Le Francophone.

L' Outil d' Information de la Diaspora Francophone minoritaire en République d' Irlande.

17 juillet 2008

Plus de 4.000 Congolais bientôt expulsés de la Grande-Bretagne

Kinshasa, 17/07/2008 / Politique

Plus de 4.000 Congolais en situation irrégulière seront expulsés dans les prochains jours de la Grande-Bretagne. L’ambassadeur du Royaume ­Uni en République démocrati­que du Congo, Nick Kay a an­noncé dernièrement cette nou­velle au ministre d’Etat de l’in­térieur, décentralisation et sécu­rité, Denis Kalume. Les deux hommes d’Etat venaient de s’entretenir sur l’état de la coo­pération entre leurs pays res­pectifs. Ils avaient abordé la question en rapport avec la ges­tion de la migration, la réforme de la police, l’organisation des élections et la sécurité à l’Est de la République démocratique du Congo. Au sujet du retour au pays de ces Congolais visés par ces expulsions, le diplomate britannique a soutenu que Lon­dres est déterminé de mener sa logique jusqu’au bout.

Il est reproché à ces Con­golais d’avoir immigré clandestinement dans le royaume de sa Majesté la reine Elisabeth où ils sont en situation irrégulière. Pour l’instant, l’Etat d’accueil demande à ces congolais en séjour illégal de rentrer volontai­rement dans leur pays pour ne pas être contraints de le faire par la force.

“ Tous ces Congolais, qui sont à l’étranger pour la débrouille, doivent regagner le pays pour ap­porter leur pierre à la refondation de l’Etat congolais  soutient l’ambassadeur Nick Kay. Et de poursuivre que celui-ci a besoin de leurs cerveaux et leurs bras, en ce moment où l’heure est à la reconstruction pour un ra­dieux de leur pays. Nick Kay a déploré l’immigration clandestine soulignant que cela devient un calvaire pour ces marginaux. Ceux-ci vivent dans la clandesti­nité et souvent dans des condi­tions déplorables. Ils cherchent difficilement un mieux-être qui n’est pas toujours au rendez-vous dans la plupart des cas.

On se rappellera qu’en 2007, deux avions charters avec près de 300 places avaient été program­més au mois d’août par le gou­vernement britannique pour ex­pulser vers Kinshasa des sans ­papiers Congolais. Cette déci­sion avait déclenché la mobili­sation de la communauté con­golaise et des associations de défense des droits de l’homme qui dénoncent ce durcissement de la politique de l’immigration du Royaume-Uni. Des manifes­tations se sont multipliées en Grande Bretagne même pour souligner que l’exécution de cette décision provoquera des drames  “ familiaux ”.

Reste à savoir si le gou­vernement de la République dé­mocratique du Congo qui sort de plusieurs années des conflits armés, a les moyens de prendre en charge les expul­sés. Il est à craindre que plu­sieurs autres pays étrangers puissent s’inspirer de l’exem­ple britannique.

(Milor)

Emmanuel Pweto/Cp/L’Avenir

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05 juillet 2008

Les 20 premières minutes de J.P. Bemba à la CPI

Premier face-à-face de J.P. Bemba avec la CPI, le vendredi 4 juillet 2008 à La Haye. L’audience n’a duré que près de vingt minutes. Le chef du MLC s’est présenté dans la salle, habillé en costume vert émeraude, qui couvrait une chemise rose saumon assortie d’une cravate bordeaux rayée. Posté dans une attitude d’écoute courtoise, jambes croisées et regard baissé, J.P. a répondu d’une voix claire aux questions préliminaires de la juge Fatoumata Dembélé Diarra. Après cette formalité, la Chambre préliminaire I prépare l’audience de confirmation des charges.

Arrêté le 24 mai 2008 dans la banlieue de Bruxelles à la suite d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale (CPI), Jean-Pierre Bemba a été extradé jeudi de Belgique et transféré à Scheveningen, le centre de détention de la Cour, proche de La Haye, Pays-Bas.

Il a comparu hier vendredi, pour la première fois, devant la Cour pénale internationale. Celle-ci l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à la suite de viols, tortures et pillages présumés qui auraient été perpétrés par les combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) en République Centrafricaine entre 2002 et 2003.

Pour mémoire, à l’époque où J.P. Bemba dirigeait le mouvement rebelle dans son pays (RDC), ses troupes s’étaient rendues en Centrafrique, à la demande des autorités légales, pour soutenir l’ancien président Ange-Félix Patassé qui faisait face à une rébellion dirigée alors par le général François Bozizé, aujourd’hui chef de l’Etat à Bangui. La première audience était dirigée, vendredi, par la juge Fatoumata Dembélé Diarra. Elle n’a duré que près de vingt minutes. Jean-Pierre Bemba s’est présenté dans la salle d’audience, habillé en costume vert émeraude.

BEMBA, PREMIER SUSPECT DE CENTRAFRIQUE

A la question de la juge de savoir s’il était réellement Jean-Pierre Bemba, le président du MLC a déclaré d’une voix claire qu’il l’était et qu’il est actuellement sénateur. La juge lui a ensuite demandé quelles étaient les conditions de sa détention en Belgique.

Il s’en est plaint : «Ce n’est pas ce que j’avais souhaité». Et son avocat d’intervenir pour expliquer que les procédures d’arrestation et de transfèrement de son client à la CPI étaient «entachées de graves violations».

Les observateurs notent que, tout au long de la brève audience, J.P. Bemba s’est tenu dans une attitude d’écoute courtoise, jambes croisées et regard baissé, malgré quelques coups d’oeil vers la salle d’audience où se trouvait notamment son épouse venue de Bruxelles.

Le procureur général de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, avait déjà expliqué que, malgré son statut actuel de sénateur et même son ancien poste de vice-président de la République, l’accusé Bemba, 45 ans, «n’a aucune immunité» et «sera traduit en justice». Le procureur général justifiait sa position par le fait qu’il n’y a «aucune excuse pour les centaines de viols, aucune excuse pour le viol d’une petite fille sous les yeux de ses parents».

Selon la CPI, Jean-Pierre Bemba, ancien commandant en chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), serait pénalement responsable de quatre chefs de crimes de guerre et de deux chefs de crimes contre l’humanité commis sur le territoire centrafricain pendant la période allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003. Pour la CPI, Bemba serait impliqué dans une campagne systématique de meurtres et de viols commis sur des civils en Centrafrique par les hommes de son Mouvement.

Luis Moreno-Ocampo, s’était félicité de l’arrestation de Bemba en Belgique, «fruit d’une opération complexe et bien planifiée». Et il en avait remercié les autorités belges. Dans un récent communiqué, la CPI «salue les mesures prises par les autorités belges pour assurer la mise en oeuvre du mandat d’arrêt, l’arrestation et le transfert de M. Bemba» à La Haye.

J.P. Bemba est le premier suspect faisant l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la CPI dans le cadre de l’enquête sur les événements survenus en République centrafricaine, enquête ouverte en mai 2007 par Luis Moreno-Ocampo. Bemba comme l’ancien président centrafricain Ange Patassé, qui vit en exil au Togo, démentent les accusations de crime de guerre.

Pour sa part, la CPI poursuit sesà investigations sur ce qu’elle qualifie d’»attaque systématique ou généralisée contre la population civile» au cours de laquelle ont été commis «des viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne et des pillages».

Maintenant que s’est ouvert le procès contre Bemba à La Haye, les observateurs émettent le souhait de voir la CPI étendre son action à d’autres pays, à d’autres personnalités quelles qu’elles soient, afin de ne pas donner l’impression qu’elle s’acharne contre la RDC.

CPI : Engagement des procédures

Les procédures devant la CPI peuvent être ouvertes à l’instigation d’un État Partie, du Conseil de sécurité ou du Procureur. La compétence du Procureur en la matière est essentielle, car les États Parties et le Conseil de sécurité peuvent hésiter, pour des motifs politiques, à renvoyer à la Cour des situations graves.

Toutefois, pour ne pas intenter de poursuites déraisonnables, le Procureur est assujetti à un système de freins et de contrepoids : il doit, par exemple, obtenir l’approbation judiciaire préalable de la Chambre préliminaire.

Le Statut fait également état d’une procédure de consultation rigoureuse avec les États concernés, lesquels peuvent ainsi contester la compétence de la Cour…

RESUME

La Cour pénale internationale est conçue pour traiter les crimes les plus graves connus de l’humanité : le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Elle est située à La Haye dans les Pays-Bas, qui est désignée sous le sobriquet de «Ville de paix et de justice».

Le Statut de Rome oriente et gouverne les activités de la Cour pénale internationale. Il a été adopté le 17 juillet 1998 et il est entré en vigueur le 1er juillet 2002. La Cour s’occupe des crimes les plus graves commis après son entrée en vigueur, ce qui signifie que la CPI ne peut poursuivre les particuliers accusés d’avoir commis un crime avant le 1er juillet 2002. Elle est également « complémentaire » des juridictions pénales nationales et n’instruira une affaire que si l’État concerné n’a pas la volonté ou est dans l’incapacité de mener véritablement à bien des poursuites.

ENGAGEMENT DES PROCEDURES

Les procédures devant la CPI peuvent être ouvertes à l’instigation d’un État Partie, du Conseil de sécurité ou du Procureur. La compétence du Procureur en la matière est essentielle, car les États Parties et le Conseil de sécurité peuvent hésiter, pour des motifs politiques, à renvoyer à la Cour des situations graves. Toutefois, pour ne pas intenter de poursuites déraisonnables, le Procureur est assujetti à un système de freins et de contrepoids : il doit, par exemple, obtenir l’approbation judiciaire préalable de la Chambre préliminaire. Le Statut fait également état d’une procédure de consultation rigoureuse avec les États concernés, lesquels peuvent ainsi contester la compétence de la Cour.

Le pouvoir qu’a le Conseil de sécurité de déférer une situation à la Cour est très utile, étant donné qu’il peut exercer ses pouvoirs d’exécution en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour s’assurer que tous les États membres de l’ONU accèdent aux demandes de la Cour.

COMPETENCE

La Cour ne peut instruire une affaire que si le suspect est un ressortissant d’un État Partie; que le crime allégué a été commis sur le territoire d’un État Partie; ou que le Conseil de sécurité lui a renvoyé cette affaire. Le Statut prévoit également qu’un État non participant peut accepter la compétence de la Cour sur un de ses ressortissants ou sur des crimes commis sur son territoire, sur une base ad hoc. … …

PROCEDURE PRELIMINAIRE, PROCES ET APPEL

Procédure initiale

Le chapitre V du Statut régit la procédure au stade de l’enquête et des poursuites, y compris : l’ouverture de l’enquête, les fonctions du Procureur et de la Chambre préliminaire, les procédures d’arrestation, la procédure initiale devant la Cour. Procédures qui régissent un procès.

Le chapitre VI régit quant à lui le procès, notamment les fonctions de la Chambre de première instance. Il contient également des dispositions garantissant que seuls les cas graves sont déférés à la Cour et que les procédures respectent toutes les normes internationales.

Ce chapitre fait également état de la protection des victimes et des témoins. La Division d’aide aux victimes et aux témoins, qui fait partie du Greffe, prendra les mesures de protection et les dispositions de sécurité qui s’imposent et se chargera des activités de conseil et d’aide nécessaires.

Procédures d’appel

Le chapitre VIII porte sur la procédure d’appel. Le Procureur et la personne déclarée coupable peuvent interjeter appel pour : vice de procédure, erreur de fait, erreur de droit, tout autre motif de nature à compromettre l’équité ou la régularité de la procédure ou de la décision.

Peines

Le chapitre VII porte sur les peines imposées à la personne accusée y compris : la fixation de la peine, les peines applicables, le versement de sommes au fonds établi au profit des victimes. La peine maximum qui peut être imposée est l’emprisonnement à vie. La peine de mort n’est pas prévue par la CPI.

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27 juin 2008

Choisir l’avenir, bâtir l’indépendance

Par Kä Mana

Plus je réfléchis sur l’indépendance qui a été octroyée au Congo par la Belgique en 1960, plus il me devient clair qu’elle n’a pas à être considérée comme un repère majeur à célébrer dans la vie de notre nation. J’ai acquis la conviction qu’il n’est pas nécessaire d’en perpétuer la mémoire de manière positive ni d’en revitaliser avec joie le contenu devant les tâches qui s’imposent à notre pays maintenant.

Nous le savons tous et toutes : cette indépendance n’en a pas été une, ni du côté de la Belgique, qui n’a jamais cru en un transfert global de destin aux Congolais, ni du côté des Congolais, qui n’ont jamais réfléchi profondément à ce qu’être indépendants devait signifier pour nous.

S’il y a un quelconque sens à donner aujourd’hui à la journée du 30 juin 1960, il consiste à mettre en lumière le marché ambigu et faux que l’autodétermination politique du Congo fut dès le début de la première République. Il consiste aussi à penser radicalement les conditions d’une indépendance réelle pour nous maintenant. Il consiste enfin à poser les bases d’une nouvelle société à bâtir, à partir des leçons que nous devons tirer de notre expérience malheureuse de près de cinquante ans de pseudo-autonomie globale.

En fait, toute notre réflexion devrait nous conduire à prendre conscience du fait que notre indépendance est devant nous et non derrière nous. Elle est en nous non pas comme un don reçu ou une victoire arrachée il y a quelques décennies, mais comme une exigence indestructible à assumer maintenant, un projet vital à accomplir face à l’avenir, dans un contexte mondial dont nous devons maîtriser les arcanes pour ne pas continuer à célébrer chaque année la coquille vide du 30 juin 1960.

UN LEURRE FUNESTE POUR NOTRE PAYS

Il est frappant de constater que l’indépendance qui nous fut octroyée ce jour-là a été pensée et célébrée en termes essentiellement politico-politiciens, ou plus exactement, dans un jeu de dribles dont les cérémonies mêmes de célébration de notre autodétermination ont manifesté l’ambiguïté et la fausseté.

Ce fameux jour de notre libération, le Roi des Belges, Baudouin I, fit un discours d’une effarante incongruité : il présenta l’indépendance du Congo comme l’aboutissement d’un long processus de civilisation lancé par son valeureux ancêtre Léopold II, pour le bien des Congolais. Il magnifia l’œuvre civilisatrice de la Belgique dont il tirait gloire. Il prétendit, avec l’inauguration de notre indépendance, ouvrir de nouvelles perspectives de coopération entre la Belgique et notre nouvelle République, pour le grand bonheur de nos deux peuples.

Pour qui pouvait savoir lire entre les lignes des euphémismes diplomatiques du Souverain belge, une telle falsification de l’histoire ne pouvait être qu’un discours à double sens. Il visait, en un premier sens, à apaiser l’inquiétude des Belges en leur disant que la nouvelle période qui commençait ne serait pas différente de la précédente, dans la mesure où la grande œuvre civilisatrice continuerait selon les mêmes rapports des forces. En un deuxième sens, il s’agissait d’endormir quelque peu les Congolais en leur faisant comprendre que leurs colonisateurs ne leur voulaient que du bien, pour le meilleur des destins possibles.

A ce mensonge, le premier président du Congo indépendant, Joseph Kasavubu, répondit par un mensonge plus monumental encore : il fit semblant de faire la même lecture de l’histoire congolaise que le Souverain belge. Il fit semblant de voir le présent et l’avenir sous les mêmes auspices et de vouloir s’inscrire dans les mêmes horizons d’une vie paisible entre le Congo et le Royaume de Belgique. Il obéissait ainsi aux règles d’une diplomatie où les mots doivent demeurer ambigus et garder une aura feutrée qui ne choque personne, surtout pas un hôte de marque comme l’était Baudouin I ce jour-là.

Patrice Emery Lumumba crut jouer le jeu de la vérité en présentant l’indépendance comme l’aboutissement d’une haute et grandiose lutte, le fruit de l’héroïsme du glorieux peuple congolais. Il pensait ainsi l’autodétermination de notre peuple sous le modèle de quelque chose qui s’arrache, et beaucoup moins comme une réalité qui se construit selon une durée déterminée par l’avenir, dans une volonté ferme de se confronter résolument à des tâches où la politique en tant qu’action pour la liberté n’aurait de sens que si elle est adossée aux exigences de ce que Hannah Arendt appelle le travail et l’œuvre. C’est-à-dire la capacité de répondre par soi-même et pour soi-même aux besoins primaires de la vie (se nourrir, se vêtir, se loger, éduquer ses enfants) et l’ardeur de construire un monde qui dure, une culture et une civilisation dont les réalisations dépassent la simple durée de la vie humaine. En ne comprenant pas que travail, œuvre et action se rythmaient ensemble, Lumumba montra sa cécité politique et l’incapacité, qui le caractérisa tout au long des mois suivants, de comprendre que la cérémonie du 30 juin n’était qu’un vaste théâtre tragi-comique. Plus tragique que comique d’ailleurs, dans la mesure où s’y cachaient plus que ne s’y révélaient des contre-sens dont nous ne sommes pas encore sortis : nous célébrions une indépendance sans disposer de réelles capacités d’indépendance ; nous solennisions une libertés sans disposer de bases mêmes de la liberté ; nous nous attachions à l’ombre pendant que la proie nous échappait. Pour avoir manqué l’intelligence capable de saisir ces réalités et de déceler les vraies intentions de la Belgique dans le monde tel qu’il fonctionnait en 1960, Lumumba s’offrit à l’immolation sur l’autel des intérêts occidentaux, poussant ainsi les Belges et ses alliés à ajouter à la falsification de l’histoire un crime abominable qui hante, aujourd’hui encore, toute la mémoire congolaise et toute la conscience de l’humanité : l’ignoble assassinat du premier ministre congolais et de ses compagnons, Okito et Mpolo.

Les élites congolaises de cette époque, les fameux « évolués », qui n’étaient dans l’ensemble que des petites « fabrications » des colons pour des tâches subalternes, voyaient dans l’indépendance l’occasion de remplacer leurs « maîtres et seigneurs » : d’habiter leurs maisons, de chausser leurs bottes, de manger leurs mets, de boire leurs boissons, de rouler dans leurs voitures, d’imiter leurs manières, de jouir des mêmes avantages qu’eux et de bénéficier eux-mêmes du statut de « maîtres et seigneurs » face aux populations.

Quant au peuple congolais dans son ensemble, il chantait et dansait l’indépendance dans un contre-sens abyssal : il ne savait pas de quoi il s’agissait, il croyait entrer dans l’ère nouvelle de l’insouciance, de la farniente jubilatoire et de la vie éternellement jouissive, avec des princes prestidigitateurs noirs qui transformeraient la terre congolaise en un Eden éblouissant.

Le malentendu était donc total entre les protagonistes du 30 juin 1960. Entre le double langage du Roi belge, la roublardise du président congolais, la naïveté d’un premier ministre imprudent, l’étourderie des « évolué » impatients et la liesse béate d’un peuple complètement inconscient de ce qui se passait sous ses yeux, le dialogue qui se tissait était pire qu’un dialogue des sourds : c’était un marché des dupes, une séance d’abracadabras voudouvoudouesques.

Quel nom peut-on donner à une indépendance obtenue dans ces conditions ? Un leurre. Un leurre piteux et pitoyable, dont les Belges surent tirer les ficelles en vidant notre autodétermination politique de tout contenu, de toute substance, de tous sens.

Parce qu’ils avaient bel et bien entendu le discours de leur souverain, ils savaient qu’ils venaient de nous « fourguer » une coquille vide. Ils savaient surtout que nous n’avions ni les moyens militaires, ni les forces intellectuelles, ni la maîtrise économique et administrative nécessaire à la gestion d’un Etat moderne. Ils savaient que nous venions d’entrer dans l’ère de la néo-colonisation. Et ils mirent tout en œuvre pour que cette ère leur soit bénéfique : ils divisèrent nos leaders, ils assassinèrent ceux qui voulaient l’indépendance réelle et ils inventèrent Mobutu, le symbole de la nouvelle ère de dictature de plomb dont nous allions souffrir trois décennies durant. Ils bénéficiaient pour cela d’un atout de taille . l’Occident dans son ensemble, dans le contexte d’une guerre froide où notre pays représentait un enjeu géostratégique de première importance. C’est ainsi que de l’indépendance, nous n’eûmes que le nom. Le nom, et rien d’autre qui aurait pu nous donner à vivre notre vie nationale sous d’autres auspices que ceux de la domination coloniale sous la férule d’un nouveau « roi nègre », le démoniaque génie de Gbadolite.

LE PROJET QUI FUT DETRUIT

Ne croyez pas que nous fûmes tous dupes. Certains parmi les acteurs sociopolitiques de ce temps-là ont eu l’idée exacte de ce dont il s’agissait dans l’enjeu de l’indépendance et qui fut trahi dès le 30 Juin 1960. Je pense particulièrement à ceux qui composèrent notre hymne nationale. Il y a dans cette hymne un vrai projet de nouvelle société, placé sous le mot d’ordre : «Debout congolais !».

Se mettre debout, «dresser nos fronts longtemps courbés», prendre «le plus bel élan dans la paix», peupler « notre sol » et assurer « sa grandeur », c’est de cela qu’il s’agissait, et nous n’avons réalisé rien de tel depuis ce 30 juin du « beau soleil », ce « jour sacré de l’immortel serment de liberté » que nous étions censés léguer « à notre postérité pour toujours ». Nous n’avons pas compris que nous étions « unis par le sort » non pas pour une fiction de liberté dans le contexte néo-colonial où les Belges et les Occidentaux nous mèneraient constamment en bateau, mais pour bander nos forces créatrices « dans l’effort pour l’indépendance ». Elle est capitale, cette expression « effort pour l’indépendance ». Aux premières heures de notre volonté d’autodétermination, il nous fallait comprendre qu’il ne s’agissait pas de nous installer dans un quelconque état de béatitude octroyée ou arrachée, mais d’assumer une destinée et de construire un destin, avec ce que cela exige de « labeur » et d’élan « ardent » pour « bâtir un pays plus beau qu’avant ».

Les compositeurs de notre hymne nationale, Boka et Lutumba, nous proposaient ainsi une rupture. En revanche, les Belges nous imposaient une continuité.

Les élites et le peuple choisirent, consciemment ou inconsciemment, de s’inscrire dans la continuité en jouant le jeu de divisions, de sécessions, de tribalismes stupides, de guerres civiles et, au bout de tout, d’acception de la dictature mobutiste comme cadre de notre sort néo-colonial, le tombeau de notre indépendance.

Les valeurs qui devaient être celles d’une véritable liberté, nous n’avons pas pu les forger. Nous n’avons pas pu vivre conformément au projet de notre hymne nationale ni nous donner la force de mesurer constamment notre situation à l’aune de la vision que les plus visionnaires d’entre nous avaient de notre destinée et de notre avenir.

Notre drame a été de n’être pas entrés véritablement dans ce projet et de n’avoir pas pu en incarner les exigences. Mais le pouvions-nous ?

CONDITIONS POUR UN DESTIN D’INDEPENDANCE

Je ne crois pas que nous le pouvions. Pour être à la hauteur d’un tel idéal, il fallait situer le problème de l’indépendance au niveau le plus fondamental : celui de notre être même. Là, et non seulement à l’échelle de la « politicaillerie » indépendantiste où n’était engagé aucun effort de pensée sur ce que nous sommes réellement dans nos rapports avec nos colonisateurs devenus nos néo-colonisateurs.

Quand je me situe à cette échelle du fondamental, je comprends que le problème de l’échec de notre projet d’indépendance réside principalement dans nos systèmes de désir. Elites comme peuple, nous avons été pris dans un mimétisme du désir qui nous poussait à être et à vivre selon le mode de vie de ceux-là mêmes qui étaient nos « maîtres et seigneurs ». Il y avait en nous comme un envoûtement qui nous poussait à nous inscrire dans la perspective de faire de la Belgique notre modèle, et de l’Occident, notre guide, dans nos modes de vie. C’est à ce niveau que les Belges nous ont dominés et ont vidé notre indépendance de son ressort. A partir du moment où l’aspiration la plus profonde du Congolais était d’être comme le Belge et de rassembler à l’homme d’Occident, c’est de l’intérieur que nous étions piégés : la Belgique et l’Occident ne pouvaient pas sortir de nous ni partir de nos têtes. Nous étions comme des esclaves singeant leur maître, intériorisant ses valeurs et prenant ses normes comme la seule voie d’humanité. Pour un tel esclave, la liberté ne peut avoir aucun sens. Le Belge, l’Occidental, savait cela : il avait toujours en mémoire l’expérience des « évolués » qui étaient fiers d’avoir rompu avec les milieux coutumiers, d’avoir accédé au monde du Blanc dans une comédie de style « peau noire masques blancs », ce jeu dramatique où Franz Fanon voyait clairement comment l’aliénation anthropologique du nègre empêchait toute libération en profondeur. Il suffisait de continuer l’expérience en créant une nouvelle classe des maîtres noirs du Congo pour que le tour soit joué et la présence européenne en RDC assurée pour de longues décennies encore.

L’école néo-coloniale servit à cela. Les élites et le peuple y virent un moyen d’ascension sociale et le vivier où grandiraient des esprits brillamment aliénés et extravertis, qui allaient servir pour longtemps les intérêts des Blancs. L’astuce fut de mettre toutes les élites formées dans l’école occidentale entre les griffes d’une dictature brutale capable de les corrompre et de les dominer pour qu’il n’y ait pas d’indépendance du tout.

Je n’ai pas d’autre justification du régime de Mobutu que celle de cet ordre néo-colonial qui se nourrit du système d’aliénation et d’extraversion du peuple et des élites, pour mieux exploiter un pays fabuleusement riche. A partir du moment où un tel régime a pu s’imposer à nos esprits et mettre sur pied des mécanismes de coercition qui ne rendaient aucune véritable initiative de libération possible ; à partir du moment où les maîtres noirs du système local ont adopté le mode d’être du colonisateur et ont considéré son mode de vie et son système de l’argent comme le centre de tout ; à partir du moment où le peuple a intériorisé ce modèle et s’est laissé corrompre dans son être, l’indépendance n’avait aucun sens comme volonté d’être et de vivre par soi-même, de répondre soi-même aux problèmes que l’on affronte en puisant dans ses propres ressources intellectuelles, éthiques et spirituelles de quoi assurer la grandeur de son propre pays et son rayonnement dans le monde.

De Mobutu à la troisième République, nous sommes dans cette aliénation et dans cette extraversion de notre système du désir. Il suffit de voir comment la nouvelle classe politique, issue de l’invasion du pays par le Rwanda et l’Ouganda, s’est empressée de s’enrichir et de vivre à l’occidentale, pour savoir que c’est notre être même qui est pourri et qui est le vrai obstacle à notre indépendance. Aujourd’hui, du sommet de l’Etat à toutes les instances de nos institutions, l’enrichissement rapide et l’ostentation dans l’opulence sont devenus les symboles de la réussite. En le devenant, ils indiquent que nous sommes dans le système du profit individualiste et égoïste par lequel l’ordre néo-colonial a fabriqué des êtres sans solidité ni capacité d’être eux-mêmes parce qu’ils ne peuvent vivre qu’avec « l’argent des Blancs » qu’ils volent, détournent et dilapident en sacrifiant leur propre peuple. Ce peuple malheureux qu’ils ont hypnotisé en faisant miroiter devant lui les richesses d’une modernité sans solidarité.

L’aliénation et l’extraversion de nos désir impriment ainsi un type de mentalité et sécrètent une forme spécifique d’imaginaire : celui d’esclaves et de zombies. J’entends par là des hommes qui ne peuvent plus ni penser par eux-mêmes, ni agir par eux-mêmes, ni imaginer leur avenir par eux-mêmes. Mobutu, qui en était le prototype parfait les désigner par des expressions qu’il maniait avec dextérité sans jamais avoir le courage de se les appliquer à lui-même : des êtres ayant une « âme d’emprunt », qui parlent un « langage d’emprunt » et vivent, en fait, une « vie d’emprunt ». Une telle « personnalité d’emprunt », souvent caricaturale dans ses singeries, ne peut mener qu’une « politique d’emprunt » qui livre le pays aux intérêts américains et européens.

Quand c’est toute une société qui est atteinte de cette pathologie de « l’être d’emprunt », il n’y a pas d’autre expression pour désigner cette société que l’expression de « société imbécile ». Une société de moutons de panurge, qui ne sait ni s’organiser pour être libre, ni compter sur ses propres jambes pour se mettre debout, ni se donner des repères propres pour avancer, ni s’adosser sur ses propres normes pour affronter l’avenir. Une telle société ne peut qu’en arriver, comme le Zaïre de Mobutu, à « jouir » de la dictature en dansant pour le dictateur. Elle en arrive à mettre complètement sa foi et son espérance en lui, à l’aimer et à lui faire confiance quand celui-ci prétend la conduire au développement conçu comme l’appropriation du monde de vie du néo-colonisateur. C’est quand le dictateur, dans ses bouffonneries et ses mégalomanies délirantes ainsi que par sa politique erratique, conduit le pays à la faillite, que le peuple comprend enfin qu’il ne peut pas y avoir de développement en situation néo-coloniale, que développement rime avec liberté créatrice et avec organisation des énergies inventives, dans le cadre d’un projet d’indépendance qui vise l’être même de chaque citoyen, l’état mental de la société et la volonté de toute la nation pour sortir du système de néo-colonisation mentale et de ses chaînes socio-politico-économiques.

J’avais pensé que l’effondrement du pays sous le mobutisme nous avait ouvert les yeux sur ces réalités et qu’il pouvait nous servir de point de repère en vue d’imaginer une indépendance réelle pour notre pays. Lorsque j’ai vu comment le même système a repris le poil de la bête avec les nouvelles élites kabilistes, j’ai vite déchanté et j’ai orienté ma pensée vers la recherche de nouveaux ancrages capables de faire comprendre à toute notre nation que nous sommes devenus une société imbécile et qu’il faut maintenant, si nous voulons une vraie indépendance, lutter contre cette imbécillité.

En quoi consiste une telle lutte ? A poser les conditions d’une reconversion de nos désirs, d’une réorientation de notre imaginaire et d’une nouvelle organisation de nos institutions sociales et politiques en vue d’une libération profonde de nos énergies créatrices et inventives, loin de la coercition néo-coloniale.

La conversion de nos désirs. Il s’agit d’une dynamique de re-centralisation du sens de ce que nous voulons être sur nos capacités intérieures à répondre vigoureusement aux besoins liés aux trois pôles de la vie dégagées par Hannah Arendt : le travail pour répondre aux besoins primaires, l’œuvre pour construire une civilisation congolaise fondées sur des infrastructures, des institutions et des organisations qui durent et s’imposent comme nos créations où se manifestent notre génie, et l’action en tant qu’exercice de notre liberté comme personne et comme peuple. Personne et peuple qu’aucune personne ni aucun peuple ne peuvent dominer, soumettre, asservir ou manipuler de quelque manière que ce soit.

Perçue sous cet angle, notre indépendance est encore devant nous. Elle est à bâtir avec des personnalités complètement désaliénées, dont les référentiels mentaux et les dynamiques de l’imaginaire structurent l’ambition d’inventer un Congo d’engagement pour transformer notre société de fond en comble, grâce à des stratégies d’une révolution communautaire qui serait aux antipodes des diktats d’une mondialisation néo-libérale aujourd’hui triomphante non pas seulement dans le système profond de nos désirs, mais dans nos mentalité en tant qu’elles sont fragiles et impuissantes, extraverties et dominées : les mentalités d’hommes et des femmes dont le destin dépend des décisions des autres, particulièrement des « seigneurs et maîtres du monde » ainsi que de « petites mains du capitalisme » dont aime parler J.P. Mbelu dans ses analyses de notre situation.

Devenir indépendant, pour le peuple congolais, c’est opérer une révolution mentale de grande ampleur, où nous nous pensons, où nous nous percevons, où nous nous posons et imposons comme des êtres réellement et profondément libres, c’est-à-dire, créateurs de notre propre destinée, inventeurs de notre propre avenir, des Congolais et Congolaises « debout », « unis dans l’effort pour l’indépendance », dressant les « fronts » et prenant « l’élan » nécessaire pour casser les déterminismes et les fatalismes que l’ordre néo-colonial nous a imposés comme principes de mentalités.

De tels Congolais et Congolaises, il faut les engendrer encore, à travers un nouveau système éducatif centrée sur l’éthique de la « grandeur », éthique sans laquelle toutes nos utopies seront vaines et toutes nos espérances dénuées de sens.

L’éducation devient ainsi le moteur de l’indépendance, dans un système de formation humaine qu’il nous faut encore inventer sur la base des convictions fortes pour sortir de la société imbécile qui est la nôtre aujourd’hui : une société irrationnelle, incohérente, désorganisée, désarticulée, mentalement détraquée et paralysée par de multiples impuissances politiques, économiques, sociales, culturelles et spirituelles partout visibles à l’œil nu.

Face à une telle société, l’invention et la promotion d’une personnalité de confiance en nous-mêmes et d’initiatives pour changer les réalités présentes sont les véritables garanties de notre indépendance dans un monde comme celui dans lequel nous vivons. Un monde encore dominé par des compétitions féroces et d’implacables volontés de puissances au sein d’un ordre ultra-libéral qu’il nous faudra apprendre à affronter avec un projet alternatif d’une liberté fertilisée par des solidarités créatives, nos seules chances d’avenir. Cette indépendance-là, elle est encore devant nous comme une immense tâche et comme une grandiose espérance.

(*)Philosophe et théologien

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26 juin 2008

Clôture de la réunion de Yaoundé

CEMAC : Paul Biya passe la main à François Bozize

Au cours de cette neuvième session, il a été également question de la mise en place, au courant du premier trimestre 2009, de l’installation du Parlement communautaire. Mais auparavant, il a été question de s’appesantir sur l’Accord pour le partenariat économique avec l’Union européenne. Selon le président Paul Biya, la CEMAC entend « négocier solidairement avec l’Union européenne un Accord de partenariat prenant en compte nos intérêts fondamentaux. Nous attendons aussi qu’il soit un puissant catalyseur pour réaliser les objectifs d’intégration régionale que nous nous sommes fixés ».

PAIX ET SECURITE POUR TOUS

Conscient de ces objectifs, les chefs d’Etat présents à Yaoundé, Paul Biya, Omar Bongo Ondimba, Theodoro Obiang Nguema, Denis Sassou Nguesso, François Bozize et le Premier ministre du Tchad, Youssouf Saleh Abbas, se sont attardés sur des questions de paix et de sécurité pour faire de la CEMAC un espace réel d’un développement durable. Quant à la RDC et Sao Tomé, ils y étaient conviés en qualité d’invités.

Aussi, se sont-ils convenus au cours du huis clos qui a pris toute la matinée de ce mercredi, à appeler à une mobilisation de toutes les énergies pour que la paix et la sécurité deviennent une affaire pour tous, de toute la région de l’Afrique centrale. Dans le communiqué final sanctionnant cette neuvième conférence de la CEMAC, les six pays membres ont réitéré leur soutien au Tchad. Mais, ils ont aussi soutenu la proposition marocaine sur l’autonomie du Sahara.

Mieux, le président camerounais a engagé ses pairs à tourner le dos aux discours creux et de passer immédiatement à l’action en faveur de l’intégration en étant audacieux et ouverts. «Notre histoire commune dans le cadre de notre intégration régionale est déjà relativement longue. Mais depuis le début de ce processus, l’environnement mondial a profondément changé : la crise alimentaire mondiale, la détérioration du pouvoir d’achat, la hausse du cours du pétrole et les troubles suscités dans divers pays. Le mieux-être des populations de la sous-région passe par une intégration plus harmonieuse de nos pays dans l’économie mondiale par un développement plus durable et une réduction plus rapide de la pauvreté par des progrès en matière de santé et par le maintien de la paix dans l’espace CEMAC ». Il a appelé ses pairs à transformer l’Afrique centrale «en un pôle d’attraction pour les investissements et les initiatives privées et en un centre d’activité économique compétitif ».

LE SOUTIEN DE LA BAD

Invité à cette rencontre, le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a réaffirmé le soutien de son institution à la CEMAC. «Dans le cadre de la stratégie de la banque, pour la période 2008-2010, le groupe de la Banque africaine de développement nous apportera un soutien significatif environ 1 milliard de dollars. La région de la CEMAC, de par ses richesses minières, hydrauliques, forestières et humaines, constitue un énorme potentiel de croissance pour le continent africain. La région a enregistré de progrès significatifs en matière de croissance ; le Produit intérieur brut, PIB, a connu une croissance moyenne de près de 8% », a-t-il fait remarquer.

LA RDC PRESENTE A YAOUNDE

La République démocratique du Congo a été présente à Yaoundé par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antipas Mbusa Nyamwisi. Le ministre congolais représentait ainsi le président de la République, Joseph Kabila Kabange en sa qualité de président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, CEEAC .

Cette présence marque, s’il faut le souligner, la volonté politique de la RDC d’oeuvrer de concert avec les pays de la région dans le cadre de l’intégration régionale. Invitée à ces assises dont le regroupement reste pour les pays CEMAC leur appartenance à un espace monétaire commun (CFA), la RDC n’intéresse pas moins ces pays. Tant son importante démographie représente un enjeu économique à exploiter et tant les ressources dont il regorge reste un atout pour un essor et le développement de l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale. Il est donc allé de soi que l’absence du président Joseph Kabila à la rencontre de la capitale camerounaise ait été fort remarquable et fortement déplorée. N’empêche cependant que la RDC ait été consultée en sa qualité de pays présidant la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale sur la nécessité pour tous de contribuer à l’instauration de la paix et de la sécurité dans la perspective d’un développement durable de la région.

C’est dans ce contexte qu’il importe de relever, une fois de plus, la mise en place d’un noyau militaire dans la région, FOMUC, Force multinationale en Afrique centrale. Décision prise en février dernier à Libreville et renforcée par la dernière réunion du Comité paix et sécurité de la CEEAC qui s’est tenue dernièrement à Libreville, sous les auspices des présidents Bongo et Kabila

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20 juin 2008

Le Chairman J.P Bemba toujours emprisonné à Bruxelles.

En attendant un nouveau pourvoi en cassation

J.P. Bemba reste en prison

Alors que la Cour de cassation belge a annulé mercredi le premier mandat d’arrêt international lancé par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du sénateur Jean-Pierre Bemba, la chambre de mises en accusation a confirmé hier jeudi la procédure d’exécution engagée concernant le second mandat délivré le 10 juin dernier par la même Cour. Par conséquent, le président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) garde la prison en Belgique et les chances de sa mise en liberté provisoire s’aménuisent. Cela aux dires de ses avocats.

La Cour pénale internationale (CPI) semble déterminée à amener le sénateur Jean-Pierre Bemba à La Haye afin qu’il réponde des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par ses troupes en 2002 et 2003 en République Centrafricaine. Le 23 mai 2008, elle a levé les scellés sur un premier mandat d’arrêt international lancé à l’encontre du président national du MLC. Le 24 mai, la Belgique a exécuté ce mandat en interpellant et jetant aussitôt dans la prison de Saint-Gilles à Bruxelles l’opposant congolais. Par ses avocats interposés, Jean-Pierre Bemba a attaqué la procédure utilisée par la CPI devant les juridictions belges jusqu’à obtenir gain de cause au niveau de la Cour de cassation. Cette première manche gagnée a accordé un sursis à l’inculpé. Celui-ci a été d’une courte durée, juste 24 heures qui ont suscité beaucoup d’espoir dans le chef des cadres et militants du MLC tant au pays qu’à l’étranger.

La procédure a été reprise à la case départ. Jean-Pierre Bemba s’est retrouvé à nouveau devant la chambre de mises en accusation de Bruxelles, car un nouveau mandat d’arrêt international a été lancé contre lui le 10 juin 2008. Ce deuxième mandat le surcharge et exige des autorités belges son transfert au siège de la CPI, situé dans la ville hollandaise de La Haye.

Qu’est-ce à dire ? Que la CPI a tôt fait de pressentir les faiblesses de la procédure ayant entouré son premier mandat. Elle a fait les bouchées doubles pendant que la défense de Jean-Pierre Bemba allait d’appel en appel pour obtenir la mise en liberté de son client. Elle a délivré un second mandat pour remplacer le premier apparemment mis en difficulté d’application.

Hier jeudi 19 juin, la chambre belge de mises en accusation a statué et confirmé la procédure d’exécution du second mandat délivré le 10 juin 2008 par la Cour. Selon elle, la procédure engagée relativement au second mandat est valide. Ce qui remet en selle la décision prise quelques jours plus tôt par la Chambre de conseil. Comme il fallait s’y attendre, les avocats de Jean-Pierre Bemba n’ont pas croisé les bras, ils ont déclaré illico qu’il allaient se pourvoir, une nouvelle fois, en cassation contre cette décision de la chambre des mises en accusation. Ils sont d’avis que leur client a le droit d’être entendu par un juge d’instruction bruxellois sur les crimes mis à charge du président national du MLC et d’en conférer avec ses conseils.

Toutefois, la défense ne se montre plus très enthousiaste ni optimiste, non plus. Ses réticences apparaissent à travers ses déclarations faites à l’agence Belga que cite notre confrère Le Soir dans son édition en ligne de jeudi. Les avocats du sénateur Jean-Pierre Bemba estiment que le second mandat d’arrêt international lancé par la CPI n’offrirait plus à leur client les mêmes garanties que le premier dont l’annulation a été obtenue devant la Cour de cassation.

Contacté en fin de soirée par notre rédaction, le secrétaire exécutif du MLC, le député national Thomas Luhaka, a réagi à chaud en trois temps. Selon lui, le MLC déplore l’acharnement du procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo contre Jean-Pierre Bemba. De deux, son parti espère que la Cour de cassation belge va maintenir sa jurisprudence et statuer en faveur de ce dernier. De trois, le MLC nourrit l’espoir que son président national ira, à la suite de l’arrêt que rendra la Cour de cassation belge, à La Haye en homme libre.

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17 juin 2008

Exoplanètes

Découverte de dizaines d'exoplanètes, dont trois super-Terres autour d'une étoile

Dessin d'artiste obtenu le 16 juin 2008 montrant les trois exoplanètes décelées autour d'une même étoile par une équipe d'astrophysiciens suisses et français

La chasse aux exoplanètes bat son plein et une équipe d'astrophysiciens suisses et français a révélé lundi à Nantes (ouest de la France) avoir observé autour d'une même étoile trois exoplanètes un peu plus grosses que notre astre, des "super-Terres".

Ces trois exoplanètes de 4,2, 6,7 et 9,4 fois la masse de la Terre, gravitent respectivement en 4,3, 9,6 et 20,4 jours autour de l'étoile HD 40307, située à 42 années lumières de la Terre.

"C'est très très près, c'est presque notre voisine", s'est exclamé Michel Mayor, de l'équipe de l'Observatoire de l'Université de Genève (UNIGE), au cours d'un colloque international.

Les astronomes ont par ailleurs annoncé avoir trouvé deux "super-terres" autour de deux autres étoiles, dont une de 7,5 fois la masse de la Terre autour de HD 181433.

Plus de 270 de ces astres ont déjà été recensés autour d'étoiles depuis la première découverte d'une exoplanète par Michel Mayor en 1995. Mais elles étaient jusqu'à présent pour la plupart trop grosses, de la taille de Saturne ou Jupiter, pour être comparables à la Terre.

Les dernières "super-Terres" ont été décelées grâce au spectrographe HARPS, un instrument de pointe conçu et construit à l'Observatoire de l'UNIGE et installé sur un des télescopes de La Silla, au Chili. Il a déjà permis de repérer un total de 45 planètes de moins de 30 fois la masse de la Terre, ont précisé lundi les astronomes.

"On sait actuellement que peut-être la quasi totalité des étoiles ont des planètes qui leur tournent autour, et ce qu'on a annoncé ce matin, c'est en fait qu'il y a beaucoup de très petites planètes, c'est-à-dire des planètes de quatre fois la masse de la Terre", a expliqué Michel Mayor.

On peut se demander si "chaque étoile n'abrite pas sa propre couvée de planètes, et si oui, combien?", a-t-il noté par ailleurs dans un communiqué.

Un autre membre de l'équipe, le Pr Didier Queloz, va même jusqu'à estimer qu'"un tiers des étoiles de type solaire pourrait bien abriter soit des super-Terres soit des planètes aussi grosses que Neptune, dont les périodes orbitales n'excèdent pas cinquante jours".

La plus petite exoplanète (moins de trois fois la masse terrestre) repérée à ce jour a été révélée l'an dernier par une équipe internationale coordonnée par David Bennett, de l'Université Notre-Dame (Indiana, Etats-Unis). Elle gravite autour d'une étoile environ vingt fois plus petite que le Soleil et il y fait probablement en moyenne -250°C.

Mais la plupart des exoplanètes observées jusqu'à ces toutes dernières années étaient des géantes gazeuses, comme Saturne ou Jupiter. Certaines sont appelées des "Jupiter chauds" car, très proches de leur étoile, elles sont extrêmement chaudes (2.000°C sur sa face diurne et 500° sur sa face nocturne pour HD 189733b).

Désormais, les instruments à la disposition des astrophysiciens permettent de découvrir des exoplanètes de plus en plus petites, comparables à la Terre et à des distances de leur étoile les rendant habitables : ni trop près ni trop loin pour qu'elles ne soient ni trop chaudes ni trop froides pour abriter la vie.

"Autour d'étoiles qui sont légères, sans doute dans un an ou deux ans, on trouvera des planètes habitables", a assuré à Nantes Stéphane Udry, un autre membre de l'équipe de l'Université de Genève. Mais elles seront évidemment trop lointaines pour entrer en communication avec elles.

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06 juin 2008

J.P. Bemba en route vers La Haye

Arrêt de la Cour d’Appel de Bruxelles

Trêve d’illusion. L’arrêt de la Cour d’Appel de Bruxelles est tombé : le mandat d’arrêt portant mise en accusation de Jean-Pierre Bemba et décerné par la Cour pénale internationale a été confirmé. Il n’y aura pas de liberté provisoire. La procédure judiciaire poursuit donc son cours. Prochaine étape : le transfert du sénateur Bemba vers la Haye, siège de la Cour pénale internationale, CPI.

La Chambre de mises en accusation de Bruxelles vient de rendre son verdict à la suite du recours introduit par les avocats du sénateur Jean-Pierre Bemba. Elle a rejeté hier jeudi l’appel de Jean-Pierre Bemba contre son arrestation consécutive au mandat d’arrêt international décerné par la Cour pénale internationale, CPI. La Chambre a également rejeté la requête de mise en liberté provisoire sollicitée par les avocats de J.P. Bemba.

En conclusion, le mandat d’arrêt décerné par la Cour pénale internationale vient d’être confirmé. Reste donc son transfert vers la Haye, siège de la Cour pénale internationale, CPI, pour sa mise en accusation officielle afin d’y être entendu des griefs qui lui sont reprochés. Notamment, les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que l’on lui reproche au moment où les troupes du MLC se trouvaient en Centrafrique à l’appel de l’ancien président centrafricain, Ange-Félix Patasse. Un transfert qui devra intervenir d’ici un mois.

Ainsi s’envole l’espoir qu’entretenaient encore les avocats de Bemba, les hauts cadres du MLC et des milliers de sympathisants du président national de ce parti. Même le cri de cœur de Mme Liliane Bemba, son épouse, qui espérait voir son mari obtenir la liberté provisoire, n’a pas été entendu. Son époux est maintenu en état d’arrestation jusqu’ à ce que son innocence ou sa culpabilité soit établie. Dans la première hypothèse, il sera libéré. Dans le cas contraire, il devra purger la peine prévue par la loi sur le faits qui lui sont reprochés conformément à l’acte de l’accusation.

Mais selon Me Aimé Kilolo Musamba qui revient sur les conclusions de la cour: «Deux décisions ont été prises aujourd’hui. La première a effectivement rejeté la demande qui tendait à obtenir la nullité du mandat d’arrêt. Le tribunal a considéré qu’il n’y avait pas lieu de libérer Jean-Pierre Bemba purement et simplement sans condition. Nous disposons encore d’un délai de 24 heures pour engager une procédure à la cour de cassation»

PROCHAINE ETAPE : LA HAYE

Par contre, il faut dire aujourd’hui qu’une deuxième décision dont on ne parle pas beaucoup a été prise par la même chambre de mise en accusation concernant la mise en liberté provisoire moyennant paiement d’une caution, a poursuivi Me Kilolo. A cet égard, la chambre de mise en accusation a simplement considéré qu’il était prématuré à ce stade de répondre à cette question tant qu’elle n’avait pas encore vidé la première question portait sur la nullité du mandat d’arrêt, a-t-il conclu.

L’arrêt de la Chambre de mises en accusation de Bruxelles n’étonne pas. Selon les observateurs avertis, la justice belge n’a fait qu’appliquer la mise en exécution du mandat d’arrêt international de la CPI. Signataire du Statut de Rome, la Belgique s’est contentée à ce stade à vérifier si la procédure de la CPI a été régulière. Ce qui vient d’être confirmé. Il revient maintenant à la Belgique de transférer Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale, CPI, à La Haye. Ce qui se fera dans les tout prochains jours. Dans un délai d’un mois, laisse-t-on entendre.

C’est alors que débutera la prochaine étape de l’incarcération de Jean-Pierre Bemba. Dans un premier temps, il sera présenté devant les juges de la CPI pour l’audition de l’acte de sa mise en accusation par le Procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo. Cette audition marquera l’ouverture officielle du dossier portant son arrestation avant que n’intervienne le procès à proprement parler. Mais quand ? Question pertinente mais difficile à répondre pour l’instant. Ce qui est vrai, c’est que cela prendra du temps. Il n’y a qu’à se reporter sur les cas des Congolais Thomas Lubanga, Germain Gatanga, Mathieu Ngudjolo, et du Libérien Charles Taylor pour se rendre à l’évidence qu’à la CPI, l’on prend le temps nécessaire de réunir tous les éléments liés au dossier en cours d’instruction. Ensuite, la CPI se penchera sur toutes les observations ainsi que les désiderata exprimés par l’inculpé dans la perspective d’un jugement juste. Au regard de tous ces éléments, le procès Bemba ne pourrait pas s’ouvrir avant le 31 décembre 2008.

AVENIR POLITIQUE EN JEU

Il est un fait qu’à partir de ce moment, il ne faut plus se faire beaucoup d’illusions. Bien au contraire, il faut imposer une analyse froide de la situation dans le but de tirer les leçons qui s’imposent. Observation qui s’adresse particulièrement à la famille politique de Jean-Pierre Bemba. Et dans une certaine mesure, à l’Opposition politique pour autant qu’il partait avec les faveurs des pronostics d’être désigné Porte-parole.

Effectivement, le transfert de Bemba à la Haye marquerait une autre étape de son parcours politique. Privé de liberté, Bemba sera absent de la scène politique. Son retour ne s’effectuera pas dans une année, dans l’hypothèse où son innocence sera prouvée. Dans le cas contraire, ce sera bien au-delà de ce temps. Nul doute que son avenir politique est compromis.

Mais l’arrestation de Jean-Pierre Bemba appelle surtout à une réflexion profonde. Que l’on soit d’accord ou pas avec la CPI ; que ce cas soit politisé ou pas, tous les dirigeants sont conscients que désormais il faut s’y faire avec la CPI. Même les Etats qui n’ont pas ratifié le Statut de Rome sont également conscients qu’une « justice universelle est bel et bien en place ». Son objectif est de favoriser progressivement l’installation des Etats de droit, dans le vrai sens du terme. On ne pourra plus se passer des « Justiciers de la planète ».

Qu’on se le tienne pour dit.

Elément d’information sur la CPI

RECEVABILITÉ

* La CPI est une instance de dernier recours et ne peut ouvrir d’affaire que lorsque : (i) l’affaire n’a fait l’objet d’aucune enquête ni de poursuites sur le plan national ; (ii) l’affaire fait ou a fait l’objet d’une enquête ou de poursuites mais l’État n’a pas la volonté ou est dans l’incapacité de mener véritablement à bien l’enquête ou les poursuites.

* Des procédures nationales, y compris des enquêtes et des audiences préliminaires, ont été menées en RCA à propos des crimes présumés susceptibles de faire l’objet d’enquêtes de la part du Bureau du Procureur.

* En novembre 2005, le Procureur a dépêché une équipe à Bangui afin de collecter des informations complémentaires et de procéder à une évaluation approfondie de ces procédures.

* Le Procureur a également pris note de la position de la Cour de cassation de la République centrafricaine d’avril 2006 indiquant que, s’agissant des crimes présumés en question, les autorités nationales étaient dans l’incapacité de mener à bien les procédures judiciaires nécessaires, en particulier de recueillir les éléments de preuve et de se saisir des accusés.

* Ayant examiné tous les faits et aspects pertinents, le Procureur en a conclu que les affaires résultant de l’enquête du Bureau du Procureur seraient recevables.

DROITS DE LA DEFENSE

Afin de garantir que les droits de la défense et répondre aux exigences du procès équitable, le Greffier dresse et tient à jour une liste de conseils répondant aux critères énoncés dans le Règlement de le Cour. L’intéressé choisit librement son conseil sur cette liste ou un autre conseil répondant aux critères en question et acceptant d’être inscrit sur la liste.

AUDIENCE DE CONFIRMATION DES CHARGES

C’est une première étape. Il appartient au bureau du Procureur, en tant que représentant du ministère public, d’apporter des preuves pour étayer l’affaire.

Lors de l’audience de confirmation des charges, Jean-Pierre Bemba et son avocat auront l’occasion de récuser et de contester les accusations portées contre lui.

A l’issue de l’audience, si la Chambre préliminaire juge qu’il existe des preuves suffisantes pour étayer les accusations, l’affaire débouchera sur un procès. La Chambre préliminaire décidera, en se fondant sur l’audience, s’il existe des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que Jean- Pierre Bemba a commis les crimes qui lui sont imputés. La Chambre préliminaire peut : (1) confirmer les accusations et renvoyer Jean- Pierre Bemba devant une Chambre de première instance pour y être jugé ; (2) ne pas confirmer les accusations ; ou (3) ajourner l’audience pour permettre à l’Accusation de présenter plus d’éléments de preuve, de continuer l’enquête ou de modifier les accusations.

Toutefois, jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie, Jean –Pierre Bemba est présumé innocent.

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28 mai 2008

Cas Bemba: La Manipulation du Procureur de la CPI n'est pas exclue.

L’arrestation rocambolesque du sénateur Jean-Pierre Bemba à Bruxelles ce samedi 24 mai 2008 nous parait aussi bizarre qu’étrange vu l’urgence invoquée par le Procureur de la CPI, dans un contexte des relations exécrables qui prévalent entre la Belgique et son ancienne colonie la RDC. Cette arrestation est consécutive au mandat d’arrêt que le Procureur de la CPI a demandé et obtenu à l’encontre du sénateur Bemba le jour où le gouvernement congolais a pris la décision unilatérale de rappeler son Ambassadeur, ainsi que de fermer son Consulat à Anvers. Les propos jugés néocolonialistes ténus par le Ministre fédéral belge des Affaires étrangères Karel De Gucht en seraient, de prime à bord, l’élément déclencheur. En outre, l’inculpation de la Banque Centrale Congolaise par le Juge d’instruction belge Michel Claes dans une affaire de blanchiment des 80 millions des dollars américains, a fini par mettre de l’huile sur le feu. Par réaction, Joseph Kabila, fort du soutien de la Chine, menace de fermer les Consulats belges de Lubumbashi et du Kivu. On ne badine pas avec les enjeux économiques ! Aux dernières nouvelles et, sous la pression des Wallons, le gouvernement fédéral belge s’est enfin décidé à faire des courbettes afin de calmer la rage puérile du Raïs congolais. Ce grand remue-ménage nous rappel l’époque de Mobutu. Nous allons tout de même tenter d’apporter notre petit éclairage sur cette grosse affaire politico –judiciaire, CPI contre JP Bemba, qui sent la manipulation.            

L’arrestation du sénateur Bemba était-elle urgente ?

La lecture des documents pdf sous scellés du 23 mai 2008, redus publiques le 24 mai 2008 sur le site officiel de la CPI juste après l’arrestation du sénateur Bemba, montre que le Procureur Luis Moreno Campo a demandé aux Juges de la CPI d’accéder à sa demande vu l’urgence de la situation car le sénateur Bemba s’apprêtait à quitter précipitamment la Belgique ce dimanche 25 mai 2008 pour une destination inconnue afin de se soustraire définitivement à la justice internationale eu regard aux lourdes charges qui pèsent contre lui : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, viols, pillages et tortures commis par ses troupes en République Centre Africaine, la RCA.

Nous sommes très étonnés de lire l’argumentaire du procureur Luis Moreno d’autant plus que le sénateur Bemba séjourne depuis le 09 mai 2008 à Bruxelles. Il a été reçu au parlement fédéral belge par les Membres du groupe CD&V parti politique de Monsieur Yves Leterme le Premier Ministre du gouvernement fédéral belge ; il a eu plusieurs contacts de haut niveau avec d’autres autorités européennes. Pour votre gouverne, le sénateur Bemba devait, à sa demande, rencontrer durant cette semaine plusieurs Ministres fédéraux belges toute tendance confondue, ainsi que certains Membres influents du milieu d’affaires belges. Avec un pareil agenda politique bien rempli, les raisons invoquées par le Procureur Luis Moreno nous paraissent très peu crédibles.   


Toutefois, les occidentaux ainsi que les congolais qui ont rencontré le sénateur Bemba pendant son séjour à Bruxelles assurent que ce dernier continuait à demander des garanties pour sa sécurité avant de retourner à Kinshasa, raison principale de sa visite en Belgique. Ainsi, son éventuel retour en RDC était loin d’être confirmé.

Rumeur d’un retour imminent du sénateur Bemba à Kinshasa !

Depuis le début de la semaine passée, une certaine presse a annoncé le retour imminent du sénateur Bemba à Kinshasa pour ce mercredi 28 mai 2008, afin d'y briguer le poste tant convoité de porte-parole de l’opposition institutionnelle. Nous avions pris soin de vérifier l’origine de cette rumeur persistante et, à notre grande surprise, aucun officiel du MLC le parti politique du sénateur Bemba n’était au courant de l’imminence de son retour au pays ! Seule une certaine presse proche du pouvoir de Kinshasa a fait mention de cette fausse information qui fut, du reste, très largement relayée sur internet.

Nous pouvons raisonnablement penser que cette rumeur insidieusement distillée dans l’opinion fait partie d’un vaste plan orchestré par les officines du pouvoir Kabiliste avec certainement des relais dans le monde politique et la presse francophone belge. Comme par hasard, Madame Collette Braeckman du journal Le Soir en fait mention dans sa publication de ce lundi 26 mai 2008. Ceux qui ont encore des doutes sur le militantisme ou l’activisme, et surtout la complicité de cette dame avec le pouvoir sanguinaire de Kinshasa, nous leur prions de lire son article via ce lien : http://www.lesoir.be/actualite/monde/face-a-kabila-une-cesure-2008-05-26-600883.shtml

Que penser des révélations de Collette Braeckman du journal francophone belge Le Soir ?

Le régime dictatorial de Kinshasa nous a habitué à des vrais faux coups d’Etat manqués. L’affaire du Ministre fantôme Ilunga Ngoyi, l’assassinat et le dénie de filiation d’Aimée Kabila la fille biologique de Laurent Désiré Kabila sont encore frais dans nos mémoires. L’affaire des faux mercenaires fut un montage ridicule imaginé par les officines du régime afin de disqualifier le Professeur Dr. Oscar Kashala, candidat sérieux à l’élection présidentielle. Nous constatons que depuis le parachutage de « l’Espoir du Congo » Joseph Kabila à la Présidence de la RDC en 2001, la liste de ces genres des montages ridicules est très longue. Etant donné que les scénaristes sont les mêmes, nous nous attendions à d’autres prestations sordides de ce type.

Dans le journal de ce lundi 26 mai 2008, l’envoyée « très » spéciale du journal francophone belge Le Soir, la très controversée conseillère en communication de Joseph Kabila, Madame Collette Braeckman, certifie que le sénateur Bemba est arrêté en prévision de sa fuite imminente vers la Libye soit vers l’Ouganda pour se mettre à l’abris de la CPI après l’échec de sa tentative de coup d’Etat qui a échoué ! Depuis la province de Kisangani d’où elle écrit ses balivernes, cette dame atteste, la main sur le cœur, que des hommes en armes munis des cartes de la ville étaient appréhendés après avoir traversé le fleuve en provenance de Brazzaville. Elle n’hésite pas à sous-entendre qu’un Ministre belge aurait voulu prévenir le sénateur Bemba de l’imminence de son arrestation afin qu’il prenne la fuite !

Face à ces graves affirmations, le Parquet belge devrait logiquement ouvrir une enquête afin d’éclairer la population sur les agissements de ce mystérieux Ministre fédéral ou régional belge présumé complice du sénateur Bemba. Nous espérons que Madame Collette Braeckman mesure les risques qu’elle prend en se compromettant de la sorte. Cette fois, elle a cherché à servir de caution morale pour légitimer cette machination diabolique orchestrée par le régime de Kinshasa contre JP Bemba. C’est tout simplement scandaleux. Cette dame fait la honte de sa profession.

Qui a transmis toutes ces fausses informations à la CPI ?

Nous ne pouvons passer sous silence la main mise des grandes puissances occidentales sur le fonctionnement des Cours et Tribunaux Internationaux. Pour illustration, nous citons les déboires de la Juge Carla Delponté avant son éjection définitive du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, le TPIR. En effet, malgré les avis négatifs des Britanniques et des Américains, cette Juge voulait obstinément ouvrir le gros dossier des massacres des masses perpétrés par les troupes de l’intouchable général sanguinaire Paul Kagamé de 1992 à 1998 dans toute la région des grands lacs. Par conséquent, la justice internationale ou justice des pauvres et des vaincue est très loin d’être indépendante. Nous vous recommandons vivement le livre du journaliste d’investigation Charles Onana intitulé « Les secrets de la justice internationale » paru aux Editions Duboiris Paris 2005.

Une source proche de la Présidence congolaise nous a informé que la décision de rappeler l’Ambassadeur de la RDC à Bruxelles ainsi que la fermeture du Consulat de la RDC à Anvers ne constitue qu’une diversion. Cet écran de fumée a bien fonctionné car c’est belle et bien les services de l’Ambassadeur congolais à Bruxelles qui auraient transmis au bureau du Procureur Luis Moréno Campo à la CPI le rapport de la dite arrestation des mercenaires à la solde du sénateur Bemba, ainsi que celui de son prétendu projet de fuir la Belgique pour se mettre à l’abri de la CPI. Toujours selon la même source, le but ultime de toute cette agitation entre Bruxelles et Kinshasa serait d’atténuer l’impacte de l’arrestation du sénateur Bemba dans l’opinion nationale congolaise. Info ou intox, à chacun d’en juger.

Que doit-on retenir du fond du dossier à charge du sénateur Bemba ?

Pour mémoire, nous devons brièvement rappeler les faits qui sont reprochés au sénateur Bemba. En effet, suite à une tentative de coup d’Etat organisé par le rebelle François Bozizé Yangouvonda en 2002 contre le Président démocratiquement élu de la République Centre Africaine Monsieur Ange -Félix Patassé, ce dernier fera appel aux troupes du MLC de JP Bemba. A l’époque, le MLC fut un mouvement politico-militaire qui administrait près de la moitié du territoire congolais. Par ailleurs, Conformément à l’article 6 de l’accord de cessez-le-feu de Lusaka signé le 10 juillet 1999 par les trois belligérants du conflit armé qui faisait rage en RDC, les mouvements politico-militaires dont le MLC, ainsi que le RCD-goma d’Azarias Ruberwa, avaient obtenu la légitimité d’administrer les territoires qu’ils occupaient au même titre que le gouvernement de Kinshasa du Président autoproclamé Laurent Désiré Kabila.

Il faut aussi retenir que la haute hiérarchie militaire du MLC a toujours affirmé que ses troupes envoyées légalement à Bangui en RCA étaient totalement sous les ordres opérationnels des généraux de l’armée régulière de la RCA suivant les accords d’assistance militaire conclus entre les deux parties.

Dans ce cas de figure, à qui incomberaient les éventuelles bavures (violes, pillages, massacres des populations civiles…) présumées à charge des soldats du MLC ? Nous laissons les spécialistes en droit international le soin de dénouer cet énorme nœud gordien. Il va de soit qu’une condamnation de JP Bemba, à l’issu de son procès, fera jurisprudence en droit international. De ce fait, les gouvernements qui voudront dans l’avenir apporter une assistance militaire à un pays ami dont la souveraineté serait menacée par des troupes rebelles devront suivre avec intérêt cette affaire ! 

En outre, après la victoire militaire du rebelle François Bozizé sur le Président élu Age-Félix Patassé le 15 mars 2003, l’occasion était rêvée pour les officines de Kinshasa afin d’élaborer un scénario imparable pour évincer définitivement l’un des quatre Vice-président de la transition Jean-Pierre Bemba, candidat annoncé à l’élection présidentielle. Nous étions tous témoins des vas et vient incessants des autorités congolaises à Bangui. Joseph Kabila, Samba Kaputo, Shé Okitundu, Antoine Gonda et bien d’autres. Certains analystes congolais ont à l’époque évoqué une somme d’argent considérable que Joseph Kabila aurait fait parvenir à son ami de circonstance François Bozizé afin qu’il accepte de participer activement à la manipulation visant Jean Pierre Bemba.

Jamais deux sans trois !

Les scénarios des crimes imputés aux troupes commises à la garde du sénateur Bemba à Kinshasa ressemblent à s’y méprendre à ceux que les centrafricains ont introduits à la CPI. En effet, suite aux évènements du 22 au 24 mars 2007 à Kinshasa qui ont vu la garde présidentielle de Joseph Kabila prendre d’assaut à l’arme lourde la résidence de JP Bemba pour la quatrième fois, plusieurs plaintes de complaisance furent introduite au Kinshasa à charge du sénateur Bemba par certains Kinois corrompus par les proches du régime.

Malheureusement pour le Raïs congolais, les rapports des ONG’s et ceux de la Monuc prouvent bien la responsabilité de sa garde dans le massacre de près de 2000 civils pendant et surtout après cette guerre en pleine ville province de près de 10 millions d’habitants.

Que conclure provisoirement de cette affaire qui sent la manipulation politico–judiciaire ?

A ce stade, nous pouvons retenir qu’il y a bien plusieurs indices concordantes qui démontrent que Joseph Kabila est à la base de cet acharnement obsessionnel politico -judiciaire contre le sénateur Jean-Pierre Bemba, après avoir tenter plusieurs fois de l’éliminer physiquement. Le Raïs congolais s’est spécialisé dans les montages politico –judiciaires contre ses adversaires politiques. Ainsi, le Dr. Etienne Tshisekedi, Me. Marie-Thérèse Nlandu, le Pasteur Fernando Kutino, Me. Théodore Ngoyi, Me. Mukadi Bonyi, le Prof. Dr. Oscar Kashala et bien d’autres Congolais en savent quelque chose ! 

Le dossier judiciaire à charge de Jean-Pierre Bemba à la CPI est de prime à bord rempli des faux témoignages achetés à coup de dollars américains. Nous espérons que le Procureur Luis Moreno Campo va enfin comprendre qu’il instruit probablement le dossier du plus gros montage politico -judiciaire du siècle qui vise un homme en l’occurrence le sénateur Bemba. Mais, si ce dernier est réellement impliqué de près ou de loin dans un vrai massacre des masses et que sa responsabilité personnelle est réellement démontrée, il devra alors répondre de ses actes, car nul ne peut être au dessus de la loi. Nous espérons toutefois que la présomption d’innocence sera respectée et que les hauts magistrats en charge de ce dossier feront preuve d’impartialité afin que la justice soit réellement rendue.

Il est indéniable que Jean Pierre Bemba dérange bien du monde. Il constitue un danger pour Joseph Kabila et ses parrains dans leur entreprise funeste du démembrement du territoire congolais, ainsi que du pillage à grande échelle des matières premières de la RDC. Malheureusement son élimination définitive de la scène politique congolaise tant redoutée par une frange importante de la population congolaise commence à prendre forme, si on ne s’y prend pas garde.

Dans l’hypothèse où la CPI jouerait le jeu des parrains de « l’Espoir du Congo » et, condamne de manière complaisante le sénateur Bemba, le peuple congolais devra prendre toutes ses responsabilités constitutionnelles face à l’injustice. Par conséquent, le renversement du pouvoir en place à Kinshasa par une Révolution populaire devra être envisagé afin que le nouveau gouvernement réclame le retour de son fils au bercail. En attendant, tous les Membres de l’opposition institutionnelle doivent quitter les institutions par solidarité avec le sénateur Bemba.

En fin, nous constatons avec tristesse que tous les pays de la région des grands lacs sont actuellement dirigés par des criminels multi- récidivistes et, bénéficient du soutien inconditionnel de certaines puissances occidentales. Vu l’impunité ambiante et la barbarie des régimes au pouvoir dans cette région de l’Afrique noire, nous pouvons conclure que tous ceux qui avaient privilégié une paix relative (dictée par leurs propres intérêts économiques égoïstes), au détriment d’une vraie justice réparatrice, se rendent bien compte de leur cuisant échec. Nous sommes d’avis que la justice fera son travail sans complaisance afin que toutes les victimes obtiennent réparation.

Dans tous les cas, ceux qui continuent à croire que tous les Congolais de notre génération sont des naïfs à la mémoire courte, ils nous trouveront encore et toujours sur leur chemin. On ne tue pas la vérité.

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27 mai 2008

Karel boudé par les siens.

Louis Michel désapprouve les propos de Karel De Gucht

Le dossier congolais divise désormais la classe politique belge et met à nu les divergences politiques entre les Flamands et les Wallons. Invité de la presse belge dans la matinée d’hier mardi, Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, ancien ministre belge des Affaires étrangères, n’a pas été tendre à l’endroit de Karel De Gucht, actuel ministre belge des Affaires étrangères. Il a qualifié ses dernières déclarations qui ont mis le feu aux poudres, dans le cadre des relations belgo-congolaises, de « populistes », et l’a invité à «  être utile » à la Belgique.

La décision du gouvernement belge est tombée. Réuni en cabinet de crise lundi soir après avoir reçu la protestation officielle du gouvernement congolais, le cabinet belge a chargé le Premier ministre, Yves Leterme, à prendre contact avec le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, afin de rétablir le dialogue entre les deux gouvernements. Le chef du gouvernement belge est encouragé dans cette voix par de nombreuses personnalités belges. Notamment les libéraux du MR, avec Charles Michel, ministre belge à la Coopération et au Développement.

Ce dernier a qualifié le discours de Karel De Gucht de « strictement unilatéral et sa position est strictement accusatrice. Je ne participerai pas à une faute historique qui serait celle de la rupture. Si c’est l’agenda, si on espère toucher à la coopération de la Belgique avec le Congo, alors ce sera sans moi et sans plusieurs membres du gouvernement », a-t-il fermement déclaré.

Auparavant, Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, a reconnu que dans cette crise, « la Belgique est un peu isolée ». Mais il s’est empressé de faire observer qu’il n’y a aucune raison de rompre les relations avec le Congo, mais de reconnaître qu’elles peuvent être difficiles.

A la question de savoir si la Belgique a le  « droit » de veiller sur tout ce qui se passe au Congo, Louis Michel a souligné que «  ce droit peut s’exercer, comme à tous les pays avec qui la Belgique a établi des liens de coopération, sur fond des relations politiques. Le faire discrètement sans déferlement diplomatique. Il faut donc parler avec les leaders congolais et surtout les écouter ».

Louis Michel se départit ainsi de l’attitude de son successeur, Karel De Gucht : « Le Congo est un pays complexe. Il y a lieu de saluer ce qui a été fait par les Congolais et leurs dirigeants. Tout est à reconstruire. Un travail colossal qui est parti d’un corps électoral qui a légitimé un président élu, dispose désormais des institutions démocratiques ; une Assemblée nationale, un Sénat. Il faut par conséquent établir un dialogue avec les dirigeants de ce pays et les aider à bâtir un Etat. La tâche actuelle est de reconstruire un Etat et il ne s’agit point d’une tâche aisée ».

Droit à l’erreur

Louis Michel condamne ainsi l’attitude de Karel De Gucht qui s’appuie sur la manière forte, sur fond médiatique avec des « phrases assassines à répétition. Je peux me permettre de dire que je suis un homme heureux pour avoir fait beaucoup, avec le concours du gouvernement belge, pour ce pays. Je continue toujours à le faire, mais discrètement, car les Congolais ont droit à l’erreur. Nous avons fait oeuvre utile et pendant toute la transition en portant à bras-le-corps le Congo ».

Bien plus, Louis Michel reconnaît que la démocratie est bel et bien en marche en RDC. « C’est comme dans tous les pays, il faut améliorer. La Belgique est dans la même situation. Il faut donner le temps aux Congolais pour parachever cette œuvre. Moi aussi je fais passer les messages. Mais Karel De Gucht, en tant qu’avocat, sait qu’il y a présomption d’innocence. Ses accusations sont-elles fondées et pourquoi les jeter comme ça ? Je ne participerai pas à cette œuvre de destruction, de jeter l’opprobre. Mon obsession, c’est la population congolaise qui a tout fait pour que les élections soient une réussite. Les Congolais ont le droit de critiquer leurs dirigeants. Mais la Belgique ne doit pas mener à la rupture. Il faut reconstruire cet Etat. Il n’y a pas un seul pays au monde qui se permet de telles critiques à l’endroit d’un autre pays et s’exprimer de la façon qui vient d’être faite ».

Ce qui a amené Louis Michel à s’attarder sur l’aide de la Belgique au Congo.  « Il ne faut pas faire croire que l’argent va dans la caisse du gouvernement congolais comme appui budgétaire. Les 200 millions d’euros sont versés aux ONG et au système des Nations unies pour financer des projets de développement. On ne doit donc pas prendre le risque de supprimer ces moyens ».

Coopération d’Etat souverain à Etat souverain

Louis Michel précise qu’il ne s’agit pas d’être complaisant. Et que Karel De Gucht doit choisir entre « être utile ou populiste », car son langage a une connotation de mépris en s’appuyant sur les médias, précise-t-il. Il rejoint ainsi le sénateur Henri - Thomas Lokondo qui qualifiait les propos de Karel De Gucht « de graves et d’irrationnels ».

Partant, Louis Michel encourage le Premier ministre Yves Leterme à contacter le président Kabila pour réaffirmer la volonté de la Belgique de poursuivre « la coopération d’Etat souverain à Etat souverain  et continuer à soutenir les différentes réformes dans tous les domaines : Enseignement, Justice, Armée, Police… »

Il a enfin balayé d’un revers de la main tous les commentaires sur la Convention sino-congolaise. Bien au contraire, la RDC devant le 5 chantiers qui constituent, selon Louis Michel, les « 5 fonctions d’un Etat », et que la RDC n’ayant pas l’argent pour le moment a « le  droit souverain de mettre en concurrence les différents accords des partenaires de la RDC. Si c’est le prix à payer, pourquoi pas le faire ? »

Charles Michel : « Karel De Gucht a une position sans nuance »

Enfonçant le clou, Charles Michel, ministre belge à la Coopération et au Développement s’indigne des « positions sans nuance » de Karel De Gucht jugées « d’unilatérales et accusatrices ». Il menace même de quitter le gouvernement, avec lui d’autres ministres, des Libéraux certainement. Ce qui affecterait ce gouvernement belge de coalition.

« Je demande que l‘on cesse de jeter de l’huile sur le feu. Ensuite, je le dis clairement : pas toucher à la coopération au développement de la Belgique avec le Congo. Nous avons un accord de gouvernement à gouvernement qui stipule que le Congo est le principal pays destinataire de la coopération belge. On est à 170 millions d’euros par an de coopération au développement. Il y a 4.500 Belges qui vivent au Congo dont 3.000 à Kinshasa et 30.000 personnes sont d’origine congolaise en Belgique. Alors, il y a deux stratégies possibles : la complaisance béate et la stratégie du mégaphone et de la rupture. Je ne m’inscris ni dans l’un ni dans l’autre. Moi je plaide pour une stratégie de partenariat responsable. C’est le point de vue du gouvernement belge. Je devine que la persistance d’un discours unilatéral qui stigmatise les mauvais cotés sans mettre en péril les avancées réelles, notamment le fait qu’un gouvernement est démocratiquement élu au Congo, agace les autorités congolaises. Le discours de Karel De Gucht est strictement unilatéral et sa position est strictement accusatrice. La politique internationale mérite la nuance ; la politique internationale, ce n’est pas un café de commerce. Je ne participerai pas à une faute historique qui serait celle de la rupture. Si c’est l’agenda, si on espère toucher à la coopération de la Belgique avec le Congo, alors ce sera sans moi et sans plusieurs membres du gouvernement », a conclu le ministre Charles Michel.

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Ce que je pense de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba

Par Kä Mana

J’ai appris l’arrestation du sénateur Jean-Pierre Bemba au petit matin du dimanche 25 mai, sur les antennes de RFI. Comme si je ne voulais pas croire mes oreilles ni prêter foi à une information pourtant fiable diffusée par une radio internationale que j’écoute chaque matin, je fus envahi par une fureur soudaine, complètement irrationnelle. Un sentiment d’orage où la révolte, dlindignation et l’envie de protester, me plongeaient dans une colère de cyclone, alors que j’avais toujours nourri jusque-là une attitude de distance froide par rapport au destin politique du chef du MLC et à ses choix souvent contestables.

Sur le champ, je n’ai pas saisi le sens de cette fureur et de cette colère en moi. Je n’ai même pas cherché à me dégager de l’emprise incompréhensible que ce que je venais d’entendre exerçait sur tout mon être. Je sentais tout simplement que la nouvelle que je venais d’entendre était d’une extrême gravité et que notre pays subissait une sorte de tremblement de terre politique de la plus haute magnitude.

C’est progressivement, quand j’ai retrouvé mes esprits en cherchant à comprendre la signification de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, que j’ai perçue pourquoi ma réaction fut celle d’une terreur non maîtrisable et pourquoi il fallait sortir absolument de cette terreur pour regarder les réalités avec toute la lucidité réflexive nécessaire.

LE VRAI CRIMINEL N’EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ

Malgré le fait que la menace d’être présenté devant la Cour pénale internationale pesait depuis un certain temps sur la tête de Jean-Pierre Bemba, rien ne laissait penser qu’un pays prendrait l’initiative d’arrêter le chef de l’opposition congolaise. Tous les débats concernant son destin politique tournaient autour de la possibilité de son retour au pays natal, dans la perspective d’une pacification du champ politique congolais et de la réconciliation entre le pouvoir et l’opposition, pour un fonctionnement calme et harmonieux des institutions de la troisième République. Il semblait même impensable que la Belgique, ce pays où le sénateur congolais dispose des soutiens solides et des parrains puissants, puisse décider que le chef de l’opposition de la RDC se retrouve neutralisé et mis hors course pour les « événements de Bangui ». Ces événements dont on croyait qu’ils avaient été analysés politiquement dans tous les sens en RDC, pour disculper le président du MLC et le mettre à l’abri de tout soupçon concernant son implication personnelle dans les crimes commis par ses troupes en RCA. Ayant été un acteur décisif dans le dialogue inter-congolais, un homme politique exemplaire qui a joué le jeu de la transition « 1+4 », des élections et de la mise sur pied des institutions de la troisième République en toute honnêteté, Jean-Pierre Bemba pouvait estimer que le procès en cannibalisme et en crimes contre l’humanité que ses ennemis politiques agitaient à tout moment n’était que mensonge et poursuite du vent. Comme vice-président de la République, il avait sûrement eu toutes les garanties de la part des faiseurs de rois au Congo pour pouvoir circuler tranquillement, comme il l’a fait jusqu’ici, sans aucune peur d’être inculpé par qui que ce soit. Je suis indigné de voir que cette confiance a été trahie en Belgique, là même où se préparaient les perspectives du retour du sénateur congolais à Kinshasa, dans les cadres des discussions avec le « prince » régnant.

Placé dans cette lumière, l’arrestation de Jean-Pierre Bemba n’est, ni plus ni moins, qu’une manœuvre de basse classe, un coup de traître qui poignarde un ami dans le dos. C’est une trahison de la part de la Belgique. Une trahison non pas seulement à l’égard de l’individu et de l’acteur politique qu’est Jean-Pierre Bemba, mais à l’égard de tout le peuple congolais qui considère le chef du MLC non comme un criminel passible d’une lourde peine devant les tribunaux nationaux ou internationaux, mais comme un responsable politique bénéficiant de la confiance d’une grande partie de la population. Un responsable digne d’être considéré comme un potentiel président de la République.

Que la Belgique décide d’arrêter cet homme et de le livrer à la Cour pénale internationale manifeste tout ce que ce pays enferme d’hypocrisie, de machiavélisme, de mensonge permanent et de manque de considération pour le peuple congolais. Au fond, depuis notre « indépendance », et bien avant, la Belgique a eu tendance à soutenir les pouvoirs en place contre les intérêts de notre peuple. Sa politique à l’égard de Mobutu a livré notre pays à un long règne du crime contre l’humanité, sans que les autorités belges ne menacent un seul instant Mobutu d’un procès auprès de qui que ce soit à l’échelle internationale. De même, dans le contexte actuel de tension avec sa « néo-colonie » congolaise, le pouvoir belge aura du mal à convaincre qu’il ne vient pas de sacrifier Jean-Pierre Bemba pour donner l’assurance à Joseph Kabila qu’il sera toujours, s’il le désire, « l’enfant choyé du Royaume ». Un enfant un peu nerveux ces derniers temps, mais dont on calme la nervosité en lui livrant sur un plateau la tête de son seul adversaire politique sérieux.

A mes yeux, un pays dont les autorités sont capables de se comporter comme les autorités belges viennent de le faire concernant Bemba est un pays peu fiable, dont tous les Congolais et toutes les Congolaises devraient se méfier. D’ailleurs, si les nations et les gouvernements dans leur ensemble pouvaient être traduits en justice devant la CPI, la Belgique aurait dû y être pour ses crimes contre l’humanité au Congo. Malheureusement, nous ne sommes pas encore dans un tel cas de figure. Nous ne pouvons dénoncer ici que l’état moral inquiétant que la Belgique manifeste dans sa gestion du problème « Bemba » quand, d’un côté elle envoie Louis Michel à Faro au Portugal tranquiliser le leader du MLC, et de l’autre, elle active les mécanismes de la justice pour arrêter le même Bemba et l’envoyer à la Cour pénale internationale.

UN LYNCHAGE MEDIATIQUE IRRESPONSABLE

L’autre choc qu’a eu sur moi l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, c’est la manière même dont les médias rendent compte des crimes du leader congolais en Centrafrique. Sans aucun souci de lien entre les comportements des militaires du MLC appelés par le président Ange Félix Patassé pour sauver son pouvoir chancelant et l’implication réelle ou présupposée du chef militaire Bemba dans l’action sur le terrain, tout est présenté comme si les massacres et les viols organisés étaient directement planifiés, de sang froid, par ce chef militaire lui-même, dans un machiavélisme démoniaque et monstrueux.

On a l’impression que la cour internationale de justice va juger un monstre sexuel antédiluvien, qui aurait fait des ravages libidineux sur des petites vierges sans défense, des filles qu’il aurait égorgées après avoir cruellement abusé de leur innocente. Pourtant, nous savons qu’un procès sur les événements de Bangui a eu lieu au sein même des milices de Jean-Pierre Bemba. Des exécutions capitales y ont eu lieu. Des sanctions ont été vigoureusement infligées aux responsables des viols et des carnages. Malgré les manipulations de ce type de procès et les réserves que l’on peut émettre quant à leur signification, il est clair au moins que le sénateur du MLC n’y est pas apparu comme le monstre que les médias décrivent en inventant maintenant un coupable parfait à présenter à la Cour pénale internationale.

J’ai éprouvé une profonde révulsion face à cette construction de l’image du « criminel parfait », surtout quand les médias, avec témoins à la clé, veulent rendre compte de ce qui s’est tragiquement déroulé à Bangui, à la demande du président Ange-Félix Patassé. Curieusement, celui-ci est à peine cité aujourd’hui alors qu’il était, à cette époque-là, le vrai moteur de l’intervention des troupes de Bemba en RCA. Ce silence sur le cerveau de l’opération est significatif : il permet d’éviter d’intégrer les problèmes des « crimes » de Bemba dans le contexte global de la crise de l’Afrique centrale. Une crise où des crimes aussi abominables que ceux de Bangui ont été perpétrés, à plus grande échelle encore, avec un bilan catastrophique qui pourrait conduire à la Cour pénale internationale des chefs militaires, des hauts responsables politiques et même des chefs d’Etat toujours en fonction.

UN OUBLI INCOMPREHENSIBLE

Ce qui m’a le plus choqué comme congolais dans l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, c’est l’oubli de ce contexte global dans lequel s’inscrivent toutes les accusations portées contre lui. L’oubli surtout de tous les acteurs du système criminel dont notre pays, plus que la RCA, a payé et paie encore aujourd’hui le prix le plus fort, avec 3 à 4 millions de morts pour lesquels on ne demande pas justice face à leurs assassins, face surtout à tous les prédateurs et pilleurs actuels qui massacrent encore le peuple en le maintenant dans la misère, dans l’abandon social et dans l’indigence absolue.

Tout se passe comme si on voulait juger l’individu Bemba sans du tout lier ses actions au système de guerre dans lequel se sont retrouvés la plupart de ceux qui sont aujourd’hui aux affaires au Rwanda, en Ouganda, en RDC et en RCA. S’il y a eu crime et s’il doit y avoir châtiment, je trouve regrettable que tous les acteurs du système ne soient pas indexés comme criminels présumés. S’en tenir à « Bangui 2002 » en oubliant toutes les stations de massacres qui jalonnent le destin de l’Afrique centrale ces dernières années, c’est prendre l’arbre pour la forêt. Le système pénal international tel qu’il fonctionne actuellement a tendance à verser dans ce défaut et à nous faire croire qu’il y a eu des crimes sans système criminel et que quelques boucs émissaires choisis au gré de certaines personnes suffiront à calmer les haines et à donner l’impression que justice a été faite. Il n’en est rien. Nous devons avoir le courage d’analyser tout le système du crime, d’en dénombrer tous les acteurs, de mesurer les responsabilités des uns et des autres et de penser le droit non seulement en terme de punition des criminels, mais la possibilité d’une réconciliation pour bâtir une nouvelle société.

Il est frappant de voir que l’arrestation de Bemba est présentée toujours en termes de « crime et châtiment », et non en celui de « vérité et réconciliation », ou plus exactement en terme de « justice, vérité, paix et réconciliation ». Je crains que la Cour pénale internationale soit conçue selon un système culturel qui ne pourra jamais nous aider en Afrique à résoudre les problèmes de fond que posent le système criminel qui s’est installé dans nos sociétés et que l’on a vu ces derniers temps en œuvre au Libéria, en Sierra Leone et au Rwanda, avant l’embrasement de la RDC et de la République centrafricaine.

Sommes-nous sûrs que la CPI soit le lieu juridique le plus indiqué pour traiter des crimes comme ceux qui sont reprochés à Jean-Pierre Bemba et qui exigent une logique plus humaine que celle du crime et du châtiment ? J’en doute fortement. Et j’ai raison d’en douter dans la mesure où le mode de fonctionnement de cette cour est trop lié aux jeux d’intérêts politiques de l’ombre pour pouvoir en même temps dire le droit, restaurer une société dans son être et lui redonner toute la force de ses harmoniques de fond, de ses utopies de paix globale et durable.

CE QU’IL FAUT MAINTENIR

Dans la réflexion que je mène ici, je n’aimerais qu’on ait l’impression que je veux défendre Jean-Pierre Bemba en le lavant de tout soupçon concernant ses responsabilités comme chef de guerre. Il ne s’agit pas de cela. Je suis plutôt convaincu que son arrestation représente une bonne leçon de choses pour tous ceux et toutes celles qui s’engagent dans la voie de la violence comme manière de gérer les problèmes de nos sociétés. Tous et toutes devraient savoir que « nos actes nous suivent » et que nous sommes responsables de tout se qui se fait en notre nom partout où on le fait. Tous et toutes doivent apprendre que des institutions internationales fonctionneront désormais sur le long terme et qu’elles pourront poursuivre tout criminel, où qu’il soit, pour qu’il rende compte de ce qu’il a fait contre l’humain. Qui que l’on soit, chef d’Etat ou chef d’armée, homme d’affaires ou dirigeants religieux, on devrait savoir qu’on est, tous et toutes, logé à la même enseigne et que l’œil de la justice nous regarde dans la conscience, désormais mondiale, qui est celle de l’humanité tout entière.

Il ne faut pourtant pas que la justice à faire valoir dans ces conditions soit celle de la raison du plus fort, ni celle de l’hypocrisie et du mensonge, ni celle de la double vérité et du double langage, ni celle du châtiment qui détruit au lieu d’être celle de la vérité qui libère et qui réconcilie.

Maintenant que Bemba est dans les mailles de la justice internationale, il est de notre devoir de tout faire pour que la justice devant laquelle il se présentera puisse être une justice qui dit le vrai, qui met en lumière toutes les responsabilités, et qui s’inscrit moins dans la perspective du châtiment que dans celle de la construction de l’avenir sous le signe de la réconciliation et de la paix. Une telle justice ne peut pas concourir à l’élimination politique du chef du MLC, comme beaucoup de ses adversaires et ennemis l’escomptent maintenant. J’espère qu’elle ouvrira de nouvelles perspectives pour une politique de l’humain où Jean-Pierre Bemba retrouvera sa place non pas comme un gladiateur impitoyable et un chef de guerre sans pitié, mais comme un homme converti à l’essentiel de l’humain par l’épreuve qu’il aura traversée.

Posté par lefrancophone à 18:06 - Infos lues pour vous. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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