . As a result, they create a conflict that leads to tragic human sacrifices. One character, represented by Antigone defends the burial right of a Thebes citizen who’s her brother. The other character represented by Creon refuses to give full burial right to an Thebes national due to the law established in the state in relation to the matter. In the intervening time, a third party appears representing on one side, by people of wisdom who assigned themselves to warn the King about the consequences of his attitude and persuade him to change his mind; in the other side, by individuals who supported him to uphold his decisiveness; albeit they changed their attitude towards Antigone at the end of the tragedy. Antigone decides to give a symbolic burial to her brother and make herself ready to share the same punishment with her brother. Creon reacts vehemently to her action and reprimands her harshly. So, who is the “ Tragic Hero” in this play of Sophocles’ Antigone- Antigone or Creon? To respond to this question, I need to consider the background of the play, different types of conflicts emerged during the play and my own point of view which focuses on critical and analytical aspects.

Antigone comes from a very dysfunctional family. Laius & Iocasta were King and Queen of Thebes. At the oracle of Delphi they were given a prophecy by the blind prophet Teiresias telling that their son Oedipus will kill his own father and marry his own mother. By hearing this oracle , they decided to go out and give the baby to the shepherd. The original shepherd handed him to another shepherd as a baby to a Corinthian. He was brought to Corinth and grown up there. Naturally, He thinks that he’s a Corinthian. By a chance, he hears about the prophecy and believes in it. He decided to go out of the city and avoid the prophecy fulfilment. This brings him back to his homeland Thebes. There he met a beggar in the street, Oedipus killed the man for self-defence. That man was his own father King Laius. Furthermore, he helped Thebes to get rid of supernatural Sphinx and cure the disease. He was then elected as a new King and marries unknowingly his mother Queen Iocasta and have four children, Polyneices, Eteocles, Antigone, and Ismene.

Antigone’s key issue is the refusal of burial to one of her brothers under Creon the king of Thebes’ ordinance. As a ruler Creon puts in practice the legislation in relation to right of burial in his kingdom. The established law states that any criminals or threateners cannot receive full burial. Creon states that, as Polyneices threatened the safety of the city of Thebes , it is, according to the law to forbid him from a full burial and honour rather than to Eteocles. As he says:

“Now, conformably, of Oedipus’ two sons I have proclaimed this edict: he who in his country’s cause fought gloriously and laid down his life, shall be entombed and graced with every rite that men can pay to those who die with honour; but for his brother, him called Polyneices, who came from exile to lay waste his land to burn the temples of his native gods, to drink his funeral honours or lament him, but leave him there unburied, to be devoured by dogs and birds, mangled most hideously. Such is my will; never shall allow the villain to win more honour than the upright; but any who show love to this our city in life and death alike shall win my praise“.

Honestly, Creon was acting according to the law and was right.

However, what appears lawful to Creon and the elders is not perceived the same to Antigone. The refusal of full burial rites to one her brothers is discriminatory and unjust. As she reports to her sister :“ Our brother’s burial. Creon has ordained honour for one, dishonour for the other. Eteocles, they say, has been entombed with every solemn rite and ceremony. To do him honour in the world below; but as for Polyneices, Creon has ordered that none shall bury him or mourn for him; he must be left to lie unwept, unburied, for hungry birds of prey to swoop and feast on his poor body. So he has decreed, our noble Creon, all the citizens: to you, to me. To me! And he is coming to make it public here, that no one may be left in ignore; nor does he hold it of left moment: he who disobeys in any detail shall be put to death by public stoning in the streets of Thebes. So it is now for you to you to show if you are worthy, or unworthy, of your birth”.

Yet, her sister does not back her up because she takes into consideration the existence of the law and authority in the city and the aftermath of acting against the will of the state; as she says:

“[… If we defy the King’s prerogative and break the law, our death will be more shameful even than their[…]Since they who rule us now are stronger far than we, in this and worse than this we must obey them. Therefore, beseeching pardon from the dead, since what I do is done on hard compulsion, I yield to those who have authority; for useless meddling has no sense at all]”.

However, in response to her sister Antigone states that the sacred laws come from heaven not on earth; therefore she ’s not bind to this latter and decide to bury her brother despite what the king has proclaimed. She is totally determined to do what she thinks is the right thing to do at any cost.

The king strengthens his resolution and gives recommendations for full respect. Those who disobey will be punished by death. Antigone works out from the king’s decree and buries her brother according to the custom requirements. This was discovered by the Guards assigned by Creon to watch Antigone‘s brother’s body, as it is reported by one of the guards:

“ Then, here it is . The body: someone has Just buried it, and gone away. He sprinkled dry dust on it, with all the sacred rites“.

After hearing the unbelievable news, Creon urged his agents to find the person who has disobeyed his ordinances and the rule of the state within his power and bring him/her to him; if not they will be put to death by hanging. As he says:

“[For, as I reverence the throne of Zeus, I tell you plainly, and confirm it with my oath: unless you find, and bring before me, the very author of this burial-rite mere death shall not suffice; you shall be hanged alive, until you have disclose the crime……]”

The guards’ lives were threatened by the King. For the sake of their own lives the Guards decided to hide themselves on a hill and waited patiently until they caught the person who committed the crime.

Face to face with Creon, Antigone does not deny anything and admits the accusations made by the guards on her account. During the cross-examination by Creon Antigone still maintain her position, she was aware of the proclamation forbidding the burial to her brother but defies Creon saying that the decree was not signed by Zeus the Head gods and goddesses in their world. To say that, she ought to respect divine law rather than men- made law. Moreover, she states that both of her brothers have equal rights for burial no matter what they did. Added to this, she points out that the god of death requires these rites and her brothers are not enemies and it is more probable that they might be reconciled in the underworld; she has to love them and not share their detestation.

In response to that, the King refuted Antigone’s view and states that as long as he is living no woman shall have power to direct him . This included Antigone’s sister who was brought in front of him. After being interrogated by Creon, Ismene confirms implicitly that she has been involved in their brother’s burial and ready to share the punishment with her sister. Antigone refused her sister proposal categorically and ready to die alone. As she says to her : “ Be comforted; you live, but I have given my life already, in service of the dead”. Her sister intervenes to the king to get her out from the punishment; remembering him that Antigone is her sister and his son’s bride. Responding to both Ismene and the chorus Creon states that death is the determined sentence against Antigone in relation to the crime she has made. Haemon his child was brought in. At this point, Creon started by lecturing him on; loyalty and obedience towards him as father. Also, about his love affaire with Antigone who is according to his point of view an evil and disobedient woman; he opposes himself against any eventual marriage to her. Further he added that Antigone has broken the law and defeated his authority. He urges Haemon to stand at his side despite their love because he has decided to kill her. Moreover, he find unpleasant to be defeated by woman, Antigone in particular; as he says: “ So we must vindicate the law; we must not be defeated by a woman. Better far be overthrown, if need be, by a man than to be called the victim of a woman”

Surprisingly, his son reacts differently from what he has just said. He mentions the true wisdom that comes from the gods. Moreover, what stands besides the public

discourse is diametrically opposed to his father’s way of viewing things; as he says:

“[…..I can listen freely, how the city mourns this girl. No other woman, so they are saying, so undeservedly has been condemned for such a glorious deed. When her own brother had been slain in the battle she would not let his body lie unburied to be devoured by dogs or birds of prey. Is not this worthy of a crown of gold? Such is the muttering that spreads everywhere.[..] Therefore let no this single thought possess you: only what you say is right, and nothing else. The man who thinks that he alone is wise, that he is wise, that is best in speech or counsel such a brought to proof is found but emptiness. There’s no disgrace, even if one is wise, in learning more, and knowing when to yield]”.

Antigone’s boy friend’s speech as regards to his father’s was positively appreciated by the elders men of Thebes known as chorus in this play. By trying to persuade his father to change his mind regarding his bride’s punishment he engages himself in a purely opposing game of questions and answers surrounding on his young age and wisdom; his girl-friend offences, a tyrannical power established by his father in opposition to the gods, his father final decision to kill Antigone.

Antigone appeals against her own case before the chorus but in vain. Nevertheless, she is satisfied to be welcomed in the underworld by Hades the lord of the dead and ruler of the nether world; and meet her parents and siblings who died previously. She does not find herself guilt of breaching any god’s law; but she ‘s convicted by the law of the city which had forbidden her brother burial.

Despite all of this, Creon is determined is his decision and sign for Antigone’s death.

Finally Teiresias was brought in to convince Creon to change his mind on Antigone’s case. As he says:

“ No man alive is free from error, but the wise and prudent man when he has fallen into evil courses does not persist, but the wise and prudent but tries to find amendment. It is the stubborn man who is the fool. Yield to the dead, forbear to strike the fallen; to slay the slain, is that a deed of valour? Your good is what I seek; and that instruction is best that comes from wisdom, and brings profit”.

Regardless , Teiresias’s prophecy foretelling Creon on the destruction of his own family and power; he did not change his attitude. Moreover, it was proposed to him by the chorus to set Antigone free but unsuccessful. As result, due to Creon’s stubbornness Haemon his son and Eurydice the Queen her wife killed themselves one at a time. Terribly shocked, Creon did not know what to do, he than face exhaustively the disaster.

This essay has shown in this play two main characters opposing each other and pervade to multidimensional conflicts. Antigone buried her brother despite Creon proclamation on his burial refusal because she would like to; avoid a curse to his brother, secure a place for rest for his brother in the underworld and meet him and the rest of her family who died before when she will pass away. Also, because the decree banning her brother from right to burial was signed Creon rather than by Zeus, stating that the nomos cannot prevail to the physis. Creon made a decree refusing Antigone’s brother right to burial and punishment to anybody who will dare to contravene to his legislation because, Polyneices is a criminal and a threatener; he attacked the city of Thebes and killed its citizens. Antigone was sentenced to death because she broke the law established for that matter. Furthermore, she is a woman and cannot fight against man, her primary role is in oikos rather than in polis; she defies a freshly established authority. Antigone did not accept the punishment sharing with her sister because Ismene did not express her support to her at the early stage of the row. That was her choice according to Antigone’s point of view. Her sister was reluctant to join her on her battle against Creon because she did not like to go against the will of the city. In addition to this, she acknowledged that they both are women and cannot rule against men; disobedience would make their death more dramatic than that of their two brothers. she was released because she did not take part in the crime. Creon accused guards of bribery prior Antigone’s arrest because he could not imagine any other motivation that would push an individual to go against the law. Creon opposed to his son persuasion to free her girl friend because; the interests of the polis must be placed before those of oikos, a ruler must be obeyed and a man must not allow a woman to dominate him. Haemon killed himself because; of his father‘s ,wrong deed , the shame brought by his decision in whole city and presumably because of his love affair with Antigone. Her mother Queen Eurydice killed herself because she was stressed and distressed regarding what was happening around the city, her family destruction, and her husband ’s behaviour. All of this was the fulfilment of Teiresias’s prophecy .

Having considered, the two main antagonists character of this play of Sophocles’- Antigone” Antigone”; the conflicts it has generated throughout the scenes and theirs grounds; the third party intervention that assigned itself a task to persuade both parties to change their attitudes in relation to the conflict; the individual sacrifices to defend a right to burial to a Thebes national; it is arguably suggested that, Antigone is the true” tragic Hero” in this play.

1. Hall Edith: Sophocles: Antigone, Oedipus the King, Electra, Oxford University Press Inc, New York, 1994.

2. Segal Erick: Oxford Readings in Greek Tragedy, Oxford Press Inc, New York, 1983.

Bibliography.

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Posté par lefrancophone à 20:01 - My Essays as a Mature Student at NUI galway 2007-2008 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 avril 2008

La Constitution en Afrique.

Cher visiteur

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE vous interpelle, vous intéresse?


LA CONSTITUTION EN AFRIQUE a besoin de vous

* Interpellation du Premier Ministre Gizenga en RD du Congo : les leçons du report

           En Afrique, le Parlement remplit-il mieux qu’hier sa fonction constitutionnelle de contrôleur du Gouvernement ? Nombre d’africanistes succombent à la tentation de répondre péremptoirement par la négative … sans prendre la peine de tirer les leçons de l’actualité constitutionnelle ou d’éprouver des faits incontestables de nature à porter un autre regard sur la vie parlementaire.

           Il convient de verser au débat l’interpellation du Premier Ministre de la République Démocratique du Congo, qui a été récemment reportée pour vice de procédure.

Le 11 mars 2008, Delly SESANGA DJA KASENG, député national MLC (opposition), a pris l’initiative d’interpeller le Premier ministre, un droit que lui reconnaît l'article 138 de la Constitution du 18 février 2006 et qui s’exerce selon la procédure prescrite par les articles 171 à 177 du Règlement intérieur de l'Assemblée Nationale :

Article 171

L’interpellation est une demande d’explication adressée au Gouvernement ou à ses membres, aux gestionnaires des entreprises publiques, des établissements et des services publics les invitant à se justifier, selon le cas, sur l’exercice de leur autorité ou sur la gestion d’une entreprise publique, d’un établissement ou d’un service public.

Elle peut être initiée à tout moment de la session ordinaire.

En session extraordinaire, l’interpellation ne peut avoir lieu que si elle est préalablement inscrite à l’ordre du jour fixé dans l’acte de convocation.

Article 172

Le député qui se propose d’interpeller le Gouvernement, ses membres, les gestionnaires des entreprises publiques, des établissements ou des services publics, fait connaître au Bureau de l’Assemblée nationale l’objet de son interpellation par une déclaration écrite.

Article 173

Le Bureau de l’Assemblée nationale inscrit l’interpellation à l’ordre du jour de la séance la plus proche, au cours de laquelle son auteur est invité à en exposer le contenu et les motifs à l’Assemblée plénière.

Si l’objet de l’interpellation est approuvé, elle est inscrite en priorité au calendrier des travaux.

Article 174

L’interpellé se présente devant l’Assemblée nationale dans le délai de huit jours francs à dater de la notification de l’interpellation.

Si l’objet de l’interpellation concerne la politique générale du Gouvernement, le Premier Ministre est chargé d’y répondre.

Article 175

A la plénière de l’Assemblée nationale programmée à cet effet, l’interpellé donne ses explications après l’exposé de l’interpellateur.

Le Président ouvre le débat en invitant les députés inscrits à faire leurs interventions.

Ces interventions sont suivies par la réponse en réplique de l’interpellé. Le débat est clos par la dernière réplique de l’interpellateur.

Article 176

Les conclusions du débat comportant, le cas échéant, les recommandations ou les motions de l’Assemblée nationale, font l’objet d’un rapport approuvé par la plénière et transmis, selon le cas, au Président de la République, au Premier ministre, au Ministre de tutelle par le Bureau de l’Assemblée nationale dans les soixante douze heures suivant la clôture du débat.

Au cas où les recommandations contiennent des propositions de sanctions et que dans les trente jours qui suivent la transmission du rapport au Président de la

République, au Premier ministre et au Ministre de tutelle, ces sanctions ne sont pas prises, le Président de l’Assemblée nationale saisit l’autorité judiciaire compétente conformément à la loi.

Article 177

En cas de refus de l’interpellé ou s’il se présente après le délai ci-dessus, le Bureau adresse un rapport circonstancié approuvé par la plénière avec ses recommandations au Président de la République si l’interpellé est le Premier ministre ; au Premier ministre si l’interpellé est membre du Gouvernement ; au Ministre de tutelle, s’il est gestionnaire d’une entreprise publique, d’un établissement ou d’un service public.

 

           La motion inédite d’interpellation du chef du Gouvernement est intervenue dans un climat politique tendu, marqué par les discours de rentrée parlementaire du 15 mars 2008, prononcés par des personnalités proches du pouvoir : Vital KAMERHE, Président de l'Assemblée Nationale, et Léon KENGO WA DONDO, Président du Sénat, ont fait publiquement l’inventaire sans complaisance des graves problèmes sécuritaires, économiques et sociaux, que rencontre la République Démocratique du Congo. Delly SESANGA DJA KASENG, député de l’opposition, n’a fait, en somme, que développer, dans le texte de son interpellation, l’appréciation critique d’une année de Gouvernement d’Antoine GIZENGA, que partageaient la plupart des parlementaires, de retour de leurs circonscriptions. Son initiative de mettre en cause directement le Premier ministre rencontrait aussi la volonté des présidents des assemblées de rehausser l’institution parlementaire. C’est à ce double titre que la lecture du texte de l’interpellation, publié par le journal "La Prospérité", s’impose :

 

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Au moment où le Gouvernement que vous dirigez accomplit, ce 24 février 2008, un an de service dans le cadre de cette première législature de la 3ème République, soit 20% de sa durée théorique maximale ; il est venu le temps, ainsi que vous vous étiez engagé devant la représentation nationale, de rendre compte sur la politique conformément à l’article 91 alinéa 2 de la Constitution. Prenant appui sur les articles 100 al.2 et 138-3 de la Constitution et 152- 3, 171,172 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, j’ai l’honneur de vous interpeller conformément à l’article 174 alinéa 2 du Règlement intérieur précité, sur l’exercice de votre autorité, comme chef du Gouvernement, dans la conduite de la politique générale du Gouvernement sur les points qui suivent.

Excellence Monsieur le Premier ministre,

Notre interpellation n’est pas fondée sur des considérations générales. Elle vise contrôler la manière dont vous avez exercée votre autorité au service des engagements que vous avez librement pris devant l’Assemblée nationale, lors de votre investiture en février 2007 ainsi que lors de la présentation des budgets 2007 et 2008.

Dés lors que l’Assemblée nationale avait adopté, après débats, votre programme ; celui –ci est devenu le cadre de référence dans la conduite des affaires de l’Etat. Il s’impose ainsi comme l’unité de mesure de votre responsabilité constitutionnelle devant l’Assemblée nationale.

C’est donc à lui, et à lui seul, que nous nous référons dans le cadre de la présente interpellation.
A ce sujet, notre préoccupation réside dans les contre performances enregistrées et qui mettent en cause sa réussite, hypothéquant ainsi l’avenir de ce Congo dont vous avez nourri l’ambition d’en assurer le redressement dans un plus bel élan.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Il vous souvient que lors de votre discours d’investiture vous aviez, avec raison, stigmatisé la précarité de la situation du congolais, que vous aviez, considérée comme la résultante, je cite, entre autres : « du démantèlement des piliers essentiels du pouvoir étatique, le manque de rigueur dans la gestion des ressources financières et économiques, l’érosion monétaire due à la gestion irresponsable des finances publiques et de la monnaie ainsi que le pillage et l’exploitation de ressources naturelles ». Et vous diagnostiquiez que : « tout cela n’est pas ni de l’incapacité des dirigeants, mais les conséquences d’une œuvre de destruction et de spoliation des régimes de domination, qui affaiblit un peuple en lui enlevant tous les droits. »

Conscient de la situation préoccupante du moment, vous avez proposé dans un élan volontariste de rupture un programme de refondation axé sur :

• la consolidation de la Nation, la construction de l’Etat et la restauration de son autorité ;

• la relance de l’économie,

• la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales,

• la restauration de la famille et des valeurs sociales avec un accent particulier sur la lutte contre la corruption, sous toutes formes, et contre l’immoralité politique.

A l’analyse, nous sommes aujourd’hui préoccupés par le niveau de réalisation des facteurs et des repères que vous avez soulignés, comme la clé de réussite de votre programme.

D’où l’objet de la présente interpellation.

C’est donc sur la foi des engagements de votre programme que nous souhaitions avoir des éclairages sur leur mise en œuvre, conscient de la lourde et délicate mission qui est la vôtre à la tête du Gouvernement de la République.

1. SUR LE PLAN DE LA CONSOLIDATION DE LA PAIX ET DE LA NATION AINSI QUE DE LA RESTAURATION DE L’AUTORITE DE L’ETAT

Le contrat de gouvernance, que vous décriviez comme l’innovation de taille dont le peuple appréciera la pertinence et l’impact dans les prochains mois tarde à donner la mesure des résultats spectaculaires que vous lui assigniez.

Dans le cadre du Contrat de Gouvernance, vous vous êtes néanmoins engagé à mettre en place des institutions sécurité des personnes et de leurs biens, la sécurité juridique et judiciaire, la transparence dans la gestion, l’obligation de rendre compte et l’obligation de réaliser des résultats. Vous avez, à cette occasion, ciblé les domaines prioritaires que sont l’intégration de l’armée, la démobilisation et la réinsertion ainsi que la modernisation de la police et du système judiciaire.

A. La défense nationale et sécurité : Armée et Police nationale

Concernant la réforme de l’Armée, la question à cette étape consiste à savoir quelle est votre politique dans la conduite de ce processus en vue de doter notre pays d’une armée opérationnelle, disciplinée, dissuasive et moderne, capable de sécuriser nos populations et nos frontières. Combien a coûté le processus ?

Combien vous faut- il pour parachever l’intégration de l’armée et en combien de temps ? L’opinion aura noté qu’il aura fallu un an presque pour que le Gouvernement consente à tenir une table ronde sur la sécurité. Qu’est- ce qui explique un temps si long sur un sujet aussi urgent que sensible ? Dans quels délais peut- on alors espérer, au niveau du Parlement, obtenir la loi sur la programmation militaire que vous avez promise lors de votre investiture ? Vous avez fait du contrôle de nos frontières l’une de vos missions de premier plan. Vous proclamiez alors qu’elle est une garantie de votre politique de paix et de bon voisinage. Comment sont gardées nos frontières ? Après l’affaire de KAHEMBA, quelle est la politique menée pour assurer nos citoyens sur le respect de l’intégrité de nos frontières ? Quant à la sécurité des biens et des personnes, vous vous êtes engagé à améliorer, de manière significative, le service public de la Police nationale. Vous avez promis les actions urgentes en vue de renforcer la sécurité des biens et des personnes. Où en êtes- vous avec l’engagement de ces actions et en quoi elles consistent d’autant que la dégradation de la situation sécuritaire n’est plus l’apanage des zones de conflit de notre pays, mais est devenue le lot quotidien de toutes les agglomérations de la République où on assiste à la recrudescence des viols et braquages des paisibles citoyens sans que la justice promise ne s’en suive. Elle est où cette police en nombre et en qualité que vous avez promise pour sécuriser les biens et les personnes ? Pouvez- vous expliquer à la représentation nationale pourquoi l’opinion nationale a le sentiment que le recours à la force dans les opérations de maintien de l’ordre donne lieu à un usage disproportionné de la force publique, au détriment des droits de l’homme ? La Constitution place les services de sécurité sous l’autorité du Gouvernement. Quelles sont les actions que vous avez entreprises dans la perspective d’avoir l’autorité effective sur ces services, mais aussi quelles sont les mesures envisagées pour asseoir leur restructuration en vue d’adapter leur fonctionnement au nouveau contexte démocratique ?

B. Justice : Indépendance du pouvoir judiciaire et réforme de la Justice

Lors de votre investiture, vous aviez engagé le Ministre de la Justice à accélérer la mise en œuvre de la réforme qui garantirait l’indépendance du pouvoir judiciaire. Où en sommes nous avec cette réforme ? Et surtout, comment expliquez- vous que vous ayez engagé le Gouvernement dans la violation de l’indépendance du pouvoir judiciaire avec les récentes nominations des hauts magistrats ? Quelle a été l’urgente nécessité qui vous donne autant des libertés avec la Constitution ? Quelle est l’orientation que vous donnez à cette réforme ? Quelle est la nature de l’accélération que vous entendez lui imprimer et dans quel horizon de temps cette réforme sera-t- elle appliquée et pour quels résultats ? Quel en est le coût ? Dans la lutte contre l’impunité, le ministre de la Justice était chargé d’établir un contrat de performance avec les organes de poursuite dont l’inexécution devait entraîner, ipso facto, la relève de fonctions des responsables inefficaces. Où en sommes-nous avec l’élaboration de ce contrat de performance ? Et quels en sont les termes de référence ?

L’accélération de la décentralisation

Vous aviez annoncé du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, l’engagement des actions d’urgence pour accélérer la mise en œuvre de la décentralisation et redynamiser l’administration de la proximité sur ce volet, vous aviez promis trois projets de loi portant respectivement sur Conseil économique et social que la loi financière. A ce jour, aucun de ses projets de loi n’a été déposé au Parlement. Pourquoi ? Comment, par ailleurs, entendez-vous accélérer la mise en œuvre de la décentralisation sans que votre Gouvernement ne puisse se donner des instruments financiers cités ci haut, promis en urgence ? Y a- t- il un sens à l’urgence lorsque vous évoquez celle-ci ? A quelle durée et à quel rythme cela correspond-t-il ?

C. Le pluralisme politique : réforme des médias publics et dialogue avec l’opposition

Vous avez fait de la communication l’un des secteurs clés de votre action gouvernementale. A cet effet, vous aviez promis la reconfiguration du paysage médiatique pour coller aux réalités et faire de la radio et de la télé nationales des véritables médias publics, accessibles à tous les courants de pensée. Et, vous vous êtes engagé pour la révision de la législation de la communication et une nouvelle politique d’attribution d’aide publique.

Où en sommes nous avec cette réforme annoncée ? Comment pouvons-nous expliquer que les antennes de la RTNC soient plus fermées qu’avant à la diversité d’opinions, d’autant que les émissions de débat politique contradictoire ont disparu de la grille des programmes ?

En démocratie ouvert, vous aviez pris l’engagement d’avoir un dialogue et d’être à l’écoute de l’opposition. Par quel mécanisme assurez-vous ce dialogue et comment êtes-vous à l’écoute de l’opposition un an après ?

E. La moralité publique : la responsabilité politique au seuil de la lutte contre l’impunité

Vous avez pris le ferme engagement de coopérer étroitement et en toute transparence avec le parlement, et vous renchérissez qu’il en sera le cas même lorsqu’il y aura des désaccords.

A cet effet, vous avez solennellement dit, je cite : ‘‘Je m’engage en particulier sur trois points » ;
‘‘Premièrement, si un membre du Gouvernement n’est manifestement pas à la hauteur de sa tâche, où s’il manque aux obligations que lui impose sa charge, je n’hésiterai pas à lui demander sa démission.

‘‘Deuxièmement, je reconnais l’importance du contrôle démocratique exercé par l’Assemblée nationale. Je m’emploierai donc à fournir rapidement toutes les informations nécessaires à cet effet.

‘‘Troisièmement, je maintiendrai un dialogue régulier avec l’Assemblée nationale ; notamment à travers les engagements de transparence souscrits dans le contrat de gouvernance.

‘‘Quatrièmement, mon Gouvernement sera proche de l’opposition et sera en permanence à son écoute’’.
Au bout d’un an d’exercice, lequel de ces points a été respecté ? A chaque fois que le Parlement a exercé le contrôle de l’exécutif, mieux vous avez fait la sourde oreille aux désapprobations du parlement, pire vous l’avez défié en assumant l’épreuve de force, en vous abritant derrière la majorité pour évacuer ses réprobations les plus totales et absolues.

A quels principes de refondation, mettez-vous votre poids moral qui est certain dans notre pays ?
Concernant les incompatibilités qui frappent certains membres du Gouvernement par rapport à leurs fonctions au sein des organes dirigeants des partis politiques, vous vous êtes engagé en tant que Chef du Gouvernement pour qu’après leur investiture, tous les membres du Gouvernement se mettent en règle par rapport à la Constitution et à la loi.

Et pourtant, de façon encore ostentatoire, les membres du Gouvernement se revendiquent encore d’assumer des fonctions dans leurs partis politiques, qui ont été convertis en fonctions honorifiques sous des appellations diverses qui ne cachent rien de la réalité du détournement de la loi.

II. SUR LE PLAN ECONOMIQUE ET FINANCIER

Vous aviez annoncé avoir levé l’option de l’économie sociale du marché qui sera concrétisée par des réformes structurelles et sectorielles que vous alliez engager et expliquer dans le plan d’action sectoriel de chaque département ministériel.

A. Le chantier des réformes structurelles et sectorielles

L’engagement du Gouvernement était de déposer au cours de la session d’avril 2007 une loi-cadre regroupant les réformes prioritaires en vue de répondre aux exigences d’un cadre incitatif au développement des investissements privés et des affaires.

Pourquoi ces plans d’action sectorielle des ministères, en fait des différents secteurs clés de l’économie, ne sont jamais venus pour concrétiser la promesse du Gouvernement ? Dès 2007, il avait été promis un plan d’action avec une feuille de route précise, à la fois réaliste et ambitieuse pour tenir compte du programme d’urgence. Il n’est jamais venu.

Faut-il rappeler que vous aviez promis que le Gouvernement déposera son plan détaillé et chiffré avec les séquences opérationnelles et les différents cadres sectoriels à court et moyen termes à l’occasion du dépôt de la loi budgétaire.

A l’occasion des dépôts des projets de loi budgétaire en 2007 et 2008, rien de tel n’est venu constater ces cadres sectoriels.

Au mois d’Avril 2007, la loi cadre sur les réformes promises n’est pas venue concrétiser la promesse gouvernementale.
Vous aviez pris l’engagement de relever les recettes de l’Etat en recourant notamment, dans le cadre des réformes fiscales et douanières, à la mise en place d’un partenariat public-privé pour renforcer le mécanisme de perception des droits de douanes en assurant plus d’efficacité et de transparence. Ce choix existe-t-il toujours ? Où en sommes-nous avec sa mise en œuvre ? Si tel n’est pas le cas, quelles sont les motivations qui ont justifié le revirement du Gouvernement ?

En vue de favoriser l’investissement direct étranger et le partenariat public-privé, vous vous étiez engagé à mettre fin aux monopoles inutiles, de fait comme le droit, dans le domaine de la production. Vous visiez alors le secteur de l’eau, de l’électricité, des transports, des travaux publics, de l’habitat, des assurances et de la sécurité sociale.

Quels sont les secteurs qui sont en voie d’être ouverts à la concurrence ? Quelles sont les dispositions légales et règlementaires que votre Gouvernement s’apprête à prendre dans cette réponse ?

B. La lutte contre les inégalités : le chômage et la hausse de prix

Vous aviez martelé que la lutte contre le chômage n’est pas une priorité, mais qu’elle est la priorité des priorités. Combien d’emplois ont été générés depuis ? Le Forum sur l’emploi s’est-il tenu ? Quels en ont été les termes de référence ? Vous aviez promis, par un choix politique difficilement tenable dans le contexte actuel, les embauches dans l’administration publique pour résorber une partie du chômage. Avez-vous répertorié les postes disponibles et combien d’embauches ont été opérées ? Et surtout où en êtes-vous avec la politique active et responsable promise en matière de la gestion de la paie du personnel civil et militaire de l’Etat ?

En attendant la restructuration d’un certain nombre des secteurs en vue de libérer les énergies et notamment de favoriser la création d’emploi ; le potentiel d’emplois dans les domaines des services, des transports et de l’énergie est gelé par l’inaction du Gouvernement, mettant en cause les perspectives d’une amélioration de l’emploi par le secteur privé. Celui-ci a remis, par l’intermédiaire de la FEC, un document sur les réformes essentielles à conduire, dont certaines sont rapides à déployer. Que fait le Gouvernement dans ce secteur de la conduite des grandes réformes économiques et à quand les plans sectoriels de travail ?

Toujours sous le sceau de l’urgence, vous aviez promis d’engager la réforme de la sécurité sociale et la transformation de l’INSS. J’avais personnellement trouvé que cet engagement en valait la peine.

Pouvez-vous, Excellence Monsieur le Premier Ministre dire à l’Assemblée nationale, et à travers elle aux millions des bénéficiaires légaux des prestations de l’INSS, où en êtes-vous avec cette réforme urgente et en combien de temps pensez-vous la faire aboutir ?

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

En novembre 2007, vous affirmez à l’Assemblée nationale d’avoir non seulement réussi à stabiliser la monnaie ainsi que les prix des biens et services sur les marches mais résorbé le déficit public. Et pourtant, la reprise de l’inflation au cours de ce premier trimestre a fait voler en éclat le cadrage macroéconomique très optimiste de votre Gouvernement. Avec ce dérapage, la flambée des prix confine aujourd’hui nos populations dans une plus grande misère, rivées à la pauvreté abjecte, mettant en cause les améliorations de certains salaires consenties votre Gouvernement.

Les augmentations consenties étant captées par la hausse des prix ; les inégalités et la pauvreté reprennent le dessus dans la vie quotidienne de nos populations.

Qu’entend faire votre Gouvernement face à cette réalité ? Quel est le sens que vous donnez à la lutte contre les inégalités dans votre programme ?

C. La gestion des finances publiques : le point d’achèvement

Dans le cadre de la Bonne Gouvernance sur le plan des finances publiques, vous vous êtes engagé, vu le résultat les résultats de la gestion antérieure que vous avez eu raison de critiquer fortement, à restructurer la gestion des finances publiques de sorte à les rendre transparentes ainsi que ka gestion des ressources naturelles.

Vous aviez, à l’occasion de la présentation du budget 2007, présenté une situation résultante des finances publiques avec les économies budgétaires réalisées de plus de 50 milliards CDF. Et vous affirmiez avoir consacré plus de la moitié aux opérations de sécurisation de l’Est du pays. Cependant, le Gouverneur de la Banque centrale vous a récemment contredit en soulignant l’absence de la discipline budgétaire et le relâchement de la politique monétaire.

Comment expliquer, Excellence Monsieur le Premier Ministre que malgré les resserrements de la politique budgétaire et la conduite de la politique monétaire prudente, dont vous étiez fait le garant en novembre 2007, le pays se soit retrouvé dans une forte perturbation économique en fin décembre 2007 au point que la perspective de conclure un programme formel avec le FMI soit remis à plus tard.

Puisque vous évaluez conformément au DSCRP, à 14 milliards de dollars américains pour les trois premières années (2007, 2008, 2009), vous rassuriez alors que cette hypothèse repose sur votre détermination à conclure dans un bref délai un programme avec les institutions financières internationales. Quel est le cap de financement à ce jour et aussi quel est l’impact de la non conclusion d’un accord formel avec le FMI, alors que nous sommes pratiquement à la moitié de la période à financer ?

Plusieurs d’entre nous députés, avions à l’époque suggéré, Monsieur le Premier Ministre, de dresser un chemin critique qui sécurise l’accès du pays au point d’achèvement.

Vous aviez semblé considéré cela comme dérisoire. Car, vous répondiez en ces termes : ‘‘s’agissant du chemin critique vers le point d’achèvement …il sera développé dans le plan d’actions détaillé qui va accompagner le dépôt du projet de la loi budgétaire 2007’’.

Et, si vous estimiez qu’en ce moment là il était hasardeux, voire irresponsable, de présenter un chemin critique vers le point d’achèvement, sans états des lieux exhaustifs et sans connaître réellement l’héritage légué par le Gouvernement ‘‘1+4’’, lors du dépôt du budget 2007, ni le plan d’actions détaillé, ni l’origine des ressources, toutes choses promises en même temps, le chemin critique vers le point d’achèvement n’ont été présentés dans le budget 2007 et pourtant, en novembre 2007, vous affirmiez ici que vous aviez accompli et réussi à :

- Sortir le Gouvernement congolais de la spirale du financement monétaire, responsable de la dépréciation constante de notre monnaie ; - Respecter les critères devant conduire à la conclusion prochaine d’un programme formel qui bénéficiera de l’appui financier des partenaires extérieurs et à engager résolument le pays sur la voie du point d’achèvement et de l’annulation de sa dette extérieure à l’horizon 2008.

- Est-ce l’excès d’optimisme ? Ou encore les choses vous ont échappé ? Ou encore que la détermination a fait défaut ?

Le résultat aujourd’hui, Excellence Monsieur le Premier Ministre, est là ; la réalité financière vous rattrape et avec vous, le pays n’a pas atteint le point d’achèvement en 2007, et ce ne sera pas 2008, le plus tôt et au mieux c’est 2009 et voire 2010.

Quand est-ce que le pays atteindra le point d’achèvement de l’initiative PPTE ? Et quand est-ce que votre Gouvernement va être en programme avec le FMI ? Qu’est-ce qui vous empêche d’y parvenir ? Acceptez-vous d’en dressez un chemin critique responsable ?

D. La tolérance zéro du secteur minier

Quelle est au demeurant, le sens d’une politique de révisitation des contrats assortie d’une politique de signature concomitante d’autres contrats dans des termes identiques ?

Vous vous engagez dans le cadre du partenariat avec la Chine dans la signature des nombreux contrats dont l’objet viserait à couvrir le part des engagements de l’Etat congolais dans le programme d’infrastructures à construire.
Pouvez-vous expliquer à l’Assemblée nationale pourquoi les résultats de révision des contrats miniers ne sont pas toujours mis à la disposition ?

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Vous aviez pourtant promis d’observer une tolérance zéro dans le secteur minier et de dénoncer les éventuels aspects léonins ou les mauvaises applications éventuelles des contrats des secteurs minier, forestier, des télécommunications et autres.

E. La politique des investissements publics : exigence de transparence

Vous avez pris l’engagement de soumettre au Parlement une loi de programmation des investissements. Mais c’est par les médias que les représentants du peuple apprennent que certains ministres ont décidé du gros des infrastructures à bâtir. Ces infrastructures sont par ailleurs inégalement réparties sur l’étendue de la République.
Quand est- ce que cette loi viendra ? Quelle sera sa portée dès lors tout aura été vidé de sens préalablement ?

F. La cerise sur le gâteau : des nouvelles technologies aux sports de vacances

Le Gouvernement entendait, dans le domaine de la recherche scientifique et des nouvelles technologies des actions ciblées qui seront définies dans le plan détaillé et qui devait être présenté dans le projet de loi budgétaire 2008.

Quels sont ces domaines de recherche et des nouvelles technologies où les actions ciblées ont été menées avec quels résultats ?

A la nombreuse jeunesse de notre pays, vous avez promis l’organisation des sports de vacances.
Quand est-ce que ces sports de vacances sont programmés et quelles vont être les parties prenantes ?

Enfin, nous avions été frappés par le souci de la culture de votre Gouvernement. Il y avait là lieu d’innover et nous attendons toujours l’inventaire du patrimoine culturel, matériel et intellectuel pour en préserver la qualité, comme vous l’aviez suggéré.


Delly SESANGA DJA KASENG

Député National     

LA CONSTITUTION EN AFRIQUE  a reçu le soutien de

Robert BADINTER, Sénateur, ancien ministre, avocat honoraire, Professeur émérite de l'Université Paris I - Jean du BOIS DE GAUDUSSON, Professeur à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV, directeur du CERDRADI, directeur du Groupement de droit comparé - Jean-Louis ATANGANA, Professeur agrégé des facultés de droit à l'Université de Yaoundé II - Jean-Marie BRETON, Professeur de droit public à l'Université des Antilles et de la Guyane, doyen  honoraire, directeur du CREJETA - Olivier CAMY, Chargé de cours à l’IEP de Paris et Maître de conférences en droit public à l’Université de Bourgogne - Marie-Anne COHENDET, Professeur agrégé de droit public à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne - Bernard CUBERTAFOND, Professeur à l'Université Paris VIII - Conceptia DENIS OUINSOU, Professeur agrégé des facultés de droit, Présidente de la Cour Constitutionnelle du Bénin - Olivier DUHAMEL, Professeur des universités à l’IEP de Paris - Jean-Louis ESAMBO, Président de l’Association congolaise de droit constitutionnelAlioune Badara FALL, Professeur agrégé de droit public à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV, directeur adjoint du CERDRADI - François FERAL, Professeur à l’Université de Perpignan Via Domitia, ancien Président de l’Université de Perpignan Via Domitia -Raymond FERRETTI, Maître de conférences en droit public à l’Université Paul Verlaine de Metz - Noël GBAGUIDI, Professeur agrégé des facultés de droit, directeur de l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature du Bénin - Gilles J. GUGLIELMI, Professeur agrégé à l’Université Panthéon-Assas Paris II - Komla Dodzi KOKOROKO, Professeur agrégé à l'Université de Lomé - Adama KPODAR, Professeur agrégé de droit et de science politique, Vice-Doyen de la faculté de droit de l'Université de Lomé - Auguste MAMPUYA KANUNK'a-TSHIABO, Professeur ordinaire à l'Université de Kinshasa et Professeur à l'Université de Nancy II - Jean-Pierre MAURY, Maître de conférences à l'Université de Perpignan - Joël MEKHANTAR, Professeur de droit public à l'Université Picardie Jules Verne d'Amiens, CURRAP - Marcelin NGUELE ABADA, Professeur agrégé de droit public à la faculté des sciences juridiques et politiques à l'Université de Yaoundé II - Alain ONDOUA, Professeur agrégé de droit public à l'Université de Limoges - Ahmed Salem OULD BOUBOUTT, Professeur agrégé de droit public à l’Université de Nouakchott - Yao Biova VIGNON, Professeur agrégé aux universités de Kara et de Lomé, Vice-Président de l'Université de Kara 

 

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Posté par lefrancophone à 12:26 - Infos lues pour vous. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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