24 juillet 2008
Les autres murs doivent tombés, dit Obama
Le candidat démocrate à la Maison Blanche Barack Obama a appelé jeudi "une nouvelle génération" d'Européens et d'Américains à s'unir pour abattre les murs entre alliés, races et religions et relever ensemble les défis de la planète.
"Peuple de Berlin, peuples du monde, notre heure est venue", a déclaré le sénateur à une foule enthousiaste, estimée par la police à cent mille personnes massées au pied de la Colonne de la Victoire, au coeur de Berlin.
"Une nouvelle génération, notre génération, doit laisser sa marque dans l'histoire". Face au terrorisme, au réchauffement climatique, à la drogue, la prolifération nucléaire, "nous ne pouvons pas nous permettre d'être divisés".
"Le XXIe siècle s'est ouvert sur un monde plus interdépendant que jamais dans l'histoire humaine". "Mais ce rapprochement a entraîné de nouveaux dangers qui ne peuvent pas être endigués par les frontières ou les océans", a-t-il poursuivi. "Aucune nation, aussi grande et aussi puissante soit-elle, ne peut relever seule ces défis", a observé M. Obama, dans un discours sans précédent pour un candidat à la présidence des Etats-Unis.
"L'Amérique n'a pas de meilleur allié que l'Europe", a affirmé le candidat démocrate. Mais "un vrai partenariat exige un travail constant et des sacrifices... des alliés qui savent écouter, apprendre les uns des autres et surtout se faire confiance".
Il a demandé aux Européens de poursuivre leur engagement en Afghanistan. "Pour le peuple d'Afghanistan, et pour notre sécurité commune, il faut terminer le travail", a-t-il dit.
"L'Amérique ne peut pas le faire seule. Le peuple afghan a besoin de nos troupes et des vôtres; de notre soutien et du vôtre pour vaincre les talibans et Al-Qaïda, pour développer son économie et pour l'aider à reconstruire son pays. L'enjeu est trop important pour renoncer maintenant".
Evoquant la chute du Mur de Berlin en 1989, il a appelé à abattre d'autres murs.
"Les murs entre les alliés de longue date, de part et d'autre de l'Atlantique, ne peuvent pas rester debout. Les murs entre les pays les plus riches et les plus pauvres ne peuvent pas rester debout. Les murs entre les races et les tribus, entre les indigènes et les immigrants, entre chrétiens, musulmans et juifs ne peuvent pas rester debout".
C'est la première fois qu'un candidat à la présidence des Etats-Unis prononce un grand discours de politique étrangère en dehors des Etats-Unis.
Après son discours, fréquemment interrompu par les applaudissements et les cris "Yes we can" ("Oui, nous pouvons"), son slogan de campagne, M. Obama s'est mêlé pendant cinq minutes à la foule, qui se pressait pour lui serrer la main et le photographier
Arrivé dans la matinée à Berlin, le sénateur de l'Illinois avait été reçu pendant une heure par la chancelière conservatrice Angela Merkel, puis par le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.
Les entretiens avec Mme Merkel, qualifiés par son conseiller Robert Gibbs de "chaleureux et productifs", ont porté notammment sur l'Afghanistan et l'Irak, où le sénateur vient de se rendre, l'Iran, le processus de paix au Proche-Orient, la Russie et l'Otan.
M. Obama a salué les efforts de la chancelière pour combattre le changement climatique et a répété son engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis de 80% d'ici à 2050 s'il est élu, a ajouté M. Gibbs.
Barack Obama, "le John Kennedy noir", suscite l'enthousiasme en Allemagne, où la popularité des Etats-Unis est tombée au plus bas sous la présidence de George W. Bush. Selon un récent sondage TNS, 76% des Allemands souhaitent la victoire du jeune sénateur, contre 10% seulement qui préféreraient celle du candidat républicain John McCain.
Les prises de position du candidat démocrate, du retrait des troupes américaines d'Irak à la fermeture de la prison de Guantanamo, séduisent le public allemand. Mais beaucoup de commentateurs mettent en garde contre des attentes exagérées.
Mme Merkel elle-même a déclaré mercredi au cours d'une conférence de presse qu'elle ne s'attendait pas à des changements significatifs dans la diplomatie américaine après les élections, quel que soit le vainqueur.
Barack Obama, qui s'est déjà rendu au Koweït, en Irak, en Afghanistan, en Jordanie et en Israël, doit se rendre vendredi à Paris. Il terminera par Londres sa tournée internationale destinée à montrer à l'opinion américaine qu'il a l'étoffe d'un président.
16 juillet 2008
Sarkozy à Kabila : " la RDC est un géant en devenir"
Le partenariat entre la RDC et la France s’inscrit désormais sous des jours meilleurs. Le premier face-à-face officiel entre les présidents Kabila et Sarkozy, depuis leur élection, le laisse transparaître. Un face-à-face placé sous le signe de la franchise et de la détermination politique. Les premiers mots du président français en disent long : « La République démocratique du Congo est un géant en devenir ». Il n’empêche qu’au cours de ces premières minutes d’entretien entre les deux personnalités, l’ombre des contrats chinois a plané.
Le président français, Nicolas Sarkozy, s’est entretenu hier mercredi à l'Elysée avec son homologue congolais, Joseph Kabila. Le chef de l’Etat de la République démocratique du Congo effectue ainsi une visite de quarante-huit heures en France.
Nicolas Sarkozy s'est dit « heureux » d'accueillir Joseph Kabila qui a « réussi une transition vers la démocratie ». La RDC est « un géant en devenir », a estimé le président français.
Joseph Kabila, qui devrait rencontrer des chefs d'entreprises du MEDEF ce jeudi, a invité Nicolas Sarkozy à venir en République démocratique du Congo en 2009. Il a saisi cette opportunité pour souligner les efforts de la RDC en faveur de la croissance qui s’élève à environ 9 et 10%.
L’agenda du président congolais prévoyait aussi des rencontres avec le Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, le ministre de l’Energie et du Développement, Jean-Louis Borloo, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. Ce dernier a offert un dîner au président Kabila au Quai d’Orsay.
RENFORCEMENT DE LA COOPERATION FRANCO-CONGOLAISE
En attendant de savoir les conclusions de cette visite, il est important de souligner que sur le plan politique, le ministre congolais des Affaires étrangères, Mbusa Nyamwisi a indiqué que le chef de l’Etat congolais a commencé par remercier son homologue français pour le soutien de son pays. Il a ensuite demandé une implication accrue de Paris dans la reconstruction de la RD Congo : « Il s’agit, pour le président Kabila, de remercier d’abord la France pour toutes les contributions positives au long processus que nous avons connu et qui a abouti par des élections libres, démocratiques et transparentes. [Il s’agira aussi] de demander une implication de la France dans le cadre d’une coopération bilatérale, autant avec l’Union européenne ou les institutions de Bretton Woods que dans le cadre bilatéral de renforcer son implication au Congo, pour que les résultats que nous avons eus par les élections puissent être accompagnés par des efforts économiques, de stabilisation du pays sur le plan sécuritaire », a-t-il déclaré à la presse française.
Le ministre Mbusa Nyamwisi a en outre signalé que le président Kabila a sollicité le soutien de la France dans la réforme de la sécurité et dans la reconstruction de la RDC : « Comme vous le savez, à l’Est, il y a encore quelques problèmes résiduels. Nous avons un problème de réforme de la sécurité et de la défense. Nous avons un problème de reconstruction du pays sur le plan des infrastructures. Donc, dans tous ces domaines, le président Kabila ne manquera pas d’appeler son homologue français à pouvoir contribuer efficacement », a-t-il déclaré.
« A la suite de cette visite, nous pensons que la coopération va avoir un nouvel élan, qui permettra d’aller de l’avant dans ce que nous entreprenons ensemble, d’autant plus que la France a toujours été de notre côté, même aux pires temps de notre situation. Et elle restera, nous l’espérons, un partenaire de première importance pour nous. », a-t-il mis un accent particulier.
L’OMBRE DE LA CHINE
L’ombre de la Chine continuera toujours à planer au-dessus de la coopération entre la RDC et ses « partenaires traditionnels ». Paris, avec la visite que le président Kabila rend à son homologue français, Nicolas Sarkozy, n’aura pas dérogé à la tradition. La question y est revenue dès les premières minutes de ce face-à-face. D’ailleurs, Le Potentiel avait eu la présence d’esprit d’évoquer les grandes questions qui pourraient être évoquées au cours de cette visite d’Etat.
Notamment, le souhait émis par Le Potentiel de voir « le président Joseph Kabila saisir cette opportunité pour expliquer la philosophie de coopération de la RDC qui a besoin de capitaux pour relancer son développement. Argumentant notamment que la coopération avec la Chine ne ferme nullement la porte aux partenaires traditionnels ».
Sarkozy a, entre autres, évoqué avec Kabila les contrats Chinois. Surtout que le Directeur général du FMI n’est autre qu’un Français, Dominique Strauss-Khan, ancien ministre français de l’Economie et des Finances dans le gouvernement Lionel Jospin. Echec des pourparlers avec le FMI pourrait se traduire par un échec du «Français Dominique Strauss-Khan ». Au-delà, celui de la France.
Prenant l’initiative des entretiens dès l’entrée de jeu, le président Kabila a sollicité le concours de la France pour obtenir du Fonds monétaire international (FMI) l'allégement de sa dette.
La parade ne s’est pas fait attendre. Le contraire aurait surpris : la question des prêts chinois a rebondi sur la table du dialogue entre les deux personnalités.
Selon l'Elysée, le président français a souligné qu'on ne pouvait « à la fois, du côté congolais, solliciter de nouveaux prêts, sans tenir compte de la nécessité de se désendetter par ailleurs ». Allusion faite aux sommes importantes prêtées récemment à la RDC par la Chine.
Pékin a accordé un prêt de 8,5 milliards de dollars à la République démocratique du Congo, gagé en partie sur les ressources minières du pays, alors que le FMI tentait parallèlement de convaincre le Congo de se plier à des mesures d'assainissement de ses finances publiques.
Pas de surprise. Le Fonds monétaire international, souffrez que l’on répète, a comme Directeur général, Dominique Strauss-Khan. Un Français qui a succédé à un autre Français, Michel Camdessus. Socialiste, Dominique Strauss-Kahn a été ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Lionel Jospin. Mais le président Sarkozy, qui est de droite, dans sa politique d’ouverture, a présenté et soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI. Il s’est battu, bec et ongle, pour la faire passer contre le candidat de la Russie. L’échec des conclusions d’un nouveau programme de réajustement structurel entre la RDC et le FMI pourrait se traduire par un échec de Dominique Strauss-Kahn. Mais au-delà, celui de Nicolas Sarkozy, et bien sûr de la France.
Dans son édition n° 4371 du mardi 15 juillet 2008, Le Potentiel avait eu la présence d’esprit d’évoquer les grandes questions que le président Kabila pourrait aborder avec son homologue français. Entre autres la convention sino-congolaise ». A ce sujet, Le Potentiel écrivait textuellement ceci : « Joseph Kabila devrait saisir cette opportunité pour expliquer la philosophie de coopération de la RDC qui a besoin de capitaux pour relancer son développement. Argumentant notamment que la coopération avec la Chine ne ferme nullement la porte aux partenaires traditionnels. Aussi, au regard de gros moyens que nécessite la relance du développement en RDC, un «Plan Marshall » est mieux indiqué. C’est pourquoi la RDC entend diversifier la coopération sans aliéner les droits du peuple congolais ». A Paris, les contrats chinois ont rebondi.
09 juillet 2008
Lutte contre l’impunité en Côte d’Ivoire
Simone Gbagbo convoquée par la justice française dans l’affaire Guy-André Kieffer
L’épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, et un ancien ministre de l’Economie, Paul Antoine Bohoun Bouabré, sont convoqués comme témoins ce jeudi 10 juillet à Paris, en France, dans l’enquête sur la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en avril 2004 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Plus d’une personne encouragent la justice française d’aller plus loin avec les enquêtes afin de rétablir la vérité dans cette disparition du journaliste et de déterminer les responsabilités des uns et des autres. Car, les investigations dans la filière cacao ne pouvaient que gêner les pillards et les ennemis du peuple i²voirien.
L’épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, et un ancien ministre de l’Economie Paul Antoine Bohoun Bouabré sont convoqués comme témoins jeudi à Paris dans l’enquête sur la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en avril 2004 à Abidjan, ont rapporté l’AFP et REUTERS citant des sources proches du dossier.
Les juges Patrick Ramaël et Emmanuelle Ducos souhaitent les entendre dans l’information judiciaire pour «enlèvement et séquestration», qui a déjà motivé plusieurs déplacements officiels en Côte-d’Ivoire, la dernière fois en février.
Journaliste franco-canadien indépendant enquêtant notamment sur des malversations dans la filière cacao en Côte d’Ivoire, Guy-André Kieffer a disparu le 16 avril 2004 à Abidjan. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Les enquêteurs ne soupçonnent pas le couple présidentiel d’être impliqué directement dans cette affaire, mais plutôt certains cadres du régime liés aux milieux d’affaires, notamment ceux du cacao.
RETABLIR LA VERITE
L’avocat de Simone Gbagbo, interrogé sur RFI, a déclaré que Simone Gbagbo n’avait reçu aucune convocation et se refusait donc à tout commentaire. Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ministre de l’Economie au moment des faits, est actuellement ministre chargé du Plan et du Développement.
Jean-Tony Oulaï, présenté comme un ancien membre des services spéciaux ivoiriens, est mis en examen et écroué en France depuis le mois d’octobre en France dans l’affaire.
L’entourage de Simone Gbagbo a été d’emblée évoqué par des personnes auditionnées dans l’affaire. Le beau-frère de cette dernière, Michel Legré, a même été un temps emprisonné à Abidjan avant d’être libéré.
Plus d’une personne encouragent la justice française d’aller plus loin avec les enquêtes afin de rétablir la vérité dans cette disparition tragique de Guy André Kieffer et de déterminer les responsabilités des uns et des autres.
20 juin 2008
La directive-retour de l' UE est ses retombées.
Loi européenne sur l'immigration: Chavez menace de couper les livraisons de pétrole

Le président vénézuélien Hugo Chavez a menacé jeudi de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient la nouvelle loi de l'Union européenne sur l'expulsion des immigrés sans papiers adoptée mercredi par le Parlement européen.
"Notre pétrole ne devrait pas aller vers ces pays européens", a déclaré le chef de l'Etat vénézuélien lors d'une conférence de presse.
L'Union européenne a adopté mercredi une nouvelle loi qui devrait être transposée dans les législations des pays membres, portant sur le retour des immigrants illégaux dans leur pays d'origine.
Les nouvelles dispositions visent en priorité à faciliter les départs volontaires des étrangers en situation irrégulière dans l'UE.
S'ils refusent, ils peuvent être placés en rétention jusqu'à 18 mois avant d'être expulsés, et n'auront plus le droit de rentrer l'UE dans les cinq ans suivant leur renvoi.
La "directive retour", résultat d'un compromis inédit en matière d'immigration entre négociateurs du Parlement et les 27 Etats membres, a été approuvée par 367 voix contre 206 et 109 abstentions. Conservateurs, libéraux et eurosceptiques ont fait alliance face à des socialistes divisés.
27 mars 2008
Interpellation du Premier ministre : une main noire ?
Lors de la première plénière de la session de mars 2008 de l’Assemblée nationale, tenue le jeudi 20 mars, les députés ont examiné la proposition de l’interpellation du Premier ministre déposée le 11 mars dernier au bureau de l’Assemblée par le député Delly Sesanga du MLC. La motion a été rejetée par la plénière suite à un vice de procédure. Mais, qui voulait vraiment se débarrasser de Gizenga ? Que lui reproche-t-on, au juste ?
Juste après que le gouvernement que dirige le Premier ministre Antoine Gizenga ait accompli, le 24 février 2008, un an de service, soit 20% de sa durée théorique maximale, une proposition de l’interpellation du Premier ministre a été déposée le 11 mars au bureau de l’Assemblée par le député Delly Sesanga du Mouvement de libération du Congo (MLC), parti de l’opposition.
Soumise à la plénière du jeudi 20 mars 2008, la motion a été recalée. Pour plusieurs députés, cette interpellation viole la Constitution en ce qui concerne la procédure. D’après eux, elle a été déposée pendant les vacances parlementaires alors qu’elle devrait l’être pendant une session ordinaire.
UNE MAIN NOIRE
Bien sûr qu’un député national, quel qu’il soit, peut amorcer une interpellation, en vertu du droit lui reconnu par les articles 100 al.2 et 138-3 de la Constitution et 152-3, 171, 172 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Mais pourquoi la motion de Sesanga n’a pas été retenue en plénière ? Aussi, une certaine opinion s’interroge sur sa motivation exacte : si le Premier ministre bat de l’aile sur l’exercice de son autorité, comme chef du gouvernement, dans la conduite de la politique générale du gouvernement, qui de l’opposition et du gouvernement a vraiment intérêt à se débarrasser de Gizenga pour l’instant ? Que lui reproche-t-on exactement ?
Au-delà de tout, y aurait-il une main noire de l’AMP derrière la proposition de l’interpellation du député de l’opposition Delly Sesanga ? Sinon, comment peut-on comprendre qu’un Delly Sesanga, juriste réputé et président de la Commission PAJ de l’Assemblée nationale, ne se soit pas souvenu du Règlement intérieur de la chambre basse à la rédaction du quel il a certainement pris part.
Plus surprenant encore est la réaction de Sesanga de faire revenir la motion dans la gibecière, à sa famille politique. «Je ne suis pas découragé (…) Il est de notre devoir de remettre les pendules à l’heure et nous allons le faire (...) Je pense que nous allons mettre en harmonie la forme avec les recommandations de la plénière et ainsi on sera obligé de traiter du fond », a indiqué Sesanga au sortir de la plénière du jeudi 20 mars dernier.
Le député MLC reconnaît implicitement avoir agi sans l’aval de sa famille politique. Si tel était le cas, que craignait-il ? Redoutait-il que son initiative ait moins de chance de susciter l’adhésion de sa famille politique ou était-ce une preuve qu’il ne serait plus en odeur de sainteté avec la direction du parti, après la tentative de création au sein du MLC d’un courant dit de « réformateurs radicaux » ? Ou simplement parce que ce coup venait de l’AMP ?
DIVORCE AMP – PALU ?
De leur côté, les états-majors du Parti lumumbiste unifié (Palu) estiment qu’il y a de la manipulation autour de cette interpellation. Les tenants de cette thèse estiment que si interpellation il y aurait, c’est la majorité qui devrait l’initier. En même temps, ils rappellent au PPRD que le gouvernement Gizenga est un gouvernement de coalition. En tant que tel, la question de remplacement du Premier ministre doit être débattue selon les clauses du contrat de partenariat qui lie les deux alliés.
Par ailleurs, tous les kabilistes savent que c’est grâce à l’alliance de l’AMP avec le Palu que le président Joseph Kabila a pu être élu à l’Ouest, principalement dans la province du Bandundu. Que l’on s’affaire à déguerpir Gizenga d’une manière « cavalière », cela remettrait en cause l’alliance. S’achemine-t-on alors vers un divorce entre l’AMP et le Palu ?
En outre, plusieurs sources proches de l’opposition confient que cette dernière ne veut pas servir de dindon de la farce. La réaction du député Roger Lumbala est claire à cet effet : «Le changement du gouvernement ne peut pas être l’affaire de l’Assemblée nationale comme on veut le faire passer. Si le PPRD veut faire partir Antoine Gizenga, le chef de l’Etat a toutes les prérogatives pour faire partir le Premier ministre plutôt que de dire ou de se servir de députés pour que le moment venu la motion de censure soit adoptée… »
C’est dire que l’opposition se refuse d’assumer une motion dont les commanditaires seraient des caciques de l’AMP, qui voudraient se débarrasser de Gizenga pour occuper le fauteuil de Premier ministre.
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10 mars 2008
Sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC)
COMMUNIQUE FINAL Kinshasa! le 10 mars 2008 Sur invitation de Son Excellence Monsieur Joseph KABILA KABANGE, Président de la République Démocratique du Congo et Président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC), il s'est tenu le 10 mars 2008 à Kinshasa un Sommet - Extraordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays membres de la CEEAC. Ont pris part à cette importante rencontre, Leurs Excellences : Monsieur Theodoro OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la République de Guinée Equatoriale ; Monsieur Idriss DEBY ITNO, Président de la République du TCHAD ; Monsieur Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo ; Monsieur Fradique BANDEIRA MELO DE MENEZES, Président de la République Démocratique de SAO TOME et PRINCIPE ; . Monsieur François BOZIZE, Président de la République Centrafricaine ; Monsieur Pierre NKURUNZIZA, Président de la République du Burundi ; Monsieur Fernando DA PIEDADE DIAS DOS SANTOS, Premier Ministre de la République d'Angola; Monsieur Henri EYEBE A YISSI, Ministre des Relations Extérieures de la République du Cameroun; Monsieur Jean Boniface ASSELE, Ministre de la Communication, des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l'Information de la République Gabonaise.
Un seul point figurait à l'ordre du jour, à savoir: la situation politique et sécuritaire au TCHAD après les évènements du début du mois de février 2008.
Après le mot de bienvenue de Son Excellence Monsieur Joseph KABILA KABANGE à ses Hôtes et l'exposé des faits par Son Excellence Monsieur Idriss DEBY ITNO, Président de la République du TCHAD, suivi de celui de Son Excellence Monsieur Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo et Co-Médiateur désigné par l'Union Africaine et du rapport des travaux du dernier Conseil des Ministres du COPAX par le Secrétaire Général de la CEEAC, les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont procédé à l'analyse de la situation et, à l'issue d'un tour de table au cours duquel chaque délégation est intervenue, ils ont pris les résolutions suivantes:
I. Les Chefs d'Etat et de Gouvernement des Etats membres de la CEEAC condamnent le recours aux armes et autres voies non constitutionnelles comme modes d'accession au pouvoir, ainsi que toute déstabilisation des institutions démocratiques issues de la volonté du peuple tchadien. Ils expriment toute leur solidarité à l'égard du Gouvernement et du Peuple tchadiens et invitent tous les pays à s'abstenir de toute initiative ou attitude susceptible de porter atteinte à l'ordre constitutionnel, à la sécurité et à l'intégrité territoriale de la République du Tchad.
II. Les Chefs d'Etat et de Gouvernement apportent leur soutien au Président de la République du Congo, Son Excellence Monsieur Denis SASSOU N'GUESSO et au Guide de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne, Socialiste et Populaire, Monsieur MUHAMMAR AL-KADHAFI, dans l'exercice du mandat de médiateur qui leur a été confié par l'Union Africaine.
III. Les Chefs d'Etat et de Gouvernement en appellent à toutes les parties au conflit pour qu'elles appliquent tous les Accords antérieurs, notamment ceux de Tripoli et de Riyad entre la République du Tchad et la République du Soudan. Ils se félicitent par ailleurs des accords conclus le 13 août 2007 à N’Djamena et en septembre 2007 à Syrte, dans le cadre du dialogue politique inter-tchadien et encouragent le Gouvernement de la République du Tchad à poursuivre sans relâche l'application desdits accords en vue de renforcer l'Etat de droit et d'instaurer une paix durable et définitive au Tchad.
IV. S'agissant de la reconstruction et de la réhabilitation du Tchad, les Chefs d'Etat et de Gouvernement s'engagent à organiser une assistance d'urgence en faveur de ce pays frère.
V. Sur le plan humanitaire, ils se félicitent de l'amorce du déploiement des troupes de l'Eufor en vue de sécuriser les camps des réfugiés, les personnes déplacées ainsi que le personnel des agences humanitaires.
VI. Les Chefs d'Etat et de Gouvernement lancent un appel à la Communauté Internationale pour qu'elle apporte au Gouvernement et au Peuple tchadiens une assistance multiforme à la hauteur du drame que le pays vient de connaître.
VII. Les Chefs d'Etat et de Gouvernement demandent, en plus, l'accélération du déploiement de la force hybride Nations Unies/Union Africaine au Darfour.
Au terme de leurs travaux, les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont félicité l'initiative du Président en exercice de la CEEAC pour la convocation de ce Sommet et ont hautement apprécié l'hospitalité dont ils ont été l'objet ainsi que leurs délégations durant leur séjour à Kinshasa.
Ils ont également exprimé leur profonde gratitude à Son Excellence Monsieur Joseph KABILA KABANGE, au Gouvernement ainsi qu'au peuple congolais pour l'ensemble des dispositions prises en vue de la réussite de ce Sommet. Fait à Kinshasa, le 10 mars 2008 Pour la République d'Angola
S.E.M. Fernando Da Piedade Dias Dos Santos Premier Ministre, Chef du Gouvernement Pour la République du Burundi
S.E.M. Pierre Nkurinzinza, Président de la République Pour la République du Cameroun
S.E.M. Henri Eyebe Ayissi, Ministre des Relations Extérieures Pour la République Centrafricaine
S.E.M. François Bozize, Président de la République Pour la République du Congo
S.E.M. Denis Sassou N'guesso, Président de la République Pour la République Démocratique du Congo
S.E.M. Joseph Kabila Kabange, Président de la République Pour la République Gabonaise
S.E.M. Jean Boniface Assele, Ministre de la Communication, des Postes, des
Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l'Information Pour la République du Tchad
S.E.M. Idriss Deby Itno, Président de la République Pour la République de la Guinée Equatoriale
S.E.M. Theodoro Obiang Nguema Mbasogo, Président de la République Pour la République Démocratique de Sao Tomé et Principe
S.E.M. Fradique Bandeira Melo De Menezes, Président de la République
08 mars 2008
Un gendarme français agresse un policier congolais à Kinshasa
La violence du coup de poing a envoyé le policier congolais sur le pavé. Il s’est blessé à la paume de la main en tombant. Sincèrement, la rupture que prône le président français entre l’Afrique et la France risque de ne pas se faire en douceur. Au moment où Sarkozy croyait encore s’amuser avec l’opinion en prononçant des discours dont il ne semble pas mesurer la portée, en Afrique on le prend très au sérieux.
Si personne ne peut aller manger le pain français, il y a lieu aussi que les Français ne viennent pas manger la chikwangue ou le couscous africains. Ce continent veut lui démontrer que personne ne versera des larmes sur cette rupture dont la France semble faire son cheval de bataille. Le Gabon vient de poser un geste très applaudi sur tout le continent. En réaction au refoulement de deux étudiants gabonais de France, Libreville vient de mettre dans l’avion un Français qui débarquait au Gabon où il devrait travailler dans le secteur du pétrole.
On s’attend à ce que l’exemple gabonais, pays dont on disait entretenir des relations privilégiées avec Paris, fasse effet boule de neige. C’est ce moment qu’un gendarme français a choisi pour agresser gratuitement un policier congolais qui s’affairait à dégager la voie obstruée par l’embouteillage. Il était 15 heures 20 vendredi 7 mars, le policier était occupé à faire passer les véhicules les uns après les autres, quand le gendarme français est venu le cogner au dos.
Le policier se retourne pour regretter le geste du Français. Ce dernier ne trouvera mieux que de flanquer un coup violent en plein visage du policier congolais commis à la garde des installations du Groupe de presse L’Avenir. C’était la surprise pour le policier.
La violence du coup de poing l’a envoyé sur le pavé. Il s’est blessé à la paume de main en tombant. Au moment où il s’est relevé, il s’est vu maîtrisé par deux éléments de gardiennage Delta Protection qui gardent l’Ambassade. Le policier est vite allé se plaindre à la hiérarchie de la police, spécialement à Kin Mazière.
Il s’entendra dire que son affaire est de la compétence du ministère des Affaires Etrangères. Le policier devrait-il abandonner son poste pour aller saisir le ministère des Affaires Etrangères ? De toutes les façons, Mbusa Nyamwisi est informé. En ce moment où le Gabon vient de donner l’exemple de la réciprocité, il serait anormal que la Rdc ne puisse pas élever la moindre protestation contre ce geste inacceptable du gendarme français. Si ce gendarme n’avait pas choisi de se sauver aussitôt après, les badauds, essentiellement les enfants de la rue, mécontents du geste, étaient prêts à lui offrir la réciprocité.
01 mars 2008
France-Afrique : renégociation des accords militaires
Imprévisible Sarkozy. Après avoir soutenu militairement Idriss Deby, menacé de son trône par ses compatriotes rebelles, le voilà qui annonce la renégociation des accords militaires signés avec certains pays africains. Manifestation d’une volonté politique déjà exprimée pendant la campagne électorale, pour protéger la France des critiques, parfois acerbes, quant à son rôle en Afrique ou s’agit-il seulement d’une déclaration destinée à la consommation extérieure pour faire remonter sa cote visiblement en baisse, selon les sondages ?
Nicolas Sarkozy, président de la France, vient d’achever une visite de travail de deux jours en Afrique du Sud. Trois temps forts ont marqué cette visite : la signature des contrats commerciaux, les entretiens avec les figures de proue de la communauté sud-africaine, Thabo Mbeki, Jacob Zuma et Nelson Mandela, et bien sûr la décision de la France de renégocier les accords militaires avec quelques pays africains.
Déclaration qui a suscité beaucoup d’intérêts dans la mesure où la France est une «ancienne puissance coloniale ». Sa présence en Afrique a toujours été interprétée comme une volonté de la France de ne pas couper le cordon ombilical avec les anciennes colonies, mais de perpétuer un certain paternalisme en jouant au «gendarme de l’Afrique». La déclaration de Sarkozy en Afrique du Sud est donc considérée comme la «fin de la décolonisation» de la France en Afrique.
QU’EST-CE QUI VA CHANGER ?
Effectivement, la question est celle de savoir si le président Sarkozy a les pleins pouvoirs de changer la politique africaine sans effaroucher certains centres de décisions. Dans un domaine aussi délicat, militaire qui, d’une façon ou d’une autre sécurise la France, il existe plusieurs pesanteurs. En fait, les accords militaires ne sont pas à comparer avec la « France-Afrique » une structure née d’ailleurs, qu’on le veuille ou pas, des «accords militaires». Dans ce dernier cas, l’objectif vise à maintenir les « liens étroits» entre la France et l’Afrique pour éviter toute surprise.
Mais les accords militaires ne sont pas toujours liés à une obligation morale de la France à soutenir à bras-le-corps, pour des raisons politiques, les dirigeants d’anciennes colonies françaises. Il existe également des raisons économiques qui ont permis à des multinationales aux capitaux à prédominance française de bénéficier des facilités élargies d’exploitation des matières premières. Total, Areva, pour ne citer que ces deux entreprises, pétrolière et minière, sont justement bénéficiaires de ces facilités élargies, à telle enseigne qu’elles s’intéressent au processus politique au plan local. Ce qui explique parfois qu’elles sont citées dans des crises politiques survenues dans quelques pays africains. Evidemment, tout le bénéfice revient à la France grâce aux énormes revenus de ces sociétés installées en Afrique.
Aujourd’hui, la question est celle de savoir comment Sarkozy entend-il gérer cet aspect du problème sans associer les multinationales, ces groupes de décisions.
En fait, la présence militaire française n’a pas que seulement des connotations politiques, mais aussi économiques. Aussi, les bases militaires françaises visent particulièrement à protéger les intérêts français en Afrique, de permettre à la France de se situer en des endroits stratégiques au regard de la confrontation possible internationale qu’à promouvoir les Etats africains. D’ailleurs, il est bien connu en Afrique que ces « accords militaires » ne profitent qu’à des personnalités africaines qu’aux peuples d’Afrique.
Il n’est pas exclu que dans cette renégociation tant attendue, l’on trouve des points de passe pour maintenir subtilement cette présence militaire. Eventualité qui n’est pas à exclure.
Certaines personnes sont convaincues que devant la baisse de sa cote au plan interne, Sarkozy cherche à trouver une parade pour refaire sa popularité.
28 février 2008
La révolte du désespoir
Les jeunes contre l’ordre établi au Cameroun
Depuis quelques jours, un vaste mouvement de révolte populaire embrase le Cameroun. Dans les trois grandes villes du pays (Douala, Yaoundé et Bafoussam) comme dans certaines agglomérations périphériques, des jeunes se sont spontanément levés pour lancer un mouvement qui a paralysé toutes les activités économiques et sociales à l’occasion d’une grève générale décidée par les syndicats des transporteurs. Dans l’ambiance du désordre créé par cette grève et le mouvement des jeunes qui s’y est greffé, les forces de l’ordre ont eu recours aux armes et l’on a dénombré déjà une dizaine de morts.
Dans les échos que le pouvoir camerounais et certains médias de grande diffusion internationale donnent des événements qui se déroulent actuellement dans le pays, la clé de lecture que l’on tend à privilégier est celle de la protestation des syndicats des transporteurs contre la hausse des prix du carburant. Cette clé est appauvrissante : elle donne l’interprétation la plus superficielle des événements et en réduit fortement la portée.
En réalité, il s’agit de la révolte des désespérés qui ont pris conscience des blocages multiples dont souffre le pays et qui expriment agressivement leur volonté de transformation en profondeur de leur situation, à tous les niveaux. Perçue sous cet angle, cette révolte devrait être considérée comme le miroir d’un état de société sur lequel nous devrions, en RDC comme partout en Afrique, réfléchir, en vue d’imaginer nous-mêmes des solutions pour l’invention d’un avenir au profit de la jeunesse.
UNE JEUNESSE SANS AVENIR
Dans la ville de Bafoussam où je vis actuellement, j’ai passé plusieurs heures à discuter avec les jeunes dans l’effervescence de leur action. Face à leur rage de bloquer la ville avec des pneus qu’ils brûlent sur la place publique pour en faire des brasiers de la colère, face à leur furie de s’attaquer aux édifices publics et de casser tout ce qui, dans la ville, symbolise la présence et les intérêts de la France, face au déchaînement d’une violence que rien ne contrôle et qui se déploie dans l’inorganisation la plus déroutante, j’ai cherché à parler avec quelques-uns de leurs représentants les plus déterminés et les plus acharnés dans l’œuvre de démolition.
Ce qui apparaît comme le ressort le plus profond de leur action, c’est moins la hausse du prix du carburant que l’effondrement de leur espérance dans une société dont ils se rendent de plus en plus compte qu’elle ne leur offre plus aucun avenir. Plus que le prix du carburant, c’est la flambée globale de tous les prix des denrées de base qui révolte leur esprit. Cette flambée les place devant leur incapacité à vivre comme des êtres humains. Ils se sentent alors poussés à lutter contre leur désespoir et à manifester leur colère à l’occasion d’une grève qui n’est pour eux qu’une opportunité pour refuser un système qui n’offre aucun futur crédible. Il est frappant de voir que beaucoup de jeunes engagés dans l’action de contestation et de destruction ont conscience que la mort est préférable à la vie qu’ils mènent : une vie sans perspective, dépourvue de toute signification, de tout poids d’humanité et de tout sens. J’ai constaté que beaucoup de ces jeunes savent ce qu’ils font et veulent s’engager dans une lutte dont la portée est explicitement politique. Ils imaginent les possibilités d’une gouvernance qui ne soit pas celle d’une classe politique qu’ils jugent corrompue et incompétence, pouvoir et opposition confondus. Ils cherchent à attirer l’attention sur le poids d’un système qui relève, selon eux, d’une soumission à des intérêts étrangers, particulièrement français. Intérêts qui, par le canal des courses de chevaux ou de multiples jeux de hasard, misent sur l’appât du gain en dépouillant les pauvres de leurs moyens de vie déjà dérisoires. En s’attaquant à des symboles visibles de la présence de la France dans la société, les jeunes qui sont en action au Cameroun aujourd’hui disent leur ras-le-bol global devant leurs élites dirigeantes qu’ils accusent de trahir la nation. Dans ce sentiment de trahison qu’ils expriment, ils remettent en cause les ressorts néocoloniaux du système politique de leurs pays. Avec l’agressivité propre à leur âge et à ses furies destructrices, ils posent des questions qu’on ne peut pas éluder sous prétexte que leur action relève du vandalisme et de la sauvagerie inacceptable. Les questions qu’ils posent sont celles-ci : le système sociopolitique actuel, qui devrait être garant de la sécurité globale de la vie des citoyens, est-il en mesure d’assumer ces prérogatives face aux attentes d’une jeunesse qui se sent de plus en plus désespérée et de plus en plus désorientée ? Ses acteurs ont-ils encore de l’énergie pour proposer des solutions crédibles aux problèmes qui se posent au pays ou bien sont-ils à jamais englués dans un état qui les rend foncièrement inaptes à défendre les intérêts de leurs pays face aux intérêts néocoloniaux. Ont-ils un nouveau rêve à proposer à le jeunesse où ne sont-ils intéressés que par leur propre pérennité à la direction et à la gestion du pays, comme l’indique le projet de révision de la constitution qui permettrait au président de la République de se représenter aux élections de 2011 et de les gagner pour régner jusqu’à la fin de ses jours ?
Si les jeunes sont dans la rue, c’est pour poser ces questions et dire clairement qu’ils ont perdu confiance en la capacité de leurs élites dirigeantes à répondre aux interrogations et aux préoccupations qui sont les leurs. Le vrai problème se trouve à ce niveau, et c’est à ce niveau que le pouvoir ne donne pas des réponses satisfaisantes. Il est incompréhensible que rien ne soit fait en amont pour empêcher des manifestations à travers des initiatives politiques qui puissent donner un rêve et une ambition à la jeunesse. Il est inacceptable de ne pas offrir à la jeunesse des espaces d’expression et d’action crédibles pour exprimer les revendications légitimes, pour manifester ses états d’âme et organiser une créativité qui serait l’issue la plus digne dans la situation de crise que nous vivons partout en Afrique. Répondre à la révolte des jeunes par des armes et la violence de l’Etat, c’est creuser le fossé qui existe aujourd’hui entre les espérances de nouvelles générations et le type de gouvernance qui est proposé par le pouvoir en place. Dans le contexte actuel, on aurait mieux fait de développer une imagination politique capable de mobiliser tous les jeunes dans des projets de transformation de leurs propres conditions de vie, à travers ce que le président de la République avait fait un temps miroiter dans l’imaginaire des populations sans y attacher vraiment une grande importance : construire une politique de grandes ambitions et en faire le ressort d’un nouvel imaginaire pour tous les jeunes pour les engager résolument dans la bataille du développement.
DES BLOCAGES POLITIQUES D’UN AUTRE AGE
Si une telle politique avait était prise au sérieux et proposée à la jeunesse comme une voie d’avenir, des réformes démocratiques fondamentales auraient été lancées pour permettre à l’opposition de fonctionner comme un espace d’expression publique et de contre-pouvoir réel. On aurait pu voir cette opposition organiser sereinement ses rencontres, ses marches et ses actions de refus de la révision de la Constitution du pays, sans que les forces de l’ordre interviennent pour disperser les manifestants, tirer sur les militants et faire montre de la violence la plus gratuite et la plus absurde. Le déficit de culture démocratique et l’absence d’une éthique d’expression publique des divergences entre pouvoir et opposition conduisent à des blocages d’un âge qu’on croyait à jamais révolu : l’âge des partis uniques et des présidents blindés dans l’autisme face aux revendications les plus normales de leur peuple. Au Cameroun, la cause la plus profonde de l’embrasement du pays aujourd’hui est l’incapacité d’une ouverture démocratique réelle de la part du pouvoir. Elle est aussi dans l’incapacité de l’opposition politique à trouver une riposte par des actions qui ne conduisent pas à des affrontements violents avec des forces de l’ordre dressées non pas pour protéger la population, mais pour la contrôler et réprimer ses velléités de révolte. Pendant la première journée de grève qui a laissé toute la ville de Bafoussam entre les mains des jeunes en furie, je n’ai pas vu des représentants adultes qui auraient pu, comme membres des partis politiques d’opposition, canaliser la colère de la jeunesse et l’intégrer dans une stratégie responsable, capable d’éviter des dérapages qui ont contraint les forces de l’ordre à user des balles réelles. Cette absence signifie que le blocage de possibilités réelles du fonctionnement démocratique des institutions publiques a semé dans l’opposition la crainte d’être désignée comme la force de l’ombre qui organise et entretient le désordre pour déstabiliser l’Etat. Par peur de donner cette image, l’opposition abandonne la jeunesse à elle-même et laisse un mouvement social dériver vers un vandalisme inacceptable dans un Etat de droit.
Au fond, j’ai vu dans les manifestations de Bafoussam le signe d’un manque profond d’éducation politique de la jeunesse. J’ai vu la spontanéité s’imposer en loi de violence. A Douala comme à Yaoundé, le déficit de culture et d’organisation politiques a conduit aux mêmes effets. On peut craindre qu’une jeunesse aussi peu politiquement éduquée devienne, par son désespoir, une véritable bombe qui explosera, sous une forme ou sous une autre, à la figure du pouvoir actuel.
POUR LA RDC ET POUR L’AFRIQUE
Si j’ai voulu éclairer la situation camerounaise actuelle à travers les clés de lecture que sont la révolte du désespoir social et le déficit de l’éducation politique, c’est parce que je suis convaincu que ce qui se passe dans ce pays est un miroir de ce qui se passe et de ce qui pourra se passer, d’une manière ou d’une autre, dans d’autres pays. Le désespoir de la jeunesse et le désarroi de l’opposition ne sont pas l’apanage du pays de Paul Biya. La RDC est confronté aux mêmes problèmes, tout comme d’autres pays qui connaissent actuellement les violences les plus destructrices : le Kenya ou le Tchad, pour ne prendre que ces exemples récents. Dans ces pays, les pouvoirs en place qui condamnent les jeunes au désespoir sèment un vent qui ne peut que se transformer en tempête. Il n’est pas possible de gérer nos pays, de les administrer et de les gouverner sans proposer des grands rêves à la jeunesse, sans organiser ces jeunes en force de créativité locale, sans les doter des moyens mentaux, intellectuels, spirituels et matériels pour vaincre le désespoir. Une politique qui n’investit pas dans le rêve et l’organisation se condamne à la violence. De même, il est impensable que tant de jeunes puissent vivre aujourd’hui en dehors d’une éducation politique solide, à travers des institutions qui puissent leur donner le sens de la responsabilité citoyenne, du respect du bien commun et de la confiance dans les mécanismes d’une démocratie transparente, garante d’une alternance où les dirigeants élus se consacrent à poser partout les conditions de sécurité pour une prospérité partagée.
Aujourd’hui, dans le camp des pouvoirs en place comme dans celui de l’opposition, c’est une illusion dangereuse de continuer à croire que la politique est un champ de guerre où seule compte la force brute, où seul s’impose l’usage de la violence comme moyen d’expression. Nous avons tellement souffert en Afrique de cette vision du pouvoir qu’il est temps d’imaginer une alternative globale qui consisterait en une véritable politique de civilisation, comme dirait le sociologue Edgar Morin : une politique d’humanité qui permettrait de mettre les énergies de créativité de tous et toutes au service d’un rêve commun : la construction d’une nouvelle société où les jeunes puissent être éduqués, organisés, soutenus et forgés comme le fer de lance d’un nouveau destin pour nos pays africains.
Cette vision de la politique devra germer aujourd’hui dans les mentalités pour éclairer le chemin de l’avenir. Même si elle n’apparaît aujourd’hui que sous la forme d’un vaste rêve et d’une splendide et pathétique irréalité, je ne doute pas qu’elle est la seule qui corresponde à ce qu’il y a de profondément souhaitable pour nos pays africains. La politique de la barbarie d’Etat et celle de la violence de la rue ne sont que des archaïsmes face auxquels nous avons le devoir d’opposer une politiques de grandes valeurs de l’humain. C’est là le chemin de l’avenir : un chemin qui nous conduira à nous asseoir, pouvoir, opposition et société civile tous ensemble, pour inventer la nouvelle Afrique et une nouvelle politique pour cette Afrique-là.
19 février 2008
Fidel Castro renonce à la présidence de Cuba

"Je n'aspirerai ni n'accepterai --je répète-- je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de Président du Conseil d'Etat et de Commandant en chef", écrit le président cubain dans un "message à ses compatriotes", publié dans l'édition électronique de Granma, organe officiel du régime.
L'annonce de celui qui était le numéro un cubain depuis 1959 précède la convocation dimanche du parlement élu le 20 janvier pour désigner les plus hautes instances exécutives du régime, dont le chef de l'Etat (président du Conseil d'Etat).
Les Etats-Unis ont rapidement réagi, le président George W. Bush disant espérer que le retrait de Castro aboutisse à "une transition démocratique". Commentaires similaires en Europe, en particulier en Espagne, où la secrétaire d'Etat pour l'Amérique latine Trinidad Jimenez a souhaité des "réformes".
Dans son message à Granma, Fidel Castro admet n'avoir pu surmonter les séquelles d'une grave hémorragie intestinale qui l'a conduit à céder en juillet 2006 les rênes à son frère Raul, donné favori pour une succession à laquelle peut aussi prétendre le vice-président Carlos Lage, un médecin de 56 ans incarnant la nouvelle génération.
"Ma première obligation après tant d'années de lutte était de préparer (le peuple) à mon absence, psychologiquement et politiquement. Jamais je n'ai cessé de signaler qu'il s'agissait d'un rétablissement qui n'était +pas exempt de risques+", souligne Fidel Castro dans le message, signé de sa main et daté du 18 février à 17H30 (22H30 GMT).
"Heureusement, notre processus compte encore avec des cadres de la vieille garde, unis à d'autres qui étaient plus jeunes quand a commencé la première étape de la Révolution", poursuit Fidel Castro, qui n'est pas réapparu en public depuis le 26 juillet 2006, date de sa première opération chirurgicale.
"Le chemin sera difficile et requerra l'effort intelligent de tous", dit-il encore, avant de conclure: "Je ne vous fais pas mes adieux. Je souhaite combattre comme un soldat des idées. Je continuerai à écrire sous le titre "Réflexions du camarade Fidel". "Ce sera une arme de l'arsenal avec lequel il faudra compter. Peut-être ma voix sera-t-elle entendue. Je serai prudent. Merci".
Le vieux leader qui a connu une longue convalescence ne s'exprimait guère plus qu'à travers des "réflexions" publiées dans la presse officielle depuis bientôt un an.
Célèbre dans le monde entier pour ses diatribes enflammées devant les foules, Fidel Castro, avec son éternel uniforme vert olive, sa barbe et ses cigares, a symbolisé le guérillero victorieux durant la guerre froide, avant de s'aliéner nombre de sympathies internationales, dont celles de l'Europe, pour son refus d'assouplir son régime.
Durant près d'un demi-siècle, le dirigeant cubain qui s'est voulu, avec son compagnon Ernesto "Che" Guevara, le champion de l'exportation de la révolution communiste en Amérique latine, mais aussi en Afrique et même en Asie, a tenu tête aux Etats-Unis.
Dix présidents à la Maison Blanche n'ont pu en venir à bout, malgré un embargo économique draconien, une tentative ratée de débarquement d'anti-castristes à la Baie des cochons en 1961 et maints complots pour l'assassiner.
Figure incontournable de la deuxième moitié du XXe siècle, Fidel Castro, dernier survivant de la génération des Nasser, Nehru, Tito, avait été élu symboliquement à la présidence du dernier sommet des Non-alignés à La Havane en septembre 2006.




