27 juin 2008
Choisir l’avenir, bâtir l’indépendance
Par Kä Mana
Plus je réfléchis sur l’indépendance qui a été octroyée au Congo par la Belgique en 1960, plus il me devient clair qu’elle n’a pas à être considérée comme un repère majeur à célébrer dans la vie de notre nation. J’ai acquis la conviction qu’il n’est pas nécessaire d’en perpétuer la mémoire de manière positive ni d’en revitaliser avec joie le contenu devant les tâches qui s’imposent à notre pays maintenant.
Nous le savons tous et toutes : cette indépendance n’en a pas été une, ni du côté de la Belgique, qui n’a jamais cru en un transfert global de destin aux Congolais, ni du côté des Congolais, qui n’ont jamais réfléchi profondément à ce qu’être indépendants devait signifier pour nous.
S’il y a un quelconque sens à donner aujourd’hui à la journée du 30 juin 1960, il consiste à mettre en lumière le marché ambigu et faux que l’autodétermination politique du Congo fut dès le début de la première République. Il consiste aussi à penser radicalement les conditions d’une indépendance réelle pour nous maintenant. Il consiste enfin à poser les bases d’une nouvelle société à bâtir, à partir des leçons que nous devons tirer de notre expérience malheureuse de près de cinquante ans de pseudo-autonomie globale.
En fait, toute notre réflexion devrait nous conduire à prendre conscience du fait que notre indépendance est devant nous et non derrière nous. Elle est en nous non pas comme un don reçu ou une victoire arrachée il y a quelques décennies, mais comme une exigence indestructible à assumer maintenant, un projet vital à accomplir face à l’avenir, dans un contexte mondial dont nous devons maîtriser les arcanes pour ne pas continuer à célébrer chaque année la coquille vide du 30 juin 1960.
UN LEURRE FUNESTE POUR NOTRE PAYS
Il est frappant de constater que l’indépendance qui nous fut octroyée ce jour-là a été pensée et célébrée en termes essentiellement politico-politiciens, ou plus exactement, dans un jeu de dribles dont les cérémonies mêmes de célébration de notre autodétermination ont manifesté l’ambiguïté et la fausseté.
Ce fameux jour de notre libération, le Roi des Belges, Baudouin I, fit un discours d’une effarante incongruité : il présenta l’indépendance du Congo comme l’aboutissement d’un long processus de civilisation lancé par son valeureux ancêtre Léopold II, pour le bien des Congolais. Il magnifia l’œuvre civilisatrice de la Belgique dont il tirait gloire. Il prétendit, avec l’inauguration de notre indépendance, ouvrir de nouvelles perspectives de coopération entre la Belgique et notre nouvelle République, pour le grand bonheur de nos deux peuples.
Pour qui pouvait savoir lire entre les lignes des euphémismes diplomatiques du Souverain belge, une telle falsification de l’histoire ne pouvait être qu’un discours à double sens. Il visait, en un premier sens, à apaiser l’inquiétude des Belges en leur disant que la nouvelle période qui commençait ne serait pas différente de la précédente, dans la mesure où la grande œuvre civilisatrice continuerait selon les mêmes rapports des forces. En un deuxième sens, il s’agissait d’endormir quelque peu les Congolais en leur faisant comprendre que leurs colonisateurs ne leur voulaient que du bien, pour le meilleur des destins possibles.
A ce mensonge, le premier président du Congo indépendant, Joseph Kasavubu, répondit par un mensonge plus monumental encore : il fit semblant de faire la même lecture de l’histoire congolaise que le Souverain belge. Il fit semblant de voir le présent et l’avenir sous les mêmes auspices et de vouloir s’inscrire dans les mêmes horizons d’une vie paisible entre le Congo et le Royaume de Belgique. Il obéissait ainsi aux règles d’une diplomatie où les mots doivent demeurer ambigus et garder une aura feutrée qui ne choque personne, surtout pas un hôte de marque comme l’était Baudouin I ce jour-là.
Patrice Emery Lumumba crut jouer le jeu de la vérité en présentant l’indépendance comme l’aboutissement d’une haute et grandiose lutte, le fruit de l’héroïsme du glorieux peuple congolais. Il pensait ainsi l’autodétermination de notre peuple sous le modèle de quelque chose qui s’arrache, et beaucoup moins comme une réalité qui se construit selon une durée déterminée par l’avenir, dans une volonté ferme de se confronter résolument à des tâches où la politique en tant qu’action pour la liberté n’aurait de sens que si elle est adossée aux exigences de ce que Hannah Arendt appelle le travail et l’œuvre. C’est-à-dire la capacité de répondre par soi-même et pour soi-même aux besoins primaires de la vie (se nourrir, se vêtir, se loger, éduquer ses enfants) et l’ardeur de construire un monde qui dure, une culture et une civilisation dont les réalisations dépassent la simple durée de la vie humaine. En ne comprenant pas que travail, œuvre et action se rythmaient ensemble, Lumumba montra sa cécité politique et l’incapacité, qui le caractérisa tout au long des mois suivants, de comprendre que la cérémonie du 30 juin n’était qu’un vaste théâtre tragi-comique. Plus tragique que comique d’ailleurs, dans la mesure où s’y cachaient plus que ne s’y révélaient des contre-sens dont nous ne sommes pas encore sortis : nous célébrions une indépendance sans disposer de réelles capacités d’indépendance ; nous solennisions une libertés sans disposer de bases mêmes de la liberté ; nous nous attachions à l’ombre pendant que la proie nous échappait. Pour avoir manqué l’intelligence capable de saisir ces réalités et de déceler les vraies intentions de la Belgique dans le monde tel qu’il fonctionnait en 1960, Lumumba s’offrit à l’immolation sur l’autel des intérêts occidentaux, poussant ainsi les Belges et ses alliés à ajouter à la falsification de l’histoire un crime abominable qui hante, aujourd’hui encore, toute la mémoire congolaise et toute la conscience de l’humanité : l’ignoble assassinat du premier ministre congolais et de ses compagnons, Okito et Mpolo.
Les élites congolaises de cette époque, les fameux « évolués », qui n’étaient dans l’ensemble que des petites « fabrications » des colons pour des tâches subalternes, voyaient dans l’indépendance l’occasion de remplacer leurs « maîtres et seigneurs » : d’habiter leurs maisons, de chausser leurs bottes, de manger leurs mets, de boire leurs boissons, de rouler dans leurs voitures, d’imiter leurs manières, de jouir des mêmes avantages qu’eux et de bénéficier eux-mêmes du statut de « maîtres et seigneurs » face aux populations.
Quant au peuple congolais dans son ensemble, il chantait et dansait l’indépendance dans un contre-sens abyssal : il ne savait pas de quoi il s’agissait, il croyait entrer dans l’ère nouvelle de l’insouciance, de la farniente jubilatoire et de la vie éternellement jouissive, avec des princes prestidigitateurs noirs qui transformeraient la terre congolaise en un Eden éblouissant.
Le malentendu était donc total entre les protagonistes du 30 juin 1960. Entre le double langage du Roi belge, la roublardise du président congolais, la naïveté d’un premier ministre imprudent, l’étourderie des « évolué » impatients et la liesse béate d’un peuple complètement inconscient de ce qui se passait sous ses yeux, le dialogue qui se tissait était pire qu’un dialogue des sourds : c’était un marché des dupes, une séance d’abracadabras voudouvoudouesques.
Quel nom peut-on donner à une indépendance obtenue dans ces conditions ? Un leurre. Un leurre piteux et pitoyable, dont les Belges surent tirer les ficelles en vidant notre autodétermination politique de tout contenu, de toute substance, de tous sens.
Parce qu’ils avaient bel et bien entendu le discours de leur souverain, ils savaient qu’ils venaient de nous « fourguer » une coquille vide. Ils savaient surtout que nous n’avions ni les moyens militaires, ni les forces intellectuelles, ni la maîtrise économique et administrative nécessaire à la gestion d’un Etat moderne. Ils savaient que nous venions d’entrer dans l’ère de la néo-colonisation. Et ils mirent tout en œuvre pour que cette ère leur soit bénéfique : ils divisèrent nos leaders, ils assassinèrent ceux qui voulaient l’indépendance réelle et ils inventèrent Mobutu, le symbole de la nouvelle ère de dictature de plomb dont nous allions souffrir trois décennies durant. Ils bénéficiaient pour cela d’un atout de taille . l’Occident dans son ensemble, dans le contexte d’une guerre froide où notre pays représentait un enjeu géostratégique de première importance. C’est ainsi que de l’indépendance, nous n’eûmes que le nom. Le nom, et rien d’autre qui aurait pu nous donner à vivre notre vie nationale sous d’autres auspices que ceux de la domination coloniale sous la férule d’un nouveau « roi nègre », le démoniaque génie de Gbadolite.
LE PROJET QUI FUT DETRUIT
Ne croyez pas que nous fûmes tous dupes. Certains parmi les acteurs sociopolitiques de ce temps-là ont eu l’idée exacte de ce dont il s’agissait dans l’enjeu de l’indépendance et qui fut trahi dès le 30 Juin 1960. Je pense particulièrement à ceux qui composèrent notre hymne nationale. Il y a dans cette hymne un vrai projet de nouvelle société, placé sous le mot d’ordre : «Debout congolais !».
Se mettre debout, «dresser nos fronts longtemps courbés», prendre «le plus bel élan dans la paix», peupler « notre sol » et assurer « sa grandeur », c’est de cela qu’il s’agissait, et nous n’avons réalisé rien de tel depuis ce 30 juin du « beau soleil », ce « jour sacré de l’immortel serment de liberté » que nous étions censés léguer « à notre postérité pour toujours ». Nous n’avons pas compris que nous étions « unis par le sort » non pas pour une fiction de liberté dans le contexte néo-colonial où les Belges et les Occidentaux nous mèneraient constamment en bateau, mais pour bander nos forces créatrices « dans l’effort pour l’indépendance ». Elle est capitale, cette expression « effort pour l’indépendance ». Aux premières heures de notre volonté d’autodétermination, il nous fallait comprendre qu’il ne s’agissait pas de nous installer dans un quelconque état de béatitude octroyée ou arrachée, mais d’assumer une destinée et de construire un destin, avec ce que cela exige de « labeur » et d’élan « ardent » pour « bâtir un pays plus beau qu’avant ».
Les compositeurs de notre hymne nationale, Boka et Lutumba, nous proposaient ainsi une rupture. En revanche, les Belges nous imposaient une continuité.
Les élites et le peuple choisirent, consciemment ou inconsciemment, de s’inscrire dans la continuité en jouant le jeu de divisions, de sécessions, de tribalismes stupides, de guerres civiles et, au bout de tout, d’acception de la dictature mobutiste comme cadre de notre sort néo-colonial, le tombeau de notre indépendance.
Les valeurs qui devaient être celles d’une véritable liberté, nous n’avons pas pu les forger. Nous n’avons pas pu vivre conformément au projet de notre hymne nationale ni nous donner la force de mesurer constamment notre situation à l’aune de la vision que les plus visionnaires d’entre nous avaient de notre destinée et de notre avenir.
Notre drame a été de n’être pas entrés véritablement dans ce projet et de n’avoir pas pu en incarner les exigences. Mais le pouvions-nous ?
CONDITIONS POUR UN DESTIN D’INDEPENDANCE
Je ne crois pas que nous le pouvions. Pour être à la hauteur d’un tel idéal, il fallait situer le problème de l’indépendance au niveau le plus fondamental : celui de notre être même. Là, et non seulement à l’échelle de la « politicaillerie » indépendantiste où n’était engagé aucun effort de pensée sur ce que nous sommes réellement dans nos rapports avec nos colonisateurs devenus nos néo-colonisateurs.
Quand je me situe à cette échelle du fondamental, je comprends que le problème de l’échec de notre projet d’indépendance réside principalement dans nos systèmes de désir. Elites comme peuple, nous avons été pris dans un mimétisme du désir qui nous poussait à être et à vivre selon le mode de vie de ceux-là mêmes qui étaient nos « maîtres et seigneurs ». Il y avait en nous comme un envoûtement qui nous poussait à nous inscrire dans la perspective de faire de la Belgique notre modèle, et de l’Occident, notre guide, dans nos modes de vie. C’est à ce niveau que les Belges nous ont dominés et ont vidé notre indépendance de son ressort. A partir du moment où l’aspiration la plus profonde du Congolais était d’être comme le Belge et de rassembler à l’homme d’Occident, c’est de l’intérieur que nous étions piégés : la Belgique et l’Occident ne pouvaient pas sortir de nous ni partir de nos têtes. Nous étions comme des esclaves singeant leur maître, intériorisant ses valeurs et prenant ses normes comme la seule voie d’humanité. Pour un tel esclave, la liberté ne peut avoir aucun sens. Le Belge, l’Occidental, savait cela : il avait toujours en mémoire l’expérience des « évolués » qui étaient fiers d’avoir rompu avec les milieux coutumiers, d’avoir accédé au monde du Blanc dans une comédie de style « peau noire masques blancs », ce jeu dramatique où Franz Fanon voyait clairement comment l’aliénation anthropologique du nègre empêchait toute libération en profondeur. Il suffisait de continuer l’expérience en créant une nouvelle classe des maîtres noirs du Congo pour que le tour soit joué et la présence européenne en RDC assurée pour de longues décennies encore.
L’école néo-coloniale servit à cela. Les élites et le peuple y virent un moyen d’ascension sociale et le vivier où grandiraient des esprits brillamment aliénés et extravertis, qui allaient servir pour longtemps les intérêts des Blancs. L’astuce fut de mettre toutes les élites formées dans l’école occidentale entre les griffes d’une dictature brutale capable de les corrompre et de les dominer pour qu’il n’y ait pas d’indépendance du tout.
Je n’ai pas d’autre justification du régime de Mobutu que celle de cet ordre néo-colonial qui se nourrit du système d’aliénation et d’extraversion du peuple et des élites, pour mieux exploiter un pays fabuleusement riche. A partir du moment où un tel régime a pu s’imposer à nos esprits et mettre sur pied des mécanismes de coercition qui ne rendaient aucune véritable initiative de libération possible ; à partir du moment où les maîtres noirs du système local ont adopté le mode d’être du colonisateur et ont considéré son mode de vie et son système de l’argent comme le centre de tout ; à partir du moment où le peuple a intériorisé ce modèle et s’est laissé corrompre dans son être, l’indépendance n’avait aucun sens comme volonté d’être et de vivre par soi-même, de répondre soi-même aux problèmes que l’on affronte en puisant dans ses propres ressources intellectuelles, éthiques et spirituelles de quoi assurer la grandeur de son propre pays et son rayonnement dans le monde.
De Mobutu à la troisième République, nous sommes dans cette aliénation et dans cette extraversion de notre système du désir. Il suffit de voir comment la nouvelle classe politique, issue de l’invasion du pays par le Rwanda et l’Ouganda, s’est empressée de s’enrichir et de vivre à l’occidentale, pour savoir que c’est notre être même qui est pourri et qui est le vrai obstacle à notre indépendance. Aujourd’hui, du sommet de l’Etat à toutes les instances de nos institutions, l’enrichissement rapide et l’ostentation dans l’opulence sont devenus les symboles de la réussite. En le devenant, ils indiquent que nous sommes dans le système du profit individualiste et égoïste par lequel l’ordre néo-colonial a fabriqué des êtres sans solidité ni capacité d’être eux-mêmes parce qu’ils ne peuvent vivre qu’avec « l’argent des Blancs » qu’ils volent, détournent et dilapident en sacrifiant leur propre peuple. Ce peuple malheureux qu’ils ont hypnotisé en faisant miroiter devant lui les richesses d’une modernité sans solidarité.
L’aliénation et l’extraversion de nos désir impriment ainsi un type de mentalité et sécrètent une forme spécifique d’imaginaire : celui d’esclaves et de zombies. J’entends par là des hommes qui ne peuvent plus ni penser par eux-mêmes, ni agir par eux-mêmes, ni imaginer leur avenir par eux-mêmes. Mobutu, qui en était le prototype parfait les désigner par des expressions qu’il maniait avec dextérité sans jamais avoir le courage de se les appliquer à lui-même : des êtres ayant une « âme d’emprunt », qui parlent un « langage d’emprunt » et vivent, en fait, une « vie d’emprunt ». Une telle « personnalité d’emprunt », souvent caricaturale dans ses singeries, ne peut mener qu’une « politique d’emprunt » qui livre le pays aux intérêts américains et européens.
Quand c’est toute une société qui est atteinte de cette pathologie de « l’être d’emprunt », il n’y a pas d’autre expression pour désigner cette société que l’expression de « société imbécile ». Une société de moutons de panurge, qui ne sait ni s’organiser pour être libre, ni compter sur ses propres jambes pour se mettre debout, ni se donner des repères propres pour avancer, ni s’adosser sur ses propres normes pour affronter l’avenir. Une telle société ne peut qu’en arriver, comme le Zaïre de Mobutu, à « jouir » de la dictature en dansant pour le dictateur. Elle en arrive à mettre complètement sa foi et son espérance en lui, à l’aimer et à lui faire confiance quand celui-ci prétend la conduire au développement conçu comme l’appropriation du monde de vie du néo-colonisateur. C’est quand le dictateur, dans ses bouffonneries et ses mégalomanies délirantes ainsi que par sa politique erratique, conduit le pays à la faillite, que le peuple comprend enfin qu’il ne peut pas y avoir de développement en situation néo-coloniale, que développement rime avec liberté créatrice et avec organisation des énergies inventives, dans le cadre d’un projet d’indépendance qui vise l’être même de chaque citoyen, l’état mental de la société et la volonté de toute la nation pour sortir du système de néo-colonisation mentale et de ses chaînes socio-politico-économiques.
J’avais pensé que l’effondrement du pays sous le mobutisme nous avait ouvert les yeux sur ces réalités et qu’il pouvait nous servir de point de repère en vue d’imaginer une indépendance réelle pour notre pays. Lorsque j’ai vu comment le même système a repris le poil de la bête avec les nouvelles élites kabilistes, j’ai vite déchanté et j’ai orienté ma pensée vers la recherche de nouveaux ancrages capables de faire comprendre à toute notre nation que nous sommes devenus une société imbécile et qu’il faut maintenant, si nous voulons une vraie indépendance, lutter contre cette imbécillité.
En quoi consiste une telle lutte ? A poser les conditions d’une reconversion de nos désirs, d’une réorientation de notre imaginaire et d’une nouvelle organisation de nos institutions sociales et politiques en vue d’une libération profonde de nos énergies créatrices et inventives, loin de la coercition néo-coloniale.
La conversion de nos désirs. Il s’agit d’une dynamique de re-centralisation du sens de ce que nous voulons être sur nos capacités intérieures à répondre vigoureusement aux besoins liés aux trois pôles de la vie dégagées par Hannah Arendt : le travail pour répondre aux besoins primaires, l’œuvre pour construire une civilisation congolaise fondées sur des infrastructures, des institutions et des organisations qui durent et s’imposent comme nos créations où se manifestent notre génie, et l’action en tant qu’exercice de notre liberté comme personne et comme peuple. Personne et peuple qu’aucune personne ni aucun peuple ne peuvent dominer, soumettre, asservir ou manipuler de quelque manière que ce soit.
Perçue sous cet angle, notre indépendance est encore devant nous. Elle est à bâtir avec des personnalités complètement désaliénées, dont les référentiels mentaux et les dynamiques de l’imaginaire structurent l’ambition d’inventer un Congo d’engagement pour transformer notre société de fond en comble, grâce à des stratégies d’une révolution communautaire qui serait aux antipodes des diktats d’une mondialisation néo-libérale aujourd’hui triomphante non pas seulement dans le système profond de nos désirs, mais dans nos mentalité en tant qu’elles sont fragiles et impuissantes, extraverties et dominées : les mentalités d’hommes et des femmes dont le destin dépend des décisions des autres, particulièrement des « seigneurs et maîtres du monde » ainsi que de « petites mains du capitalisme » dont aime parler J.P. Mbelu dans ses analyses de notre situation.
Devenir indépendant, pour le peuple congolais, c’est opérer une révolution mentale de grande ampleur, où nous nous pensons, où nous nous percevons, où nous nous posons et imposons comme des êtres réellement et profondément libres, c’est-à-dire, créateurs de notre propre destinée, inventeurs de notre propre avenir, des Congolais et Congolaises « debout », « unis dans l’effort pour l’indépendance », dressant les « fronts » et prenant « l’élan » nécessaire pour casser les déterminismes et les fatalismes que l’ordre néo-colonial nous a imposés comme principes de mentalités.
De tels Congolais et Congolaises, il faut les engendrer encore, à travers un nouveau système éducatif centrée sur l’éthique de la « grandeur », éthique sans laquelle toutes nos utopies seront vaines et toutes nos espérances dénuées de sens.
L’éducation devient ainsi le moteur de l’indépendance, dans un système de formation humaine qu’il nous faut encore inventer sur la base des convictions fortes pour sortir de la société imbécile qui est la nôtre aujourd’hui : une société irrationnelle, incohérente, désorganisée, désarticulée, mentalement détraquée et paralysée par de multiples impuissances politiques, économiques, sociales, culturelles et spirituelles partout visibles à l’œil nu.
Face à une telle société, l’invention et la promotion d’une personnalité de confiance en nous-mêmes et d’initiatives pour changer les réalités présentes sont les véritables garanties de notre indépendance dans un monde comme celui dans lequel nous vivons. Un monde encore dominé par des compétitions féroces et d’implacables volontés de puissances au sein d’un ordre ultra-libéral qu’il nous faudra apprendre à affronter avec un projet alternatif d’une liberté fertilisée par des solidarités créatives, nos seules chances d’avenir. Cette indépendance-là, elle est encore devant nous comme une immense tâche et comme une grandiose espérance.
(*)Philosophe et théologien
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Potentiel 2005
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licen
26 juin 2008
Clôture de la réunion de Yaoundé
CEMAC : Paul Biya passe la main à François Bozize
Au cours de cette neuvième session, il a été également question de la mise en place, au courant du premier trimestre 2009, de l’installation du Parlement communautaire. Mais auparavant, il a été question de s’appesantir sur l’Accord pour le partenariat économique avec l’Union européenne. Selon le président Paul Biya, la CEMAC entend « négocier solidairement avec l’Union européenne un Accord de partenariat prenant en compte nos intérêts fondamentaux. Nous attendons aussi qu’il soit un puissant catalyseur pour réaliser les objectifs d’intégration régionale que nous nous sommes fixés ».
PAIX ET SECURITE POUR TOUS
Conscient de ces objectifs, les chefs d’Etat présents à Yaoundé, Paul Biya, Omar Bongo Ondimba, Theodoro Obiang Nguema, Denis Sassou Nguesso, François Bozize et le Premier ministre du Tchad, Youssouf Saleh Abbas, se sont attardés sur des questions de paix et de sécurité pour faire de la CEMAC un espace réel d’un développement durable. Quant à la RDC et Sao Tomé, ils y étaient conviés en qualité d’invités.
Aussi, se sont-ils convenus au cours du huis clos qui a pris toute la matinée de ce mercredi, à appeler à une mobilisation de toutes les énergies pour que la paix et la sécurité deviennent une affaire pour tous, de toute la région de l’Afrique centrale. Dans le communiqué final sanctionnant cette neuvième conférence de la CEMAC, les six pays membres ont réitéré leur soutien au Tchad. Mais, ils ont aussi soutenu la proposition marocaine sur l’autonomie du Sahara.
Mieux, le président camerounais a engagé ses pairs à tourner le dos aux discours creux et de passer immédiatement à l’action en faveur de l’intégration en étant audacieux et ouverts. «Notre histoire commune dans le cadre de notre intégration régionale est déjà relativement longue. Mais depuis le début de ce processus, l’environnement mondial a profondément changé : la crise alimentaire mondiale, la détérioration du pouvoir d’achat, la hausse du cours du pétrole et les troubles suscités dans divers pays. Le mieux-être des populations de la sous-région passe par une intégration plus harmonieuse de nos pays dans l’économie mondiale par un développement plus durable et une réduction plus rapide de la pauvreté par des progrès en matière de santé et par le maintien de la paix dans l’espace CEMAC ». Il a appelé ses pairs à transformer l’Afrique centrale «en un pôle d’attraction pour les investissements et les initiatives privées et en un centre d’activité économique compétitif ».
LE SOUTIEN DE LA BAD
Invité à cette rencontre, le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a réaffirmé le soutien de son institution à la CEMAC. «Dans le cadre de la stratégie de la banque, pour la période 2008-2010, le groupe de la Banque africaine de développement nous apportera un soutien significatif environ 1 milliard de dollars. La région de la CEMAC, de par ses richesses minières, hydrauliques, forestières et humaines, constitue un énorme potentiel de croissance pour le continent africain. La région a enregistré de progrès significatifs en matière de croissance ; le Produit intérieur brut, PIB, a connu une croissance moyenne de près de 8% », a-t-il fait remarquer.
LA RDC PRESENTE A YAOUNDE
La République démocratique du Congo a été présente à Yaoundé par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antipas Mbusa Nyamwisi. Le ministre congolais représentait ainsi le président de la République, Joseph Kabila Kabange en sa qualité de président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, CEEAC .
Cette présence marque, s’il faut le souligner, la volonté politique de la RDC d’oeuvrer de concert avec les pays de la région dans le cadre de l’intégration régionale. Invitée à ces assises dont le regroupement reste pour les pays CEMAC leur appartenance à un espace monétaire commun (CFA), la RDC n’intéresse pas moins ces pays. Tant son importante démographie représente un enjeu économique à exploiter et tant les ressources dont il regorge reste un atout pour un essor et le développement de l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale. Il est donc allé de soi que l’absence du président Joseph Kabila à la rencontre de la capitale camerounaise ait été fort remarquable et fortement déplorée. N’empêche cependant que la RDC ait été consultée en sa qualité de pays présidant la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale sur la nécessité pour tous de contribuer à l’instauration de la paix et de la sécurité dans la perspective d’un développement durable de la région.
C’est dans ce contexte qu’il importe de relever, une fois de plus, la mise en place d’un noyau militaire dans la région, FOMUC, Force multinationale en Afrique centrale. Décision prise en février dernier à Libreville et renforcée par la dernière réunion du Comité paix et sécurité de la CEEAC qui s’est tenue dernièrement à Libreville, sous les auspices des présidents Bongo et Kabila
20 juin 2008
Le Chairman J.P Bemba toujours emprisonné à Bruxelles.
En attendant un nouveau pourvoi en cassation
J.P. Bemba reste en prison
Alors que la Cour de cassation belge a annulé mercredi le premier mandat d’arrêt international lancé par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du sénateur Jean-Pierre Bemba, la chambre de mises en accusation a confirmé hier jeudi la procédure d’exécution engagée concernant le second mandat délivré le 10 juin dernier par la même Cour. Par conséquent, le président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) garde la prison en Belgique et les chances de sa mise en liberté provisoire s’aménuisent. Cela aux dires de ses avocats.
La Cour pénale internationale (CPI) semble déterminée à amener le sénateur Jean-Pierre Bemba à La Haye afin qu’il réponde des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par ses troupes en 2002 et 2003 en République Centrafricaine. Le 23 mai 2008, elle a levé les scellés sur un premier mandat d’arrêt international lancé à l’encontre du président national du MLC. Le 24 mai, la Belgique a exécuté ce mandat en interpellant et jetant aussitôt dans la prison de Saint-Gilles à Bruxelles l’opposant congolais. Par ses avocats interposés, Jean-Pierre Bemba a attaqué la procédure utilisée par la CPI devant les juridictions belges jusqu’à obtenir gain de cause au niveau de la Cour de cassation. Cette première manche gagnée a accordé un sursis à l’inculpé. Celui-ci a été d’une courte durée, juste 24 heures qui ont suscité beaucoup d’espoir dans le chef des cadres et militants du MLC tant au pays qu’à l’étranger.
La procédure a été reprise à la case départ. Jean-Pierre Bemba s’est retrouvé à nouveau devant la chambre de mises en accusation de Bruxelles, car un nouveau mandat d’arrêt international a été lancé contre lui le 10 juin 2008. Ce deuxième mandat le surcharge et exige des autorités belges son transfert au siège de la CPI, situé dans la ville hollandaise de La Haye.
Qu’est-ce à dire ? Que la CPI a tôt fait de pressentir les faiblesses de la procédure ayant entouré son premier mandat. Elle a fait les bouchées doubles pendant que la défense de Jean-Pierre Bemba allait d’appel en appel pour obtenir la mise en liberté de son client. Elle a délivré un second mandat pour remplacer le premier apparemment mis en difficulté d’application.
Hier jeudi 19 juin, la chambre belge de mises en accusation a statué et confirmé la procédure d’exécution du second mandat délivré le 10 juin 2008 par la Cour. Selon elle, la procédure engagée relativement au second mandat est valide. Ce qui remet en selle la décision prise quelques jours plus tôt par la Chambre de conseil. Comme il fallait s’y attendre, les avocats de Jean-Pierre Bemba n’ont pas croisé les bras, ils ont déclaré illico qu’il allaient se pourvoir, une nouvelle fois, en cassation contre cette décision de la chambre des mises en accusation. Ils sont d’avis que leur client a le droit d’être entendu par un juge d’instruction bruxellois sur les crimes mis à charge du président national du MLC et d’en conférer avec ses conseils.
Toutefois, la défense ne se montre plus très enthousiaste ni optimiste, non plus. Ses réticences apparaissent à travers ses déclarations faites à l’agence Belga que cite notre confrère Le Soir dans son édition en ligne de jeudi. Les avocats du sénateur Jean-Pierre Bemba estiment que le second mandat d’arrêt international lancé par la CPI n’offrirait plus à leur client les mêmes garanties que le premier dont l’annulation a été obtenue devant la Cour de cassation.
Contacté en fin de soirée par notre rédaction, le secrétaire exécutif du MLC, le député national Thomas Luhaka, a réagi à chaud en trois temps. Selon lui, le MLC déplore l’acharnement du procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo contre Jean-Pierre Bemba. De deux, son parti espère que la Cour de cassation belge va maintenir sa jurisprudence et statuer en faveur de ce dernier. De trois, le MLC nourrit l’espoir que son président national ira, à la suite de l’arrêt que rendra la Cour de cassation belge, à La Haye en homme libre.
La directive-retour de l' UE est ses retombées.
Loi européenne sur l'immigration: Chavez menace de couper les livraisons de pétrole

Le président vénézuélien Hugo Chavez a menacé jeudi de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient la nouvelle loi de l'Union européenne sur l'expulsion des immigrés sans papiers adoptée mercredi par le Parlement européen.
"Notre pétrole ne devrait pas aller vers ces pays européens", a déclaré le chef de l'Etat vénézuélien lors d'une conférence de presse.
L'Union européenne a adopté mercredi une nouvelle loi qui devrait être transposée dans les législations des pays membres, portant sur le retour des immigrants illégaux dans leur pays d'origine.
Les nouvelles dispositions visent en priorité à faciliter les départs volontaires des étrangers en situation irrégulière dans l'UE.
S'ils refusent, ils peuvent être placés en rétention jusqu'à 18 mois avant d'être expulsés, et n'auront plus le droit de rentrer l'UE dans les cinq ans suivant leur renvoi.
La "directive retour", résultat d'un compromis inédit en matière d'immigration entre négociateurs du Parlement et les 27 Etats membres, a été approuvée par 367 voix contre 206 et 109 abstentions. Conservateurs, libéraux et eurosceptiques ont fait alliance face à des socialistes divisés.
17 juin 2008
Exoplanètes
Découverte de dizaines d'exoplanètes, dont trois super-Terres autour d'une étoile

La chasse aux exoplanètes bat son plein et une équipe d'astrophysiciens suisses et français a révélé lundi à Nantes (ouest de la France) avoir observé autour d'une même étoile trois exoplanètes un peu plus grosses que notre astre, des "super-Terres".
Ces trois exoplanètes de 4,2, 6,7 et 9,4 fois la masse de la Terre, gravitent respectivement en 4,3, 9,6 et 20,4 jours autour de l'étoile HD 40307, située à 42 années lumières de la Terre.
"C'est très très près, c'est presque notre voisine", s'est exclamé Michel Mayor, de l'équipe de l'Observatoire de l'Université de Genève (UNIGE), au cours d'un colloque international.
Les astronomes ont par ailleurs annoncé avoir trouvé deux "super-terres" autour de deux autres étoiles, dont une de 7,5 fois la masse de la Terre autour de HD 181433.
Plus de 270 de ces astres ont déjà été recensés autour d'étoiles depuis la première découverte d'une exoplanète par Michel Mayor en 1995. Mais elles étaient jusqu'à présent pour la plupart trop grosses, de la taille de Saturne ou Jupiter, pour être comparables à la Terre.
Les dernières "super-Terres" ont été décelées grâce au spectrographe HARPS, un instrument de pointe conçu et construit à l'Observatoire de l'UNIGE et installé sur un des télescopes de La Silla, au Chili. Il a déjà permis de repérer un total de 45 planètes de moins de 30 fois la masse de la Terre, ont précisé lundi les astronomes.
"On sait actuellement que peut-être la quasi totalité des étoiles ont des planètes qui leur tournent autour, et ce qu'on a annoncé ce matin, c'est en fait qu'il y a beaucoup de très petites planètes, c'est-à-dire des planètes de quatre fois la masse de la Terre", a expliqué Michel Mayor.
On peut se demander si "chaque étoile n'abrite pas sa propre couvée de planètes, et si oui, combien?", a-t-il noté par ailleurs dans un communiqué.
Un autre membre de l'équipe, le Pr Didier Queloz, va même jusqu'à estimer qu'"un tiers des étoiles de type solaire pourrait bien abriter soit des super-Terres soit des planètes aussi grosses que Neptune, dont les périodes orbitales n'excèdent pas cinquante jours".
La plus petite exoplanète (moins de trois fois la masse terrestre) repérée à ce jour a été révélée l'an dernier par une équipe internationale coordonnée par David Bennett, de l'Université Notre-Dame (Indiana, Etats-Unis). Elle gravite autour d'une étoile environ vingt fois plus petite que le Soleil et il y fait probablement en moyenne -250°C.
Mais la plupart des exoplanètes observées jusqu'à ces toutes dernières années étaient des géantes gazeuses, comme Saturne ou Jupiter. Certaines sont appelées des "Jupiter chauds" car, très proches de leur étoile, elles sont extrêmement chaudes (2.000°C sur sa face diurne et 500° sur sa face nocturne pour HD 189733b).
Désormais, les instruments à la disposition des astrophysiciens permettent de découvrir des exoplanètes de plus en plus petites, comparables à la Terre et à des distances de leur étoile les rendant habitables : ni trop près ni trop loin pour qu'elles ne soient ni trop chaudes ni trop froides pour abriter la vie.
"Autour d'étoiles qui sont légères, sans doute dans un an ou deux ans, on trouvera des planètes habitables", a assuré à Nantes Stéphane Udry, un autre membre de l'équipe de l'Université de Genève. Mais elles seront évidemment trop lointaines pour entrer en communication avec elles.
06 juin 2008
J.P. Bemba en route vers La Haye
Arrêt de la Cour d’Appel de Bruxelles
Trêve d’illusion. L’arrêt de la Cour d’Appel de Bruxelles est tombé : le mandat d’arrêt portant mise en accusation de Jean-Pierre Bemba et décerné par la Cour pénale internationale a été confirmé. Il n’y aura pas de liberté provisoire. La procédure judiciaire poursuit donc son cours. Prochaine étape : le transfert du sénateur Bemba vers la Haye, siège de la Cour pénale internationale, CPI.
La Chambre de mises en accusation de Bruxelles vient de rendre son verdict à la suite du recours introduit par les avocats du sénateur Jean-Pierre Bemba. Elle a rejeté hier jeudi l’appel de Jean-Pierre Bemba contre son arrestation consécutive au mandat d’arrêt international décerné par la Cour pénale internationale, CPI. La Chambre a également rejeté la requête de mise en liberté provisoire sollicitée par les avocats de J.P. Bemba.
En conclusion, le mandat d’arrêt décerné par la Cour pénale internationale vient d’être confirmé. Reste donc son transfert vers la Haye, siège de la Cour pénale internationale, CPI, pour sa mise en accusation officielle afin d’y être entendu des griefs qui lui sont reprochés. Notamment, les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que l’on lui reproche au moment où les troupes du MLC se trouvaient en Centrafrique à l’appel de l’ancien président centrafricain, Ange-Félix Patasse. Un transfert qui devra intervenir d’ici un mois.
Ainsi s’envole l’espoir qu’entretenaient encore les avocats de Bemba, les hauts cadres du MLC et des milliers de sympathisants du président national de ce parti. Même le cri de cœur de Mme Liliane Bemba, son épouse, qui espérait voir son mari obtenir la liberté provisoire, n’a pas été entendu. Son époux est maintenu en état d’arrestation jusqu’ à ce que son innocence ou sa culpabilité soit établie. Dans la première hypothèse, il sera libéré. Dans le cas contraire, il devra purger la peine prévue par la loi sur le faits qui lui sont reprochés conformément à l’acte de l’accusation.
Mais selon Me Aimé Kilolo Musamba qui revient sur les conclusions de la cour: «Deux décisions ont été prises aujourd’hui. La première a effectivement rejeté la demande qui tendait à obtenir la nullité du mandat d’arrêt. Le tribunal a considéré qu’il n’y avait pas lieu de libérer Jean-Pierre Bemba purement et simplement sans condition. Nous disposons encore d’un délai de 24 heures pour engager une procédure à la cour de cassation»
PROCHAINE ETAPE : LA HAYE
Par contre, il faut dire aujourd’hui qu’une deuxième décision dont on ne parle pas beaucoup a été prise par la même chambre de mise en accusation concernant la mise en liberté provisoire moyennant paiement d’une caution, a poursuivi Me Kilolo. A cet égard, la chambre de mise en accusation a simplement considéré qu’il était prématuré à ce stade de répondre à cette question tant qu’elle n’avait pas encore vidé la première question portait sur la nullité du mandat d’arrêt, a-t-il conclu.
L’arrêt de la Chambre de mises en accusation de Bruxelles n’étonne pas. Selon les observateurs avertis, la justice belge n’a fait qu’appliquer la mise en exécution du mandat d’arrêt international de la CPI. Signataire du Statut de Rome, la Belgique s’est contentée à ce stade à vérifier si la procédure de la CPI a été régulière. Ce qui vient d’être confirmé. Il revient maintenant à la Belgique de transférer Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale, CPI, à La Haye. Ce qui se fera dans les tout prochains jours. Dans un délai d’un mois, laisse-t-on entendre.
C’est alors que débutera la prochaine étape de l’incarcération de Jean-Pierre Bemba. Dans un premier temps, il sera présenté devant les juges de la CPI pour l’audition de l’acte de sa mise en accusation par le Procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo. Cette audition marquera l’ouverture officielle du dossier portant son arrestation avant que n’intervienne le procès à proprement parler. Mais quand ? Question pertinente mais difficile à répondre pour l’instant. Ce qui est vrai, c’est que cela prendra du temps. Il n’y a qu’à se reporter sur les cas des Congolais Thomas Lubanga, Germain Gatanga, Mathieu Ngudjolo, et du Libérien Charles Taylor pour se rendre à l’évidence qu’à la CPI, l’on prend le temps nécessaire de réunir tous les éléments liés au dossier en cours d’instruction. Ensuite, la CPI se penchera sur toutes les observations ainsi que les désiderata exprimés par l’inculpé dans la perspective d’un jugement juste. Au regard de tous ces éléments, le procès Bemba ne pourrait pas s’ouvrir avant le 31 décembre 2008.
AVENIR POLITIQUE EN JEU
Il est un fait qu’à partir de ce moment, il ne faut plus se faire beaucoup d’illusions. Bien au contraire, il faut imposer une analyse froide de la situation dans le but de tirer les leçons qui s’imposent. Observation qui s’adresse particulièrement à la famille politique de Jean-Pierre Bemba. Et dans une certaine mesure, à l’Opposition politique pour autant qu’il partait avec les faveurs des pronostics d’être désigné Porte-parole.
Effectivement, le transfert de Bemba à la Haye marquerait une autre étape de son parcours politique. Privé de liberté, Bemba sera absent de la scène politique. Son retour ne s’effectuera pas dans une année, dans l’hypothèse où son innocence sera prouvée. Dans le cas contraire, ce sera bien au-delà de ce temps. Nul doute que son avenir politique est compromis.
Mais l’arrestation de Jean-Pierre Bemba appelle surtout à une réflexion profonde. Que l’on soit d’accord ou pas avec la CPI ; que ce cas soit politisé ou pas, tous les dirigeants sont conscients que désormais il faut s’y faire avec la CPI. Même les Etats qui n’ont pas ratifié le Statut de Rome sont également conscients qu’une « justice universelle est bel et bien en place ». Son objectif est de favoriser progressivement l’installation des Etats de droit, dans le vrai sens du terme. On ne pourra plus se passer des « Justiciers de la planète ».
Qu’on se le tienne pour dit.
Elément d’information sur la CPI
RECEVABILITÉ
* La CPI est une instance de dernier recours et ne peut ouvrir d’affaire que lorsque : (i) l’affaire n’a fait l’objet d’aucune enquête ni de poursuites sur le plan national ; (ii) l’affaire fait ou a fait l’objet d’une enquête ou de poursuites mais l’État n’a pas la volonté ou est dans l’incapacité de mener véritablement à bien l’enquête ou les poursuites.
* Des procédures nationales, y compris des enquêtes et des audiences préliminaires, ont été menées en RCA à propos des crimes présumés susceptibles de faire l’objet d’enquêtes de la part du Bureau du Procureur.
* En novembre 2005, le Procureur a dépêché une équipe à Bangui afin de collecter des informations complémentaires et de procéder à une évaluation approfondie de ces procédures.
* Le Procureur a également pris note de la position de la Cour de cassation de la République centrafricaine d’avril 2006 indiquant que, s’agissant des crimes présumés en question, les autorités nationales étaient dans l’incapacité de mener à bien les procédures judiciaires nécessaires, en particulier de recueillir les éléments de preuve et de se saisir des accusés.
* Ayant examiné tous les faits et aspects pertinents, le Procureur en a conclu que les affaires résultant de l’enquête du Bureau du Procureur seraient recevables.
DROITS DE LA DEFENSE
Afin de garantir que les droits de la défense et répondre aux exigences du procès équitable, le Greffier dresse et tient à jour une liste de conseils répondant aux critères énoncés dans le Règlement de le Cour. L’intéressé choisit librement son conseil sur cette liste ou un autre conseil répondant aux critères en question et acceptant d’être inscrit sur la liste.
AUDIENCE DE CONFIRMATION DES CHARGES
C’est une première étape. Il appartient au bureau du Procureur, en tant que représentant du ministère public, d’apporter des preuves pour étayer l’affaire.
Lors de l’audience de confirmation des charges, Jean-Pierre Bemba et son avocat auront l’occasion de récuser et de contester les accusations portées contre lui.
A l’issue de l’audience, si la Chambre préliminaire juge qu’il existe des preuves suffisantes pour étayer les accusations, l’affaire débouchera sur un procès. La Chambre préliminaire décidera, en se fondant sur l’audience, s’il existe des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que Jean- Pierre Bemba a commis les crimes qui lui sont imputés. La Chambre préliminaire peut : (1) confirmer les accusations et renvoyer Jean- Pierre Bemba devant une Chambre de première instance pour y être jugé ; (2) ne pas confirmer les accusations ; ou (3) ajourner l’audience pour permettre à l’Accusation de présenter plus d’éléments de preuve, de continuer l’enquête ou de modifier les accusations.
Toutefois, jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie, Jean –Pierre Bemba est présumé innocent.




