24 juillet 2008
Les autres murs doivent tombés, dit Obama
Le candidat démocrate à la Maison Blanche Barack Obama a appelé jeudi "une nouvelle génération" d'Européens et d'Américains à s'unir pour abattre les murs entre alliés, races et religions et relever ensemble les défis de la planète.
"Peuple de Berlin, peuples du monde, notre heure est venue", a déclaré le sénateur à une foule enthousiaste, estimée par la police à cent mille personnes massées au pied de la Colonne de la Victoire, au coeur de Berlin.
"Une nouvelle génération, notre génération, doit laisser sa marque dans l'histoire". Face au terrorisme, au réchauffement climatique, à la drogue, la prolifération nucléaire, "nous ne pouvons pas nous permettre d'être divisés".
"Le XXIe siècle s'est ouvert sur un monde plus interdépendant que jamais dans l'histoire humaine". "Mais ce rapprochement a entraîné de nouveaux dangers qui ne peuvent pas être endigués par les frontières ou les océans", a-t-il poursuivi. "Aucune nation, aussi grande et aussi puissante soit-elle, ne peut relever seule ces défis", a observé M. Obama, dans un discours sans précédent pour un candidat à la présidence des Etats-Unis.
"L'Amérique n'a pas de meilleur allié que l'Europe", a affirmé le candidat démocrate. Mais "un vrai partenariat exige un travail constant et des sacrifices... des alliés qui savent écouter, apprendre les uns des autres et surtout se faire confiance".
Il a demandé aux Européens de poursuivre leur engagement en Afghanistan. "Pour le peuple d'Afghanistan, et pour notre sécurité commune, il faut terminer le travail", a-t-il dit.
"L'Amérique ne peut pas le faire seule. Le peuple afghan a besoin de nos troupes et des vôtres; de notre soutien et du vôtre pour vaincre les talibans et Al-Qaïda, pour développer son économie et pour l'aider à reconstruire son pays. L'enjeu est trop important pour renoncer maintenant".
Evoquant la chute du Mur de Berlin en 1989, il a appelé à abattre d'autres murs.
"Les murs entre les alliés de longue date, de part et d'autre de l'Atlantique, ne peuvent pas rester debout. Les murs entre les pays les plus riches et les plus pauvres ne peuvent pas rester debout. Les murs entre les races et les tribus, entre les indigènes et les immigrants, entre chrétiens, musulmans et juifs ne peuvent pas rester debout".
C'est la première fois qu'un candidat à la présidence des Etats-Unis prononce un grand discours de politique étrangère en dehors des Etats-Unis.
Après son discours, fréquemment interrompu par les applaudissements et les cris "Yes we can" ("Oui, nous pouvons"), son slogan de campagne, M. Obama s'est mêlé pendant cinq minutes à la foule, qui se pressait pour lui serrer la main et le photographier
Arrivé dans la matinée à Berlin, le sénateur de l'Illinois avait été reçu pendant une heure par la chancelière conservatrice Angela Merkel, puis par le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.
Les entretiens avec Mme Merkel, qualifiés par son conseiller Robert Gibbs de "chaleureux et productifs", ont porté notammment sur l'Afghanistan et l'Irak, où le sénateur vient de se rendre, l'Iran, le processus de paix au Proche-Orient, la Russie et l'Otan.
M. Obama a salué les efforts de la chancelière pour combattre le changement climatique et a répété son engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis de 80% d'ici à 2050 s'il est élu, a ajouté M. Gibbs.
Barack Obama, "le John Kennedy noir", suscite l'enthousiasme en Allemagne, où la popularité des Etats-Unis est tombée au plus bas sous la présidence de George W. Bush. Selon un récent sondage TNS, 76% des Allemands souhaitent la victoire du jeune sénateur, contre 10% seulement qui préféreraient celle du candidat républicain John McCain.
Les prises de position du candidat démocrate, du retrait des troupes américaines d'Irak à la fermeture de la prison de Guantanamo, séduisent le public allemand. Mais beaucoup de commentateurs mettent en garde contre des attentes exagérées.
Mme Merkel elle-même a déclaré mercredi au cours d'une conférence de presse qu'elle ne s'attendait pas à des changements significatifs dans la diplomatie américaine après les élections, quel que soit le vainqueur.
Barack Obama, qui s'est déjà rendu au Koweït, en Irak, en Afghanistan, en Jordanie et en Israël, doit se rendre vendredi à Paris. Il terminera par Londres sa tournée internationale destinée à montrer à l'opinion américaine qu'il a l'étoffe d'un président.




