Le Francophoneplus 18 octobre 2018
Par Jean Bonsenge

Dr MKG

Le 05 octobre, le prix Nobel de la paix 2018 a été décerné au Congolais Dr Mukwege et à l’Iraquienne Nadia Murad (ex-esclave sexuelle), par l’Académie Suédoise. En ce qui concerne le gynécologue Dr Dénis Mukwege, il se dégage un sentiment de fierté couplé de celui de morosité. Un sentiment de fierté par le fait qu’il est le tout premier Congolais à être décerné ce prix prestigieux. Il est aussi le tout premier Africain de notre ère d’être le lauréat dans son domaine d’attribution, unique en son genre, de réparer les femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre par les seigneurs de guerre à la partie Est de son pays, la RDC. En dépit de multiples menaces pour sa vie, il n’a cessé d’administrer les soins holistiques à ses patientes à l’hôpital Panzi, dont il est le fondateur, au Sud-Kivu, en RDC. Cette consécration à double portée, nationale et planétaire, constitue un plus dans la lutte contre les violences sexuelles faites à la femme en général et celles perpétrées en temps de conflits en particulier. Un atout supplémentaire à tous les mouvements féministes qui luttent contre les violences sexuelles à l’instar de # Me Too, Time’s Up, #BalanceTonPorc, tous nés de la 4ème vague féministe. La libération de la parole déclenchée par l’affaire Harvey Weinstein, l’ex-producteur Américain sur diverses allégations de harcèlement sexuels l’année dernière, un an, jour pour jour, trouve ici un support de taille. Car cette libération de la parole met le bourreau à nu et entame ainsi la délivrance de la femme violée, harcelée, abusée et celle dont est atteinte son intégrité physique. En plus le prix Noble à Mr Mukwege est un plus sur la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui recommande aux États membre l’égalité, la paix et la sécurité pour les femmes en temps des conflits adoptée le 31.10.2000 et lancée en RDC le 19 septembre 2007. De l’ autre côté ce prix Nobel décerné au Dr Mukwege distille aussi un sentiment de morosité, car son engagement à offrir les soins gynéco-obstétriques remonte dans les années quatre-vingt-dix, et déjà à cette époque, il avait sonné la sonnette d’alarme, et plus particulièrement au moment où la destruction des femmes dans leur intimité commençait à prendre de l’ampleur, rien de concret n’a été fait surtout de la part de la communauté internationale, « au début je pensais que c’est une barbarie passagère, mais, malheureusement ça s’est confirmée que c’était devenue une façon de faire. A-t-il déclaré en 2013 sur France 24. « Il y a des gens qui veulent s’enrichir du coltan, de la cassitérite, et de l’or du Congo et donc pour avoir ces minerais il faut qu’ils tuent, qu’ils violent, qu’ils détruisent les femmes. Quand je dis la souffrance a atteint des limites inhumaines, je ne vois pas quelqu’un qui est humain que ce discours peut déranger » a -t-il renchéri. Il sied de rappeler qu’à l’époque de la colonisation du Congo c’est l’amputation des mains des indigènes Congolais qui était la règle pour accroître la production du caoutchouc. 58 ans après l’indépendance du Congo c’est la destruction de la femme dans son intimité par les seigneurs de guerres qui est devenue la voie par excellence pour avoir accès aux minerais que regorgent le pays. C’est de cette manière que s’estompe la fierté du prix Nobel de la paix 2018 décerné au Docteur Mukwege. Le prix Nobel de la paix a été créé au nom d’Alfred Noble, un scientifique qui accordait un intérêt particulier à la Chimie et à la Physique, aussi à la littérature et aux langues. Né à Stockholm en Suède en 1833, il est mort le 10 décembre 1896 en San Remo, en Italie. Nobel est connu pour avoir inventé la dynamite en 1867. Le premier prix Nobel de la paix a été décerné en 1901 soit 5ans après sa mort.
 
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