12 avril 2008
LA GUERRE DE 1940-45 VÉCUE À COQUILHATVILLE
INTRODUCTION
La Deuxième Guerre Mondiale a eu un impact notable sur l'Afrique coloniale. La Colonie belge n'y a pas échappé. On y trouve le reflet des changements culturels et conceptuels intervenus en Europe. La démocratie était tombée en discrédit; d'autres formes de gouvernement, plus autoritaires, faisaient désormais partie du paysage. Les esprits étaient fort divisés sur ce genre de questions. En Flandre et en Wallonie, les tendances fascistes avaient gagné un grand nombre d'adhérents. Quand la guerre atteint la Belgique, cette division idéologique jouera pleinement dans l'attitude que certaines autorités et beaucoup de citoyens adoptaient devant l'événement. Quand le roi prend sur lui de signer la capitulation de l'armée belge devant l'Allemagne, la rupture se radicalise. Le Gouvernement veut continuer la guerre au côté de l'Angleterre (et de ses alliés) et se sépare du roi Léopold III. Au Congo, le Gouverneur Général Ryckmans choisit le côté du Gouvernement, établi à Londres.
Les Belges du Congo n'avaient pas de droits politiques (locaux), mais ils n'étaient pas sans avoir d'opinions. Certains les expriment et ils ne se sentent pas obligés de s'aligner sur l'option politique du Gouverneur. Ainsi il se fit que la Belgique n'était plus en guerre effective, mais que la Colonie y était. Comme en Belgique, il y eut au Congo des gens qui s'accommodaient de la défaite. C'étaient des 'défaitistes', car ils doutaient de la victoire finale des Alliés; mais, de ce fait, ils étaient en opposition avec la doctrine officielle. Dans un pays sans démocratie, une telle attitude était risquée, il pouvait y avoir des sanctions. Il fallait penser comme le gouvernement (de Léopoldville), il fallait penser correctement, être "bien-pensant".
Pour le contexte général de la guerre au Congo et pour l'identification des documents officiels qui s'y rapportent, nous renvoyons à l'étude de Benoît Verhaegen, La guerre vécue au Centre Extra-coutumier de Stanleyville. (1)
L'étude qui suit, veut apporter quelques éléments à l'histoire coloniale belge. Les faits relatés sont liés à la situation particulière de Coquilhatville. Mais, ils ne sont que des retombées d'Instructions valables pour toute la Colonie et ils traduisent les réactions typiques des populations blanches et noires devant les mêmes événements et inspirées par les mêmes positions idéologiques et sociales.
Sur base de documents de l'Administration de Coquilhatville, Lufungula Lewono a esquissé dans les Annales Aequatoria de 1988 (2) le sort réservé aux Allemands, aux Autrichiens et aux Italiens séjournant dans la Province de l'Equateur et à Coquilhatville. Ils furent internés ou mis sous surveillance. Une atmosphère de suspicion était ainsi créée envers ces personnes et leurs familles et des tracasseries ne pouvaient pas être évitées.
Nous avons trouvé dans les archives MSC à Borgerhout de nouveaux matériaux qui nous permettent de décrire plus en détails l'atmosphère régnant à Coquilhatville principalement au début de la guerre. Nous sommes ainsi en mesure de relater quelques incidents qui ont ému la population blanche de la ville, souvent, comme le constate Lufungula, "au grand étonnement du public (noir)."
Les Noirs se posaient bien des questions, mais l'Administration avait pris des mesures de surveillance et censurait les publications qui leur étaient destinées empêchant ainsi la moindre mention de la guerre en Europe.
Cela n'empêchait pas les Blancs de leur côté de s'en émouvoir. Une véritable psychose de guerre s'installa à Coquilhatville et quelques personnes furent victimes d'une chasse aux sorcières, menée par les "bien pensants".
Des Noirs, qui ne pouvaient rien savoir de ce qui se passait, on attendait qu'ils s'efforcent néanmoins de contribuer à "l'effort de guerre" par une nouvelle campagne de caoutchouc. Un document révélateur et choquant pour certains observateurs contemporains en témoigne. Ici nos considérations dépassent quelque peu la ville de Coquilhatville, car l'effort de guerre, bien que dirigé à partir du centre de la province, était surtout d'exécution à l'intérieur.
L'art, plus éloquent et plus insidieux que la parole surveillée, permet au Père Jos Moeyens de glisser sous le nez de l'Administrateur, dans le pamphlet même appelant la population noire au caoutchouc, les vives protestations qu'il avait déjà formulées dans ses lettres à Gustaaf Hulstaert.
Cette étude est loin d'être complète. Plusieurs secteurs n'ont pas été touchés. Il faudrait pour ce faire avoir accès à d'autres documents, notamment ceux de l'Administration locale, de la Justice et des militaires(3). Nous avons pu consulter les Rapports des Conseils de Province des années 1940, 1944 et 1945, mais précisément les années 1941 à 1943 font défaut dans la Bibliothèque Africaine à Bruxelles.
LE PETIT MONDE DE COQUILHATVILLE EN 1940 (4)
Coquilhatville est située sur la rive gauche du Fleuve Congo là où celui-ci reçoit la Ruki et l'Ikelemba. Le point vital de la ville est son port de transit (Kinshasa - Kisangani ; mouvement en 1944 : 50.000 tonnes). Elle héberge l'Administration Provinciale avec M. E. Henry (1890, au Congo 1915) comme Commissaire Provincial, Chef de Province durant toute la guerre, l'administration du Territoire, un Bataillon de la Force Publique, deux paroisses catholiques et une protestante (Disciples of Christ Congo Mission), deux hôtels (5), quelques entreprises commerciales (SECLI, SEDEC, Interfina, Van Lancker, N.A.H.V., Nogueira) et l'Administration des grandes entreprises agricoles comme la Société Anonyme Belge (S.A.B.) et l'Equatoriale, un hopital pour les Noirs (1920) et un pour les Blancs (1926 et 1932), et un Laboratoire de bactériologie (1929). Les Noirs vivaient dans deux quartiers (6) : Bakusu et Basoko (principalement des pêcheurs). Plusieurs Congrégations religieuses y organisaient l'enseignement primaire pour garçons et filles et une Ecole secondaire était dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Coquilhatville disposait d'un Bureau de Poste, d'une liaison télégraphique et radiographique, d'un poste de douanes. La plaine d'aviation servait depuis 1935 comme escale sur la ligne Bruxelles-Léopoldville. Il y avait un Tribunal de Première Instance dont Maurice Posschelle (1886, au Congo 1928) était Juge-Président.
Selon les données officielles, la population de Coquilhatville se présente comme suit :
1940 : Blancs 417 / Noirs: 9.953 (dont 1.941 pêcheurs)
1945 : Blancs 354 / Noirs: 11.767 (dont 2.191 pêcheurs)
Les acteurs principaux des événements relatés dans cette étude sont des militaires et des missionnaires (catholiques). Les scènes évoquées se situent aux endroits suivants: le Couvent des Frères, la Procure, le Camps Militaire, le Port de Coquilhatville et à la Mission Catholique de Bamanya (10 km de Coquilhatville).
Les Frères des Ecoles Chrétiennes (F.E.C.), tous d'origine belge, étaient arrivés au Congo en 1910. En 1929, ils s'étaient installés à Bamanya sur demande de Monseigneur Van Goethem pour y diriger l'Ecole Normale. Deux ans plus tard, ils ouvrent à Coquilhatville le Groupe Scolaire, Ecole Officielle Congrégationiste, (Ecole Moyenne pour Commis, 4 ans) en face de la cure de la paroisse de Bakusu. On y trouve les Frères Herman (7) et Albert (Albrecht) De Witte (8).
La " Procure " est située au bord du fleuve en pleine ville européenne, à quelques pas du Port. En 1911, les Trappistes y avaient construit une habitation et une remarquable cathédrale. C'est aussi la résidence de l'Evêque du lieu, Mgr Edward Van Goethem, appelé à cette époque "Vicaire Apostolique". Son adjoint le Père Paul Jans, longtemps Supérieur de la Mission de Bamanya, y séjournait depuis 1936 jusqu'à son départ à l'armée mi-décembre 1940. Y étaient rassemblés les services centraux du Vicariat comme le bureau qui organisait l'approvisionnement des Postes de Mission de l'Intérieur, communément appelé "Procure", tenu par le Père Marcel Es. La mission y avait installé une petite imprimerie dont le Père Moeyens tenait les rênes au moment des événements relatés ici. Boelaert y habitait de décembre 1940 au 2 juillet 1941. Il y retournera après la guerre. Sur la concession de la Procure se trouvait le " Cercle Sportif et Philanthropique ", lieu de rencontre et des activités culturelles des Blancs (9).
Bakusu était la Paroisse des Noirs ouverte en 1934 dans le "Centre Extra-Coutumier". En 1942 s'y ajoute le quartier "Bruxelles" à côté du village Ikongo Wasa. Boelaert habitait la paroisse de Bakusu du 15 août 1939 à mi-décembre 1940 et y animait l'action culturelle et sociale dans le cadre du Cercle "Excelsior". Le curé était l'ancien Trappiste, le Père Sébastianus Wiedenbrugge (1884-1963; Congo 1912-1950).
Le Camp de la Force Publique (10) était situé en face de la Paroisse de Bakusu, au delà du marais en direction de la Ruki. C'est le Capitaine Commandant Camille De Vré (dans la Force Publique depuis 1925) qui y commande au début de la guerre, remplacé plus tard par un réserviste Thiriart (incorporé dans la Force Publique en novembre 1941).
Bamanya avait été repris des Pères Trappistes, fondateurs de la Mission (1895), par les Missionnaires du Sacré Cœur en 1925 (11). Hulstaert y résidait comme Supérieur et Inspecteur des écoles entre 1936 et 1946. Les Frères des Ecoles Chrétiennes y dirigeaient une école d'Instituteurs (Ecole Normale) et avaient une maison de formation de candidats congolais à leur Congrégation. Parmi les Missionnaires du S. Cœur, il n'y avait à cette époque à Bamanya et à Mbandaka que de Flamands.
La vie culturelle des Flamands et des Wallons de Coquilhatville était en grande partie séparée par le clivage linguistique. Mais les données nous manquent pour en mesurer l'impact sur la vie sociale. Tous les Flamands n'étaient pas des " flamingants " et tous les Wallons n'étaient pas des " belgicistes (12) ". Dans leur récit des événements, Boelaert et Moeyens y font allusion et citent parmi les "flamingants" les noms de Van Houtte (13), Jean-François Nys (né 1904, au Congo depuis 1929, agent territorial), Jules Coryn (né 1901, au Congo depuis 1927, Percepteur de Poste), Désiré Braeckman (né 1910, au Congo 1938 ; Administrateur Territorial), et François Bossaert (né 1904, au Congo 1926, sous-chef de bureau au Département des Finances).
LA GUERRE DES BLANCS
1. La Page Chrétienne (14) se politise
En 1936, le Père Paul Jans (15), le futur aumônier en chef de la Force Publique, devient Curé de la Cathédrale de Coquilhatville, la paroisse des "Blancs". En 1937, il lance une feuille paroissiale : La page Chrétienne du mois. Distribuée gratuitement, en ville comme à l'Intérieur, la feuille paraissait sur 4 pages, au début mensuellement, plus tard à des intervalles irréguliers. En 1940, elle avait un tirage de 333 exemplaires. Boelaert le prendra en main pendant une brève période (de janvier à juillet 1941), après le départ de Jans. La feuille disparaît après août 1942 (16).
A part l'horaire des services religieux, il n'y avait rien d'original. C'était plutôt un genre de Digest Catholique destiné à l'édification des paroissiens. Mais cette édification n'était pas seulement pieuse. A certains moments, elle fut même très politisée, car le choix des articles n'était pas innocent et reflétait assez bien la pensée (socio-politique) des rédacteurs. A partir de juillet 1939, la guerre ne sera plus absente de La Page Chrétienne. Parfois, l'origine du texte cité est vaguement indiquée ; parfois il n'y a pas la moindre indication quant à l'auteur ou à la publication originale. Nous avons pu en retrouver quelques-unes. Moeyens a illustré ces textes avec quelques linogravures.
Le maître à penser du clergé d'avant-garde de l'époque était le Chanoine Jacques Leclercq (17), professeur à l'Université Catholique de Louvain. Ses articles, qu'on trouve reproduits dans la feuille paroissiale, ont été repris principalement de la revue La Cité Chrétienne.
Le premier article qui parle de la guerre date de juillet 1939 : Henri Bauchau, Soliloque d'un mobilisé. La vertu de force, repris de La Cité Chrétienne. Il ouvre avec la phrase: " La guerre est sur nous. " En octobre 1939, il sera suivi d'un article plus moralisateur: M.J. Folliet, A propos du racisme (18). Il s'agit bien sûr du racisme nazi.
La Page Chrétienne ouvre l'année 1940 avec un article de fond repris de Jacques Leclercq : La morale et la guerre présente (d'une série de 4 articles sur la Guerre dans La Cité Chrétienne (19). En résumé : Il ne faut pas mettre l'Eglise au service des intérêts temporels. Jusqu'à Munich, Hitler était raisonnable. L'annexion de la Tchécoslovaquie a été sa première faute. On ne peut pas se fier à Hitler. Mais il y des graves fautes de l'autre côté aussi: l'Amérique, l'Angleterre et la France ont saboté et trahi la Société des Nations. Le réflexe chrétien doit être celui du patriotisme et du respect pour tous. L'auteur fait la part des choses : " Les dirigeants de l'Allemagne prétendent n'être pas plus immoraux que leurs adversaires, mais simplement plus francs. Il y a une part de vérité là-dedans."
De portée plus philosophique, mais toujours dans le but d'une formation politique, on trouve dans le même numéro de janvier : " Universele godsdienst en nationaal volksbelang " [Religion universelle et intérêt national du peuple] (Anonyme), repris de la revue nationaliste flamande Nieuw Vlaanderen qui a son tour a puisé dans un texte de Joseph Eberle dans Schönere Zukunft (20).
En février 1940, on publie un commentaire de J.Tonneau sur l'Encyclique de Pie XII Summi Pontificatus (repris de La Vie Intelectuelle). Leclercq reçoit à nouveau la parole dans le même numéro et on reprend de La Cité Chrétienne (décembre 1939) un long texte : Petite morale patriotique (p.7-12). L'auteur donne quelques bons conseils et incite au courage et au calme. Il s'attaque à l'alarmisme de la presse et propose d'en limiter l'influence. Loger les mobilisés et payer l'impôt sont les mots d'ordre du moment.
Entre mai 1940 et janvier 1941, nous ne possédons aucun numéro dans nos archives. Le déclenchement de la guerre en Belgique avait-il temporarement fait supendre la publication?
Le numéro de janvier-février de 1941 ne contient aucune allusion à la guerre. C'est le numéro de mars-avril 1941 qui aligne les gros canons. C'est le premier après le départ de Jans pour l'aumônerie militaire. Il est très probable que tout le numéro, extrêmement politisé, est de la rédaction de Boelaert. Dans l'exemplaire gardé aux archives de Bamanya, il a apposé sa signature sous deux articles anonymes . Des accents clairement anti-alliés y percent, tout en plaidant pour un jugement équilibré, basé sur des principes chrétiens. Nous y retrouvons des reflets de l'anti-démocratisme d'avant- guerre (et qui bien sûr se prolongeait durant la guerre.) Dans le titre Pour l'Ordre Nouveau, nous reconnaissons une expression politique chère à l'époque (21). Le texte est anonyme, mais signé par E. Boelaert dans son exemplaire à lui. En fait, ce sont des longues citations de J. Du Plessis, La Civilisation de l'Occident dans La Vie Intellectuelle du 31 mars 1936, pages 471-485. Ce n'est pas un plaidoyer pour le nazisme, mais bien dans le style des " pessimistes de la culture " de l'époque, un réquisitoire contre la situation politico-religieuse en Occident (Oswald Spengler, C.V. Georghiu). Y fait suite un bref texte : Nieuwe Middeleeuwen (Nouveau Moyen Age) de Nicolas Berdjaev (1874-1948 ; la traduction néerlandaise de l'essai a été publiée en 1935 à Antwerpen.) Citons-en quelques phrases caractéristiques: "La démocratie est le gouvernement de la volonté populaire en débandade. (…) Elle laisse décider par le vote ce qui est la vérité. Mais celui qui croit en la vérité, celui qui possède la vérité, ne la livre pas au droit de vote général. (…) La démocratie fait du parlement l'outil de la dictature du parti politique = le plus désorganique qui puisse exister. " (Traduit du néerlandais.) Comme une véritable curiosité y figure alors le seul texte en anglais jamais publié dans le périodique : Citizenship. Its Privileges and Responsabilities, de Roger W. Holmes (The Atlantic, November 1940, pages 638-641). C'est typiquement Boelaert qui veut combattre ses ennemis (les pro-alliés) avec leurs propres armes (dont la langue). "The danger to our way of leaving [living?] today is not invasion - it is selfish citizenship. Selfish citizenship makes a democracy inefficient and corrupt."
Les textes dans le numéro de mai-juin 1941 suivent la même direction, bien que de manière moins prononcée. Boelaert était toujours à Coquilhatville, mais il n'est pas impossible que Hulstaert y ait eu son mot à dire et l'imprimeur, le Père Moeyens adhérait lui aussi aux mêmes idées (22). Nous y trouvons un texte des évêques anglais, catholiques et protestants : Les fondements de la paix chrétienne, paru dans le Times du 21 décembre 1940. Ensuite, on donne la parole au Père Leslie Rumble, (Australien), Pays de liberté illimitée. Il pose que la société ne peut être guérie que par le catholicisme vécu et il conclut : " L'Amérique semble tout aussi bien disposée à ignorer ce vrai remède [le catholicisme] qu'Hitler et Stalin." (23) Comme il convient à une feuille paroissiale, on finit par citer quelques extraits de l'Encyclique de Pie XII sur la guerre Summi Pontificatus (20-11-39).
En juillet-août 1941, Boelaert a déjà quitté Coquilhatville. La rédaction est probablement aux mains de Hulstaert ou de Moeyens, mais on continue à tirer dans la même direction. On y trouve un morceau très fort pour l'époque quand l'auteur anonyme, sous le titre Internationale Moraal (Morale internationale), présente quelques extraits du " Handboek van Internationale Moraal ". Citons-en (en traduction) quelques phrases de pleine application à la Belgique occupée : "Juridiquement, la région occupée reste soumise au souverain chassé, mais parce qu'il n'est pas en mesure de gouverner, le parti occupant (…) est installé à la place de l'autorité légale dont elle doit exercer la fonction jusqu'à la paix (…) Ils ne peuvent, ni individuellement ni collectivement, poser des actes de violence contre l'armée et l'administration de l'ennemi. " Et il ne manque pas de citer les paragraphes qui prônent la préséance de la communauté populaire sur l'Etat. Des extraits de Salazar : Une révolution dans la paix nous situent en pleine discussion politique avec une option forte et claire : " Nous sommes anti-libéraux, (…) Nous sommes anti-démocrates (…) Nous voulons arracher le peuple à l'esclavage de la ploutocratie." Et l'article (anonyme) suivant puise à la même veine : Oost en West (Est et Ouest) est un morceau typiquement anti-occidental et trahissant l'euro-pessimisme culturel, dans le pur style de l'Hulstaert de l'époque. De fait, ce sont des citations de L.J.M. Feber, Het uur van Azië (Antwerpen 1939, 219 pages) (L'heure de l'Asie) avec, au compte du compilateur anonyme de La Page Chrétienne, des applications à l'Afrique : " Le rabougrissement des sentiments religieux et moraux de l'Afrique sous l'influence de l'Occident (..). Voilà probablement l'accusation la plus grave qui puisse être avancée contre la colonisation. " C'est le dernier mot politique dans La Page Chrétienne.
A partir de septembre-octobre 1941 (avec une suite à Pâques 1942), le ton redevient très pieux. On publie encore des extraits innocents de la lettre pastorale de Mgr Richard Downey, Archevêque de Liverpool, en relation avec la guerre. Suivront encore deux numéros du même genre avant de sombrer définitivement après Pâques 1942.
A la même époque, Hulstaert publiait dans Aequatoria (1941, p.59-60) un extrait d'une brochure de 1938 de Leclercq " De la Communauté Populaire ", soulignant que "Dans la notion de communauté populaire, la patrie, c'est la communauté populaire, l'Etat n'est plus qu'une institution juridique", associant ainsi la position du mouvement flamand et le droit des peuples colonisés. C'étaient les textes fétiches de Boelaert et de Hulstaert.
Il n'est pas certain que ces textes ont eu une influence de quelque importance sur cette population blanche de militaires, de commerçants et d'employés, peu enclins aux considérations philosophiques. Mais au moins ils nous révèlent les idées des responsables ecclésiastiques du moment. Il est probable que les prédications dans la Cathédrale ont été d'une même teneur. Jos Moeyens écrivait à l'évêque le 9 mai 1941 : " Depuis le début de la guerre, le Curé Paul Jans s'adonne à une série de prédications pendant la messe dominicale sur le mensonge, la civilisation, la justice, l'égoïsme, l'opportunisme et sa peste, etc., etc.".
2. Les instructions des responsables de l'Eglise Catholique
Nous n'avons aucune information sur l'attitude de l'Eglise protestante à Mbandaka. Nous nous limitons donc nécessairement à la seule position de l'Eglise catholique.
La guerre éclate en Belgique le 10 mai 1940. Le 17 mai, Hulstaert en tant que Supérieur religieux des Missionnaires du Sacré Cœur à Coquilhatville, écrit une lettre à tous ses confrères présents dans le Vicariat en complément à la lettre de l'évêque. La lettre de Hulstaert est principalement spirituelle et incite les prêtres à supporter courageusement les restrictions matérielles inhérentes à la situation et à suivre avec soumission la direction de l'évêque. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver cette lettre de l'Evêque.
L'autorité ecclésiastique divulguait fidèlement les circulaires et autres instructions en provenance des autorités civiles. Ainsi, le 29 mai 1940, un "Avis au Public" destiné à la population blanche, émanant de la Province et contenant principalement la déclaration du 28 mai faite à Paris par le Premier Ministre Belge et envoyé au Congo par le Ministre des Colonies, De Vleeschauwer, était distribué aux missionnaires. Le Ministre y stigmatise l'attitude du roi Léopold et appelle à la continuation de la lutte pour l'indépendance (de la Belgique !). " Aucune défaillance dans nos rangs!" est son mot de la fin. Le Gouverneur Général y ajoute : " Le Gouvernement représente aujourd'hui la seule autorité légitime."(25)
Nous trouvons encore, parmi les documents reçus dans les Postes de Mission, une copie de la lettre du Cardinal Van Roey, lue le 2 juin dans toutes les églises de Belgique et dans laquelle il prend la défense de l'attitude du roi.
Plus importante pour son contenu est une circulaire de l'évêque de lieu, datée du 20 juillet 1941, résumant une lettre du Délégué Apostolique Mgr Dellepiane (italien (26), qui incite les missionnaires à la neutralité tout en allant à l'encontre de la position officielle quant à l'attitude à prendre envers le roi : "3. Au point de vue civile, écrit le Délégué Apostolique, qu'ils soient extrêmement prudents: qu'ils se gardent de dissocier, de n'importe quelle façon, les trois choses : Belgique, Roi et Drapeau. 4. De se garder également de discuter et de juger des événements de caractère civil et politique de la Belgique où d'ailleurs, n'étant pas de la compétence de Missionnaire et n'ayant pas les éléments suffisants pour juger. Ce conseil est particulièrement important dans les relations des missionnaires avec l'extérieur et surtout avec les Noirs".
Monseigneur Van Goethem y ajoute comme commentaire que la guerre est une punition de Dieu pour les débauches de la société moderne. Nous verrons plus loin que les missionnaires n'ont pas été si obéissants que le Délégué l'aurait souhaité.
3. La psychose de guerre
Le phénomène de la psychose des masses n'a pas épargné les Blancs de Coquilhatville lors du déclenchement de la guerre en Belgique. Le Père Van Avermaet qui hébergeait à Bokuma le " relégué " Boelaert, écrit à Hulstaert le 12 août 1941 :
"Nous [Van Avermaet et Boelaert] avons causé plusieurs fois très sérieusement. Ceci est clair: à Coq on souffre d'une 'neurose de guerre'. Même à la Mission, on ne semble pas épargné. C'est à peu près comme l'écrit Jacques Leclercq en 1937: 'De nos jours, l'esprit indépendant qui cherche à formuler un jugement moral objectif sur son pays ou sur l'ennemi passé, susceptible de le redevenir, est aussitôt dénoncé comme traître, et un courant passionné d'opinion interdit de faire la moindre discrimination dans ce qui se dit à charge d'un pays ennemi, en même temps qu'il repousse à priori tout ce qui peut se dire en sa faveur." (Lecons de Droit Naturel IV, pag. 145). Il me semble que c'est la situation à Coq. On apprend que c'est bien différent dans d'autres contrées!"
Que la guerre ait ses effets sur les nerfs des Blancs est prouvé par cette remarque du médecin provincial: "Situation de la population européenne: Les cas d'effondrement physique et psychique sans substratum pathologique bien défini, deviennent de plus en plus nombreux, et dans certains cas nous assistons à la rupture définitive de l'équilibre mental." (Le docteur Schwers devant le Conseil Provincial en 1944.)
3.1. Les défaitistes et les bien-pensants
L'ordonnance législative du Gouverneur Général du 27 mai 1940 imposait des sanctions contre ceux qui osaient "tenir des discours ou propos de nature à diminuer la faculté de résistance morale de l'armée et des populations contre les entreprises hostiles d'une puissance étrangère." Ainsi était définie par décret ce que sera dorénavant l'attitude "politiquement correct". Car tout le monde savait que la réalité politique belge était bien différente sur ce point. La prise de position du Cardinal Van Roey en Belgique et de Mgr de Hemptinne (27) à Elisabethville témoignent de l'existence d'une autre opinion. Cette autre opinion était également présente à Coquilhatville et elle ne se laissait pas engloutir par une Ordonance. Des personnes comme Edmond Boelaert avaient longuement réfléchi sur le problème du rapport des forces en Occident, bien avant que le conflit n'éclate et ils connaissaient mieux le dossier que la plupart des fervents 'gouvernementalistes' qui voulaient monopoliser le patriotisme. Ainsi, ce qui était stigmatisé par certains de défaitisme était pour d'autres une vision saine et droite de l'avenir de la société occidentale et même mondiale.
En septembre 1941, Edmond Boelaert, tenu pour le maître à penser des récalcitrants, se justifie devant son Supérieur, Gustaaf Hulstaert, et il évoque le lien profond entre plusieurs options qui ont orienté son attitude devant les problèmes de société. Il sait très bien qu'ainsi il s'etait mis parfois au ban des bien-pensants, au nombre desquels figuraient plusieurs de ses propres confrères, mais aussi d'autres membres influents de la société blanche locale.
Il évoque en quelques phrases les exclusions et les souffrances endurées à cause de sa position : "Et ainsi mon travail pour l'Action Catholique au Belge [paroisse de Bakusu] devient petit à petit très difficile sinon impossible. Le 'défaitisme', le flamingantisme et la promotion de la langue indigène me rendent impossible chez le R.P. Curé et R. Frère Directeur (28). Derrière mon dos, les accusations et calomnies arrivent jusqu'à chez Monseigneur (…) Le 16 mai, Monseigneur venait lui-même au Belge et avertissait les deux Pères (sans m'appeler moi-même, qui se trouvait à côté), que Monsieur le Commissaire Provincial avait envoyé l'Administrateur pour mettre en garde les Pères contre le défaitisme. Cela visait spécialement, ajoutait-il, le Père Boelaert. (…) Mais l'affaire Bossaert [voir plus loin] traînait et entre-temps celui-ci était stigmatisé comme défaitiste numéro un, vilipendé et mis au pilori. Depuis lors, nous avons vu s'accroître l'amitié entre R.P. Es, M. Schumacher (29), M. Schweitzer (30) et M. Piette (31) (les trois chasseurs de nouvelles et de défaitistes) et nos paroles et nos actes étaient contrôlés. (32)"
Et en réfléchissant sur l'incident Bossaert, Boelaert renvoie la balle et, dans la même lettre, il accuse les 'bien-pensants' de défaitisme: "Et que Coq était en pleine effervescence une demi-heure plus tard [après l'incident Bossaert, le 2 mai 1941] prouve encore une fois comment la neurose de guerre cause le plus grand défaitisme de l'intelligence qui est connu dans l'histoire comme psychose de masse."
L'Avenir Colonial (Léopoldville) du 12 juillet 1941 avait déjà crié sa grande indignation : "Il y a trop de défaitistes à Coq.(…) Tout défaitiste doit être mis hors d'état de nuire. (33)"
Et Boelaert de se défendre dans une lettre (34) à son évêque : " Mais Monseigneur, je nie que je suis un défaitiste. Quand je refuse le service militaire, je le fais par pleine conviction, étant conscient qu'ainsi je rends le meilleur service à la communauté. Quand j'ai obstinément défendu le roi, je ne le faisais pas par défaitisme, mais par honnête fidélité. Quand je ne peux pas approuver le mouvement de de Gaulle, j'ai agi par respect pour l'autorité légale. "
Georges Van Avermaet, le confrère-directeur du Petit Séminaire de Bokuma, fin psychologue, montre qu'il a compris ce qui animait Boelaert intérieurement, quand il affirme devant Hulstaert : " Mon n'est pas un défaitiste, mais il donne plus de valeur à la communauté populaire qu'à un Etat qui prétend tout diriger. Il s'imagine une paix par laquelle toutes les minorités seraient reconnues précisément sur base de cette communauté populaire, une ligue d'Etats sous la hégémonie de l'Allemagne. De l'Allemagne, parce que selon lui, il n'y a aucun pouvoir en Europe capable de garantir un jour suffisamment les droits des différents peuples. Mais Mon attend aussi qu'au moment où l'Allemagne aura pris le pouvoir, elle se convertira et se distanciera de sa politique anti-chrétienne et anti-ecclésiastique." (Lettre du 12 août 1941).
Ce n'était pas un vague romantisme du Deutschland über Alles qui guidait Boelaert dans ses prises de position. Il s'insurgeait contre les hypocrisies et les contradictions internes des Alliés, analysées et dénoncées dans un genre de florilège (35) sous le titre " Buts de la guerre et les Colonies ", tiré principalement de la revue : Christian Century (36). On y trouve la citation suivante : "Imperialism is of one kind all over the world. For us to engage in war to preserve one group of empires as against another has no shadow of moral justification (12-2-41)". Le compilateur (Boelaert ? Van Avermaet ? Hulstaert ?) conclut: "Ceci rappelle ce que Ghandi disait à l'Angleterre : " Si vous vous battez pour le droit à l'autodétermination des peuples, pourquoi n'accordez-vous pas ce droit aux Indes?"
Van Avermaet note dans son journal à la date du 8 décembre 1940: " Question posée au Père Supérieur [G. Hulstaert] : Supposé que les Allemands arrivent ici, puis-je collaborer?" Il n'y a malheureusement pas de trace de la réponse du Supérieur. Mais une phrase de la lettre de Hulstaert à Antoine Sohier, du 4 mai 1940, peut bien nous faire présumer le contexte mental prévalant en ce temps chez Hulstaert et certains de ses confrères. C'était le temps où l'anti-démocratie était à la mode (représentée en Flandre par le VNV-Vlaams Nationaal Verbond, et en Wallonie par Rex) : "Des nouvelles au sujet de la situation chez nous sont très intéressantes. Je crois comme vous qu'il y a trop de ministres et une mauvaise économie. Si les circonstances pouvaient nous mener à une sorte de dictature royale, quel bienfait pour notre pays! (37)"
3.2. Le contexte immédiat
La petite ville de Coquilhatville n'a pas été dépourvue de sensations et d'événements provocateurs. Les 417 Blancs (enfants compris) ont certes eu de quoi "commérer". Et, comme il se doit, tant pour les catholiques que pour les (nombreux) anti-cléricaux, le premier prône de l'évêque du lieu, deux jours après le déclenchement de la guerre, fut une aubaine. Moeyens, peintre, le met haut en couleur quand il écrit à Monseigneur même: "Pentecôte 1940 [12 mai]: Prêche de Monseigneur pendant la messe pontificale, qui concluait en disant que nous devons rentrer en nous-mêmes et prier le Saint Esprit pour connaître nos propres péchés (comme première cause de tant de malheurs). Tout cela est reçu avec la plus grande indignation par les notabilités de la ville. On reproche et on se moque de Monseigneur parce que la crosse épiscopale n'a pas fulminé contre " les sales boches " (lettre de JM à VG 9-5-41).
Lufungula a décrit (38) l'effet sur le moral de la population des internements au 10 juin 1940 des sujets Allemands et plus tard des Italiens de Coquilhatville et de la province. Bien qu'effectués avec beaucoup d'humanité, ils étaient certes de nature à rendre bien visible l'état de guerre, arrivé ainsi jusque dans leur petite ville. Lufungula relate ensuite l'aventure incroyable de Mme Roels, d'origine allemande, mais mariée à un Belge et qui aurait dit que: "Quand les boches seraient ici, (…) elle danserait sur un billard pour manifester sa joie" et le vocabulaire devient scabreux, car elle aurait traité les " Français Libres " de "Constipés de de Gaulle". Le Tribunal de Grande Instance de Coquilhatville avait à déliberer de la cause le 12 juin 1942, mais malheureusement ni les actes ni l'issue du procès ne nous sont parvenus.
Charles de Gaulle, Sous-Secretaire d'Etat à la Défence, s'était révolté contre le gouvernement légal de la France quand, en juin 1940, ce dernier avait capitulé devant les Allemands. De Gaulle s'était réfugié à Londres et, de là, il avait appelé à la poursuite de la guerre. Il mènera plus tard une campagne dans les colonies françaises en Afrique pour obtenir leur rattachement à son mouvement. Boelaert et Hulstaert, comme beaucoup d'autres qui n'étaient pas des inconditionnels des Alliés, dénoncent son action comme illégale.
Et voilà que le " constipant " paraît sur les lieux. Le 18 avril 1941, de Gaulle est à Coquilhatville. Moeyens use de son style le plus cynique quand il relate l'événement: "De Gaulle est passé ici il y a quelques jours par avion, de passage du Caire à Brazzaville. Plusieurs patriotes hystériques et 'mesdames' de Coq étaient à sa traîne, Monseigneur aussi. De Gaulle a visité notre église. Il est bien sûr un catholique exquis " (JM à GH 21-4-1941). Van Avermaet nous apprend que Boelaert et aussi Hulstaert s'étaient prononcés contre de Gaulle au grand regret de l'Evêque : " Mon est aussi contre de Gaulle et cela tracasse Monseigneur, car, lui, il est pour de Gaulle. Il regrette beaucoup que vous [Hulstaert] aussi étiez contre de Gaulle et que vous avez même dédié toute une conférence à la question pendant la retraite. J'ai dit à Monseigneur que ce n'était pas vrai, mais qu'on en avait parlé seulement durant le temps de la récréation " (VA à GH : 12-8-41). Et tout cela aussi s'est tourné contre Boelaert : " Entre-temps de Gaule a commencé son mouvement et traîne avec lui tous les patriotes bruyants. Son incitation à la révolte et sa propre attitude sont à mes yeux moralement illicites. Encore une fois, cela m'est reproché par l'opinion officieuse et publique qui a pris position pour lui. " (EB à GH, 15-9-1941.)
3.3. A bas le roi
Le Gouverneur Henry reprend un télégramme du Gouverneur Général ordonnant d'enlever les photos du roi. (Circulaire Henry n° 106/Cab, mentionnée par Moeyens.) L'évêque vient spécialement à la paroisse de Bakusu pour le communiquer.
Laissons parler Boelaert :
"Le 28 mai nous apprenions la capitulation de l'armée belge. Monseigneur me demanda ce même matin de manière directe 'si ces faits ne répondaient pas à un vœu secret de ma part'. Je croyais recevoir une gifle. Mais très vite, il était clair que tous condamnaient le roi. Même les moniteurs noirs des Frères venaient demander des explications, ce jour-là, sur la trahison du roi. Mais vite plusieurs Blancs se ressaisissent et cela prend la tournure d'une querelle entre Flamands et Wallons. Déjà le premier juillet Monseigneur de Hemptinne, ensemble avec beaucoup de notables d'Elisabethville, publiait leur manifeste pour défendre le roi, mais officieusement l'autre position prend le dessus: les portraits du roi doivent être enlevés des bâtiments publics et on décide de changer la prière pour le roi après la messe en une prière pour la patrie. Cette décision n'a pas été rendue publique ; elle fut à peine communiquée oralement au Père Sébastien. Ce dernier n'ose pas me l'imposer et, comme à Bamanya d'ailleurs, je continue à prier pour le roi. Déjà le 14 juin, on sait que le cardinal Van Roey a pris parti pour le roi. Néanmoins, Monseigneur vient le samedi soir le 16 juin, au Belge et m'ordonne sous vœu d'obéissance, de laisser tomber la prière pour le roi après la messe. Ce que je fais. " (EB à GH 15-9-41).
Rappelons qu'une année après, le Délégué Apostolique Monseigneur Dellepiane ajoute à la confusion en demandant aux missionnaires de ne pas " dissocier la Belgique, le Roi et le Drapeau " (Cité dans la Circulaire de Van Goethem, du 20-7-1941)
A Coquilhatville, on ne prie pas pour le roi, mais bien à Bamanya 10 km plus loin. Le curé ne prie plus pour le roi, mais son vicaire le fait, dans la même église de Bakusu.
Dans Le Coq Chante de novembre-décembre 1944, dans un texte du Service de l'Information, nous lisons : " Le généreux donateur congolais a également demandé au Gouverneur Général 'de bien vouloir recommander aux chrétiens de prier pour la libération de notre Cher Papa roi, noble victime prisonnière des hordes ennemis " (p.88). Et quelques années plus tard, Coquilhatville recevra l'ex-"roi félon" avec grand enthousiasme.
3.4. La chasse aux sorcières
Deux cas sont particulièrement symptomatiques de la tension qui régnait entre les deux camps:
(1) Le cas de Edmond Boelaert qui est accusé d'avoir, le 2 mai 1941, la main levée, salué M.Bossaert, en partance pour Léopoldville et suspect de sympathie pour les Allemands ;
(2) Le cas du Frère Albert De Witte (des Ecoles Chrétiennes) qui, un mois plus tard, décide de ne pas répondre à une convocation de l'Autorité Militaire.
Pour les deux cas, nous n'avons que des informations partielles et partisanes. Mais à défaut de mieux, nous y puiserons avec les précautions nécessaires. Ces sources (39) sont constituées des lettres des deux protagonistes, les Missionnaires Boelaert (Lettre à Hulstaert du 15-9-1941) et Moeyens (à Hulstaert 8-9-1941), et de la correspondance générale de Hulstaert, personne non engagée mais sympathisante de Boelaert. Nous manquons la lettre clé du Père Es à l'évêque, ainsi que tout rapport du côté de l'Armée ou de la Sécurité. Nous ne possédons aucun texte du côté des Frères des Ecoles Chrétiennes impliqués dans les incidents. Par contre, nous avons le texte de l'article de l'Avenir Colonial, rapportant les faits et les réflexions des bien-pensants belgicistes.
On peut mentionner encore le cas de M. Bossaert, fonctionnaire aux Finances qui, accusé de sympathies allemandes, sera rappelé à Léopoldville. Il revient plus loin dans le récit.
(1) Boelaert et Moeyens ou le prétendu salut hitlérien
Les lettres-rapports de Boelaert et de Moeyens sont remarquablement complémentaires. Nous suivons principalement le texte de la lettre de Boelaert et nous y ajoutons des compléments tirés de la lettre de Moeyens. Les sous-titres, en italiques, sont de moi.
Relations avec M. Bossaert
" Pendant cette Exposition (40), j'avais fait par hasard la connaissance de Monsieur Bossaert, connaissance qui évolua vers une amitié. Le 10 avril, ce Monsieur Bossaert vint me dire qu'il avait refusé le service militaire parce qu'il jugeait que les troupes coloniales ne pouvaient pas se prêter à des actions offensives hors des frontières de la Colonie et parce que lui, comme Flamand, se croyait obligé de protester contre la scandaleuse campagne de suspicion et de relégation au second plan des Flamands. Il s'attendait à une arrestation immédiate et il me demanda de vouloir assister dans ce cas sa femme. Je l'acceptai volontiers pour autant que j'en sois capable ; mais l'affaire Bossaert traînait et entre-temps il était stigmatisé comme défaitiste numéro un, vilipendé et mis au pilori. Moi, je continuais à le voir régulièrement; ce qui le rendait encore plus suspect. "
Moeyens ajoute : " A cette époque, il était devenu l'objet d'attaques sournoises de quelques Wallons de Coquilhatville qui lui tenaient rigueur de son flamingantisme. Ils le cherchaient par tous les moyens et le déférèrent à la Justice pour défaitisme. Monsieur Henry s'est même compromis en accusant faussement M. Bossaert (41). A la suite de cela, une plainte a été déposée contre Henry pour parjure. "
L'incident
Retournons au texte de Boelaert :
" Finalement le 7 mai, Monsieur Bossaert partit pour Kinshasa. La veille, plusieurs amis du Camp Militaire (42) vinrent m'avertir que quelques militaires avaient décidé d'aller importuner Mme et Monsieur Bossaert une fois qu'ils seraient à bord du bateau. J'avertis immédiatement les Frères Herman et Albert des Frères des Ecoles Chrétiennes, qui eux aussi étaient des amis de Monsieur Bossaert, ainsi que le Père Moeyens, et nous décidâmes de tenir compagnie aux Bossaert à bord, pour rendre ainsi impossible tout incident. Ce n'est que plus tard que j'ai appris que le Major Peeters avait ordonné d'éviter tout incident. Un Sous-lieutenant inconnu, M. Schumacher, nous fixait tout le temps de manière tellement défiante qu'une fois descendus du bateau, nous avons prolongé encore un peu nos gestes d'adieu à nos amis en partance. Mais qui aurait jamais pu penser que ce Monsieur en déduirait que nous avions salué en public les Bossaert du salut Hitlérien? ".
Moeyens nous raconte la scène avec d'autres détails :
" Quelqu'un parmi nous (Frère Albert) avait remarqué qu'un militaire, M. Schoenmaker s'était rapproché de nous, expressément pour être aux écoutes. A cette remarque, nous nous sommes postés plus loin sur le beach. Dans ces environs se trouvait aussi le Frère Herman. A un certain moment, je vis M. Schoenmaker demander quelque chose à M. Es et montrer du doigt le Frère Herman. Nous sommes, comme tous les spectateurs, rentrés à la maison après le départ du bateau. Au moment où nous entrons, Marcel passe devant nous et se rend chez Monseigneur. Nous ne soupçonnons rien."
La réaction
(1) A Coquilhatville
De Boelaert nous apprenons que : "Une heure plus tard toute la ville était en agitation ! Et nous étions stigmatisés comme de véritables Allemands ".
Heureusement Moeyens nous donne un rapport heure par heure du reste de la journée. La scène se situe à la Procure :
" A 17 heures du même jour, M. Rosy vient nous voir et raconte qu'il a appris que nous avons fait le salut hitlérien. Nous restons bouche bée. A 18 heures, le Frère Herman vient demander où habite Monsieur Schoenmaker. Il dit que ce monsieur raconte partout que nous avons fait le salut hitlérien. Le Frère Herman cherche ce monsieur pour l'interpeller. Le Frère Herman a déjà été voir au Camp Militaire, mais n'y a trouvé que le Commandant Peeters. Le Frère Herman continue à chercher le monsieur Schoenmaker. A 21 heures, le Frère Herman revient et cette fois-ci il trouve le Père Marcel. Il demande où on peut trouver monsieur Schoenmaker. Le Père Marcel répond de manière arrogante et attaque en avançant un tas de reproches : que nous avons fait le salut hitlérien, que lui, Frère Herman, me corrompt (le Père Moeyens). J'écoute, j'enregistre, j'accepte et je me tais. "
Retournons à Boelaert pour la suite :
"Le lendemain Monseigneur me faisait appeler:
" Asseyez-vous Père Edmond, mais pour une seconde seulement. Vous savez de quoi il s'agit. Nous sommes déjà suspects et maintenant Monsieur Schumacher est venu protester. Madame Henry (43) veut qu'une protestation publique soit déposée. Vous dites que c'est une affaire privée. Mais vous êtes Missionnaire du Sacré Cœur, donc votre comportement affecte l'Institut. Tous nos supérieurs, tant civils qu'ecclésiastiques, demandent qui nous nous fassions preuve de retenue. Vous ne réalisez pas ce que cela nous coûte. Si cela arrive encore une fois, je frapperai fort, quoi qu'il arrive, même si le travail devrait en pâtir, mais je vais aller aux autorités supérieures et frapper fort. J'espère que vous allez tenir compte de ce que j'ai dit. Vous pouvez partir.
J'ai salué et je suis parti. "
Regardons aussi les démarches du Frère Herman, comme Moeyens les a observées: " Le lendemain le Frère Herman vient chez Monseigneur. Celui-ci lui défend de porter plainte contre monsieur Schoenmaker. Monseigneur lui raconte qu'ILS sont déjà venus chez lui pour se plaindre de l'incident et qu'ILS exigent une réparation publique. Ensuite, Monseigneur répète Marcel, disant que lui, le Frère Herman, me corrompt. Cela m'exaspère et j'écris une lettre à Monseigneur dont copie incluse. (44)"
Boelaert a encore un dernier mot à dire et le même soir " Je suis retourné et j'ai dit : Monseigneur, je ne peux prendre sur moi que plus aucun incident n'arrive. Car ces gens peuvent provoquer n'importe quel incident et s'ils me provoquent, je ne peux pas me taire."
Et l'évêque de répondre : " C'est fini maintenant, Edmond. Des incidents de ce genre ne sont plus à prévoir. Pour moi, c'est comme si rien ne s'était passé."
"Mais depuis lors, nous avons vu s'accroître l'amitié entre R.P. Es, M. Schumacher, M. Schweitzer et M. Piette (les trois chasseurs de nouvelles et de défaitistes) et nos paroles et nos actes étaient contrôlés. Spontanément, plusieurs personnes à Coquilhatville aux sentiments flamands se retrouvaient: Van Haute, Cordijn, Neys, Braeckman, et [nom illisible.] "
(2) A Léopoldville.
Boelaert continue le récit :
" Le 12 juillet, le fameux et anticlérical journal de Kinshasa Avenir Colonial écrivait :
'Un article de notre correspondant de Coquilhatville que, par égard pour la justice, nous n'avions pas voulu publier pendant l'enquête, jette néanmoins un jour singulier sur l'attitude de certains individus que nous côtoyons tous les jours et sur le regrettable état d'esprit régnant dans certains milieux du Congo et d'abord sur M. Bossaert, 'un flamingant rabique'. Soutenu par quelques Pères de la Mission de Coq et par quelques camarades dont des fonctionnaires, notre Bossaert prend tout de suite figure de héros. Mais l'autorité veille ! Indignée, la population de Coq et surtout les militaires étaient prêts à lui faire un mauvais parti. Appelé à Léo, on défend toute manifestation à l'occasion de son départ à Coq. Toutefois les sympathies se firent jour au moment où le Reine Elisabeth quitte le quai de Coq et on put voir, malgré toute la colère des habitants de Coq, des échanges de saluts hitlériens entre Bossaert et plusieurs missionnaires. Quelles mesures prendra l'autorité….ecclésiastique contre ces missionnaires qui agissent ainsi ?… Il est urgent que l'autorité prenne une décision énergique. Dans ce sens urgent, dis-je, car il y a trop de défaitistes à Coq. Il faut un exemple. Tout défaitiste doit être mis hors d'état de nuire et il est encore moins admissible que cette trempe mange au " râtelier du gouvernement ".
" Le 28 juillet 1941, Monseigneur m'écrivait : "
" Cher Père Boelaert, j'ai dû m'expliquer devant le Délégué à la suite d'un article dans l'Avenir Colonial " sur ce qui s'est passé à Coq. C'est une exigence formelle de sa part que je vous défende de correspondre encore avec M. Bossaert. J'ose compter sur votre bonne volonté pour que vous mettiez en pratique cette disposition. "
" Et le 30 juillet j'ai répondu à Monseigneur:"
"Monseigneur, je viens de recevoir votre lettre du 28-7-41. C'est bien dommage qu'à l'occasion d'une loque calomnieuse comme cet article, on prenne une telle mesure. Je me soumettrai pleinement et aussi bien que possible à votre incitation que le Délégué vous impose et je promets de ne plus correspondre avec M. Bossaert. J'espère quand même que, dans les souffrances qu'ils endurent pour leurs convictions, lui et sa femme continueront à recevoir, de la part d'autres ecclésiastiques, le respect et la sympathie nécessaires. Je demanderai au Frère Herman de vouloir l'informer quant à mon silence.
J'étais content de lire que cet articulet calomnieux, que j'aurais voulu voir accusé pour atteinte à l'honneur de la Mission, reconnaissait 'que surtout les militaires étaient prêts à faire un mauvais parti' à Monsieur Bossaert. Eviter cela était certainement la raison principale pour laquelle je suis resté si fidèlement aux côtés de M. et Mme Bossaert jusqu'au tout dernier moment de leur départ. Il n'est dès lors pas étonnant que ceux qui avaient de telles projets, fussent furieux de désenchantement. Et comme cet individu bouillant de rage nous fixait expressément et ouvertement, j'ai souligné encore un peu ma manière ordinaire de saluer quand nous étions sur le quai. Mais, que ce petit monsieur y ait vu le salut hitlérien, ne plaide pas pour son bon sens. Et que Coq soit en effervescence une demi-heure plus tard prouve encore une fois comment la neurose de guerre cause le plus grand défaitisme de l'intelligence, qui est connu dans l'histoire comme psychose de masse. "
Et parmi ses conclusions nous trouvons ces réflexions:
" Si je montre ma sympathie pour Monsieur Bossaert, c'est parce que je reconnais ses actes progressistes et constructifs pour la question flamande et pacifiste, et que je soutiens sa quête honnête de la vérité et de la foi.", et " si je suis Flamand, " flamingant rabique ", comme le dit l'articulet, c'est parce que le principe du nationalisme est la première base pour la justice et la charité " (Lettre de EB à VG, du 28 ou 29 juillet 1941 citée dans EB à GH du 15-9-1941
Il est temps d'analyser un peu plus finement l'essentiel de la plainte : le salut hitlérien attribué au Père Boelaert et au Frère Herman.
Vrai ou faux ?
Boelaert et Moeyens (et le Frère Herman?), ont-ils vraiment fait le salut hitlérien ou était-ce un de ces multiples fantasmes propres à des moments de grande tension? Analysons les textes.
-Qui sont présents sur le lieu du crime ?
(1) Les " bien-pensants " (ou "l'autorité qui veille"):
M. Schumacher, du camp militaire était à son poste d'observation. Des militaires avaient préparé leur coup et avaient leur éclaireur sur les lieux, mais le premier responsable militaire (major Peeters) avait ordonné d'éviter tout incident. L'évêque aussi veillait en la personne de son alter ego, le Père Marcel Es, " l'évêque noir, bichon de Monseigneur." (45) De leur côté se trouve " La population de Coq, indignée. "
(2) Les "défaitistes":
Boelaert, l'objecteur de conscience (voir 3.5.), le Frère Herman, le Frère Albert De Witte, corrupteur du Père Moeyens et citoyen désobéissant, et le Père Moeyens lui-même, corrompu (par Herman). C'est le cercle qui assure la protection des flamingants rabiques que sont les Bossaerts, "cette trempe qui mange au râtelier du gouvernement" (46).
-Le crime :
Moeyens : " Au moment où le bateau quittait le quai, nous avons agité la main en signe d'adieu selon la coutume congolaise (on agite la main et la tient en position)".
Boelaert : (1) "Nous avons prolongé encore un peu nos gestes d'adieu à nos amis en partance ".
(2) " J'ai souligné un peu ma manière oridinaire de saluer quand nous étions sur le quai "
Avenir Colonial : "des échanges de saluts hitlériens entre Bossaert et plusieurs missionnaires"
M. Rosy "vient nous voir et raconte qu'il a appris que nous avons fait le salut hitlérien."
Père Marcel " répond (…), que nous avons fait le salut hitlérien."
Tout ceci est donc une question d'interprétation. Il me semble invraisemblable que même un Boelaert aurait été si téméraire de défier, sans grande utilité d'ailleurs, le parti qu'il savait présent et aux aguets. Nous verrons dans l'affaire de l'objection de conscience comment, tout en restant inébranlable quant aux principes, il va très loin dans la compromission pratique. Et le Frère Albert aussi, on le verra tout de suite, sait rester dans le raisonnable.
Et ainsi, avec la colère de l'évêque et l'indignation des bien-pensants, se termine (ou ne se termine pas!), le premier acte de la menace contre la sécurité de la Patrie (lointaine).
(2) Opposition à la convocation militaire : L'Affaire Albert De Witte
Le Frère Albert De Witte fut convoqué, avec 5 de ses confrères des Frères des Ecoles Chrétiennes, enseignants au Groupe Scolaire, à une instruction militaire. Il avait l'intention de ne pas y répondre.
Nous n'avons aucun rapport de l'acteur principal même, le Frère Albert De Witte. De nouveau, nous nous confions à Moeyens (Lettre à GH, 8-9-1941) et à Boelaert (Lettre à GH le 15-9-1941).
" Le dernier incident arriva peu après ", raconte Boelaert. " Le 9 juin, six Frères étaient convoqués pour les instructions de 'réserve de recrutement', e.a. le Frère Albert De Witte. Cet appel était très drôle : parmi les douze appelés (le minimum pour organiser des instructions) se trouvaient six Frères. Les Frères de l'Enseignement Officiel avaient pourtant reçu du Gouverneur Général Rijckmans l'assurance qu'ils ne seraient pas convoqués et leur appel sous les armes était, semble-t-il, en opposition avec la loi belge (47). De ce fait, le Frère Albert émit des doutes s'il allait effectivement y aller. Il n'était pas question d'un refus de service comme tel, mais d'une protestation, alors que plusieurs supérieurs des Frères avaient promis de faire les démarches nécessaires pour tirer au clair cette affaire.
L'affaire en était là quand le Fère Albert reçut la lettre suivante :
'Au Révérend Frère Albert De Witte t/s
Aimé soit partout le S. Cœur de Jésus. Coq, 18/6/41
Cher Frère,
A mon grand regret et à mon plus grand étonnement, j'ai appris que vous aviez décidé de ne pas répondre à l'appel de l'autorité militaire de Coq pour suivre aujourd'hui les instructions prévues à 13 1/2 heures pour les recrues de réserve.
Comme ami et confrère, je vous prie de revenir sur cette décision ! Un tel refus de service ne peut que provoquer des problèmes pour vous-même et pour votre communauté. Changez votre intention et montrez que vous savez obéir quand on demande un petit sacrifice de votre amour propre. D'ailleurs, il n'y a aucune raison qui peut justifier votre refus.
Mais cette affaire est trop importante pour notre réputation et pour l'œuvre missionnaire. Je me sens obligé en conscience, au nom de Monseigneur Van Goethem qui est aussi bien notre que votre Supérieur religieux, d'exiger que vous obéissiez à l'appel de l'autorité militaire et d'être présent aujourd'hui à l'instruction à 13 1/2 heures.
Cela me coûte, cher Frère, d'être obligé de vous donner un ordre écrit, mais la situation est trop sérieuse.
Je prie le Sacré Cœur de Jésus, dont nous célébrons demain la fête, de vous aider à agir en ceci comme en d'autres choses, dans un esprit de foi et d'obéissance.
Tout à vous in Corde Jesu.' (Signé Es Marcel).
Ecoutons Moeyens pour connaître la suite et les dessous de l'affaire :
" A 4 heures de l'après-midi du même jour, le Père Es déclare, en présence du Père Boelaert et des deux Frères, qu'il n'avait pas de délégation écrite de Monseigneur, mais que Monseigneur lui avait dit avant de partir qu'il devait veiller à ce que, pendant son absence, il n'y ait pas d'incidents. Le Père Es n'était pas encore nommé Vicaire Délégué. Il me laisse voir cette nomination seulement le 28 août 1941. "
Retournons à Boelaert pour la finale et regardons ce qu'en pensent les autres:
"Monseigneur était parti en voyage. Et le Frère Albert alla à la fameuse instruction. Mais les Supérieurs des Frères n'étaient pas du tout d'accord avec cet convocation et, comme par hasard nous étions en réunion à Bamanya le lendemain, avec le Père Recteur de Bamanya, le Père Smolders du Belge, les Directeurs de l' Ecole Normale et du Noviciat, tous étaient de notre opinion (moi et le Père Moeyens) que cette convocation de l'autorité militaire était illégale et que Père Marcel n'avait pas le droit d'obliger de telle manière un Frère des Ecoles Chrétiennes. "
Toujours Schumacher !
" Quand plus tard nous fûmes de retour chez le Père Marcel, je lui demandai s'il ne s'était pas trompé, mais il se défendit d'être dans son droit. (Le Père Recteur de Bamanya nous avait assuré qu'il était présent quand le Père Marcel fut incité à écrire cette lettre par les Messieurs Piette et Schumacher.) "
L'Evêque revient
Le 21 juin, de manière inattendue, Monseigneur rentra de Bokuma. Il avait interrompu son voyage à la suite d'une lettre du Père Marcel faisant rapport sur le nouvel incident. Monseigneur ne nous demanda rien, mais nous avons entendu dire par après qu'il était décidé d'aller à Kin et de me muter. Comme le voyage pour Kin ne pouvait par avoir lieu, il se retira pendant quelques jours jusqu'à ce qu'il m'appelle le 2 juillet pour me dire qu'il avait décidé de me muter.
Le 4 juillet, j'étais en voyage pour Bokuma avec l'intention d'y copier les registres et d'aller ensuite à Wafanya pour la même raison. Peu après, j'appris que cette affaire des instructions pour les réservistes était officiellement réglée en sens qu'aucun ecclésiastique ne pouvait être convoqué. J'apprenais aussi que le Père Es était nommé vicaire délégué pendant le service militaire du Père Jans. "
Boelaert a la conscience tranquille : " Et si j'ai pris parti dans l'affaire du Frère De Witte, c'est parce que je voulais défendre la liberté de conscience et la liberté de l'Eglise ".(Lettre de EB à VG, du 28 ou 29 juillet 1941 citée dans EB à GH du 15-9-1941)
L'Evêque date du 20 juillet la circulaire dans laquelle il insère des extraits d'une lettre de Dellepiane demandant aux missionnaires la neutralité (voir ci-devant).
3.5. Objection de conscience de Boelaert
Le refus de répondre à l'appel au service militaire était considéré en Belgique dans les milieux ecclésiastiques d'entre les deux guerres comme un manquement grave et scandaleux à son devoir civique. Les mythes du roi Soldat (Albert) et du Cardinal Patriote (Mercier) étaient fort bien implantés dans les consciences. Mais il y avait dans l'histoire de la morale catholique et dans d'autres lieux du monde catholique bien des tendances dissidentes, selon la conjoncture politique du moment. Boelaert connaissait ces tendances et son refus du service militaire pour Objection de Conscience était bien réfléchi et argumenté. Pendant que certains pays, dont les Etats Unis, avaient reconnu depuis longtemps le droit à l'Objection de Conscience (48), ce n'est qu'en 1964, que ce droit a été reconnu en Belgique par une loi .
En octobre 1930, Boelaert arrive dans la Colonie et est nommé pour le Petit Séminaire de Bokuma. Les militaires en congé illimité sont obligés de demander la permission d'aller à l'étranger et de déclarer annuellement leur lieu de séjour (49). Boelaert ne l'avait pas fait et, le 8 septembre 1931, il reçoit un rappel. C'est le début de 11 ans de tiraillement entre les autorités militaires et le "milicien malgré lui", le Père Edmond Boelaert.
Il y a eu un plan délibéré de la part de Boelaert pour éviter de reconnaître le droit aux autorités militaires de le rappeler sous les armes. En 1931, tout en reconnaissant qu'il a été inscrit dans les registres militaires, il répond qu'il a oublié les formalités de déclaration de départ et d'arrivée. L'année suivante, il avance l'argument que lui a insufflé 'un militaire de Boende' (M. Maurice De Ryck, selon ses propres notes, mais De Ryck était Administrateur et pas militaire) : il n'est plus tenu à une quelconque obligation militaire dans la Colonie parce qu'il n'a jamais fait de service militaire actif en Belgique.
Le Deuxième Groupement Militaire de Boende ne le lâche pas et le met début 1933 devant le dilemme: ou bien se soumettre à ses obligations ou adresser au Ministre une demande d'exemption. Boelaert répète son argument d'absence de service actif personnel en Belgique, mais il met aussi en branle une action pour obtenir cette déclaration d'exemption sur base du service actif de ses trois frères. Hulstaert contacte M. Edward De Jonghe du Ministère des Colonies. On est déjà 1937 (ou 1936?). Les services de De Jonghe conseillent à Boelaert de se munir d'une attestation de service de ses trois frères aînés et de demander l'exemption au Ministre. Il promet de s'en occuper (voir copie du 20-5-1937 du rapport des explications du Cabinet De Jonghe).
En juin 1937 Boelaert adresse une lettre au Ministre des Colonies et le 4 juillet au Ministre de la Défense nationale. (Il n'est pas clair si les deux ont été envoyées ou uniquement celle au Ministre de la Défense.) L'argument porte maintenant exclusivement sur le service militaire de trois frères. Ce qui, selon la législation en vigueur, peut donner droit à cette exemption. (Il explique qu'il a oublié de faire cette demande en temps opportun à cause de son entrée en religion.)
Boelaert part en congé en Belgique début décembre 1938 et rentre le 5 août 1939. Il voit De Jonghe qui promet encore une fois de régler l'affaire. Dans le dossier se trouve une Autorisation de départ pour la Colonie datée du 11 octobre 1939. Mais, en 1940, il n'avertit pas les autorités militaires de la Colonie de sa présence. Le 16 septembre 1940, le Capitaine Commandant De Vré lui demande de s'expliquer et l'informe que son cas sera signalé à l'Autorité Militaire Supérieure. Le 2 octobre, Boelaert répète sa lettre au Ministre de la Défense Nationale et joint une copie de cette demande à sa réponse à De Vré. Le même 2 octobre 1940, Boelaert répond à De Vré qu'il n'a pas d'obligation militaire à cause de ses trois frères qui ont servi et que M. De Jonghe s'en occupe et qu'il espère bien que les dites Autorités Supérieurs régleront le cas pour du bon.
Mais comme bouquet final, dans la même lettre au Capitaine Commandant De Vré, il se déclare objecteur de conscience : " La raison profonde en est que je suis convaincu en conscience que le service militaire est contre la loi naturelle, et donc contre le vrai bien commun, au moins dans la conception et les circonstances modernes ". Et cyniquement il y ajoute : " C'est pourquoi je suis heureux de ce que vous ayez bien voulu signaler mon cas à l'Autorité Militaire Supérieure." Cette Autorité Supérieure n'est pas impressionnée par le plaidoyer de Boelaert et répond froidement que : " Les autorités militaires coloniales n'ont pas à tenir compte des objections de conscience des citoyens belges " (cité dans la lettre de De Vré du 14-11-1940).
L'affaire rebondit comme prévu l'année suivante et entre-temps se sont passés les événements Bossaert et Albert De Witte à Coquilhatville. Boelaert se trouve depuis quelques jours à Boteka, après sa 'relégation' à Bokuma. Le 15 septembre 1941, Boelaert fait mention d'une remarque de Mgr Dellepiane à Monseigneur Van Goethem, à propos de son attitude. Pour le reste, l'année 1941 se passe apparemment sans autres accrocs (ou est-ce simplement les documents qui manquent?) Le 18 novembre 1942, le carrousel reprend avec une demande par le Capitaine Commandant Thiriart (50) à Coquilhatville " de justification de manque d'Attestation de Présence (à quoi?) et de l'absence à la " revue ". Dans sa réponse du 25, Boelaert rappelle ses démarches antérieures et il dit regretter l'attitude négative des Autorités Supérieures Militaires envers l'Objection de Conscience et il conclut que lui " de son côté doit bien en tenir compte. "
Boelaert soumet l'affaire à l'Evêque (qui l'avait instruit de faire ainsi). Celui-ci, après avoir demandé conseil à Hulstaert, l'oblige de signer l'Attestation de Présence (à l'adresse indiquée) avec l'argument qu'il a été décidé qu'en réalité les missionnaires ne seraient pas convoqués pour le service proprement dit. Boelaert obéit, mais en ajoutant en bas du formulaire une clause de réserve : "Met handhaving van aangegeven gewetensbezwaar" (avec maintien de l'objection de conscience mentionnée). Le 4 décembre 1942, le dossier se conclut avec une dernière lettre de Boelaert à son évêque dans laquelle il se plaint amèrement en ces termes: "Vous aussi, comme 'les Autorités Militaires Coloniales', ne pensez pas devoir tenir compte des objections de conscience ; vous ne soutenez pas vos missionnaires, mais les obligez d'aller à l'encontre de leurs convictions et de leur conscience, à cause de la réputation de la Mission, qui ne devrait avoir rien à faire dans une telle histoire."
Le perspicace ami de Boelaert qu'était Van Avermaet, écrit à Hulstaert : " Ensuite, Mon est anti-militariste depuis bien longtemps. Il est objecteur de conscience et il est convaincu que justement maintenant l'idée de l'objection de conscience doit être propagée dans nos pays et dans les cercles de nos gouvernements. "
Le dossier contient un document dactylographié non daté et non signé, de 5 pages, avec le titre " Dienstweigering " (Refus de Service). La critique interne de ce texte nous permet de l'attribuer sans hésitation à Boelaert. Il est écrit dans le langage théologique (scolastique et casuiste) de l'époque. En 4 chapitres, il défend la justesse morale de l'Objection de Conscience et le refus du service militaire tout en laissant la possibilité d'une opinion contraire. L'argument de base tourne autour de la possibilité d'une juste guerre. Vu le doute théorique, l'individu conserve le droit de suivre sa conscience. Pour Boelaert, c'est la conclusion d'un long et pénible combat intérieur :
" Toute cette question est assez tragique mais c'est une question d'obéissance à sa conscience. Elle est tragique comme tout conflit de conscience : le choix entre deux maux et la finalité de ses actes. La véritable objection de conscience n'est ni défaitiste ni hautaine. Mais elle essaie honnêtement de combattre les excès de l'étatisme et les guerres qui en découlent. Il considère son refus comme un moyen de protester pour une conversion. Il est convaincu de servir l'humanité en désobéissant son gouvernement. Il fait appel à l'esprit contre la loi de l'ordre, contre la lettre. Il sait que son attitude est dangereuse, c'est comme jouer avec de la dynamite, c'est comme l'organisation d'une insurrection. Il connaît la possibilité d'abus, même d'échecs. Mais il prend le risque, confiant en sa conscience et en son Dieu. Et il espère rencontrer le respect, si pas pour sa position, au moins pour la moralité de son attitude. (51) "
Dans sa lettre du 3 juillet, Boelaert conclut :
"Monseigneur, je nie que je suis un défaitiste. Quand je refuse le
service militaire, je le fais par pleine conviction, étant conscient
qu'ainsi je rends le meilleur service à la communauté. "
4. Les restrictions et les rationnements
Dans un article rétrospectif, Moeyens résume ainsi le problème des restrictions : " Le gouvernement sous la conduite du Gouverneur Général Ryckmans réglait ces problèmes. L'économie était dirigée ; les indigènes étaient obligés à plus de travail et plus de production. Ainsi, la production du caoutchouc, coton, huile, riz, cuivre, étain, café etc. augmentait et était mise à la disposition des Alliés. Les bateaux qui venaient charger ces produits nécessaires pour la guerre apportaient en échange des produits alimentaires et autres produits qui nous manquaient. Il n'était pas question de véritable pénurie et à part quelques petites restrictions dans le secteur des carburants, la Colonie n'a pas connu de rationnement. " (52)
Dans le rapport du Conseil de Province de 1944, nous en entendons une voix un peu différente : " Carence périodique de sucre, bierre, farine, lait, à cause de problèmes de transport." (53)
Et déjà en juillet 1940, Marcel Es avait écrit : " A Coquilhatville tout a augmenté de 25 à 100% " (Lettre du 20-7-1940, MF 9/195, 93,3416.)
LA GUERRE ET LES NOIRS
1. "Nous ne savons rien de la guerre en Europe". La discussion dans Le Coq Chante
De décembre 1939 à mars 1940 paraissent dans le journal de la Mission de Coquilhatville, Le Coq Chante, une série d'articles discutant ouvertement de la guerre en Europe. Le périodique avait été lancé en 1936 par Monseigneur E. Van Goethem, peu après l'installation de l'imprimerie de la Mission. Il était destiné aux indigènes et voulait informer et former. On y utilisait principalement le lomongo, peu le lingala ou le français. La rédaction n'était pas attribuée à une personne définie. Souvent, c'était le missionnaire responsable de l'imprimerie qui s'en occupait ; parfois, c'était l'influence de Boelaert ou de Hulstaert ou de Jans qui prévalait (Boelaert a été plusieurs fois lié à l'imprimerie entre fin 1936 et juillet 1941). Ils étaient assistés par deux "secrétaires" Etienne Bokaa et Paul Ngoi. En 1940, le tirage était de 800 exemplaires avec environ 700 abonnements (760 en 1943). Il paraissait mensuellement sur 12 pages et était divulgué à l'Intérieur par les Postes de Mission et, en ville, par les paroisses ; quelques exemplaires partaient dans la diaspora (Kinshasa, Lisala, Gemena).
Dès le déclenchement de la guerre par l'invasion de la Pologne, la population noire de la colonie belge était au courant des événements. La preuve en est qu'elle se pose des questions et consulte ses conseillers moraux qu'étaient les missionnaires. Les Pères sont ennuyés par les questions et n'y répondent qu'avec réticence. Le 3 octobre 1939, Jans écrivait encore à Hulstaert : " Je préfère ne pas écrire sur la guerre. Les autorités ont insisté d'éviter le plus possible d'en parler aux Noirs. Quand vous reviendrez, on pourra discuter de l'affaire s'il le faut avec l'Administrateur ou plus haut encore. "
L'Instruction imposant la censure des publications locales pour les Noirs (défendant de parler encore de la guerre), les libère de cette responsabilité (décret communiqué à l'évêque le 8 juin 1940 et la lettre d'engagement de celui-ci d'y veiller en personne du 10 juillet) (54).
Avant cette date, une petite polémique s'était déclarée dans Le Coq Chante . Le Père Gustaaf Hulstaert y avait répondu aux rumeurs et questions populaires sous le pseudonyme de E. Boala (55). La personne qui dialogue avec Gustaaf Hulstaert est une de ses très bonnes connaissances, le catéchiste Boniface Bakutu (1880-1967) (56). Ce dernier parle au nom des jeunes de la Mission de Boteka, centre de production des Huileries du Congo Belge (Lever) et, de ce fait, plus ouvert aux influences extérieures. Dans les publications protestantes éditées à Bolenge (Coquilhatville), on ne trouve aucun mot sur la guerre.
Les textes cités ici en illustration sont restitués dans leur contexte intégral dans les Annexes à cet article ; les chiffres romains entre parenthèses renvoient à ces citations.
(1) Les basenji et les belole
Dans ses réponses, Hulstaert fait montre d'une spontanéité étonnante et compromettante. Nous trouvons ici des expressions sous sa plume qui ne correspondent pas à son attitude normale: il traite les gens d'ignorants, d'enfants, d'incapables de comprendre et les jeunes (c.à.d. les " évolués ") reçoivent carrément l'épithète d'imbéciles (bolole) ; d'autres sont qualifiés de non-civilisés (basenji).
" Dans cette affaire les gens du Congo se sont encore une fois montrés supérieurement stupides, et je ne parle pas des sauvages, mais des jeunes qui se vantent d'être de grands intellectuels, de grands connaisseurs " (V). Son paternalisme ne semble pas avoir de mesure : " Mais au risque d'être mal compris, je vais pour une fois satisfaire l'envie de l'enfant "(I) ; car malgré tout, " nous les aimons comme nos enfants " (V).
Il s'acharne particulièrement contre la manie de singer les Blancs et contre la recherche de nouvelles et d'informations sans intelligence. Ici on touche au cœur de ses conceptions pédagogiques et de son aversion des méthodes des Frères des Ecoles Chrétiennes qui, selon lui, excellaient dans cette méthode : " Pauvres imbéciles ! Quand quelqu'un va trouver des informations sur la guerre, quel profit en tirera-t-il ? Penses-tu qu'il les comprendra (V). Donc, ce n'est pas de si tôt qu'ils n'auront de l'intelligence, bien qu'ils parlent le lingala et le français comme le cœur le leur dit. Le phonographe a-t-il de l'intelligence quand il parle français? (V).
Il semble même classer les Nkundo parmi les moins aptes à l'intelligence: " Si les Nkundo n'abandonnent pas cette vanité et ce vain orgueil, ils ne deviendront jamais intelligents à cause de leurs singeries" (II).
(2) Les événements et les causes profondes de la guerre
Après les avoir bien remis à leur place, Hulstaert daigne donner quelques explications et il le fait de manière très précise et assez complète: "Cette guerre a commencé avec l'Allemagne et la Pologne, ensuite la France et l'Angleterre ont pris parti parce qu'ils avaient signé un accord et avaient promis à la Pologne de l'aider. La Russie y est entrée seulement à cause de son envie de pillage et de sa rapacité. Ils ont spolié une partie du pays qu'ils avaient pris, puis ils s'y sont installés. "(II)
La guerre est un combat pour l'hégémonie : " La perte du pouvoir même en Europe, c'est cela la vraie raison.(II) (…) Ils se battent parce qu'il y en a un qui veut soumettre les autres et les plier à sa volonté. Il veut qu'ils n'obéissent qu'à lui. Mais les autres n'en veulent pas et ils refusent de vendre la liberté qu'ils ont reçue de leurs ancêtres(II). "
(3) Qui peut arrêter la guerre ?
Les Noirs étaient étonnés que personne, même pas " l'Etat ", n'était en mesure d'arrêter les Européens de faire la guerre. A cet énigme, Hulstaert a une réponse bien faite: " Mais la guerre d'Europe n'est pas une guerre entre les habitants des pays, mais entre les Etats eux-mêmes "(III). Ses interlocuteurs avaient appris (par cœur) à l'école qu'un des grands mérites de la colonisation belge avait été justement l'arrêt de leurs guerres intestines. Et effectivement, Hulstaert fait ressortir la différence entre les deux cas : " Ici au Congo, l'Etat a fini par réunir tous les peuples et a pu interdire la guerre. Si, en Europe, ils n'étaient pas comme ils sont maintenant, il n'y aurait pas la guerre."(III) Ensuite, il évoque les interventions pour la paix des Papes Pie XI et Pie XII et des rois de la Belgique, des Pays Bas et des pays nordiques.
(4) La différence entre les Blancs et les Noirs
Dans son premier article (décembre 1939) parlant des causes de la guerre, il avait écrit : "Eh bien, la guerre en Europe est pareille ". Quelle affaire! Certains ont compris et disent que " les Blancs nous ressemblent, qu'ils sont comme nous, les Noirs."(II) Et Hulstaert de leur expliquer que ce n'est pas cela qu'il a voulu dire, qu'il y a bien de différences (en avançant des éléments contradictoires d'ailleurs) et que: "Les inventeurs de ce raisonnement ne savent rien! Regardez, quand un Blanc va entendre cette explication, il s'étonnera et va éclater de rire des sottises de ces instigateurs " (II).
(5) Et la Belgique?
Heureusement pour notre auteur que la Belgique n'était pas encore impliquée dans le conflit, car qui est plus vertueux que les Belges ? " Ainsi, nous les Belges, nous en restons loin. Depuis nos ancêtres, nous n'avons jamais fait la guerre à un autre pays, sauf en cas de provocation. Mais avec une ténacité, nous voulons empêcher que certaines gens nous soumettent et nous ne voulons pas être privés de notre souveraineté et de notre terre."(I)
Mais pendant les années qui suivent quelques nouvelles bien qu'anodines, pénètreront dans les colonnes du journal. En juin 1941, page 4, on reproduit un communiqué du Service de l'Information qui mentionne le nombre de morts (2 Blancs et 10 Noirs) et de blessés (3 Blancs et 40 Noirs) dans les batailles à Bortai et à Gambela. En août 1941, le lecteur apprend que les femmes des recrutés partent dans la direction de Kisangani pour y rejoindre leurs maris. Et le 2 février 1942, nous voyons des soldats quitter Coquilhatville en direction d'amont. En mars 1942, on apprend que le 2 février des militaires sont revenus à Mbandaka d'une campagne. En juillet 1943, on annonce le départ du Père Jans en campagne comme aumônier. En novembre-décembre 1944, nous pouvons lire qu'un Noir a donné 1000 francs pour dire des messes à Kinshasa pour les militaires morts pendant la guerre. Et finalement en janvier 1945, Joseph Ntaa raconte ses visites au Nigeria, Egypte et la Palestine.
Assez curieusement, Le Coq Chante n'annoncera jamais la fin de la guerre.
2. Au caoutchouc, citoyens! Un pamphlet et une iconographie subversive
2.1. Le pamphlet de M. Denis
Nous disposons d'un document de propagande officiel et de quelques lettres de missionnaires pour nous informer des activités de la Propagande Coloniale pour l'Effort de guerre et ses conséquences pour la population de Mbandaka et environs.
Début 1942, les Alliés avaient perdu des ressources stratégiques comme le caoutchouc avec la chute de la Malaisie, de Singapore et de l'Indonésie. Ils se tournent vers d'autres endroits pour combler cette perte. Le Congo en était un. Le Conseil de Province de Coquilhatville avait décidé, début mai 1942, de lancer une campagne de propagande pour la récolte du caoutchouc. Le Père Marcel Es avait remplacé l'évêque à cette réunion. Le 18 mai, il se présente à l'imprimerie avec M. Denis, Administrateur de Territoire, pour déposer un texte de propagande à insérer dans le journal de la Mission, Le Coq Chante. Moeyens, que nous avons déjà rencontré dans l'affaire du salut hitlérien, est directeur de l'Imprimerie depuis la relégation de Boelaert. e directeur est une tête forte et il n'aime pas le belgicisme guerrier et encore moins l'exploitation des Noirs dans ce but partisan. Donc, il refuse et cherche de un appui chez Gustaaf Hulstaert qui en ce moment se trouve à Bokuma, 60 km en amont. Mais Marcel Es, lui aussi, fait appel à celui qu'il pense être le Rédacteur en chef du Coq Chante, le même Hulstaert. Donc, il écrit encore ce jour-là et donne sa correspondance à Monsieur 't Kint, colon en partance pour sa plantation à l'intérieur. La lettre de Moeyens n'est pas datée, mais Hulstaert y répond le même 25 mai. Il est donc probable que les deux missives opposées se sont trouvées côte à côte dans la "besace" du colon qui les dépose à Bokuma.
Le document en question est remarquable pour son arrogance envers les Noirs: "Il faut toujours faire comme l'Etat le veut puisque c'est notre maître." Hulstaert qualifie cette phrase de dangereuse: " Avez vous vu, écrit-il à Es, qu'il y a une phrase dangereuse dans l'article : 'il faut toujours faire comme l'Etat le veut, parce que c'est notre maître' ?. Cela peut être interprété incorrectement et, comme le texte se présente là, il n'est pas suffisamment clair et mauvais. Pour les Noirs qui ne savent pas faire les distinctions nécessaires dans ces affaires, il est positivement dangereux pour la foi et pour la morale et, selon moi, il doit être barré ou changé. " Et à Moeyens, il écrit : "Le texte exprime l'étatisme le plus pur, nous ne pouvons l'accepter." La phrase incriminée sera quand même traduite et imprimée.
Les Noirs ont évidemment besoin d'être motivés pour leurs efforts d'approvisionnement des Alliés. " Vous savez également que, pour gagner rapidement la guerre, il faut beaucoup d'armes ; il faut aussi des bateaux et beaucoup de camions pour transporter les soldats (…) Pour fabriquer tout ce matériel, il faut que les pays alliés envoient les matières qu'ils peuvent produire. Notre Congo est un bon pays producteur et l'Etat (Boula-Matari) veut aider les pays amis pour que la guerre soit vite gagnée.(…) Les provinces du Katanga et de Stanleyville fournissent le fer et le cuivre.(…) Quels sont les produits qui existent dans notre Province? Le caoutchouc, le copal, les fruits de palme (…). L'Etat veut du copal bien gratté, bien propre. Vous devez couper les fruits mûrs de vos palmeraies et les vendre à l'usine. "
Et personne n'est excusé : " Pour bien travailler et avoir du rendement, il faut se partager la besogne: l'homme va en forêt, enlève l'écorce, les femmes et les enfants s'occupent du battage et tout le monde du transport suivant sa force. " Sinon, ils seront " punis d'un mois de prison et, ensuite, ils seront obligés de fournir les produits auxquels ils avaient voulu échapper."
L'auteur du pamphlet fait aussi preuve d'un manque total de connaissance de la psychologie et de l'histoire de la région en rappelant expressément la campagne léopoldienne du caoutchouc rouge (" ce que vous avez peut-être oublié.") Mais selon Hulstaert, les Noirs ne l'avaient pas oublié du tout. Il écrit à Es: "Les gens en ont marre de cette affaire de caoutchouc; croyez-moi, les souvenirs de la période ancienne ne se sont pas effacés, au contraire. L'Etat n'a jamais rien fait pour effacer cette mauvaise impression " et, dans sa lettre à Moeyens, il enfonce le clou : "La résistance des Noirs est tenace. Ils se rappellent trop bien encore les anciennes histoires. Cela ne fera pas de bien à l'autorité des Blancs. Ceux-ci moissonnent maintenant ce qu'ils ont semé auparavant. " Il y revient en détail dans son article publié en 1983 (57). M. Blondeau de l'A.I.M.O. (Affaires Indigènes et Main d'Oeuvre), parlant en termes pudiques dans son rapport au Conseil de Province en 1944, déclare: " Les mouvements d'effervescence résultant de la réintroduction de la récolte du caoutchouc se sont très largement calmés. Il serait vain cependant de se dissimuler la lassitude de la population pour ce genre d'activité. Quelques occupations et opérations de police furent encore nécessaires pour réduire la résistance en certains groupements."
M. Denis trouve qu'il n'y a pas d'excuses : " J'ai déjà entendu un ou deux noirs dire que, dans leur forêt, il ne pousse pas de lianes à caoutchouc. Ces gens sont des menteurs ou des paresseux, ils sont en tout cas de mauvais indigènes. Ils mentent parce qu'ils savent bien que les lianes à caoutchouc existent partout dans les forêts de notre Province. Ils sont paresseux parce qu'en déclarant qu'il n'y a pas de caoutchouc, ils veulent éviter le travail. Un homme fort n'a jamais peur du travail. Ils deviennent, en parlant ainsi, de mauvais indigènes parce qu'ils veulent éviter de faire ce que l'Etat leur demande. " Le Rapport au Conseil de Province de 1944 est par contre très affirmatif : " Les lianes lactifères facilement accessibles sont épuisées " (p.44).
Hulstaert s'insurge dans une lettre à Antoine Rubbens contre ces accusations de paresse et trouve l'argument qu'avance la population concernant la rareté de lianes caoutchouteuses bien vrai : " Mais rien que du caoutchouc, 24 heures sur 24. Tout le monde dans la forêt et un tas de misères. Manque de nourriture. (…) Les quelques rares cas où les gens peuvent trouver du caoutchouc près du village, de sorte qu'ils peuvent retourner tous les jours pour dormir, sont exploités pour prouver qu'il y a du caoutchouc en abondance et que les gens ne doivent pas du tout aller très loin dans la forêt et que par conséquent ils peuvent bien cultiver leurs champs. S'il y a manque de vivres, on l'attribue à la paresse bien connue des nègres, qui, dans ce cas, ne travaillent donc pas " comme des nègres" (22-6-1944).
Hulstaert écarte résolument la publication de ce texte de propagande sous la houlette de la Mission : "Si cet article y paraît, aux yeux des Noirs, la Mission fait de la propagande pour le commerce et l'industrie de guerre et je trouve cela inconvenant.(…). Si d'un côté la Mission doit collaborer avec l'Etat, l'autorité de l'Eglise doit aussi rester séparée. Nous souffrons déjà trop de l'opinion que la religion est la religion des Blancs, la religion de l'Etat, et cela va même plus loin : c'est un moyen qu'utilisent les Blancs pour arriver à bout des Noirs et pour les dominer. L'intérêt supérieur de l'Eglise et des âmes me semble commander que nous nous tenions éloignés de cette propagande " (Lettre à Es, 25-5-1942) ;
Ce dernier pense que "nous sommes obligés de faire notre part dans le programme de l'Effort de guerre " et que cette brochure " est une instruction pour les Noirs, qui leur fait connaître leurs devoirs et leurs droits ". Mais il se voit formellement contredit par son Supérieur. Es avait proposé que Hulstaert en parle à l'évêque en voyage sur la Tshuapa et la Momboyo. Le bateau de la Mission a accosté à Bokuma le 30 mai de 11h.55 à 13 heures. Je n'ai aucune indication que Hulstaert en ait parlé effectivement à l'évêque, mais c'est très probable. Le résultat en a été que le texte ne sera pas inserré dans Le Coq Chante, mais imprimé par la mission en une brochure séparée sous la responsabilité exclusive de l'Etat.
Le résultat de la propagande n'a certes pas été ce qu'en attendait M. Denis avec une naïvité incroyable ou un cynisme maladif quand il suppose que "tout le monde travaillera de bon cœur".
2.2. Iconographie subversive. Les linogravures de Jos Moeyens
Moeyens était avant tout peintre, mais il a produit plus de deux cents lino- gravures publiées dans différents périodiques. M. Denis lui avait demandé de faire également des lino pour cette brochure. Il s'en plaint auprès de Hulstaert, qui le lui défend. Finalement, il s'est quand même exécuté, mais tout en se vengeant. C'est avec un certain cynisme qu'il a illustré ce texte de propagande pour le nouveau caoutchouc rouge. Ses linos créent une sphère de tristesse, oppressante et déprimante, en contraste avec le plaisant soldat de la Force Publique (ivre?) sonnant le rassemblement. A part celui-ci, aucune des autres linos n'a jamais été publiée ailleurs. Les images illustrent à la lettre le texte du pamphlet.
3. C'est pour quand la fin de la guerre ?
" Le besoin du caoutchouc ne durera pas longtemps, simplement jusqu'à la fin de guerre. " C'était la promesse de la propagande de Denis. On signale que les Noirs gagnent maintenant un surplus d'argent qu'ils ne savent pas utiliser, car les articles de traite font défaut, comme le signale le Rapport du Conseil de Province de 1944 : " Les articles suivants ont presque disparu du marché : lanternes tempête, malles en fer, seaux galvanisés, miroirs de traite, gobelets, assiettes émaillées, casseroles, bicyclettes, machines à coudre, phonographes, sardines de traite, corned-beef de traite, couttellerie de traite, fers à repasser et nombreux tissus de qualité ". Ce surplus d'argent échoit principalement aux gens de l'intérieur qui vont effectivement au caoutchouc, mais les citadins n'en profitent pas : " Les boulversements économiques dus à la guerre ont ébranlé les situations sociales au détriment des salariés et appointés dont les revenus n'ont pas crû en proportion de la hausse du coût de la vie " (Rapport du Conseil de Province 1944, p.33.) Le même Rapport donne des chiffres : L'index du coût de vie des Noirs par rapport à 1940 (100) était de 190 fin 1942 et de 243 fin 1943 (p.22).
Après deux années de campagne de caoutchouc, le docteur Schwers, médécin provincial, fait son rapport devant le Conseil Provincial en avril 1944 : " L'état sanitaire de la population indigène est mauvais. L'effort de guerre se fait dans de mauvaises conditions d'hygiène, d'alimentation et de soins médicaux. Les déplacements continuels de l'indigène sont nuisibles à sa vie familiale et multiplient à l'infini les chances de contamination." (p.8-9 ; plus en détails aux pages 43-44.)
En octobre 1946, Van Wing a visité le Congo et principalement les Provinces de Léopoldville et de Coquilhatville. Il constate que "l'effort de guerre y continue en pleine paix " (58). Et encore en 1947, Hulstaert écrit à Antoine Sohier, membre du Conseil Colonial, commentant un texte de Ryckmans: "Il se débat pour disculper son administration et soi-même. Mais il aurait dû le faire plus finement. Là où, p.ex., il parle de l'effort aboli dès la reddition du Japon, mais continué quand même... J'ai ici une fiche d'effort de guerre où, en date du 13.8.1947, est encore inscrite la contribution. Il s'agit en l'occurrence de poisson à livrer à l'administration (à noter que tout cela servait à l'Européen x ou y) : il était noté comme effort de guerre, la viande de chasse, les tuiles végétales pour la Société X ou Y et jusqu'à l'huile, qu'il le fallait pour M. ou la S.A. et le caoutchouc officiel.) Et qu'on ne dise pas 'volontaire'. Ici, je n'ai pas connu d'effort de guerre volontaire. Obligatoire! D'ailleurs, les fiches de contrôle marquent nettement : imposition (quantité imposée…) " (59).
CONCLUSION
La situation à Coquilhatville n'était pas exceptionnelle. On peut la considérer comme typique pour le pays. Les Blancs ont souffert de tensions psychiques, de l'isolement de leurs familles en Belgique et de l'incertitude quant à l'issue de la guerre. Ceci a provoqué dès le début (60) des réactions presque paranoïaques. Les divisions idéologiques par rapport aux belligérants se sont manifestées comme en Europe.
Mais ce sont incontestablement les Noirs qui ont souffert le plus. Pour un surplus de travail, ils ont eu moins de gain en termes de confort. La société traditionnelle a, une fois de plus, été poussée vers sa décomposition et la 'dénatalité mongo' a certainement été accentuée par les exigences de l'effort de guerre. D'autre part, les Noirs ont gagné en intelligence, ayant perdu une partie de leurs illusions quant à la nature (et à la culture) des Blancs. Malgré leur victoire militaire, la guerre a puissamment contribué à la dissolution des empires coloniaux des Occidentaux. Le Christian Century du 26 février1941 écrivait (phrase mise en exergue par certains des acteurs des 'événements de guerre' à Coquilhatville): "The great French and Dutch Empires of the East are on the auction block; and the greatest empire of all, that British realm (…) is fanatically calling upon the American Navy to save it. The great white Empires are falling to pieces before our eyes."
16 février 2008
Mes Origines
Mes origines: Mon feu Père Bombeto W' elela Jean est originaire de Ekukola, collectivité de la Dwali, Zone d' Ingende dans la région de l' Equateur. Ekukola est une localité d' avec une population estimée de 50 a` 100 habitants. Les habitants sont de deux éthnies: les Nkundo et les Batwa. Ils vivent en harmonie dans le respect des principes établies par nos ancêtres. C' est -a` dire pas de marriages entre nkundo et les batwa, ne pas manger dans une même assiette, et autres preceptes... Tout se passe dans l' harmonie et respect mutuel. Mais avec la dynamique du changement qui intervient dans tous les secteurs au niveau cosmopolite, de la démocratie aux droits de l' homme, de la discrimination et du racisme, la donne doit absolument changer pour que, ces deux peuples condanmés a` vivre côte à côte s' acceptent tels qu' ils sont tout en gardant leurs différences et valeurs culturelles. Mon feu Père Jean Bombeto fût un agronome diplomé de l' époque belge. Il a dû décroché son diplome à l ' école d' Agronome d' Ebonda. Après ces études il fût embauché à la sociéte de huilerie Boteka , Flandria à l 'époque, il planteant les palmiers à huile à Boyeka, Mokoso et à d' autres plantations de la sociéte ou il fût employé. Il quittera cette société pour raison de discrimination au lieu du travail par l' homme blanc belge pour rentrer à l' Administration Publique. Il fût nommé administrateur de térritoire dans le district de Boende-Bokungu. C' est dans cette partie de la République Démocratique du Congo( EX.Zaire) que mon père c'est éteint. Que son âme répose en paix. Ma mère Bosulu l' Ekondjo Ndekaka Marie- Louise, Ndumba Lisoko est plutôt originaire de Losofi, collectivité de Bokatola dans la même région de l' Equateur. Comme vous le rémarquer son nom est très long et surtout nduma Lisoko qui dit tout simplement la belle fille. C' est pour sa beauté, qu' elle porte ce nom. Son Père fût Bontone-Lokwa Louis un homme de très grande taille. Dans le village de ma mère, les hommes sont toujours de grande taille, c'est rare de voire les hommes avec taille inférieure à 1m 60, ces hommes du village de ma mère adorent la danse, IYAYA une danse floklorique émaillée des assauts acrobatiques et autres effets. Mon grand-père Bontone Louis fût le leader de leur groupe. C' était très merveilleux de les voir en action. N'oublie pas tes origines.
14 décembre 2007
L' arrivée des premiers blancs `a Mbandaka/ Equateur/ DRC
Edition & Analyse / Edition & Analysis
Témoignages africains de l'arrivée des premiers blancs aux bords des rivières de l'Equateur (RD Congo)
African testimonies of the arrival of the first whites on the rivers in the Congolese Equateur region
Le texte qui suit a été publié la première fois dans les Annales Æquatoria 16(1995)36-117. A cet endroit il est précédé d'une introduction de 23 pages. Qu'on se réfère donc à cette publication pour des plus amples détails.
En 1953 Edmond Boelaert lançait dans la Province de l'Equateur, au Congo Belge, une enquête chez les enseignants, catéchistes et autres lettrés concernant les souvenirs de l'arrivée des blancs dans leur villages le long des rivières de la Cuvette Centrale. Les réponses ont été conservées dans les archives Æquatoria à Bamanya. Boelaert avait fait lui même déjà quelques dizaines de traductions en français. Charles Lonkama, secrétaire du Centre Æquatoria a fait les restants. Les originaux et les traductions sont conservés à Bamanya et microfilmés en 1992 (film 6, fiches FB 111-128). Quelques textes avaient été publiés en lomongo dans le journal local de Coquilhatville Lokole Lokiso en 1955 (les nrs 401, 403, 404, 414, 420, 471, 679) et en traduction française dans Enquêtes et Documents d'Histoire Africaine 2(1977)57-60 (Les nrs 401, 468, 486, 491, en traduction par Hulstaert). Un texte était publié dans Annales Æquatoria 11(1990)368-370 (nr 440) et 12(1991)544-551 (nr 471). Boelaert a utilisé ces documents pour quelques études historiques dont la plupart sont restées inachevées ou inédites. G. Hulstaert a puisé dans ces textes pour plusieurs de ses publications.
Les événements relatés ici se situent principalement durant la période de la récolte du caoutchouc sous le régime léopoldien. Quelques fois il y a des digressions avant et après cette période. L'intérêt de ces textes réside en premier lieux à ce qu'ils traduisent les sentiments des colonisés. Mais en même temps ils nous livrent de multiples exemples de ce qui est resté dans la mémoire collective de cet événement majeur de leur histoire récente. L'historien pourra y appliquer toutes les lois de la critique historique.
Structure du texte
Les témoignages sont arrangés par rivière.
Système de référence
Nous mettons pour chaque texte en premier lieu le nom du village selon son orthographe africain, suivi du numéro du document original et la pagination de l'original dactylographié (par Boelaert). Ensuite le nom de l'informateur avec quelques fois quelques indices sur sa situation au moment du témoignage. Le résumé qui suit est de Charles Lonkama. Enfin suit le texte proprement dit avec parfois quelques notes infrapaginales.
Légende
1.1. Villages autour de Mbandaka et la Ruki
Pour la situation globale de ces endroits voir l'étude de M.K.H. Eggert, 'Aspects de l'ethnohistoire Mongo : une vue d'ensemble sur les populations de la rivière Ruki', Annales Æquatoria 1(1980)I,1,149-168; de E. Boelaert, 'Charles Lemaire, premier commissaire de District de l'Equateur', dans Bulletin des Séances de l'I.R.C.B., 1953, 506-535; 'Les expéditions commerciales à l'Equateur', Bulletin des Séances de l'ARSC 1956, 191-211; 'Les premières explorations du Ruki et de ses affluents', Æquatoria 21(1958)121-133.
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WANGATA IBONGA
401/14
Antoine BOONGO, ancien boy de Charles Lemaire.
RESUME: Installation des premiers Blancs à Wangata. Mort de la mère d'Ikenge. Contrôle du passage des pirogues. Le Caoutchouc et les sentinelles dans les villages. Les missionnaires de Bolenge interviennent en faveur des indigènes. D'autres corvées. Reproches aux Wangata pour avoir amené les Blancs dans le pays. Les protestants installés à Bolenge
TEXTE
ARRIVEE DU BLANC
Les premiers Blancs venus ici sont Wefa et Bantzetse (1). Ils accostaient à Wangata, là où se trouve la factorerie S.A.B. Les Wangata les chassèrent, ils ne voulaient pas d'eux, parce qu'ils croyaient que c'étaient des manes. Une fois chassés, les Blancs allèrent s'établir sur une île appelée Bonkoso. Là-bas, au-delà du Fleuve, un certain Eluwa, originaire du Haut, esclave du patriarche Ikenge, les rencontre comme il revenait d'avoir été tirer du vin de palme à Ntsambala (2) Ils lui donnèrent deux bassins, l'un avec des perles, l'autre avec des cauris, ainsi que deux pièces de tissus befulunkoi (3). Ils 1'accompagnèrent.
Son maître lui dit: Tu est stupide. Ces mânes, je les ai chassés et toi, tu les amènes ici ?" Ikenge se fâcha, mais les autres patriarches le calmèrent, disant: "Non, laisse-les. Nous verrons bien. Les étrangers sortirent un mètre et on leur donna un peu de terrain, là où se trouve la S.A.B. on ne le leur donna pas gratuitement: ils le payèrent cinq bassins de cauris et de perles, et six pièces de tissu ifulunkoi.
Alors ils enlevèrent les tentes, ils construisirent une maison en nsese et ils établirent une clôture. Lorsqu'ils eurent achevé la clôture, des poules des habitants y pénétrèrent; ils les tuèrent et les mangèrent. Ces poules appartenaient à la mère d'Ikenge, Mbela.
Les premiers Blancs partirent et d'autres vinrent les remplacer. Deux Blancs vinrent succéder à Stanley: Mpumu Mbembo et Katamadala. Lorsque la mère d'Ikenge les questionna au sujet des poules, ils la frappèrent avec un bâton sur le cartilage du nez et elle mourut.
Les Wangata battirent le tam-tam de guerre. On se battit parce qu'on avait tué la mère d'Ikenge. Les Wangata tuèrent un soldat Hausa(4). Cependant ils ne tuèrent personne d'autre. Mais d'autres gens du côté de Bolenge tuèrent Matayembu.
Ikoka et un autre Blanc, son adjoint, vinrent les remplacer. Ikoka ne voulait pas que quelqu'un passe en pirogue. Si quelqu'un venait à passer, il l'appelait; s'il ne voulait pas venir, il le tuait avec son fusil.
Un jour, comme des gens dés Boloki revenaient d'un voyage commercial vers l'aval, il les appela, mais ils ne voulurent pas venir. Une sentinelle leur tira un coup de fusil. Ensuite, il s'embarqua. A cette époque, j'étais un jeune garçon. Mais il ne rattrapa pas les Boloki, qui avaient pris la fuite.
Au retour, Ikoka vit la terre de Mbandaka. Nous restâmes ici, à la S.A.B., une semaine, puis nous retournâmes pour commencer le poste de Coquilhatville. Ils construisit deux maisons. Lorsque les gens venaient, il leur disait: 'Sachez qu'un Blanc, un militaire, va venir".
Après un mois, M. Tembeleke arriva. C'était un militaire. Lorsque Tembeleke fut arrivé, Ikoka partit, lui abandonnant les maisons. M. Tembeleke s'établi. Il quitte le poste S.A.B. et le transporta à Irebu. Les Wangata assemblèrent des pirogues et naviguèrent vers Irebu.
Ensuite il appela les chefs des villages. Ils vinrent. Il leur dit, "Je vous ai appelés pour le caoutchouc". Les villageois répondirent: "Nous ne connaissons pas le caoutchouc". Après une semaine, il les appela de nouveau et leur dit: "Maintenant je vous donne une sentinelle avec un fusil dans chaque village". Aux sentinelles il donna cet ordre: "S'ils ne veulent pas faire du caoutchouc, vous devez m'apporter les mains des personnes que vous avez tuées". Dans 'le village qui n' apportait pas une hotte de caoutchouc, on tuait deux personnes, voire trois.
A cause de ces tués, il y eut une dernière bataille avec Mbandaka d'en Haut. On y tua tant de personnes que-le sang atteignait un mètre, il arrivait jusqu'aux cuisses. Un indigène de Mbandaka, domestique de M. Banks, s'enfuit en disant: "Le Blanc de 1'Etat a plongé le pays dans le désordre". M Banks, le missionnaire protestant, prit son cheval et partit à Mbandaka. En arrivant, il vit le sang couler comme une rivière. Il s'arrêta dans le hameau de Bofeka l'Asimba, et dit: "Le Blanc de l'Etat a plongé le pays dans le désordre. Il a tué tout le monde. Je vais envoyer une lettre en Europe, au Roi". Lorsqu'il eut envoyé le lettre en Europe, la guerre prit fin.
Ensuite le Blanc dit: "Donnez-moi des pains de manioc, des poissons, de viande, des ndele, des bekelenge, des nse
Un homme d'Ikoyo qui vit encore, Bokana Pius, est un petit-fils d'Ikenge, qui a accueilli les Blancs. Car c'est à Ikoyo qu'ils ont commencé à s'établir.
Les gens étaient furieux contre les Wangata, parce qu'ils avaient accueilli les mânes. Ils appelaient la mort sur eux à cause de cela.
Les Blancs sont venus à Wangata avec une baleinière en pagayant. Ils pagaient en tournant le dos à la direction où ils vont. Ils ne sont pas venus en canot ou en bateau.
Katamadala mourut à Wangata. Son tombeau se trouve à l'emplacement du bureau de la S.A.B. Ses ossements ont été transportés au cimetière de Coquilhatville; le cimetière des Blancs se trouvait à l'emplacement du bureau de la S.A.B. Bokukulu.
Les protestants s'établirent à Bolenge pour fuir les difficultés. Bokukulu et Ikoka et la Hollandaise se trouvaient chacun de son côté. Mais le Protestant dit: "Moi, je suis venu pour l'instruction, ce n'est pas possible dans le désordre. C'est pour cela qu'il est parti. Là,Hollandaise se trouvait d'abord à l'emplacement de la S.A.B. Ikoka était établi vers l'aval, dans la direction de Bolenge. Entre lui et la S.A.B. se trouvait le cimetière. La Hollandaise se trouvait derrière eux.
Eluwa mourut après son maître'Ikenge. Il mourut d'une maladie de la poitrine. Malade, il est resté couché pendant cinq jours.
NOTES
1.Les deux premiers Blancs cfr article de Vangroenweghe D., Les premiers européens à Equateurville, Annales Æquatoria 2(1981)109-119.
2. Ntsambala, la grande île, en face de Mbandaka, Autres graphies: Sambala.
3. Sing. ifulunkoi, nom d'une étoffe. Dict 772: oiseau Cenivallus oculeus Hartl. Rallidae.
4. Bousa Haussa, les premiers soldats et travailleurs de la cote ouest dans la région.
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BOANGI MBANDAKA
486/212
Paul YAMPALA, Catéchiste.
RESUME: Le premier établissement à Wangata. Le protestants à Bolenge. Les premiers blancs de l'état. Etablissement à Mbandaka. Caoutchouc et corvées.
TEXTE
Les derniers Blancs qui sont venus sont Wéfa et Sobola qui s'établirent à Bolenge (là où se trouve la mission protestante). Puis Ikoka arriva et s'établit à Wangata de la S.A.B. Bakola et Batsetse vinrent jeter des verroteries.
Alors qu'ils étaient allés couper des fruits de palme à Ntsabala, Ikenge et Eluwa rencontrèrent des Blancs Les Blancs les appelèrent; ils allèrent vers eux, puis les amenèrent au village de Wangata.
Pendant que Bakola et Batsetse se trouvaient là, ils apprirent la nouvelle que Ntange était arrivé à Ilebo. Ensuite Ntange quitta Ilebo (Irebu) et vint à Wangata retour ses compatriotes. Ntange opprima les gens; il les fit travailler pour lui et apporter manioc et poissons. Ensuite on lui donna du caoutchouc. Ce caoutchouc, on en l'obtenait en le frottant sur le ventre (1). Ce fut un massacre. Puis Ntange vint s'établir à Bonkena, chez Bola (2) Ntange extermina la population.
Quand Ntange eut fini son terme, un autre Blanc vint le remplacer, il s'appelait Wijima. On l'appelait ainsi parce qu'il faisait toujours la guerre de nuit.
Wijima mit fin au caoutchouc. Il ne garda que la livraison de pains de manioc, de poissons et de poules. Après lui c'est Lomame qui vint habiter à Bonkena.
NOTES
1. "Frotter le caoutchouc sur le ventre" cfr une description de ce procédé dans Vangroenweghe, a.c. p.11
2. Lufungola Lewono, Ilonga Boyela et Ibuka y'Olese. Annales Æquatoria 10(1989)241-251.
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BOKALA BAMANYA
491/219-220
Joseph MPONGO, ancien catéchiste à Bokala-Bamanya
RESUME: Le premier établissement des Blancs à Wangata. Les protestants à Bolenge. Boyela refuse le terrain pour les Blancs. Le sacrifice humain défendu. Combat entre le Blanc et Ikenge: Ikenge tué avec 4 de ses enfants. Caoutchouc par Ntange. Ntange chez les Bofiji. Recrutement pour Boma. Corvées. Impôt.
TEXTE
L'esclave d'Ikenge, Eluwa,'était allé inspecter ses nasses au delà du Fleuve. Il rencontra des Européens (nous les nommions bidumbu, c'est-à-dire albinos (1). Il les invita à venir avec lui, et ils accostèrent au port. Il alla dire à son maître Ikénge: "J'ai amené des albinos, ils sont à la rive". Lui et son maître y descendirent et ils saluèrent les albinos. Ils montèrent. Il leur demanda leurs noms; ils répondirent: Wefa, Batsetse et Ikoka.
Wefa et Batsetse dirent: "Donnez-nous une habitation". Ikenge les mena à l'extrémité du village, là où se trouve Bokukulu. c'est-à-dire S.A.B. Wangata. Ikoka demanda à Ikenge "N'y a-t-il pas d'autre terre ici ?" Ikenge dit: "Va vers l'amont, tu y trouveras la terre". Il partit et trouve du terrain chez le, patriarche, Bola, là où habite le Gouverneur. Il y fendit un arbre et y grava son nom.
Ensuite un quatrième Blanc arriva: Bangisi. Le cinquième fut Bakola. C'étaient des Protestants. Ils allèrent résider à Bolenge.
Ange et Wilima étaient des Blancs de l'Etat. Ils allèrent à l'endroit où Ikoka avait planté un arbre. Ils trouvèrent le patriarche Boyela et lui dirent: "Donne nous du terrain". Lui répondit: "Je n'ai pas de terrain. C'est ici la terre de mon clan maternel. Le terrain est trop petit pour que nous puissions y habiter, moi et vous". Ils se disputèrent et se battirent pendant deux jours.
Ntange dit: "La guerre est finie. Etablissons une limite. Wefa et Batsetse étaient venus avec trois Hausa. Nous ne connaissons pas le nom de celui qui est mort, mais les autres s'appelaient Baokini et Munyekambi.
Le fils d'Ikenge mourut de maladie et Ikenge alla lui tuer un lonkiji(2). Un des Hausa les trouva en train de tuer cet esclave et il dit: "Pourquoi tuez-vous cet homme ?" Eux répondirent: "C'est notre coutume ancestrale: quand un homme de rang meurt, on tue pour lui sans motif. Le fils d'Ikenge est mort et on lui tue un lonkiji sans autre motif". Les Blancs dirent: "Prenez les fusils, nous allons combattre.
On se battit. On tua quatre fils d'Ikenge, puis Ikenge lui-même. mais avant de mourir, Ikenge avait tué un Hausa. Les Blancs dirent: "Ikenges et ses fils sont morts. Comment faites-vous chez vous lorsque des hommes sont ainsi morts?" Les indigènes dirent: "Chez nous, on fait des paiements funéraires (nkunji). Wefa et Batsetse payèrent des verroteries et des tissus pour les funérailles d'Ikenge et de ses fils(3).
Puis Ntange vint et dit: "Faites du caoutchouc". Ils le fabriquèrent et le vendirent aux Blancs.
Ensuite Ntange alla combattre les Bofiji et les Injolo. Après cela, ils prirent nos enfants pour les envoyer à l'école de Boma, et d'autres pour en faire des soldats. puis ils devaient apporter de la nourriture, des poissons et de la viande. Après les aliments conservés, on imposa des bêtes vivantes, et si on n'avait pas de bêtes, des poules et des oeufs. Enfin on décréta l'impôt en argent.
NOTES
1. Bilumbu = albinos
2. Le sacrifice funéraire d'un esclave, voir G. Hulstaert, Les coutumes funéraires chez les Mongo, Anthropos 32 (1937)502-742.
3. Voir Lufungola Lewono, La mort d'Ikenge des Wangata et ses conséquences, Annales Aeauatoria 9(1988)201-208.
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LIFUMBA (M.C BAMANYA)
468/164-166.
Léon BANGELI, ancien moniteur et ancien catéchiste à Lifumba (1) Village entre Mbandaka et Bamanya.
RESUME: Rencontre avec le Blanc à Lukolela. Ils remontent le fleuve jusque chez Ikenge (Wangata). D'abord entente puis mésentente. Combat avec les Boloki à Boyeka et à Boangi. Ensuite armistice. Recrutement des soldats à Boyeka, Boangi, Lolifa et Bolombo. Caoutchouc. Vivres pour le personnel du Blanc. Multiples corvées.
TEXTE
Nous avons rencontré le premier Blanc à Lokolela. quand nous y allions vendre des défenses d'éléphants Nous étions allée avec six esclaves et huit défenses. Le Blanc acheta les défenses et les esclaves. En faisant le commerce, le Blanc ne comprenait pas notre langue. Le prix était indiqué par des lignes sur le sol. Il payait avec des fils de cuivre, des verroteries, et de petites pièces de tissu indigo. Mais nous ne portions pas ces étoffes.
Le Blanc nous suivit et arriva chez Ikenge et Eluwa. Ils se rencontrèrent alors que Ikenge et Eluwa étaient allés placer des filets à l'endroit nommé Ntsabala. Les Blancs les appelèrent en faisant des signes avec les bras; ils expliquaient par signes ce qu'ils désiraient. Mais Ikenge et Eluwa ne parvenaient que difficilement à comprendre leurs signes.
Ikenge et Eluwa leur apportèrent des aliments. Les Blancs les prirent et leur faisaient de nouveaux signes avec les bras. Ikenge et Eluwa les conduisirent dans leur village. Les Blancs établirent leurs maisons de tissu (tentes). Ils questionnèrent Ikenge et Eluwa: "Où habitent ces gens qui sont venus nous vendre des défenses d'éléphants?" Ikenge répondit: "Ce sont des Boloki" (2). Il le dit à Mangala c'est quelqu'un qui était venu avec les Blancs.
Mangala et les Blancs s'embarquèrent et arrivèrent chez Ioma, le grand patriarche, qui avait vendu les défenses aux Blancs. Le travail d'Ioma consistait à faire des expéditions sur les rivières. Mais dans la vente des défenses, Ioma était malhonnête. Car en les vendant, il le regrettait en son cœur et disait: "Voilà mes défenses qui s'en vont avec les mânes". Lorsque les Blancs et Mangala arrivèrent chez Ioma, celui-ci dit à ses gens:"Voilà ces mânes. Nous croyions qu'ils étaient partis définitivement, et les voilà encore revenus". Les Blancs étaient venus avec deux bateaux. L'un accosta à Boangi, l'autre à Boyeka. Ce fut une grande bataille, un massacre (3).
Lorsqu'il vit que ses gens étaient morts; Ioma prit la fuite avec ceux qui restaient et abandonna l'endroit aux Blancs. Mais après la bataille, les Blancs passèrent la rivière. Le lendemain, ils revinrent et tuèrent trois hommes. Et l'un des hommes du groupe d'Ioma tua un Blanc. Les Blancs-les mirent de nouveau en fuite. Ils demeuraient à bord des bateaux. Puis ils retournèrent chez Ikenge et Eluwa, à Bongonjo, leur village.
Ensuite les Blancs renvoyèrent Mangala chez Ioma, disant- "Pars avec cette balle de fusil. Si Ioma retient la balle, c'est qu'il veut la guerre. S'il ne la retient pas, c'est qu'il ne veut pas la guerre" (Mangala était un soldat des Blancs venu avec eux). Lorsque Mangala parvint chez Ioma, celui-ci ne retint pas la balle, il préférait faire la paix.
Les Blancs envoyèrent encore Mangala auprès d'Ioma pour lui dire: "Ioma et ses gens doivent venir ici". Les Boloki s'embarquèrent donc dans leurs pirogues et arrivèrent à Bongonjo. Les Blancs leur dirent: "C'est très bien d'avoir voulu la paix. Mais amenez-nous des soldats. A cette époque, on appelait les soldats "sentinelles". Ioma acquiesça et dit aux Blancs: "Je vais le dire à ma parenté".
Il le dit à sa parenté et ils donnèrent des hommes dans chacun des villages: Boyeka, cinq; Boangi, cinq; Lolifa, cinq; Bolombo, cinq; en tout, vingt hommes. On les conduisit au Blanc qui dit: "C'est bien, mais aller me fabriquer du caoutchouc". Eux demandèrent: "Comment devons nous faire ?" Les Blancs leur expliquèrent:"Lorsque vous aurez coupé les lianes à caoutchouc, frottez le latex sur le ventre, jusqu'à ce qu'il soit coagulé comme une boule". Ils fabriquèrent le premier caoutchouc et le leur portèrent. Mais les Blancs dirent: "Allez nous en fabriquer encore; chaque village, un panier". Et ils le fabriquèrent.
Ensuite il plaça dans chaque village une sentinelle, c'est-à-dire un soldat qui devait y résider et recueillir le caoutchouc. Si un village ne donnait pas assez de caoutchouc, on coupait les mains des habitants. Ce fut un temps d'extermination. Cette époque du caoutchouc a duré longtemps.
Ensuite Ikoka vint remplacer Ntange, pendant que les gens fabriquaient toujours le caoutchouc. Et Ikoka dit: "Le travail du caoutchouc est terminé. Maintenant apportez-moi des poules, des pains de manioc, des poissons, de la viande, chassez et apportez les bêtes. Si un village ne donne pas assez,,nous nous battrons". Chaque fois qu'on allait porter ces choses et qu'un village ne donnait pas assez, les sentinelles allaient y tuer quelques personnes, ou on saisissait les gens et on détruisait leurs villages. Cette guerre se nommait: Prise des mains. Quand on portait au Blanc des pains de manioc, on devait les couper pour qu'il inspecte l'intérieur. Si les pains n'étaient pas bien cuits, le propriétaire devait manger tous ses pains, la hotte entière; s'il n'arrivait pas au bout, on le tuait.
Après les pains de manioc, le Blanc nous dit: "Apportez -moi des tiges et des feuilles de palmier. Si un village n'apporte pas assez, il sera puni par la prison". On délaissa donc les pains de manioc, et on apporta des noix de palmes, et des poissons, et des bêtes. Après cela, il dit: "Tressez des tuiles végétales et apportez-les-moi". Il payait avec des fils de cuivre (ngelo), et des tissus indigo et du sel. Mais ce sel était appelé pelipeli.
NOTES
1.Les habitants de Lifumba sont les descendants d'esclaves d'origine terrienne (régions de l'Ikelemba et de la Lulonga). Leurs maîtres Boloki les avaient établis à l'intérieur pour s'y adonner à 1'agriculture et à la chasse. Ils accompagnaient aussi leurs maîtres dans des expéditions commerciales en aval du Fleuve, vers Lukolela, Bolobo et Tshumbiri (G. H.)
2.Boloki = groupe habitant l'embouchure de la Ruki.
3.Le combat a eu lieu le 14.et le 16 novembre 1891, d'après le journal de Ch. Lemaire (Annales Æquatoria 7 (1986)44).A l'origine du combat est une offense de 4 pirogues des Boangi qui naviguaient sans drapeaux, et dont les piroguiers ont refusé de se rendre aux ordres de Lemaire.
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CONGO (en général)
602/235
Pierre IYONGO, ancien menuisier à la mission de Bamanya, né en 1925 à Wele-Bombomba (Bokatola) dont il est originaire. Baptisé et marié religieusement à Bamanya le 27 novembre 1953. En vie au moment de la rédaction.
RESUME: Les Blancs vont à la recherche de leur frère Noir dont ils découvrent l'existence après lecture des Ecritures. Il s'ensuit le caoutchouc. Est aussi reconnu l'existence antérieure des luttes intestines et d'anthropophagie.
TEXTE
VOICI L'ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO
Ecoutez, les anciens Blancs en Europe ne savaient même-pas qu'il existait ici d'autres homes de couleur noire. Mais après avoir lu les écritures transmises par Jésus ils se sont rendu compte que notre mère et notre père originels avaient mis au monde deux enfants: un Noir et un Blanc.
Mais où se trouvait le Noir? Ils se sont dit: t'Il convient que nous remontions le fleuve pour voir s'il y a des hommes là haut". Puis: "Comment allons nous voyager?" Là dessus ils conçurent l'idée de fabriquer un bateau.
En cours de navigation, ils rencontrèrent une fleur de régime de banane en train de flotter. Et ils étaient persuadés de la présence des gens dans les parages, et se sont dit: "Vraiment, ici existent des gens". Ils continuèrent à naviguer jusqu'à atteindre les hommes noirs.
Lorsque les hommes noires les ont vus, ils en ont été étonnés et voulaient même les combattre:pour les tuer. Lee Blancs ne sont repliée en Europe où ils ont fabriqué des fusils. Revenus, ils ont décidé de se battre avec les Noires. Ceux-ci se sont réfugiés dans la forêt. Craignant une extermination, les Blancs se sont résolue d'inviter ces gens pour signer un accord de paix moyennant la récolte du caoutchouc. Celui qui refusait de récolter le caoutchouc était abattu.
Mais entre nous des villageois s'entretuaient et se mangeaient. Terminé, moi Iyongo Pierre, à la MC. Bamanya.
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COQUILHATVILLE (WANGATA)
41la/40a-4la
Victor NKOINZALE, né le 1 juillet 1901; décédé le 16 septembre 1962.
RESUME:"A l'époque d'Ikenge apparaît sur les bords du fleuve un bateau à vapeur. A son bord deux Blancs. Ils seront suivis par d'autres plus belliqueux, mais n'ont pas tué des gens au début, sauf la grand-Mèredu narrateur. Plus tard ce fut la chasse à l'homme, enfants et femmes exceptés. Puis le caoutchouc. Mais comme les riverains n'y étaient pas aptes, on leur imposa la fourniture du poisson, et des chikwangues.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS CHEZ NOUS
Jadis vivait chez nous un homme appelé Eange, fils de Mpokokoji. Il habitait près de Mbandaka, contrée que nous appelons actuellement Coquilhatville. Il avait son homme à lui nommé Ikenge. Ikenge aperçut au loin un grand bateau qui voguait avec bruits. il en demanda aux passagers des'arrêter. Il remarqua qu'ils avaient la peau blanche. Ils étaient venue de Ikolo, et sont sortis par l'affluent Ntsapala. Les Blancs qui étaient à bord, de ce bateau sont Wempa et Batsetsi.
En descendant du bateau, ils ont jeté des perles à la population. Et les enfants s'y sont jetés à qui mieux mieux. Ils ont été suivis quelques jours plus tard par leur ami Ikoka. Les deux premiers Blancs lui ont demandé de les rejoindre.
Après Ikoka, deux autres Blancs sont arrivés: Ntange et Wilima. Ils étaient accompagnés de soldats Haoussa. Ils avaient fait la guerre à la population. Pendant cette guerre, le Blanc leur avait donné le consigne de ne tirer qu'en l'air de peur de massacrer la population. Malgré cette consigne, ils ont tué ma grand-mère Ekot'Ekomba. Là-dessus, ils interpellent le Blanc: "si nous continuons à tirer en l'air, les gens n'auront pas peur et ils s'enfuiront dans la forêt, ce qui ne nous permettra pas de les soumettre. La paix ne sera jamais là, car nous continuerons à nous battre".
Lé Blanc leur permit de tirer-à bout portant, sans tuer les jeunes filles et les jeunes gens. Ce qui fut fait. Ayant constaté beaucoup de morts, la population se résolut de faire la paix avec ces gens. Elle alla à leur rencontre et leur dit: "Soyez les bienvenus, il n'y a plus de guerre". Après la guerre, le Blanc leur dit: "finie la guerre, mais maintenant je vais vous imposer le travail du caoutchouc. Ils répondirent: "comment récolterions-nous le caoutchouc alors que nous n'en savons rien du tout"? Tout l'entretien est mimé étant donné qu'ils n'ont pas une même langue de communication. Le Blanc prend une feuille sauvage et en fabriqua un entonnoir. Il y fit couler le jus du Costus, et le mélangea avec le latex. Le lendemain le latex se coagula. Fort de cette expérience, la population commença à récolter le caoutchouc. Le Blanc ordonna que chaque village en récoltât 10 paniers par semaine. C'était un travail pénible qui a causé beaucoup de morts et d'infirmités. Les Riverains Elinga ont eu peu de morts, car par nature, ils ne savent pas monter sur les arbres. Ceux qui n'avaient pas le caoutchouc étaient torturés, frappés et emprisonnés. S'étant rendu compte que les Elinga ne supportent pas le caoutchouc, on leur imposa la fourniture du poisson et de la chikwangue.
Quelques temps après, arrivent d'autres hommes blancs, habillés de longues robes blanches. On appelait ces Blancs: "Sango" (Pères) Les deux premiers chez nous se nommaient Pelabe (Père Abbé) et le Frère Paul. Le Blanc recrute les jeunes filles et les jeunes gens pour la plupart orphelins probablement dont les parents ont été victimes du caoutchouc"et en confia l'éducation aux Pères.
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BOKELE
410/37-39 (1)
Joseph EUKOLA, catéchiste
RESUME: Ikoka visite Bokele et prend 6 hommes pour le voyage Nkake chef. Envoi achat ivoire Ntange. Palabre avec Wijima attaque le village et exige du caoutchouc. 3 sentinelles. Combat avec voisins. Les voisins vont le chez Ntange. D'autres sentinelles. Bokele s'enfuit. Ntange vient imposer le caoutchouc. Les voisins se tuent les Bokele. Corvées de poissons. Les voisins tuent les Bokele qui approvisionnent le Blanc. Corvées.
TEXTE
L'ARRIVEZ DES BLANCS
D'abord nous apprîmes que des Blancs étaient arrivés à Wangata. Nos gens allaient' à Wangata pour la pêche à la et tuaient de petits poissons et les vendaient aux, des Blancs. Ikoka leur demanda: "qui êtes-vous ?" Ils dirent gens de Bokele (2). Ikoka monta la première fois. Il s'arrêta à Bokele, y prît six hommes et monta avec eux à Bonsela. Il revint et les débarqua à Bokele, disant: Bokele, venez chez moi à Wangata "Et Bokele y alla.
Quand ils arrivèrent, il nomma Nkake chef, prit 6000 mitako, les donna et dit: "A1lez m'acheter des pointes car il savait que les Bokele étaient des gens de traite. Quand il (Nkake), revint d'expédition, Ikoka était rentré. Nkake dit: C'est Ikoka qui m'a donné l'argent, à qui remettrais-je la pointe? Il va la revendre à Irebu, et Tange le trouve là. Il lui demande: "Ami, tu viens ici ? Nkake répond"Oui" Et Ntange: "Où est l'argent qu'Ikoka t'a donné?" Il dit: "Chez moi à Bokele; je viens ici en voyage,". Ntange dit: "Rentre chez toi, je t'enverrai un compagnon".
Nous ne connaissons pas leurs noms propres, seulement Ntange comme vous entendez au lokole: les gens de Ntange, chenilles qu'on ne peut enlever. Ce sont des chenilles de l'arbre bokongo appelées bikongo. On ne peut les toucher de la main, seulement les tuer avec un bâton.
Quand nous fûmes rentrés, il nous envoya Wilima, un Blanc qui était avec lui. Il vint tuer Bokele pour cela. Il dit:"Nkake, j'ai tué Bokele à cause de toi. Suis moi, je pars. Et les gens de Bokele sont partis avec Nkake. Quand ils sont arrivés, il a confondu Nkake: "C'est à cause de toi que j'ai tué Bokele. Mais tu seras chef et tu m'apporteras six paniers de caoutchouc" Il lui donna trois soldats pour rester à Bokele. Leurs noms sont: Ikomo Balia et Elenga.
Les gens de Bokele disent: "Nous ne savons pas faire du caoutchouc." Et il le leur montra.
Les Bokele vont au caoutchouc, mais les gens de Nkombo Boyela, Bokuma et Beloko disent: "les Bokele font la traite dans le haut et le bas et ils ont emmené les Blancs. Ils se battent avec les Bokele. Ceux-ci vont dans les Ngombe, et beaucoup furent tuée à la récolte du caoutchouc.
Les soldats vont se battre contre Ikwa et prennent 6 chèvres. Ils descendent avec Nkake et vont à Mbandaka avec paniers de caoutchouc. A Boyela quelqu'un dit à Nkake:,"Ne vas pas à Mbandaka, le Blanc:menace de tuer", Nkake s'enfuit, et les soldats s'emparèrent de celui-qui l'avait averti. Ils arrivent à Mbandaka chez le Blanc. Ntange dit: ''où est Nkake. Ils disent: Nkake s'est enfui. Il demande-'"pourquoi" Ils disent: "Voici l'homme qui lui a dit que vous le menaciez." Ntange a tué cet homme. Puis ils lui offrent le caoutchouc et les chèvres. Il demande: "d'où viennent ces chèvres?" Ils disent: "nous nous sommes battue avec les gens d'Ikwa qui s'étaient battue avec les chercheurs de caoutchouc". Ange leur demande si les soldats ne vont pas pour les surveiller. Quelqu'un répond: "ils allaient d'abord, maintenant plus". Alors il a infliga la chicotte à Ikamo et l'a jeté en prison. Il l'a remplacé par Lobaka.
Au retour ils ont réuni les Bokele. Lobaka avait des cartouches et les a jetés sur le sol: "Voici, dit-il, de grandes cartouches pour tuer les adultes, et de petites pour tuer les enfants". Les Bokele disent: "Il nous a montré des cartouches qui tuent; fuyons; d'abord ceux qui sont au fond; et quand, il les poursuit alors nous fuyons tous". Au.retour des soldats, tous étaient partis. Ils prennent quelqu'un qui travaillait avec eux et le mènent chez le Blanc. Ntange dit: "C'est quelqu'un qui travaille avec vous puisqu'il a la tête rasée; pourquoi l'amenez vous ?"
En forêt, les femmes et les enfants pleurent de faim, les Bokele rentrent chez eux. Ntange monte, accoste à Bokele, les rassemble et demande"Combien de clans comptez-vous ?" Quelqu'un répond:"Il y a le clan d'Eonga, d'Ikunjw'Ingange et les Bongolo". Ntange dit: "Les Eonga 4 paniers, les Bongolo 4 et les Ikunjw'Ingange 4, en tout 12 paniers de caoutchouc". Il y laisse 10 soldats et part.
Bokoyo de Nkombo vient se soumettre. Ekot'ea Mbuyi de Bonguma vient se soumettre. Bojoko d'Ikwa vient se soumettre. Le soldat Zanzibarite, Kindo, dit: "Il n'y a plus à se battre à Bokele, allons à Nkombo.
Ils laissent un soldat à Bokele. Et Bokele continue chercher du caoutchouc et à en acheter chez les Nkundo et chez les Ngombe. Les gens y étaient tués souvent.
Ntange, ou Termolle, part. Wilima reste. Il dit "Bokele et tous les villages d'aval doivent porter du poisson à Bolondo au Blanc de là-bas, Molo". Mais quand ils y vont avec du poisson les villages les arrêtent et les tuent: Mpama, Loselinga et Ifoma. Molo dit: "Les Bokele apportent beaucoup de poissons et on les tue". Wilima passe à Bolondo, supprime le poste et le déplace à Ikenge.Molo ne reste pas longtemps après et est succédé par Boweya.
Des soldat a d'Injolo de passage razzient Bokele et volent. Les Bokele descendent avec toute une pirogue et vont avertir Wilima. Wilima monte à Ikenge, appelle les villages et leur dit. "Le caoutchouc est fini". Et tous étaient très contents. Bokele devait payer du poisson, de copal et du bois; le poisson et le copal à porter à Ikenge. Mais ils ne savent ni les noms ni les dates.
Silence: j'ai fini.
NOTES
1.Texte parallèle au n. 414
2.Bokele, gens de traite cfr. E. Boelaert, bibliographie.
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BOKELE
414/46-47
François NKUMU
RESUME: La traite le long du fleuve, puis l'arrivée des Blancs. La guerre à cause de l'ivoire d'Ikoka, détourné par le patriarche Nkake. Caoutchouc. Copal. Vivres pour le personnel de la station.
TEXTE
EXPEDITIONS DE TRAITE
D'abord nos patriarches faisaient la traite. ils allèrent à Lukolela et dans l'Ubangi acheter des fusils à-piston et à silex et de la poudre. Après ils allèrent à Busira, jusqu'à Nkuse. Un voyage de dix mois. Une seule pirogue avait cent hommes. Un patriarche, nommé Nkake, était assis dans la pirogue comme un chef. Ses fusils à l'avant. Arrivés là, ils achetaient des esclaves et des pointes. A leur retour, les Nkundo arrivaient: "Nos Elinga sont de retour, allons prendre leurs marchandises". Les Nkundo avec des flèches, nos patriarches avec des fusils; ils se battent, sans résultat.
L'ARRIVEE DES BLANCS
Alors survint une famine. Cette famine s'appelle l'avertissement. Cette famine dura douze lunes. Après ils firent la seconde expédition.. A leur retour ils trouvèrent le premier Blanc, Ikoka. Ikoka demande à Nkake: "Où achetez-vous l'ivoire ?" Nkake dit: "Nous l'achetons du côte de Busira". Alors Ikoka donne à Nkake six mille fils de cuivre et dit: "va m'acheter de l'ivoire". Et Nkake va à Busira. Pendant qu'il est en expédition, Ikoka rentre en Europe. Nkake revient et apprend le départ d'Ikoka. Il dit: "Ikoka est parti, je vais vendre mon ivoire à Irebu". Mais il rencontre le Blanc Ntange. Ntange demande à Nkake: "Mpumu (patriarche), où est l'ivoire d'Ikoka? Vous pensiez peut-être qu'Ikoka est mort ? Rentrez, je vous enverrai quelqu'un".
Nkake retourne chez lui. Il bat le gong, appelle ses gens et leur dit: "Pendant mon voyage à Irebu j'ai rencontré Ntange qui m'a demandé: "Où est l'ivoire d'Ikoka ? Pensiez-vous qu'Ikoka est-mort ? Rentrez et je vous enverrai quelqu'un. Les gens n'ont pas répondu. C'était aux eaux hautes.
Sur cela les eaux ont commencé à baisser, et tous vont à la pêche de marais. A leur rentrée, un homme, nommé Bokwata, qui inspectait ses nasses, leur crie: "Bokele, fuyez, la guerre arrive". Mais les Bokele disent: Bokwata est un voleur, il pense voler chez nous; nous ne fuyons pas". Mais déjà la guerre est sur eux.
LA GUERRE
Ntange arrive avec ses hommes. Nkake est de l'autre côté du fleuve. Il fait dire: "Tuez les". Puis il arrive lui-même et fait la paix. La guerre est finie. Mais non. Quand les femmes allèrent au marché, ils en captèrent quatre. Ntange demande: "D'où viennent ces femmes ?" Ils disent: "des femmes de Nkake". Et Ntange dit:"Si ce sont des femmes de Nkake, elles doivent descendre à Boma". La-dessus il ordonne la récolte du caoutchouc. Il laisse tous les soldats à Bokele, d'où ils devront aller faire la guerre partout.
REOLTE DU CAOUTCHOUC
D'abord nous faisions le caoutchouc par frottement sur le ventre. Puis Ntange dit: "Ne frottez plus le latex sur le ventre, mais prenez des pots, mettez-y le latex et mêlez-y le suc du bokaako". Le Blanc part et laisse tous 1es soldats. Ils séjournent à Bokele et vont faire la guerre à Nkombo, Ikuwa, Bokuma, Mpaku, Ebila, Bonguma et aures villages.
CESSATION DU CAOUTCHOUC
Poolo arrive et fait cesser le caoutchouc, il nous donne le travail du copal et du bois de chauffage. Pour ce copal on grimpait sur les arbres, et beaucoup moururent. Le Blanc dit: "Cessez de grimper, il y a du copal en terre".
Le travail du copal cessa et on imposa le poisson et le manioc. La guerre débuta avec Nkake et le Blanc Ikoka.
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NKOMBO (BOKUMA)
494/222
Joseph IMOME, capita vendeur chez Kindt
RESUME: Ntange et Wijima. On cherche un fétiche de protection chez les Ekonda, Ils perdent quand même la bataille. Des blancs s'installent à Bokatola et Belondo.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCMOUC
Le Blanc qui est arrivé le premier est Stanley, puis Ntange et Wilima. Il a amené trois fusils (1): Njakomba, Enyala-Boloki et Efoluke; ils viennent nous surveiller et nous n'avons pas voulu. Nous sommes allés prendre un remède magique chez un magicien des Ekonda par Ilongatuka, et le maître du remède dit: "Vous ne pouvez pas écaler du manioc roui et pas coucher avec des femmes; chaque homme doit porter une amulette. Et les premiers qui vont à l'encontre du Blanc doivent porter la corne magique, un autre le chasse mouches un autre encore la lance. Et s'ils regardent dans la corne magique ils verront que la lutte s'approche.
Avec ce remède magique les balles ne blessent pas. Alors nous nous sommes battue contre les Blancs. Mais les gens ont enfreint les tabous et le remède a perdu sa force.
Alors Is'e'Iwange est venu habiter Bokatola (2). Ntange et Wilima sont venue l'installer. Il était chef, et Is'e'Iwange, s'est battu avec nous et nous avons fait la paix avec lui.
Après Bajunu est allé à Belondo et Is'e'Iwanga est resté seul chez nous. Après Is'e'Iwanga Ekuma. Après 1a mort d'Ekuma, Iketekelenge est venu. Après Iketekelenge, Njongonjongo. Après Njongonjongo, Amba, et après Amba, Engesi, et après Engesi, Njoku qui a introduit l'argent.
C'était la fin des Blancs de la guerre. Longwango est arrivé et nous avons vécu avec lui et avec Bondelakasi et avec le Blanc qui a fait sortir les indigènes et leurs répères, Itoko y'ongolomboka. Après Misonkai, Iketekelenge, Bambenga. Après eux Bakenje: est arrivé. Pendant la:période du caoutchouc le chef était Lomboto.
[Ajouté en note manuscrite de E. Boelaert]
"Nous sommes allée prendre un talisman dans les Ekonda, chez le féticheur Ilangakuku qui dit: ne mangez pas de ntule, ne vivez pas avec des femmes, et que chaque homme porte le médicament lokombe. En avant, un homme doit porter la corne magique et un chasse-mouches, un autre une lance et deux doivent marcher en avant contre les blancs. Et quand ils regardent dans la corne magique, ils verront si la guerre arrive.
NOTES
1. "Trois fusil" bendoki en lomongo; il s'agit de trois "sentinelles" armées d'un fusil.
2. Bokatola: voir une large documentation rassemblée par Boelaert, Archives F.B., Rist. 2,19. Ce poste a joué un rôle important dans la pacification de la région. Il se situe entre Mbandaka et Ingende.
3.Belondo, sur le Lolonge, donne accès à tout l'intérieur entre Salonga et Momboyo (Boangi, Injolo, Waka...)
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NKOMBO (BOYELA)
650/312-313
Pierre LOKULI, capita
RESUME: Refus de recevoir les protestants. Un représentant de la SAB s'impose. Bataille avec les Blancs de l'Etat. Le caoutchouc avec le capita des sentinelles à Nkombo, du nom Kindo. Extermination. Corvées. Deuxième caoutchouc 40-45.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCHOUC A NKOMBO BOYELA
Depuis longtemps nous avions entendu parler des Bambulumbulu; les Blancs. Ce sont les noms que nos pères donnèrent tout d'abord aux Blancs.
I. Tout au début nous n'allions pas d'un village à l'autre. Et les gens n'allaient pas partout. Un jour nous avons vu très tôt le matin, une grande pirogue, une baleinière. Quand nos pères virent cette baleinière, ils sursautèrent d'étonnement voyant que cette pirogue montait la rivière; mais ce qui était si étonnant c'était que les pagayeurs regardaient l'aval et que l'homme au gouvernail regardait en avant.
Ils accostent et nos pères se réunissent et trouvent un seul Blanc anglais (1) nommé Bakole. Il nous demande: "Vous, m'aimez-vous?" Et nos pères répondirent: "Comment aimerions- nous ce Blanc ? Que ferions-nous avec eux?" Nous ne voulons pas de vous, partez d'ici, et allez où vous voulez avec les vôtres". Et il est parti avec les siens.
Peu après nous voyons un autre Blanc, Bombulumbulu; c'était le Blanc de la S.A.B. Wangata nommé Matsetse nous réunit et dit: "Je viens faire le commerce avec vous" Il avait des perles et des perles allongées. Et voyant les gens réunis, il prend de ces perles et les jette, disant: "Ne fuyez pas, je suis un Blanc commerçant".
Là-dessus il part et monte la rivière. Quand nos mères virent ces perles, elles se sont beaucoup réjouies.
II. Après cela nous avons vu le Blanc de l'Etat, Ikoka, Mr Coquilhat. Mais Ikoka n'a pas accosté à Nkombo et Boyela; il ne fit que passer. Voyant cela nos pères disent: "Voyez, ce fou nous fuit, allons nous battre avec lui. Enlevons-lui ses perles et noyons-le avec sa pirogue".. Mais quand Ikoka vit qu'ils battaient les gongs et tambours et cloches, il retourne la pirogue et il tire au-dessus des têtes. La lutte n'était pas forte ce temps. Mais beaucoup d'hommes moururent (2).
III. Puis Ikoka est parti, et deux Blancs Ntange et Wilima imposent la récolte du caoutchouc. Ils placent des sentinelles dans les villages. Ils placent le chef des sentinelles à Nkombo. Son nom est Kindo.
A l'époque de Ntange et Wilima les tueries étaient à leur comble. Extermination des gens. Il n'y avait rien à manger, il n'y avait pas de moyen de vivre au village. Si une sentinelle trouvait quelqu'un qui avait mangé, s'il trouvait un os ou une arrête de poisson, immédiatement il tirait dessus et la mort s'en suivait.
Alors mon père Mbako est sorti de la forêt à Boyela et est venu faire la paix avec Kindo. Il lui dit: "Je viens faire la paix". Kindo l'a approuvé et lui a dit: "Bien, mais appelez votre famille pour faire du caoutchouc". A l'arrivée des gens Kindo a institué mon pire Mboko comme chef. Et les hommes ont accepté-de faire du caoutchouc. Ils ont fait le marché du caoutchouc. Puis la corvée du caoutchouc est finie et le Blanc d'Ikenge a imposé du poisson, du manioc et du copal. Beaucoup d'hommes moururent.
Et au travail récent du caoutchouc j'étais capita, depuis 1940 à 1945. Pourquoi n'ai je pas reçu une médaille ? Pourquoi me passez vous ?
NOTES
1."Un Blanc anglais". Les protestants étaient appelés les 'Ingelesa" = anglais, d'après la provenance des premiers missionnaires qui s'étaient installés à Wangata en 1883. Voir l'étude de D. Vangroenweghe, Annales Æquatoria 2(1981)109-119
2. Cette épisode est racontée par Lemaire dans Le Congo Illustré 1894, p.14-15 et 28-30. La bataille eut lieu en septembre 1892.
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NKOMBO (M.C. BOKUMA)
651/314-316
François BOMBUTE, séjourna à Boma entre 1906 et 1912. Date de naissance et de décès inconnues. Ancien serviteur d'un médecin italien; juge conseiller à Nkombo.
RESUME,:L'arrivée du premier Blanc, un missionnaire protestant qui décide de ne pas s'installer à Nkombo, mais à Bolenge, parce que mal accueilli. Un Blanc de l'Etat Ikoka arrive, mais l'accrochage fait peu de morts pour avoir tiré en l'air. C'est un troisième Blanc, Ntange, qui instaure le caoutchouc et d'autres corvées. Les Trappistes arrivent et punissent de maladie du sommeil tout village hostile à leur doctrine. Et c'est cela une raison de la dépopulation de cette région (?).
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCHOUC A NKOMBO
Nous les Nkombo, pères, mères et enfants, avions entendu la nouvelle des Bambulumbulu par des gens qui avaient descendu le fleuve depuis Coquilhatville.
I. Bambulumbulu est le nom que nos pères avaient donné ici aux Blancs. Le premier Blanc qui est arrivé ici est un Blanc anglais de la mission protestante. Il nous a réunis et nous a dit: "Ne voulez-vous pas de moi ? Voulez-vous donc l'homme de la guerre ?" Nous n'avons pas répondu à sa question. Et il est retourné à Bolenge.
II. Peu après le Blanc de l'Etat, Ikoka (1) est arrivé. Mais il n'a pas accosté à l'embarcadère de Nkombo. Mais nous, habitants du village, nous avons pris nos pirogues et nous l'avons suivi pour l'attaquer. Alors les fusils ont parlé, mais il n'y eut pas beaucoup de morts, car ils ont tiré en l'air, pour effrayer les gens.
III. Troisièmement le Blanc Ntange a placé des sentinelles dans chaque village. Et le chef de toutes les sentinelles était à Nkombo. Il s'appelait Kindo.
IV. Dès lors ils imposèrent le travail du caoutchouc. C'est une histoire terrible et triste que cette histoire du caoutchouc. C'est une histoire qui a fait souffrir nos pères, nos aînés et moi même qui écris ceci: on a enduré des intempéries et la faim en forêt. Et la sentinelle Kindo qui nous exterminait par ses tueries! quand le caoutchouc ne suffisait pas, il tuait des gens et le chef du village qui surveillait le caoutchouc. A ce temps on n'avait rien de consistant à manger. S'il y avait des bananes à la bananeraie ce n'est que lui qui les coupait. S'il découvrait que vous avez mangé ces bananes, il vous tuait du coup. S'il trouvait un os ou une arrête, il vous tuait d'un coup de fusil.
V. Après le départ du Blanc Ntange c'est le Blanc Wilima qui lui succédait. Depuis le départ de Ntange c'était fini de la récolte du caoutchouc. Mais quoique Wilima trouvât que le caoutchouc était fini, les misères des gens ne firent que s'accroître. Du temps de Wilima on donnait aux gens jusqu'à 50 coups de chicotte.
VI. Un autre Blanc habitait à Ikenge, du nom de Boweya. Celui là imposait aux Elinga la corvée du poisson et aux Nkundo celle de l'huile et du manioc. Mais lorsque le poisson apporté par des Elinga avait des asticots ou était pourri, celui qui l'apportait devait le manger tout cru et complètement. Et quand il arrivait qu'il refusait, il était tué d'un coup de fusil et jeté dans la rivière. Et chez les Nkundo si le manioc n'était pas bon ou si l'huile était mauvaise, on était tué et jeté dans la rivière. Ce temps là était bien triste pour nous. Sans nourriture.. Les orages en forêt où nous vivons en fuite, jour et nuit, sans abri.
VII. Puis, Wilima part et le Blanc Lomame arrive. Aucun changement de vie. Aucune différence entre Lomame et Wilima. Les corvées du poisson, du manioc et de l'huile restaient très dures. Avec des punitions de toutes sortes jusqu'à la mort.
VIII. Puis le Blanc Ikoka, Coquilhat (2), retourna en voyage à Coquilhatville. A cette occasion il prit un garçon des Ekonda: Njoli et l'emmena en Europe. Ce garçon resta quelques années en Europe et retourna ici en 1901. Njoli était le boy du Blanc Ikoka, Mr Coquilhat.
IX. Le même part et Commissaire Paul arrive. Avec l'arrivée du Commissaire Paul nous avons commencé à vivre un peu mieux.
X. Commissaire Paul part. Le Commissaire Général Bongonjo arrive, avec sa femme. Quand nous avons vu arriver le Commissaire Général Bongonjo avec sa femme, nous sommes allés voir ce grand spectacle, une femme belge. Nous avions bien vu des Anglaises avant. Mais nous étions très heureux de voir un Blanc de l'Etat avec sa femme. Car nous avions idée que les gens de l'Etat n'avaient pas de femme. Nous l'avons appris en voyant le Commissaire Général Bongonjo.
A ce temps-là, moi, Bombute François, j'étais au service du médecin italien "Anjeral" pendant six ans. À la fin du terme de ce médecin italien, le Commissaire Général envoya sa femme avant avec le médecin, pendant qu'il attendait le Commissaire qui devait venir le remplacer. Je partis avec le médecin italien et la femme du Commissaire Général. Je les accompagnait à Banana et je retournai ensuite à Boma. Le départ du médecin et de la femme du Commissaire Général eut lieu le 19 octobre 1906.
XI. Là, à Boma, je trouvai le Gouverneur Général Mr. Antonio. Puis le Gouverneur Général Antonio partit et un autre Gouverneur Général Pukusu, arrive. Pukusu part et le Gouverneur Général Ngile arrive. Ngile part, et un nouveau Général Henry arrive. Au temps de ces Gouverneurs, j'étais, au service de Monsieur Bertolotsi, du10 octobre 1908 au 22 septembre 1910. Après je travaillai chez le sous directeur agricole de Boma, Mr Robert. Ensuite je retournai chez moi, en l'année 1912.
XII. Puis ce fut le caoutchouc de 1940 à 1945. J'ai fait et gagné ces deux campagnes. J'ai reçu la Médaille de l'Effort de guerre coloniale 19401945.
XIII. Avant l'arrivée des Blancs chez nous, nous n'avions pas tant de décès. Mais nous autres autochtones, nous nous tuions et nous nous mangions entre Nkundo et Elinga. Beaucoup mouraient dans les embûches du combat. Mais peu mouraient de maladie. Quand l'Etat arriva avec sa corvée du caoutchouc cela changea. Mais quand les Pères Trappistes, les Pères d'autrefois, arrivèrent et qu'ils arrivèrent dans un endroit qui n'admettait pas leur doctrine, ils le punissaient par la maladie du sommeil. Lors de cette maladie on n'enterrait plus les gens. C'est une raison de notre dépopulation,, de l'extermination des gens. Puis par l'arrivée du Blanc chez nous, il a réuni les gens de différentes régions, et c'est le commencement de toutes sortes de maladies. Autrefois nous n'avions pas beaucoup de maladies. Voici nos maladies: la pneumonie, le pian et les hernies. C'étaient les maladies de nos pères. Mais celles que nous voyons maintenant de toutes sortes, elles viennent de l'arrivée des Blancs et des étrangers chez nous.
Nous qui avons connu le monde d'autrefois, nous sommes tristes de ce monde actuel. Car malgré que vous Blancs, vous nous avez apporté toutes sortes de connaissances et de choses, nous mourons. Nous sommes très tristes. Vous avez apporté la mort. Et voici une question personnelle. J'ai fait les deux campagnes du caoutchouc et j'ai gagné. J'ai bien la médaille de l'Effort de guerre colonial 1940 à.1945, mais pourquoi ne reçois-je pas un permis pour acheter un fusil de chasse ? Je suis devenu vieux et je suis le patriarche du village et "juge-conseiller" des Lifumba Beloko. Pourquoi ne me répondez-vous pas quand je vous demande cela? Croyez vous que je ferai des bêtises quand j'aurai acheté ce fusil de chasse ?
NOTES
1.et 2.4 Remarquez la confusion dans l'homonymie. Est-il possible que Lemaire et Coquilhat aient porté un même sobriquet? Pour Vangroenweghe, le nom indigène de Coquilhat était Wefa (Lire Annales Æquatoria 2(1981)110). Boelaert avait déjà réagi en lomongo en soulignant que Ikoka (ou Ikoka), c'est Lemaire et que Stanley, c'est Tendele: Lokole Lokiso 1 Mars 1955, p. 7.
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NKOMBO (M.C. BOKUMA)
664/339
Nicolas MPONGO, catéchiste.
RESUME: Les circonstances de la rencontre avec le premier Blanc, un anglais surnommé Matsetse. Il est suivi de la SAB Bokukulu, et les Blancs de l'Etat qui imposent le caoutchouc et corvées. Pacte de sang entre Ntange et le patriarche Bokoyo.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU C.TC
A Nkombo, le tout premier Blanc que nous avons vu et qui a accosté à l'embarcadère de Nkombo est Matsetse. C'était un Blanc anglais. Ce qu'il fit: il appela des danses. Les femmes dansèrent la danse Ilengelo et les hommes l'Ikonga. Il leur donne des récompenses: des perles, les cauris, des boubous, et il partit.
Bokukulu au marché. Nous lui avons vendu un peu de caoutchouc, pas beaucoup, et il est parti. Il ne s'est pas battu avec nous.
Puis Ikoka est arrivé. Il a crié: "venez avec du caoutchouc". Ils n'ont pas voulu, mais ont voulu se battre. Ils se sont battus. Des gens sont morts. Les autochtones qui regardaient le combat se sont étonnés voyant les tués. Ikoka le leur a crié de venir l'écouter. Il est arrivé avec Ntange et Wilima. Ils viennent avec le massacre de l'extermination. Conclusion de la paix.
Les patriarches ont fait une assemblée. Ils se sont présentés devant le Blanc Ntange, qui a fait la paix avec un patriarche nommé Bokoyo. Il a sucé le sang avec Ntange et Ntange l'a fait chef de Nkombo.
Récolte du caoutchouc. Imposition de toutes les corvées. Après le caoutchouc ils ont placé des sentinelles dans tous les villages.
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IKUWA (M.C. BOKUMA)
652/317-318
Jean ELIMA (témoin direct)
RESUME: Arrivée des Blancs pour acheter de l'ivoire. Début des difficultés avec les indigènes à cause de l'un d'eux qui avait provoqué les Blancs alors qu'ils passaient en pirogue. La paix, puis le caoutchouc avec ses exactions. Paix à cause de l'intervention d'Ibuka.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCHOUC
Quand le Blanc arriva, je le vis moi-même, je ne l'ai pas entendu des autres. Quand vous Blancs êtes arrivés, vous n'êtes pas arrivés pour vous battre, mais pour acheter de l'ivoire. Et vous vous êtes battus contre nous parce que nous vous avons provoqués. Nous vous appelions "bambulumbulu".A Ikuwa on a tué un homme d'un coup de fusil devant mes yeux. Les Blancs passaient en "itukutuku", un canot. Il les provoqua. Ils tirèrent sur lui de la rivière et il mourut. Le nom de cet homme est Iluwa. C'est là le début de la guerre entre nous et les Blancs, parce que Iluwa leur tirait des flèches.
Dans la lutte contre les Blancs nous n'étions pas forts. Nous avons fui. Ce Blanc était Ikoka. Après un autre Blanc vint et nous jeta des perles et des cauris. Ce Blanc était un Anglais. Et son losako était: la volonté de Dieu.
Après on nous dit: "acceptez la paix et faites du caoutchouc". Nous l'avons acceptée et nous avons fait du caoutchouc. Nous prenions la sève du caoutchouc et la frottions sur le ventre. Quand elle était coagulée.nous l'enrourions en boule. Mais quand ce caoutchouc arriva chez les Blancs ils n'en voulurent pas parce qu'il était rouge: dans ce temps nous nous enduisions du fart rouge. Le Blanc nous apprit à le faire autrement. Nous devions mettre la sève du caoutchouc en un pot et la mélanger avec du bosanga. Il y eut trois Blancs pour qui nous avons fait du caoutchouc et à qui il fallait porter des mains d'hommes. C'étaient Ntange, Wilima et Ikomakoma. Eux, ils résidaient à Mbandaka et le chef des soldats, nommé Kindo, résidait à Nkombo pour surveiller le caoutchouc. Les soldats qui surveillaient le caoutchouc à Ikuwa étaient Bokolomba, Bateko et Eboa. Ikuwa devait livrer quatre paniers de caoutchouc. Et à chaque livraison ils tuaient quatre hommes, et à chaque panier de caoutchouc ils ajoutaient quatre mains d'hommes qu'ils avaient tuée, ils mettaient ces mains au-dessus du panier et les envoyaient ainsi à Ntange, Wilima et Ikomakoma à Mbandaka. Mais les Ikuwa étaient mécontents et fachée de ces tueries et s'enfuirent, le village mourut complètement, sans âme qui vive. Bokuma, Nkombo, Bokele, Mpaku et Ebila restèrent, ils ne fuyèrent pas ces tueries. Mais ces villages étaient tristes de ce que Ikuwa était en fuite. Ils choisirent trois hommes qu'ils envoyèrent à Ikuwa pour prier Ntange et Wilima de supprimer le caoutchouc. Et Ibuka alla prier Ntange et Wilima. Ils écoutèrent là voix d'Ibuka et supprimèrent le caoutchouc. Alors les Ikuwa sont revenus dans leur village; c'était la fin du travail du caoutchouc.
Moi, qui ai vu et qui ai fait ces travaux.
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IKUWA (M.C. BOKUMA)
660/332 333
Joseph NJOLI
RESUME: Les Blancs tuent un homme parmi ceux qui leur barrent la route en leur montrant le derrière. Ils continuent à Bokuma où ils ne trouvent personne. Ils installent des sentinelles pour le caoutchouc. Puis introduction de l'argent. Implantation de la SAB.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCHOUC
Tout d'abord nos pères ont vu un tout petit bateau passer sur la rivière. Ils ont vu les Blancs et les ont appelés "bambulumbulu". Le temps du caoutchouc. Au passage de Bambulumbulu les gens d'Ikuwa lui montrèrent le derrière en lui barrant la route. Bambulumbulu tirèrent des coups de fusil et un homme fut touché au derrière, la balle sortit par la bouche et il fut tué. Il s'appelait Embwa. Boyaka fut blessé à la cuisse. Les patriarches furent saisis d'étonnement: "laissons les passer; dirent ils, leurs lances sont trop mauvaises". Et ils sont passés, sans accoster, remontant la rivière. Ils ont accosté à Bokuma et les gens de Bokuma se sont enfuis.
Bambulumbulu sont allés jusqu'aux Nkundo voisins, nommés Bombomba. Là ils ont tué un certain Bomanga au bout du village puis ils sont rentrés chez eux, à Wangata, où ils ont convoqué les patriarches, disant:"'Faites la paix, c'est la guerre si vous ne voulez pas". 'Les patriarches se sont enfuis. Mais un patriarche, nommé Ikenge, a fait la paix. Ils lui ont imposé le caoutchouc. comme. t ache principale. Les gens d'aval ont accepté le caoutchouc. Ce sont les villages suivants: d'abord Wangata et Mbandaka, chez Ibuka; Bantoi, chez Esiba; Boyeka chez le patriarche Iyoma; Lolifa chez le patriarche Loemba. Là nouvelle s'est répandue dans tous nos villages et nous avons tous fait la paix.
Le Blanc qui est venu le premier, est Ikoka, qui nous a imposé le caoutchouc.
Puis nous avons vu d'autres Blancs venir placer des sentinelles chez nous. C'étaient Ntange et Wilima. Ils ont placé une sentinelle à Bokele et une autre à Nkombo, du nom Bousa Kindo. Une autre Bateko à Ikuwa; Ekombo à Bokuma. Ce sont eux qui nous ont tués dans ce pays. A Ikuwe les sentinelles ont imposé à chaque village 30 paniers. Quand un panier n'était pas rempli, ils prennent le capita de ce village, lui coupent le bras et l'envoient à Ntange et Wilima.
Après le caoutchouc ils nous ont imposé du poisson et du manioc. Après poisson c'étaient des huiles végétales et des poutres à livrer à l'administrateur à Ikenge. Son nom était Molo, le Blanc qui résidait à Ikenge, des Riverains. Nous avons connu beaucoup de corvées chez nous.
Le travail du caoutchouc a pris fin chez nous à cause d'Ikuwa. Ils avaient manqué aux impositions et s'étaient enfuis en forêt. Et l'administrateur Molo Ekumankunja et Is'e'Iwanga ont rappelé Ikuwa en fuite: "Vous avez fait cesser mon travail, et vous devez payer dix mille mitako". Ils ont payé. Le travail du caoutchouc a cessé pour tous nos villages Elinga et Nkundo. C'en était fini.
Puis un autre Blanc est venu, nommé Lokoka. Il fit cesser les travaux antérieurs et nous apporta l'argent. Il dit: "Vous pouvez payer l'impôt en argent. Chacun doit payer 4,50 frs". C'était l'introduction de l'argent chez les Noirs. Et maintenant encore nous sommes dans l'esclavage des Belges.
C'est fini. Ce sont les misères que nous avons endurées sous Bambulumbulu.
A l'arrivée des Blancs, le premier Blanc venu ici s'appelait Bantsetse. C'était un Blanc commerçant. Il nous a appris aussi le travail du caoutchouc à être acheté par lui. Il payait avec des mitako et des étoffes tachetées. Les vieux récoltaient du caoutchouc qu'il achetait. Ensuite il a visité nos villages riverains. Après lui, nous avons vu venir le Blanc anglais. Il a distribué du sel aux vieux disant: "moi, je viens pour la prière".
.Puis noue avons vu un autre Blanc, nommé Bokukulu. Lui aussi venait vendre des étoffes. Après lui, nous avons vu arriver un autre Blanc, nommé Ikoka. C'est lui qui vint faire la guerre.
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BOKUMA
669/351-353
Joseph EKUKU
RESUME: Un Blanc de la SAB y arrive. Puis un autre de 1'Etat. On le combat et il rentre à Mbandaka prendre le renfort et y revient, en ouvrant le feu. Caoutchouc et soumission des villageois. Paix. Abandon de raphia au profit des habits européens. Impôts et monnaie européenne.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Ici chez nous, le premier Blanc que les ancêtres et nos parents avaient vu fut un Blanc de la SAB. Il était venu vendre des perles. Et eux les achetaient avec des laitons de cuivre. Bokukulu, de la SAB, était-il un missionnaire protestant ou un Blanc de l'état ? Les villageois ne le comprenaient pas. Tout simplement, on le contemplait et on s'en émerveillait. On disait: "Jamais vu pareil homme tout blanc". Alors beaucoup l'appelaient tantôt "fez-rouge du soldat", tantôt "blanc", tantôt "albinos".
Bokukulu retourna à Mbandaka. Puis après, on apprenait qu'un autre Blanc avait accosté à Ikenge. Ce Blanc s'appelait Ikoka. Après avoir accosté, les villageois sont allés le voir, mais ils l'insultaient:"Petite tête couverte de Longa cheveux, mèches de cheveux non dressées, jeune faible comme le poisson Clarias, pieds sans orteils, où va-t-il ? Il n'a même pas de chevilles. Est-il originaire de Nkole? Il est bon que vous éteigniez du feu pour qu'il meure de froid et de faim". Peu après, ils remarquaient que le Blanc fumait une cigarette et ils s'exclamèrent: "Qui lui a donné du feu ?" Les villageois ne savaient pas que lui-même avait du feu dans ses habits (des allumettes). Là-dessus, ils sont venus le combattre. Peu après, Ikoka rentra de nouveau à Mbandaka. Il est allé prendre un grand nombre de Blancs, et est arrivé avec eux. Etaient arrivés: Ikoka, Ntange, Wilima et d'autres Blancs ainsi que leurs travailleurs: Botoji, Nkindo, Loola et tant d'autres. Ils avaient accosté à Ikenge. Lorsque la nouvelle de son arrivée à Ikenge s'est répandue, les villageois sont de nouveau allés le contempler. Le Blanc commença à faire apprêter des fusils. Pendant qu'il tirait des coups de fusil, les villageois disaient: "De quoi est cette détonation ?" Les crépitements du bois de l'arbre Musanga?"
Les Blancs disaient: "Nous sommes venus dans votre village; récoltez du caoutchouc et apportez-le. Si vous refusez, nous allons vous tuer". Les villageois répondirent: "Vous, originaires de Nkole vraiment, par surcroît de véritables femmes, ordonneriez-vous que nous récoltions du caoutchouc pour vous ? Et si nous le refusons vous allez nous tuer ? De quelle véritable arme êtes-vous porteur pour nous tuer ? Avez-vous des flèches ? Avez-vous des javelots ? N'êtes vous pas comme une femme ? N'êtes-vous pas originaires de Nkole"? Là-dessus, les Blancs intimèrent l'ordre aux gradés Bengenwa et Baluki et aux soldats de tuer les villageois. Et les soldats tuaient beaucoup de villageois à coup de fusil. Les villageois en sont morts beaucoup.
Lorsque les assassinats étaient devenus exagérés, les Blancs ordonnèrent aux soldats d'initier les Noirs au caoutchouc.
Ce qui fut fait. Après l'initiation à la récolte, l'exécution de la corvée devenait très sévère. Les fournisseurs dont le village avait récolté moins qu'imposé étaient tués, et on faisait la guerre aux survivants: Chaque soldat devait couper la main gauche de sa victime pour en faire le compte. Tout cela se passait dans notre village Ikenge. On y avait affecté des sentinelles pour activer la récolte du caoutchouc. En pleine guerre, les Blancs sont allés créer des postes à Bolondo, Waka et Bokatola. Les villageois transportaient de lourds fardeaux sur des épaules d'Ikenge à Bokatola. Ils en avaient beaucoup souffert. Bokatola est situé à 200 ou 300 km de Bolenge. C'est Ilinga qui était le chef de tous les villageois à Bongale. Il empressait les Noirs à exécuter tout ce que les Blancs demandaient. Puis les Blancs sont allés pour un bref séjour à Mbandaka avec ordre aux soldats de surveiller les villageois à la récolte du caoutchouc, sans jamais tuer les gens. Mais après le départ des Blancs, les sentinelles se sont considérés comme leurs remplaçants. Ils ont dit: "Ne sommes nous pas successeurs des Blancs ?" Vous n'ignorez pas la mentalité des Noirs. Les villageois venaient vendre du caoutchouc. Il y avait 3 gradés: Baluki, Bangewa et Bofondela. Ils parcouraient des villages et tuaient des gens. Ils tuaient des villageois qui mangeaient des chikwangues ou des bananes. Là dessus les villageois décidaient de les surprendre pour les combattre. Lés villageois sont allés prendre un puissant talisman Ikakota. C'était un talisman très performant, qui rendait invulnérable aux belles. Les interdits en étaient: pas manger des chikwangues coupées en morceaux, pas de rapporte sexuels avec une femme. Les soldats avaient tué beaucoup de gens à coups de fusils, mais les villageois avaient tué beaucoup de soldats à coups de javelots. Le soldat le plus gradé, Baluku, a trouvé la mort au cours de cette guerre.
De retour des vacances de Mbandaka, les Blancs ont été confrontés aux désordres perpétrés par les soldats. Ils les ont réprimandés, leur ont ravi des fusils et ont interdit la guerre. Les Blancs retournèrent encore dans leur station de Coq et 1e Blanc Esofe vint les remplacer. Il demanda au chef Ilinga de sonner le tamtam, et de réunir les villageois pour une communication:"Désormais plus d'assassinats. Signons un accord de paix". Après tant de tueries les villageois ratifièrent cet accord. Esofe retourna à Coq chez d'autres Blancs. Et un autre Blanc Angelota le remplaça. Il dit aux villageois: "Maintenant que vous avez la paix, il n'y a plus de corvée de caoutchouc. Vous fournissez plutôt des chikwangues, de l'huile de palme, le copal, et vous cultiverez des plantations de café. Les contrevenants seront passibles à la chicotte". Effectivement, les paresseux avaient reçu beaucoup de coups de chicottes. Les sentinelles à Bongale étaient: Baluki, Bengewa et Bofondela. A Ikenge, il y en avait Bompondo et tant d'autres. Puis le Blanc Angetola dit: "Sachez que la Belgique va venir, mais elle va échouer". Peu après les villageois commençaient à remarquer que la Belgique échouait.
Sous la Belgique, l'Etat ordonna aux villageois hommes, femmes et Batswa d'abandonner des tenues traditionnelles en raphia, écorces d'arbres et autres et de les remplacer par des vêtements de civilité apportés par la Belgique. Les villageois se sont ainsi débarrassés des haillons qu'ils portaient en faveur de beaux costumes. Lorsque arriva un administrateur nommé Lokoka, on commença à payer l'impôt à 4,50 fr. C'est le début des impôts. Dès lors les Blancs parcouraient des villages pour payer de l'argent, faire habiller les gens. Ils étaient assistés de greffiers noirs Félix Njoli et Efalai
Et voici que la Belgique est en décadence. Sachez aussi que les pères ne connaissaient pas les noms propres des Blancs, mis à part ces surnoms leur imposés.
Longtemps avant 1'arrivée des Blancs chez nous, les villageois s'entretuaient aussi. Ils n'avaient pas de chef auquel ils obéissaient comme actuellement. Une moindre palabre suffisait pour que les gens s'entretuent. On se nourrissait aussi de la chair humaine lorsque sévissait la famine.
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NKOMBO
41/88-91
Louis EFONGE (témoin direct)
RESUME: Un missionnaire protestant d'origine anglaise arrive d'abord. Sans heurts. Puis un Blanc commerçant qui réagit aux insultes d'un patriarche. S'en suit la guerre. Pour une fausse information, Ntange tue le patriarche Nkake qui l'a pourtant hébergé et traité d'ami la veille. Consternation. Caoutchouc. Copal et huile de palme. Instauration de l'argent.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE CAOUTCHOUC
Il y a très longtemps, nous nous réjouissions de nos jeux nommés: tokonga, balinda, bayaya et yeinbombo.' Nous n'avions aucune connaissance des Blancs.
A ce temps là un patriarche blanc arriva d'en bas du fleuve. C'était un grand événement, mais nous ne savions pas son nom. Il nous salua et on lui répondit: "O". Nous en étions étonnés: "Ha. nous n'avons jamais vu un Blanc pareil, d'où vient il ? Et voilà qu'il nous salue ?" Nous lui demandons son losako. Et il répondit "Ordre de Dieu". Quel étonnement.
Il avait avec lui certains objets: cauris et perles. Et il en a jeté aux femmes et enfants qui se sont jetés dessus. Les gens disaient: "c'est un féticheur". Mais nous ne savions toujours pas son nom. Aussi nos patriarches dirent: "nommons-le d'après sa propre salutation: "ordre de Dieu". C'était un Blanc de la prière, un patriarche anglais. Alors que nous nous souvenons encore de son œuvre, arrive un premier Blanc, Ikoka, ayant accosté à Bokuma. La nouvelle se répand qu'un autre Blanc a accosté à Bokuma. Nos patriarches disent: "Un Blanc a passé auparavant et nous n'avons pas demandé son nom; celui ci, allons le lui demander". Et nous lui demandons: "Blanc ?" Et il dit: "alors"?"Quel est votre nom ?" et lui: "Je suis Ikoka un commerçant, je viens d'en bas et je monte le fleuve et un patriarche nommé Etenda, se moque de lui, l'insulte et lui lance des flèches. Là-dessus, Ikoka se fâche et dit: "Soldats, tuez ces gens". Alors les Bokuma prennent la fuite, la lutté arrive jusqu'à Bonguma. Mais Bonguma est à là chasse et les soldats ne trouvent qu'une femme nommée Bondala. Et ils la tuent, ainsi que son frère Yondo y'Ondulu; ils coupent mains et pieds de Bondala et de bon frère, ils volent les anneaux des jambes de Bondala. Puis Ikoka remonte sur le bateau et part.
Mais, revenant de la-fuite, nous découvrons les deux morts. Mains et pieds manquent. Nous commençons à avoir peur. Nous nous disons: "Quelle guerre cruelle ? Où sont les mains et les pieds ?" Les deux premiers tués dans les Beloko sont bien Bondala et son frère Yondo, tués par Ikoka.
Une semaine passe et voilà deux autres Blancs. Ntange et Wilima ont accosté à Bokele chez un nommé Nkake. Ils se lient d'amitié et y passent la nuit. Le lendemain, Ntange demande à Nkake: "Y a-t-il des gens à l'intérieur ?" Et Nkake répond: "non, personne". Mais pendant qu'ils sont là, ils voient un patriarche, nommé Wangala w'Osoki, qui arrive de Ngombe Beloko. Ntange et Wilima demandent à Nkake "Nkake, qui est là avec vous"? Et Nkake dit: "C'est moi et un ami à moi". Alors Ntange et Wilima demandent à Wangala: "D'où venez vous" Et Wangale répond: "Je viens de chez nous à Ngombe". Ntange et Wilima disent: "Nkake, demandez à Wangala de venir ici". Ntange fit venir Wangala qui accepta provenir de chez eux.
Et Wangala dit: "Ntange, venez vous battre chez nous". Ntange appelle Nkake et lui dit: "Menteur, vous me disiez qu'il n'y avait personne à l'intérieur. Et celui-ci ? Il m'appelle au combat. C'est que vous avez menti". Et il le tue d'un coup de fusil. Il tue Nkake, Nkake meurt. Les patriarches disent: "Comment est-ce qu'un ami tue un ami" Ntange et Wilima congédient Wangala: "Partez, nous viendrons après, voir vos villages et nous battre avec vous. Mais, demande Ntange, contre qui me battrai-je"? Wangala dit: "j'ai captivé une femme Ngombe, nommée Tswambe (1) et son enfant et les ai vendus à Ebila". Là-dessus Ntange commence à réprimander Wangala. "Partez, dit-il, je viendrai chez vous dans deux semaines".
Après ce délai, nos Beloko se rendant au marché d'Ikwe y trouvent Ntange et Wilima qui ont débarqué la nuit sur la place du marché. Ils sont venus tuer, vraie tuerie d'hommes sans nombre; les cadavres pourris jonchent la terre, puanteur horrible. Pendant sept jours Ntange tue. Extermination. Des enfants meurent de faim, femmes et hommes exterminés. On ne peut les compter; ils coupent mains et pieds.
Nous nous demandions: "Les coupez vous aussi en Europe" Là-dessus, après les sept jours, Ntange et Wilima nous appellent; disant: "Venez et faites du caoutchouc." C'est le de but du caoutchouc.
Mais nous disons: "Nous ne savons pas faire du caoutchouc". Mais Ntange et Wilima: "nous partons, mais nous vous laissons nos sentinelles pour vous l'apprendre". Et nous l'acceptions car la mort a sévi.
Voici comment il affecta les sentinelles chez nous à Beloko: Nkundu à Nkombo; Bomolo et Beola à Bonguma; Bombatsi à Mpaku, Bokolomba à Ikwa, Mbaka à Bokele, Embemba à Bokuma. Puis Ntange et Wilima retournent à Coq, laissant les sentinelles. Et sur leurs ordres nous avons fait du caoutchouc. Nous voyons que deux Blancs, Boweya et Bongetola, viennent construire un poste à Ikenge. Peu après Boweya retourne à Coq, Bongetola reste à Ikenge et appelle du caoutchouc' Nous le livrons. Peu après il rentre aussi à Coq. Et nous voyons arriver un nouveau Blanc, Bonseja. Il nous appelle et nous impose du copal, de l'huile et du manioc. Et nous livrons cela. Vite après Bonseja supprime le copal, l'huile et le manioc.
Après lui le Blanc Lokoka arrive sur ordre de Bosenja et nous fait payer l'impôt en francs. D'abord nous payions 5 F seulement.
La guerre est finie et nous faisons ces corvées. Puis un autre Blanc, Esof'ea Yongo, arrive et enlève à chaque village un homme, et dit: "Faites du caoutchouc en paquets". Mais nous lui disons: "Ne revenez pas avec cela; le caoutchouc nous a exterminé et vous nous dites de recommencer "? Et Esofe se fâche, prend son fusil et recommence à tuer des gens.
Voyant qu'il se remet à tuer, les patriarches disent: "non, non, cette guerre est mauvaise, la voulez-vous encore"? Et nous récoltons du caoutchouc, assez vite supprimé encore. Mais nous qui avons vu, nous sommes étonnés de ce que nous avons vu. Vous qui nous demandez (ces histoires), expliquez. Je ne vais pas nommer les Blancs actuels.
Mais c'est cela que nous avons vu chez nous. J'ai dit tout ce qui est arrivé dans les Beloko depuis l'arrivée du Blanc jusqu'à la fin de la guerre, chez les habitants de l'intérieur: Bonguma, Bokolongo, Bosanga, et chez les-riverains d'Ebila, Mpaku, Bokele, Nkombo, Ikwa et Bokuma.
Voici les Blancs: 1. l'anglais, qui ne s'est pas battu, Ikoka, 2. Ntange la Wilima; 3. Molo et Boweya; 4. Bongetola, 5. Esof'ea Yongo, 6. Bonsenja, 7. Lokoka et à Bokatola: 8. Isiwanga (à Bokatola ainsi que:) 9. Djoku Etoa,10. Ekume, 11. Ikeke, 12. Itumbambilo, 13.Bajunu, 14.Bondel'Akasi. Mais nous ne connaissons pas les histoire de Bokatola ni leurs Blancs qui n'ont fait que passer ici. C'est cela que se rappellent nos pères. Nous avons décrit le temps avant l'arrivée des Blancs et après. C'est fini.
NOTES
1.S'agit-il de la maman de Tswambe dont parle Lufungula Lewono, dans "Tswambe notable", Mbandaka hier et aujourd'hui (déjà cité), p.112-11.5 ?
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BONGUMA
667/345-347'
Arsène PAMBI, chef des Beloko, Bonguma, M.C. Bokuma
RESUME: Un Blanc remontait constamment le fleuve et les Riverains Elinga l'attaquent un jour. Il s'arrêta et riposta avec ses soldats. Il tue un notable pendant que les hommes étaient à la chasse. Ses soldats tuent une femme. Après avoir tué les villageois qu'ils voyaient, on signa une sorte d'accord de paix. Caoutchouc. Soumission. Oppression.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Le premier Blanc Ikoka, qu'on appelle actuellement Coquilhatville, est passé à bord de son bateau "itukutuku" sur la rivière. Il remontait constamment le fleuve. Là-dessus, les Riverains Elinga de Bokuma le provoquèrent et il s'arrêta avec ses soldats. Puis un vieux appelé Etena ey'Enkonga lança des flèches. Et eux le poursuivirent. Lui pénétra dans la forêt entre Bonguma et Bokuma. Puis ils débouchaient parmi les gens, dans un hameau de Bonguma, appelé Bombomba. Mais ils n'y ont pas trouvé des hommes mais plutôt des femmes et des infirmes. Les hommes étaient allés à la chasse.
Après irruption, ils tuent le notable Yondo y'Ondulu, fils de Yondo y'Ampele, petit-fils de Bombolo, lui-mémé fils aîné de Longonga et une vieille femme nommée Bozidela la mère de Likangola. Ceux qui étaient à la chasse percevaient des détonations pendant qu'il pleuvinait. Les uns disaient: "Ce sont des détonations de fusils". Les autres: "il s'agit d'une corbeille que casse le léopard après que se femelle ait mis bas". Pendant ce temps, les détonations ne cessaient de crépiter. Ils délèguent finalement une personne pour aller s'en rendre compte. Là-dessus, le vieux Boyamba s'y présenta. Il les trouva assis avec des boulettes de fard rouge sur la tête. Il se dit: "Ces gens ne sont pas les nôtres. Comment se fait-il qu'ils ont mis des boulettes rouges sur la tête"? Là-dessus, il leur demanda des nouvelles. Ils se levèrent, et lui tirèrent un coup de fusil. Il n'en fut pas touché, et s'enfuit. Mais on ne l'a pas poursuivi.
Lorsqu'ils sont venue avant. après avoir tué cette vieille femme, ils passaient à travers le village sans jamais y entrer. Arrivés entre Bolenge et Bombomba, ils sont devant un barrage de Canna indiqua. Ils rentrent à Bombomba. Arrivés à Bombomba, ils égorgent et dépècent toutes chèvres qui étaient dans-des étables. Lorsqu'ils ont perçu les vrombissements d'un bateau, ils se sont rendus au beach.
A la sortie de ceux qui étaient à la chasse, ils remarquent encore deux cadavres: celui d'Ekolo et celui de l'ancienne femme de Esoko appelée Likafo, ce qui fait 4 cadavres. Ensuite un vieux, en état d'ébriété chantait: "La guerre à laquelle est confronté Bombomba, pourquoi épargne-telle Mpongo"? Puis Ikoka partit. Le temps est passé et il n'est plus revenu avec la guerre chez nous.
Puis on apprenait que le bateau avait accosté à Elinga, près de Bokele. Mais il retourna. Et on apprenait encore qu'il avait accosté à Bokele. Et ils se sont battus avec les Nkole de Boyela, puis le bateau rentra. On partit au marché à Nkombo la nuit. Mais le lendemain, le bateau rentra pour la guerre. On pourchassait et les Nkundo et les Nkole par la terre. On était sur leurs traces. A leur sortie à Bonguma, ils pénétrèrent dans la forêt. Là, ils ont tué des gens: hommes, femmes, petits enfants, des femmes enceintes. Quel massacre: Un mari ne sait pas où sont sa femme et ses enfants assassinés. Les femmes ne savent pas où les maris étaient partis. Un homme cherche-t-il femme et enfants mais ne voit que ceux d'autrui, il les tue en se disant:"Je ne vois pas les miens, je ne peux pas vous épargner".
Il était chez nous pendant un mois et 7 jours. Le 8è jour, un homme appelé Ilombe à Bokuku, et Botongola W'Ekoto ea Mbuli à Nkiyo, sont allés chez lui pour signer un accord de paix. Tels sont les grands hameaux de Bonguma.
Là-dessus le Blanc Ntange leur dit: "allons à Nkombo pour signer cet accord". Et ils étaient partis pour Nkombo. Il leur dit: "Vous, Ilombe qui êtes venu le premier, vous devenez chef; Botongola sera votre adjoint". Ilombe répliqua: "Moi, je ne peux pas prendre cette fonction de chef. Ce n'est que lui, notre porte-parole dans tout Bonguma, lui qui demande des nouvelles aux visiteurs, qui peut être chef". Le Blanc ne refusa pas, et le voilà qui instituait Botongola chef des Beloko et Elinga. Puis le Blanc leur dit:"Vous avez fait la paix avec moi, mais je vais affecter mes sentinelles. Vous allez récolter le caoutchouc" Ils lui demandèrent: "Comment récolter le caoutchouc" ? Il leur répondit: "Les sentinelles vont vous y initier. Kindo sera affecté à Nkombo et Bokolombe à Ikuwa." A Bonguma on institua, un deuxième chef, un vieux appelé Njoji Elofa. Il était chef à Bombomba. Son caoutchouc était expédié à Ikuwa chez la sentinelle Bokolomba. On imposa à chacun 3 à 4,boulettes. La 2e fois, on impose un petit panier. La 3e fois, on imposa un grand panier par village. Dès lors on fit remplacer des sentinelles Haoussa par Bomolo et Eola, leurs adjoints, promus sentinelles à Bonguma.
Là-dessus, récoltant le caoutchouc, si la quantité est inférieure à celle requise, on tue la personne ou le groupe concerné. A leur arrivée à Bonguma, les sentinelles ont recruté des soldats qui combattaient les autres et les tuaient.
Lorsque d'autres contrées ont appris que les Bonguma et les Elinga ont signé un accord de paix pour la récolte du caoutchouc, ils ont pris la décision suivante à l'encontre du Blanc et des soldats: "Qu'ils restent là. Si jamais ils arrivent ici, nous allons nous battre". C'est pourquoi lorsque les Elinga et les Beloko ont essayé de se battre avec les soldats et le Blanc, ils n'ont pas tué beaucoup de soldats. Ils n'avaient tué que 2 ou 3 ou 4 soldats. Et les lianes à latex devenaient rares dans la forêt de Beloko et,des Elinga. On allait vers Bakaala. On se battait avec eux. A chaque marché, il y avait un combat. La population diminuait. Les soldats étaient armés de fusils et de munitions pour tuer à chaque jour du marché, et ils tuaient beaucoup de gens. Puis les Beloko obtenaient un fétiche Ikakota. Et on se battit avec les sentinelles restées à Bonguma. Incroyable. Les villageois étaient devenus invulnérables aux balles, à moins d'en feindre les interdits, tels que: ne pas coucher avec une femme, ne pas manger des poissons tilapia, ne pas manger des chikwangues, ne pas enterrer un mort fût-i1 un parent. Mais comme ils n'avaient pas observé ces interdits, le fétiche ne fut plus efficace. On en mourait au premier coup. C'est pourquoi les sentinelles ont quitté Bonguma pour s'installer à Mbengi. Puis ils y ont recruté des anciens combattants en lances et flèches et en ont fait des fusiliers comme eux, afin d'exterminer les Beloko, les Elinga et les Bakaala. Puis ils édictaient des interdits: ne pas consommer des bananes, ni n'importe quelle bête. Remarquait-on même un os de serpent, on tuait tout le groupe.
On ne sait pas si c'était sur ordre du Blanc, on convoqua les capitas de Beloko et leur chef Botongola. On les installa sur des chaises, Et d'un coup on les tua tous. Puis, ils appelaient Ikgolongolo, le frère cadet de Botongolo: "Venez prendre le pouvoir, nous avons tué votre frère aîné". Par la suite, Ingolongolo prenait la place de son frère. Il rouait des gens de coups comme bon lui semblait. S'il n'y avait pas assez de caoutchouc, il vous déclarait la guerre. il tuait les gens et en coupait des mains droites, devant être expédiées au Blanc pour-qu'il sache le nombre de gens tuées. Une autre fois, on infligea 100 coups de chicotte aux hommes et 50 aux femmes. Somme toute, les. Noirs diminuaient en nombre en se tuant et en se mangeant comme des bêtes.
Quelle oppression. D'autres choses sont restées.
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NKOMBO (M.C. TOKUMA)
666/342-344 (1)
Victor IMBAMBA, juge secondaire à Bokolongo, informé par Bongengele M.
RESUME : Ikoka aux prises avec les Bonguma. Bilan: 3 morts un homme et sa sœur, et un Botswa. Cause: 19 provocation d'Ikoka par un indigène Etend'Afenda de Bokuma.
Arrivée de Ntange et Wilima chez Nkake, leur ami, qu'ils vont tuer pour "trahison", caoutchouc et corvées. Le Blanc Ekuma, tueur réputé, se suicide à Bokatola après qu'on lui à signifié son arrestation, et son transfert à Coquilhatville. Mention sur le premier Blanc, un missionnaire protestant.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LE TEMPS DU CAOUTCHOUC (1)
Les autochtones, ce sont les vieux de tous les villages. Le patriarche, c'est Bongengele: Michel de Bokolongo.
Le premier Blanc, Ikoka monte le fleuve. Un nommé Etend'Afenda de Bokuma a insulté Ikoka et a tiré une flèche sur sa pirogue. Ikoka demande: "qui est cet homme qui m'insulte?" Il dit: "C'est moi Etend'Afenda de Bokuma qui t'insulte". Alors il prend ses aides et dit: "Battez-vous contre des gens qui m'insultent parce que je suis de passage; Etend'Afenda m'insulte, battez-vous contre ces gens, mes aides!". Et les aides se battent contre eux à cause d'Etend'Afenda de Bokuma. Et tous les gens de Bokuma s'enfuient.
Avec l'arrivée des aides d'Ikoka, le combat arrive jusqu'à Bonguma et y fait les trois premiers morts. C'étaient un frère et une sœur de même mère et un Botswa de Bonguma. Le premier mort était Bondala, le second son frère Yondo et puis le Batswa Iloko.
Voici comment mourut Bondala: elle était allée chez son frère Yondo, juste quand la troupe d'Ikoka arriva à Bcnguma. Bondala et son frère Yondo moururent. Bondala était le femme d'Ekonya de Bokolongo. Ainsi elle et son frère furent tués à Bonguma. Cette femme portait des anneaux de cuivre aux pieds. Les aides d'Ikoka coupèrent ses pieds et prirent des anneaux de cuivre.
Quand nous sommes arrivés pour prendre le cadavre de notre femme Bondala, nous avons eu peur à la vue de ces pratiques et nous avons pris la fuite. Puis Ikoka a remonté le haut de la rivière.
Après peut-être trois marchés, les Blancs Ntange et Wilima sont arrivés à Bokele chez Nkake, leur ami. Un vieux, oncle maternel de Nkake de Bokele, nommé Wangala w'osoki, était allé visiter Nkake à Bokele et avait trouvé Ntange et Wilima chez lui. Wangala dit "Oncle Nkake qui est cet homme rougeâtre "? Et Nkake "C'est mon ami, nommé Ntange. C'est l'homme énergique qui s'est battu avec les Bonguma. C'est lui''. Et Wangala:"Confie-le-moi pour aller combattre un village Iyonda appelé Bokala. L'homme qui a ouvert les hostilités avec moi est Ngombo".(Wangala w'Osoki était lui même originaire de Ngombe dans les Beloko).
Quand Ntange et Wilima apprirent cela de Nkake à Bokele, ils se fâchèrent contre Nkake : "Vous êtes un ami très mauvais ! Wangala w'Osoki vient me demander d'aider Ngombe dans la guerre contre Iyonda, et vous m'avez dit qu'il n'y a pas de gens à l'intérieur. D'où vient donc Wangala w'Osoki ? Aussi, moi, Ntange, je vais vous tuer, parce que vous êtes un mauvais ami". Ainsi Ntange tua Nkake à Bokele parce que Nkake avait caché l'existence des Beloko, Bakaala et autres villages de nos clans. Et Ntange ajouta : "C'est par Wangala w'Osoki que je connais tout le pays et je vais vous tuer tous". Et il nous a exterminés. Pendant sept jours il n'a fait que nous tuer, nous les gens de Nkombo. Il avait accosté à minuit. Tous les villages de Beloko sont venus au marché de Nkombo. Ils ont trouvé Ntange et. Wijima ici avec leurs aides. Les Blanc ont fait là guerre avec Beloko et ont tué pendant sept jours. Véritable extermination.
Puis:il a dit "Moi, Ntange et Wilima, je vous ai tuée pendant sept jours, et si vous ne me suivez pas à Nkombo pour vous soumettre, je continuerai à vous tuer". Pris de peur nous l'avons suivi à Nkombo faire la paix. Il dit: "Je vous avais dit de me suivre et vous êtes venus. Voulez-vous la paix ?" Nous avons répondu: "Oui, nous voulons la paix, parce que nous avons trop de morts, nous sommes exterminés et notre pays est mort. Aussi nous voici nous sommes chez vous". Alors Ntange et Wilima dirent: "Faites-moi du caoutchouc. C'est pour cela que je vous ai appelés, vous Botongola à Bonguma, vous Lomate j'Etuka à Bokolongo, vous Lombe a Ngombe, vous Bofele à Booma, vous Itela à Ingonge; ce sont là les hommes que Ntange et Wijima ont choisis pour le travail du caoutchouc.
Les aides que Ntange et Wilima nous ont laissés à Beloko sont Loola et Bomolo à Bonguma. Leurs chefs étaient Kindo et Ilange à Nkombo. Comme leurs chefs restaient à Nkombo, Loola et Bomolo, devaient porter le caoutchouc à Coq. Après Ntange et Wilima sont partis et un autre Blanc est venu s'installer à Ikenge. Nous devions porter le caoutchouc à Ikenge chez le Blanc Boweya.
D'autres Blancs de ce temps étaient Molo, Is'e'Iwanga, Bajunu et Ekuma. Ekuma a tué beaucoup de gens après la guerre de Ntange et Wilima. Un jour que les Blancs envoyèrent des soldats chez Ekuma à Bokatola, Ekuma prit un fusil et se tua.
Voici pourquoi Ekuma se suicida. Les soldats apportèrent Ekuma une lettre de ses supérieurs: "Vous tuez encore des gens et les chefs vous appellent à Coq, parce que ils ne veulent plus qu'on tue des gens comme vous le faites". Ekuma vit cette lettre, la lut et se tua d'un coup de fusil à Bokatola. C'étaient là les Blancs du caoutchouc.
Le Blanc qui arriva après la période du caoutchouc était Ongetola qui imposa le copal. Un autre Blanc, Bosenja, continua le copal. Un autre Blanc Esofe vint razzier et tuer beaucoup de gens.
Après Esofe on nous dit que la corvée du copal était finie et qu'on allait nous l'acheter. Les compagnies l'achetaient mais l'Etat y renonça parce qu'il avait imposé trop de caoutchouc, de copal, de manioc, d'huile, de légumes, de flèches et d'étoffes. Ce sont toutes ces choses que les Blancs avaient imposées chez nous.
Puis on signa un accord avec la Compagnie pour l'achat du copal. Et c'est le début de la quiétude chez nous les Noirs. Car l'Etat nous a vraiment exterminés à cause de sa méchanceté. Il tuait beaucoup et imposait beaucoup de corvées aussi, entre autres des vivres pour ses gens. Si toi, Blanc, n'avais pas abandonné les tueries, nous, les Noirs on serait exterminé complètement.
Voici ce que fit Ikoka à sa descente de la rivière. Il descend et vient faire la guerre à Nkombo et Boyela. Après sa guerre contre Etend'Afenda à Bokuma, Ikoka descend la rivière. Quand il arrive à Nkombo, il vient faire la guerre à Nkombo et Boyela. Un patriarche de Boyela, Ekot'ea Mbuji, capture un soldat d'Ikoka, nommé Esese. Puis Ikoka descend la rivière, et Ntange et Wilima viennent avec une grande armée à Nkombo. C'était la veille du marché, et quand les gens vinrent au marché, c'était une tuerie, une extermination. Puis il dit: "Nkombo, si vous ne me rendez pas le fusil du soldat d'Ikoka qu'Ekot'ea Mbuji a pris quand il a tué mon soldat Esese, je vous tue tous". Puis les gens de Nkombo et de Boyela lui rendirent son fusil. A cause du fusil que Nkombo et Bola avaient pris, nous avons été décimés. A cause du fusil d'Ikoka, Ntange et Wilima ont tué chez nous des gens sans nombre.
A propos du Blanc de la religion protestante
Le Protestant est arrivé avec des hommes et des enfants. A qui voulait lui demander son losako il répondait: "bososo boki Njakomba", mais lui, il n'a tué personne. Il avait avec lui des cauris et des perles. Mais il ne s'est battu avec personne chez nous. Il était le premier Blanc dans le pays du Congo.
Ceci est la réponse à tout ce que vous, Blancs, nous avez-demandé de vous dire, tout ce que nous avons vu chez nous.
NOTE
1.Comparez avec le récit 431/88-91 de Louis.Efonge.
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ELANGA (BAKAALA/INGENDE)
492=493/221
ILONDO Is'ey'Oongo, témoin dire
RESUME. Un Blanc de la SAB qui remontait le fleuve fut provoqué par les villageois. Il retourne à Mbandaka informer ses chefs. Il en revint avec deux autres Blancs qui tuèrent des gens, en multipliant des cadavres Deux Blancs arrivent ensuite et on conclut un accord de paix, moyennant la récolte du caoutchouc. Impôt et monnaie européenne
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Tout au début, un Blanc de la SAB remontait la rivière jusqu'à la source. À son retour, les Ikenge le provoquaient pour un combat. Ce Blanc descendit en aval en informer ses supérieurs. Peu après, il revenait avec deux compagnons: Ntange et Wilima. Et ils s'arrêtèrent à Ikenge où ils tuaient des gens comme des herbes. Ils arrivèrent au beach de Bongale. Ils y débarquaient et les tuaient aussi. Ils sont arrivés même chez nous à Isanga et ils ont tué aussi des gens. Ils firent la reconnaissance d'une bonne partie de villages, et partout ils tuaient par fusillade. Pendant que le Blanc tuait les gens, il en faisait d'autres prisonniers, coupait mains et pieds de certains autres. Il brûlait des maisons ou les saccageait. Ils. habitaient Ikenge, et ne venaient ici-que pour le commerce.
Puis d'autres Blancs, Molo et Badunu, arrivaient. Ils y avaient trouvé Ntange et Wilima. Mais sur le point de nous tuer, nous sommes allés signer un accord de paix. Et ils disaient: "D'accord avec le traité de paix, mais récoltez le caoutchouc pour nous". Nous, on acceptait de récolter le caoutchouc. Et dans chaque village on affecta une sentinelle armée de fusil pour surveiller la récolte. Et on récoltait le caoutchouc. En récoltait-on assez, on recevait des perles et des vêtements. On tuait ceux qui n'en récoltaient pas assez.
Tout au début lorsque Ntange et Wilima sont venus nous combattre, nos ancêtres sont allés chercher le talisman Ikakota pour prendre le dessus. D'abord, ils observaient des interdits liés à ce talisman. Ensuite, ils n'observaient plus rien et désormais les Blancs les faisaient soumettre.
Puis, pendant que nous récoltions le caoutchouc, un Blanc Iketekelenge arriva, et dit: "Cessez désormais de récolter le caoutchouc, récoltez plutôt le copal et fournissez des chikwangues et de l'huile de palme". En contrepartie on nous payait des laitons de fer et des morceaux d'étoffes. En plus, le Blanc du nom Iketekelenge disait: "Maintenant, vous allez commencer à payer l'impôt, au départ 4 FR". Et on paya 4 FR 4 fois. Puis 30 francs 4 fois, enfin 40 francs quelques fois. Depuis lors nous voici payant l'impôt. Tel est tout ce que j'ai vu chez nous.
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ISENGA MONENE
407a/28-30
Paul EFALA, témoin direct
RESUME: L'Anglais vient le premier, répond même à la salutation solennelle losako des Mongo et demande aux patriarche le leur. Puis vient Ikoka qui fait la guerre. Ntange et Wilima lui succèdent et agissent de même. Ils font la paix avec Bakeke et Boulu, les patriarches. Caoutchouc. Corvées. Bakeke et Ntange font un pacte de sang. La sentinelle Botuli le tue sur l'ordre de la sentinelle Njakomba épris de sa femme. Ntange fait tuer Botuli. Arrivent la SAB et les missionnaires. Finies les misères.
TEXTE
DES TUERIES ET DU CAOUTCHOUC
Le premier Blanc qui vint dans notre pays fut l'Anglais. Il vint avec des perles et des cauris. Il jeta des perles aux enfants qui se les disputèrent. Nous lui demandions son losako. Il répondait: la volonté de Dieu. Puis il demanda aux patriarches qui répondirent: Ioo ! C'était pendant les grandes eaux basses. Il vint avec une baleinière pagayée à rebours. Nous l'appelions Elumbu. Puis il partit. Pendant les eaux hautes, deux mois après, nous vîmes des bateaux qui tiraient des coups de feu. Entendant ces coups, nous fuîmes en forêt avec nos femmes et nos enfants. Le nom de ce Blanc est Ikoka. Il ne nous a pas suivis en forêt. Il ne faisait que tirer. Il tue beaucoup d'hommes. Aux uns il coupa les deux bras, aux autres un bras ou un pied seulement. Quels tourments ! Et nous n'avions rien à manger. Pour protéger ses enfants de la pluie, la mère devait les placer sous elle. Sans refuge en forêt. Quelle misère.
Pou après nous entendîmes l'arrivée d'autres Blancs. Leurs noms Ntange et Wilima. Ils vinrent aussi faire la guerre et nous tuèrent comme Ikoka avait fait. Quelles souffrances. En vain nous fuyions en forêt ou sur l'eau. Ils tuaient la mère et la donnèrent à manger à son enfant. Ils forçaient la mère de coucher avec son enfant. Abomination.
Ntange et Wilima prennent nos patriarches Bakeke et Boulu wa Lokoka et leur ordonnent de demander à la population de porter les feuilles de palmiers pour conclure la paix. Ils fuyaient mais revinrent se soumettre. Ntange dit à Bakeke: ''Faites du caoutchouc. Dites à vos gens de faire du caoutchouc. Compris"? Ils y consentent. Il leur donnent quatre surveillants du caoutchouc: Njakomba, Sengasenga, Fangafanga et Botuli.
A ce temps, celui qui n'avait pas assez de caoutchouc était tué. Ntange et Wilima allèrent habiter Bolondo. Ils y laissèrent un Blanc nommé Molo. Nous devions porter le caoutchouc à Bolondo. Dix hommes avec un soldat devaient porter le caoutchouc chez Molo. Pendant le voyage en pirogue il fallait chanter: "Ntange a envoyé une lettre, il va faire la guerre à Bonsela". Un autre chant était: "Maata'ilole maboma ee" C'était un temps de tueries sans fin. Etait sauvé qui récoltait assez de caoutchouc.
Le chef qui avait fait le pacte de sang avec Ntange était Bakeke. Il avait une femme et sa sentinelle que Ntange nous avait donnée s'éprit de la femme du chef Bakeke; Bakeke se fâcha et alla dire au blanc Molo que Njakomba avait sa femme. Molo appela Njakomba et Njakomba ne voulut pas y aller. Il prit et Botuli et Bakeke et dit: "Portez le caoutchouc". Mais Njakomba dit à Botuli: "Prenez cette balle et tuez Bakeke en route. Ne le laissez pas arriver à Bolondo". Et il le tua en route.
Botuli arrive à Bolondo. Le Blanc Molo demande à Botuli: "Où est le chef"? et Botuli répond:"Je l'ai laissé en route". Molo prend Bafoluke: "Allez chercher Bakeke". Bafoluke part et trouve Bakeke mort. Il demande: "Qui a tué le chef de Ntange "? Ils disent: "Botuli l'a
Il ne nous a pas tué". Et Molo appelle des soldats:"Prenez-le et tuez-le". Ils le tuent. Botuli a suivi Bakeke dans la mort.
Le Blanc Molo prend Bafoluke et le met à la place de Botuli. Et Bafoluke vient surveiller le caoutchouc d'Isenga avec Njakomba.
A ce temps l'Etat ne voulait pas qu'on tue des petits enfants. Mais les soldats le faisaient par méchanceté.
Autre chose: nous avons vu une grande pirogue avec vingt hommes assis et deux pagaies: une à l'avant et l'autre derrière. Ils passaient tous les jours. Nous leur demandâmes: "qui êtes-vous?" Des Anglais, répondirent-ils. Nous les appelions Ewewe Etsiya (1).
Après l'extermination. La mère ne sait où est l'enfant, l'enfant ne sait où est sa mère. Chacun prend son chemin. Les bateaux de cette époque:.Bangoundonguande, bateaux de guerre.
Quand le caoutchouc était fini, il nous imposa la coupe des herbes à Ikenge. Chacun devait apporter un lot de poisson, des lianes râpées et des lianes non rampées. Après ces travaux l'Etat nous payait très bien: des pièces d'étoffe bleue et blanche et des mitako. On nous donna alors un autre Blanc, nommé Bokukulu. Celui ci alla à Bonsela. Peu après le missionnaire arriva. A la venue du missionnaire le pays était pacifié. Pas d'autre maître, notre seul maître, c'est l'Etat.
NOTE
1-Ewewe ou Ewowo est une procession exécutée par quelques groupes mongo pour éconduire une épidémie ou toute maladie, attribuée traditionnellement au héros légendaire Lianja de l'épopée mongo. Modalités de la procession dans: G. Hulstaert, G. Hulstaert', Dictionnaire Lomongo-Français, Tervuren, 1957, p.632, 2) et E. Boelaert,"La procession de Lianja", Æquatoria 25 (1962)1-9. Néanmoins, "Il y a lieu d'ajouter, écrit G.Hulstaert, qu'on ne peut participer à la procession sans tenir en main quelconque objet. Pendant une maladie grave toute communication avec un pygmoide peut entraîner la mort. Pour éviter la contagion, c'est-à-dire l'attaque de Lianja, les jeunes filles s'habillent de tissus vieux ou à la vieille mode et se coiffent à la mode ancienne beleku; cheveux tournés en boules avec de l'huile et du fard rouge", dans Petit Lexique des Croyances Magiques Mongo, CEEBA,série II, vol-70, Bandundu, 1981, p,36-37.
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ISENGA MONENE
407b/31
Paul EFALA
RESUME: D'abord des bateaux de la SAB. Ensuite l'Anglais qui est retourné aussitôt. Puis Ikoka qui a riposté à l'attaque d'un des nôtres. Ntange lui a succédé. Il a institué Bakeke chef pour la récolte du caoutchouc, avec qui il conclut un pacte de sang. Ikenge fondé par Molo. L'Anglais en question et Elumbu sont homonymes. Les missionnaires protestants et catholiques mettent fin aux misères.
TEXTE
LA VENUE DES BLANCS
La première chose que nous avons vue brusquement chez nous: des bateaux. Bokukulu a passé deux fois mais n'a pas accosté à Isenga.
Deuxièmement nous avons vu l'Anglais, il a accosté, est venu à terre et s'est promené dans le village d'Isenga; mais il n'est pas allé jusqu'au bout. Il est retourné sur ses pas avec sa femme. Il est descendu à la rive, nous l'avons suivi et il nous a jeté des perles que nous avons ramassées. Puis il est parti.
Après lui nous avons vu arriver Ikoka avec son bateau et un de nous lui a tiré deux flèches. Il a accosté et a tué cet homme. Cet homme s'appelle Yanda y'Ompanja. Puis il est parti.
Après Ntange est venu tuer les gens. Aux uns il a coupé les bras, aux autres les jambes et il en a tué beaucoup. Il a placé des sentinelles et des chefs et il est allé en amont. A la descente, il a encore accosté, et il a dit: "Ne fuyez pas, venez tous écouter". Nous sommes tous venus. Il a pris Bakeke, l'a placé devant tous les hommes, et il lui a dit: "Vous êtes mon grand chef et je viens imposer le caoutchouc à vos gens. Quand le caoutchouc n'est pas suffisant je les tuerai, mais quand je les tue, ne fuyez pas, vous. Je ne vous tuerai absolument pas. Venez avec un rasoir, nous allons faire un pacte de sang". Et il a pris un rasoir, il se sont fait une incision et ils ont bu mutuellement du sang. C'était comme un contrat.
Le Blanc qui a fondé le poste d'Ikenge est Molo. Il nous a imposé du copal, des tuiles végétales et du poisson. Celui qui ne donnait pas satisfaction était tué Quant à 1'Anglais et Elumbu, ce n'était pas deux hommes mais un seul. Nous l'appelions autrefois Elumbu, mais maintenant nous savons que c'était l'Anglais. Après, à l'arrivée des Pères et des Protestants, nos misères étaient finies. Le pays était devenu très bien (1).
NOTE
1.Remarquez la contradiction avec la version du même auteur dans 407a
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ISENGA MOKE
423/79-80
François ETAKA, catéchiste à Isonga Moke au moment du récit.
RESUME: Débarquement de Ikoka, et aussitôt tuerie. Caoutchouc et institution des chefs à qui on payait mitako et étoffes. Exactions des sentinelles. Ensuite la SAB.
TEXTE
L'ARRIVEE DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCOUC
Au début le premier Blanc était Ikoka. Il voyageait en bateau. Il vit des gens au marché et accosta. Il tua cinq hommes et en coupa aussi cinq mains. Six cadavres, six mains droites coupées. Ikoka n'imposa pas de caoutchouc. Puis le Blanc Ntange vint imposer le caoutchouc aux vieux du village. Il choisit des chefs de villages: à Bongale, Belola, le premier chef; à Ikenge, Ikolongo, chef aussi. A Bolima, Bompuku; à Isenga Monene, Bakeke; à Longa, Is'Eyele. Il conclut un pacte de sang avec eux. Puis il leur laissa des soldats pour surveiller le caoutchouc. Si un homme n'allait pas au caoutchouc en forêt et que les soldats le surprenaient au village, ils le tuèrent. Si le panier n'était pas rempli de caoutchouc, ils tuaient l'homme et lui coupaient la main. Si un soldat coupait une main gauche, on le tuait. Uniquement la main droite. Ces mains, les soldats les boucanaient, et le jour qu'ils allaient livrer le caoutchouc, ils allaient compter le nombre de mains des hommes tués devant le Blanc.
Le paiement donné par le Blanc aux indigènes, les soldats le prenaient et ne le donnaient pas aux récolteurs. Ils détournaient le paiement destiné aux gens qui récoltaient le caoutchouc. Uniquement aux chefs ils donnaient un peu de mitako et d'étoffes car en ce temps il n'y avait pas d'argent, seulement des mitako et des étoffes. C'était un temps de malheur extrême. Si vous aviez alors une belle femme, les soldats vous la prenaient. Si vous refusiez, les soldats vous tuaient, vous le mari. Si vous aviez une bête et si les soldats la trouvaient, ils venaient chez vous, tuaient parce que vous ne leur aviez pas donné la viande. Quand ils trouvaient une pelure de banane dans votre main ils vous tuaient. Quand ils trouvaient les restes d'un grand poisson dans la maison ils vous tuaient. À cette époque les soldats expédiaient leur butin à leurs familles.
Les premiers Blancs qui venaient dans notre pays à cette époque étaient Ikoka, Wilima et Molo. Ce dernier alla fonder un poste au-delà de Boteka, à Bolondo. C'étaient les premiers Blancs dans notre pays. Et parmi les Blancs en chef, le premier que nous vîmes fut Bokukulu, Esabe. Nous appelions ces Blancs d'abord bambulumbulu. Tel est commencement de notre pays.
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LONGA
409/34-36
Joseph ILANGA, Premier Sergent Major de la Force Publique, ancienne sentinelle de Ntange.
RESUME: L'auteur précise que Stanley est le premier Blanc venu. A été suivi par Wefa, Ikelenge et Isofa. Ils achètent un terrain et fondent un poste (l'auteur ne précise pas où). Corvées. Ikoka arrive et est succédé par Ntange, Wilima et Ikomakoma. Ayant vu à Wangata des gens jouer avec une balle en caoutchouc, ces Blancs obligent les Wangata à fabriquer des boules de caoutchouc et les envoient en Europe. De là, on exige la récolte du caoutchouc moyennant étoffes, mitako, sel et savons. Itumbambilo fonde Bongili. Le talisman Ikakota rendent invulnérable l'utilisateur indigène aux balles des sentinelles.
TEXTE
HISTOIRE DE L'ARRIVEE DU BLANC ET DU CAOUTCHOUC
L'arrivée des Blancs s'est déroulée comme suit: D'abord Mr Stanley est venu; il est arrivé avec une baleinière à pagaies. Après lui, trois autres: Wefa, Ikelenge et Isofa; ils ont trouvé Bongese wa Is'e'Ifale, Is'Ompwe, Ejim'Osoo et Ejimo Lokalango; ils ont payé pour le terrain et ils ont commencé à construire le poste.
Wangata, Ifeko et Ikengo devaient apporter du manioc et du poisson, aussi Boloki, et ils payèrent avec des mitako et du sel. Puis un Blanc nommé Ikoka, et d'autres Blancs, arrivèrent à bord de son bateau.. Il remonta nos rivières, Tshuapa et Momboyo et s'installa à Wangata. Il fut succédé par Ntange, Wilima et Ikomakoma. Ils ont vu jouer les gens de Wangata avec une balle en caoutchouc. Puis ils leur ont demandé de faire deux boules en caoutchouc. Ils l'on fait, et eux les ont envoyées en Europe. La réponse est venue d'Europe et ils ont rassemblé les gens de Ikenge, Wangata, Ifeko et Bonsole: "Faites du caoutchouc". Ifeko l'a fait, ainsi que Boyeka, Lolifa et tous les villages des Wangata. Ils l'ont apporté et il les a payés avec des mitako, des étoffes, du sel et du savon. Il nous a pris sur le bateau pour fonder le poste de Bolondo. Il y a laissé le Blanc Molo et Iboto. Et Molo a imposé le caoutchouc aux Wangata, Bongili et Bonkoso. Puis il a pris un autre Blanc, nommé Itumbambilo, et il a fondé le poste de Bofiji. C'était le temps de la première guerre.
Ntange nous a divisés, il nous a donné Kanja comme chef des soldats. Il m'a pris et m'a donné 40 soldats pour aller nous fixer dans les Lifumba. J'ai placé deux sentinelles dans chaque village pour surveiller le caoutchouc. Enyala devait habiter à Longa avec ses soldats. Et il a placé deux soldats-sentinelles dans chaque village pour surveiller le caoutchouc. On tuait chacun qui n'en apportait pas assez.
Kindo était Zanzibarite. Il était mon chef et de tous les soldats. Ils devaient habiter Nkombo.
Pendant que nous laissions du caoutchouc, un nommé Lokolonganya vint avec son talisman Ikakota. Il était originaire d'Ikoko. Il avait pris le talisman chez Mpets'Elombo par colère parce que les Blancs l'avaient emprisonné.
Ntange est parti alors et Wilima lui a succédé comme chef. Lokolonganya s'est battu avec les sentinelles. Il a tué beaucoup d'hommes. Il enlevait les fusils. Quand les Ekonda de Lonyanyange apprirent que Lokololonganya avait tué beaucoup de soldats à cause de son talisman Ikokota, un patriarche nommé Ilongantuku alla s'initier à l'Ikokota. Lui aussi vint se battre, et il tua des sentinelles, depuis Bonkoso, Bongili, Bomwanja, Bakaala et Bongale. La guerre des indigènes était une extermination. Puis les Lifumba aussi prirent ce talisman et vinrent se battre contre moi et mes soldats. Ils m'ont blessé de sep flèches, mes soldats n'ont pas été tués. Et j'ai tué beaucoup de gens.
Puis ils m'ont mis comme sentinelle à Bokele.
Wilima a pris alors une grande armée et est venu tuer énormément d'indigènes à cause du meurtre de ses soldats et il est allé fonder un nouveau poste à Mbala. Puis Mr Abaki est venu fonder le poste d'Ikenge et Mr Is'e'Iwanga nous a pris pour aller fonder le poste de Bokatola, et les Nkundo devaient faire du caoutchouc.
Wilima est parti et Paul lui a succédé. Après lui Lomame; après Lomame Bongonjo est arrivé. Bongonjo est parti et Mr Bromicht que nous appelons Sokela arrive. A ce moment la guerre s'est apaisée et l'impôt en caoutchouc aussi. On ne tue plus quelqu'un sauf si un village n'a pas apporté du caoutchouc. Pour moi, mon temps de service est fini et je viens chez moi à Longa.
C'est ainsi que les Blancs sont arrivés au début.
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INGENDE
403a/7-8
Paul IMPOTE (Agent T.P.P.)
RESUME: La SAB s'installe, ensuite l'Etat qui crée des postes: d'abord à Bolondo, et enfin à Ingende.
TEXTE
LA VENUE DES BLANCS DANS NOTRE PAYS DU TERRITOIRE D'INGENDE
Les premiers furent des commerçants blancs qu'ils appelèrent Bokukulu et qu'ils appellent maintenant S.A.B. On pensait qu'ils étaient venus faire la guerre. Mais ils ne cherchaient pas de palabres. Mais quand nos pères les ont provoqués, ils se battèrent, selon l'adage: bofeja w'oswela batakotaola
Ils passaient régulièrement chez-nous sur la rivière. Ce sont surtout les Riverains qui se battaient avec lui. S'agissait-il des Nkundo, c'étaient uniquement ceux proches des Riverains.
Ses postes étaient en amont de chez nous: Ifulu Bombimba et Bonsela de Lokumo.
Après eux d'autres vinrent accoster. Ils se battèrent aussi avec eux. Il dit: je ne viens pas faire la guerre, cessez de me combattre, je demande du caoutchouc, cherchez-moi du caoutchouc et je vous l'achèterai". Cela après les combats avec des morte des deux côtés. Quand la guerre se fit trop cruelle, nos pères vinrent faire la paix (c'est à dire ils demandèrent pardon, ils ne voulaient plus se battre). Alors les Blancs leur imposèrent cette corvée du caoutchouc. Et ils acceptèrent. Ils allèrent en forêt chercher du caoutchouc.
Quand ils revinrent avec ce caoutchouc, il leur donne de l'argent. Mais ils ne voulurent pas d'argent. Puis il paye avec des mitako et des étoffes. Les étoffes de cette époque étaient l'indigo, drill blanc et l'étoffe rouge.
Ils voulaient bien être payée, mais les soldats recevaient la paie et prenaient tout. Ils donnaient une seule brosse au chef ou capita et gardaient tout le reste. Les indigènes n'en disaient rien. Ils avaient peur car ils vous tuaient s'ils savaient que vous aviez réclamé. Ainsi ils faisaient ce travail du caoutchouc uniquement pour ne pas être tuée, mais seuls les soldats étaient payés.
Notre premier poste était Bolondo. Après sa suppression, ils sont allés à Ikenge. Après Ikenge le poste fut à Bokatola. Après Bokaole à Ingende, parce qu'ils constatèrent qu'Ingende st au confluent de la Momboyo et de la Tshuapa. Jusqu'à présent il est à Ingende. C'est fini.
NOTE
1. Littéralement,: "Refus de lutte seulement quand on ne t'a pas attaqué". En d'autres termes: "On aime la paix et la tranquillité. Mais si l'on est attaqué il faut bien se défendre". Cf. G. Hulstaert, Proverbes Mongo, Tervuren, 1958, p.91, n°282.
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INGENDE 403b/912
Peul IMPOTE, Commis T.P.P.
RESUME: L'influence des protestants sur le langage de leurs adeptes. Puis vient la SAB qui est pacifique jusqu'au jour où ses agents sont provoquée par les villageois. L'Etat s'installe et impose caoutchouc et corvée.
TEXTE
LA VENUE DES BLANCS DANS NOTRE PAYS DU TERRITOIRE D'INGENDE
Les premiers Blancs qui arrivèrent chez nous furent les Anglais. Leur tache était la doctrine divine. Ils habitèrent d'abord à Grand Longa (Longa Ekonde), mais leur poste véritable était Bolenge. A cette époque, quand quelqu'un parlait trop longtemps, on disait de lui: cet homme est un protestent de Bolenge, car le premier poste des Anglais était Bolet. Là entre S.A.B. Wangata et Wendje (Secli). On se moquait de lui ainsi: êtes-vous un homme de Bolet ? Qu'avons nous à faire avec vous et la doctrine de Bolet? Parce qu'ils avaient remarqué que si un chrétien de Bolet se mettait à parler, c'était pour deux et même trois heures.
Après eux vint Bokukulu, appelé Esabe (S.A.B). Il venait pour le commerce. Il ne venait pas pour se battre, mais il passait par 1a rivière et habitait à Ifulu près de Lotumbe. Un autre poste à Bonsela de Lokumo et un autre à Bomputu. Un jour, aux villages d'Ilongo et Bokuma, deux hommes de même père et de même mère, nommés Bokongo et Mbeke se dirent: "Qui sont ces gens qui passent et repassent sur la rivière et capturent le poisson de nos clôtures de pêche ? Cette fois-ci nous allons les arrêter et les combattre. Ils montent à deux dans une pirogue et leur tirent des flèches. Ils disent: "Nous ne voulons pas de lutte, nous ne venons pas nous battre, nous venons pour le commerce". Mais ils ne les écoutent pas et continuent l'attaque. Bofeja w'Oswela mpe o ntakotaola !(1) Il leur tire une balle. Cette balle atteint l'aîné à la poitrine et traverse pour toucher le plus jeune. L'aîné meurt sur place; le puîné pagaie de toutes ses forces et atteint la rive où il meurt. La famille arrive et ne trouve que cadavres. Ils les retrouvent et voient la blessure de la balle. Petite à l'entrée, large à la sortie. Ils disent: "C'est la guerre des esprits. Une blessure qui est petite à l'entrée du corps et grande à la sortie". Les gongs sonnent, la guerre est déclarée. Il y eut des morts. Du côté des Nkundo le premier mort est Bokonji wa Ngola, de Boombaomwa, après Bokongo et Mbeka. Je ne connais pas le nom des morts du côté des Elinga. Ce faisant la guerre s'aggrave. Bokukulu rentre à Mbandaka en faire le rapport au responsable de la SAB qui habitait à Wangata. Le gouverneur de Province était Ikoka. Ikoka mobilisa des sentinelles armées sous le commandement de son adjoint Ntange. Il y affecta des sentinelles dans chaque village. A Ilongo, Bokuma, Ingende et Bakako, les sentinelles étaient. Babomi et Bonyengu. A Mpema; Lomboto. A Longa: Enyala et Nsinga. Enyala était originaire de Enyala-lez-Coq. Il avait caché son nom propre pour se présenter sous le nom de son village Enyala. C'est par exemple comme si moi Impote, originaire de Ikonji, en affection de service quelque part, je cachais mon nom pour me faire appeler par celui de mon village Ikonji. Le pseudonyme devenant habituel tel est le cas avec Enyala. A Isenga, c'était Njamba; à Ikenge: Bompondo et Bokele le caporal Kindo un Haousa.
La guerre continuait. Effectivement nos ancêtres avaient un talisman Ikakota. Ils devenaient invulnérables aux balles. Les soldats étaient exterminés. On continuait à se battre et comme nos ancêtres étaient plus puissants les soldats-sentinelles affectés dans les stations dés Blancs étaient tués. Devant cette avancée des villageois le Blanc Molo ainsi que les survivants de sa troupe se replièrent à Mbandaka. Après son rapport, un renfort fut envoyé avec des soldats sans nombre.
A ce temps où ils sont restés, les ancêtres enfreignent les interdits du talisman Ikakota qui les rendait invulnérables aux balles. Ils pensaient que la guerre avait pris fin. Les Blancs les surprenèrent sans qu'ils ne sachent quoi faire. Le talisman avait comme interdit: pas de relations sexuelles. Mais lorsque Molo est allé prendre le renfort à Coq, les villageois restés commencèrent à s'unir avec dés femme si et le talisman perdit de son efficacité. D'où ce proverbe bien connu: "Bote l'osise, ndeki nko bosise"(2).
À son arrivée à Mbandaka, Ikoka leur chef désigna Wilima pour commander d'autres soldats réquisitionnés pour la guerre chez nous. Et la guerre reprit. Et comme les hommes du Blanc étaient plus forts que les ancêtres qui n'avaient plus ni abris ni nourriture, ils décidèrent de conclure la paix. Ceux qui, les premiers, avaient conclu cet accord sont: Bola-Loso et Bongele à Ingende, Bonyonu à Boombaomwa, Banyomola à Buya, Bolankombe à Ikonji, Wanja à Ilambasa, Iyeli ya Mbole à Mbonje. Puis les gens sortirent de la forêt et le Blanc leur dit: "Moi, je ne veux pas la guerre, je veux le commerce. Alors allez me chercher du caoutchouc. Même si c'est en petite quantité, pas de problèmes, venez je vais l'acheter". A ce temps, il alla fonder un poste à Ikenge. Il avait accosté à Bolima, Bokenda, Boombe, Elanga, Batsina, Bolet, Bokakya, Boal'a Ngombe, Bowele, Boulema et Bokatola.
À ce temps Molo retourna à Ikenge. Quand le poste de Bokatola grandit, il alla à Bokatola. Alors le travail du caoutchouc faisait rage: s'il manquait quelque chose au caoutchouc de votre village au marché, un homme était tué. Extermination. Des étoffes et des mitako payée par leBlanc pour le caoutchouc, les récolteurs eux mêmes ne recevaient rien. Les sentinelles prenaient tout et l'expédiaient chez eux. Personne n'osait parler par peur de la mort. A la moindre question ils vous tuaient. Aussi on récoltait pour rien, uniquement pour ne pas être tue.
Le premier Blanc venu chez nous était Molo. Après Molo, Iboto, puis de nouveau Molo qui revint. Ces deux nous ne sont pas les vôtres, mais des surnoms donnée par nos gens.
Quant au paiement, les Blancs voulaient payer avec de l'argent. Mais nos pères ne voulaient pas d'argent. Ils disaient: "nous ne voulons que notre argent, dés mitako". Les Blancs consentirent. Ils payèrent alors en étoffes: mpili, bankee et mbenja.
La première sentinelle à Bokatola fut Papapa. Longtemps après la fondation du poste de Bokatola, un Blanc nommé Itumbambilo conclut qu'Ingende sur le confluent de la Tshuapa et de la Momboyo convenait pour un territoire, Bokatola. étant trop éloigné de la rivière. Aussi il commença le poste d'Ingende. Mais notre premier territoire était à Bokatola.
Voici les premiers Blancs dans notre contrée: Molo, Iboto, Is'e'Iwange, Bajunu, Polo. À Mbandaka étaient alors : Ikoka, Ntange, Wilima. Ntange partit pour Nouvelle Anvers. A Mbandaka restèrent Ikoka et Wilima, ainsi que leurs aides blancs, qui allèrent faire la guerre et les travaux. Si un de ces aides n'y suffit pas, un d'eux y alla, comme Wilima vint finir la guerre chez nous.
NOTES
1. Voir noté texte précédent (403a)
2. Littéralement: le talisman, et son interdit; le plus important c'est l'interdit(le respect de l'interdit rend un talisman efficace).
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INGENDE
445/122-123
Louis BONGWENDE, capita à bois Ingende
RFSUME: L'arrivée d'un Blanc est rapportée par ceux qui ont été au marché chez les Boloki. Puis un bateau de la SAB passa, avec un Blanc à bord qui tire sur 2 villageois qui demandaient des marchandises à acheter. Un mourut sur le coup et un autre peu après. D'autres Blancs vinrent encore tuer les gens. Les gens se réfugièrent dans la forêt. caoutchouc et sentinelles. Ikakota.
TEXTE
CONCOURS SUR LES RECITS DIARRIVEE DES BLANCS ET DE LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Quand nous habitions entre nous, on ne connaissait pas le Blanc. Mais lorsque nos gens partis au marché chez les Boloki en étaient revenus, nous apprenions d'eux que certaines personnes appelées albinos, ou Basomanyi ou Ecailles, étaient en train de venir. Soudain, nos ancêtres virent sous leur ciel une étoile briller fortement, comme sous une forêt entre deux villages. Mais ils étaient restés sans connaître la signification de ces signes '
Ensuite ils virent voguer un bateau qui est passé trois fois sans s'arrêter malgré leur demande de commercer. Ce qui passait là c'est la SAB. Les villageois se sont amassée au beach pour les contempler, mais deux d'entre eux, Bokongo et Mbeka, allaient les rejoindre par pirogue pour demander ce qu'ils vendaient. Le Blanc se résolut de tirer un coup de feu. Un des pagayeurs mourut sur place. L'autre rentra et mourut à peine arrivé au quai.
La SAB remonte là rivière. Le Blanc qui était à bord fut Ikoka. Descendant la rivière, il rencontra les Ingende au marché. Il les combattit et tue beaucoup de gens. Puis il rentre à Mbandaka. Les survivants se réfugièrent dans la forêt. Après cet incident arrivent 3 Blancs: Ntange, Molo et Iboto. Ils sont allés s'installer à Bolondo. Et Ntange revînt tuer les gens. De rares survivants se réfugièrent de nouveau dans la forêt. Il y affecte deux sentinelles: Babomi et Benyongu. Puis les sentinelles invitèrent des gens pour signer un pacte d'amitié.
Les gens sortirent de la forêt et les sentinelles leur ordonnèrent le caoutchouc. Ce qu'ils acceptèrent. Mais ils en sont morts et dans la forêt et à cause du Blanc. Si le caoutchouc n'est pas assez fourni, on est tué ou on a des mains coupées, qu'on envoie chez les Blancs à Belondo. À ceux qui en fournissent assez, on donne perles et bracelets.
Là-dessus, les Nkundo des chefferies Bongili et Bombwanja sont allés se procurer un talisman l'Ikakota. Ils se sont alors battue avec les fusiliers. Voyant que les villageois étaient devenues invulnérables, les fusiliers et les sentinelles se réfugièrent de l'autre côté de la rivière. Ils allaient en faire rapport aux Blancs à Bolondo. Les Blancs entrèrent alors dans la guerre. ils ont beau tirer des coups de feu, les gens étaient tous dans la forêt. Ntange résidait à Mbandaka, il envoya 2 Blancs: Bajunu et Bonginda. L'un par l'eau, l'autre par la terre pour faire sortir les fugitifs de leurs retranchements. Les gens en étaient sortis et on leur imposa la fourniture du copal, des pointes d'ivoire et du poisson. Et ainsi va la vie jusqu'à présent. Tout cela nous l'apprenons par ouï dire. Peut-être que cela était ainsi.
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INGENDE
500/231-232
Joseph MBILE, moniteur
RESUME: La SAB est attaquée par les indigènes. Le Blanc Ikoka va demander le renfort chez les Blancs de 1*Etat. Ntange installe des sentinelles. Caoutchouc et corvées.
TEXTE
LA VENUE DES BLANCS DANS NOTRE PAYS
Un jour nous entendons comme la tonnerre kilili et des étoiles brillantes. Une semaine après nous voyons arriver une embarcation. Les gens s'étonnent: qu'est-ce que cela? Deux frères prennent des flèches et tirent. Les gens du bateau crient. Non, non, je viens trafiquer, je viens trafiquer. C'est le Blanc Ikoki. Les gens l'attaquent. Ikoki et ses hommes prennent le premier fusil, tirent et tuent le plus jeune, Mbeka; l'aîné, Bokengo survit. Puis le bateau tourne et redescend. Le Blanc Ikoki va le raconter au second Blanc, Ntange, et au troisième Molo: "Je n'ai pu monter, ils m'ont combattu. J'en ai tué un avec le fusil".
Les Blancs Ntange et Molo sont arrivés et ont attaqué les gens sans demander quoi. Extermination. Les gens ont fui en forêt. Là-dessus le Blanc Ntange a laissé le Blanc Molo à Bolondo. Il a pris des sentinelles et en place un à Botoka, un à Longa, un à Ifoma, un à Mpama, un à Ingende et un à l'autre Longa. Il leur dit: Vous autres, vous devez rester dans ces villages, vous devez faire rentrer les gens de la forêt et puis leur faire faire du caoutchouc.
Puis le Blanc Ntange part, le Blanc Wilima lui succède. Au départ de Wilima, le commissaire Paul succède. C'est ce Blanc qui arrive avec une fanfare qui joue toujours. Il commence 1e travail du copal. Au départ du commissaire Paul il est succédé par le commissaire Bongonjo, qui vient avec sa femme. Après le commissaire Bongonjo arrive le commissaire Sokela. Celui-ci commence le travail des noix palmistes, des fruits batofe et du copal. Au départ du Blanc de Bolondo, Molo, le Blanc Ekumankunja lui succède, après lui le Blanc Bajunu; après lui le Blanc Bosenja. Au départ de Bosanja le Blanc Amba arrive. Au départ de ce dernier, c'est Is'e' Imbole. C'est sont là les premiers blancs de notre pays.
LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Au début quand le Blanc Ntange place les sentinelles, il leur,dit: "Allez les faire sortir de la forêt qu'ils fassent du caoutchouc". Les gens sortent et commencent à faire du caoutchouc. Puis ils le portent au marché chez le Blanc. Celui qui est trouvé en défaut c'est-à-dire celui dont le caoutchouc se brise quand on l'étire, ils leur coupent la main droite.
Voici le nom des lianes à caoutchouc : bondonka et bombuté. Pour le préparer on prend du bosanga, que l'on cuit avec le caoutchouc ainsi il coagule et devient élastique. Ou bien on mélange du bongee et-du bondongo, et on y ajoute du bosanga pour le coaguler. On peut aussi cuire le bombute seul.
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INGENDE
639/299
Bertin WETSI, moniteur.
RESUME: Après résistance, les Noirs se soumettent devant la force de la poudre des Blancs. Les Noirs admirent une femme européenne, Mme Bonjolo, qu'ils voient pour la première fois.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO
Le Blanc qui est arrivé le premier, c'est Ikoka. C'est un Blanc de la Compagnie (1). Lorsqu'un village le combat, il avertit le premier Commissaire qui était Ntange. Celui-ci prend des soldats et va attaquer ce village. Et Wilima vint remplacer Ntange.
Ayant remarqué qu'ils ne peuvent pas supporter la guerre contre les Blancs, les Noirs sont sortis signer l'armistice. Le Commissaire Ntange imposa le caoutchouc aux indigènes. C'est lui et Wilima qui avaient imposé le caoutchouc aux Noirs.
Le Commissaire Paul remplaça Wilima. Il instaura le travail des noix palmistes et du copal. Le Commissaire Bonjolo était arrivé avec sa femme. C'est. la première fois que les Noirs ont vu une européenne. De chaque village, on venait admirer cette femme européenne. C'est lui qui avait remplacé le Commissaire Paul. Sokele vint remplacer Bonjolo. C'est lui qui draina les Belges. Il dit: Maintenant, il n'y aura plus de troubles. Si deux personnes se battent, qu'ils viennent se plaindre. Les Pères viendront enseigner les choses de Dieu et les choses des papiers" (2). Le Commissaire qui avait importé des Belges, c'est Sokele.
NOTES
1. Pourtant, Ikoka, Charles Lemaire, était un Blanc de l'Etat.
2. "Enseigner les choses des papiers" signifie: apprendre à lire et à écrire
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NKOMBO (BOKUMA)
432/92-96
Paul BOFUMBO, originaire de Bokakya. A.T. Kindt, à Nkombo sur la Ruki
RESUME: Un missionnaire protestant d'origine anglaise est suivi d'un Blanc de la SAB à qui on jette des pierres. Ikoka arrive avec ses soldats et tue 4 personnes. Boweya imposa le caoutchouc. Les Noirs utilisaient un fétiche Ikakota pour charmer les Blancs. En vain. Détermination sans précédent.
TEXTE
HISTOIRE DE L'ARRIVEE DES BLANCS ET DU TEMPS DU CAOUTCHOUC
Tout au début nous vivions très heureux, sans penser à rien et nous vivions comme nous voulions. Nous avions nos jeux et danses de toutes sortes. Et nous vivions en paix avec nos voisins. Nos disputes concernaient les femmes et les injures faites par des voisins en colère. Mais ces disputes ne duraient pas plus d'une ou deux semaines. Car les patriarches arrêtaient ces disputes entre villages et groupements. Mais pendant que nos patriarches goûtaient ainsi la bonté de la vie et des jeux, la nouvelle tomba: "la guerre des esprits arrive !" Elle était arrivée à Eyala. Ils étaient blancs comme les jeunes feuilles de bananier; ils n'avaient ni orteils ni talons. C'étaient vous, les Blancs. Ils apprirent qu'un Anglais avait passé par la rivière, parlant de Dieu. Puis ils apprirent qu'après lui un autre Blanc, nommé Bokukulu, était arrivé par la rivière. Et les riverains lui avaient jeté des pierres et des noix palmistes. Il était parti, nous ne savons où.
Et voici que le village de Boyela, qui est près de Longa, vint appeler mon village de Bokakya pour aller danser à Boyela. Le troisième jour qu'ils étaient là ils virent le premier Blanc, Ikoka, arriver avec son armée à Boyela. Dès son arrivée, mon village s'enfuit et revint à la maison sans même avertir leurs hôtes. Après avoir tué des gens de tous les côtés, ce premier Blanc Ikoka arriva chez nous et tua d'abord quatre hommes: Bolemba w'Etoko, Longulu, Efembe Bakosulu et un Botswa Mbande. Les patriarches se demandaient: "Que faire ! Nous n'avons jamais pensé à des choses pareilles; la guerre des esprits vient nous tuer, que faire"? Et ils s'enfuirent partout dans la forêt. Ils n'avaient pas de refuge ni de nourriture.
Le Blanc retourna et dit: "vous partez le matin, nous vous retrouverons le soir". Il avait peut-être tué les gens à cause des pierres jetées sur le Blanc Bokukulu lorsqu'il vint pour acheter, ou bien commençait-il à dompter les gens pour s'emparer du pays. C'était un Blanc de la S.A.B.
Ikoka partit, mais Boweya vint et ordonna de faire de caoutchouc en petits paquets. Après la fuite, ils firent la paix. Et ils acceptèrent le travail du caoutchouc. Quand ils avaient fait du caoutchouc, ils l'apportèrent pour la pesée. Mais l'homme qui n'en avait pas assez, ils le tuèrent et lui coupèrent la main. Le caoutchouc et les mains étaient fumés ensembles.
Moururent ainsi dans notre village à cause de la paresse: 1. Lokwa Ikolo, 2.Bolokwa Lokanga, 3. Iyembe, 4. Ilonga, 5. Ifambe Loosamela, 6. Boliko, 7. Byambe Yolonkoi, 8. Imbomba.
On donnait le caoutchouc au Blanc Boweya qui l'envoyait par ses hommes chez Ntangé à Enyala. Boweya part, mais arrive et fait comme lui. Il fait comme Boweya avait fait. La seconde fois qu'il le faisait, Is'e'Iwange ordonna les paniers. Il payait avec des tissus, des perles, du sel. Pendant ce temps du caoutchouc, nos pères étaient fâchés parce qu'ils voyaient la misère et la mort à cause du caoutchouc insuffisants. Pendant ce travail du caoutchouc, des sentinelles étaient placées dans tous les villages, pour activer le travail et pour enlever des gens pour le travail de l'Etat.
Voici les sentinelles par villages: Kindo et Kanja à Nkombo rive, Enyala (1) à Bonguma, Bompende à.Bolima, Bokoko et Iketa à Mbeke, Boteleka à Bokenyola, Bontolu à Ifambu, Ingonde et Mpingoa à Wafe, Mbuyekambi à Bongale de Botolo, Bomolo et Eala (1) chez nous, Mbuamanga à Boal'a Ngombe, Eale à Bokatola, Ilanga de Longa à Lifumba.
C'étaient des gens qui étaient soumis à l'aval et qui avaient pris le travail de sentinelles (fusils). Ils faisaient le travail de surveiller les gens au travail du caoutchouc. Ils tuaient ceux qui n'en avaient pas assez. Ils payaient alors: du sel, des tissus et des perles, pour ceux qui apportaient assez de caoutchouc. Is'e'Iwanga va à Bokatola voir les sentinelles et s'y installa. Il devint le poste principal.
Is'e'Iwanga s'en va et deux Blancs, Bajunu et Molo arrivent, et imposent aussi du caoutchouc par paniers. Il y eut encore une vraie extermination. Des hommes, par peur de la guerre et de la mort essayaient de rester en forêt. Mais ils ne pouvaient le supporter que deux ou quatre mois. Puis ils sortaient et se joignaient aux autres pour le travail du caoutchouc.
Pendant qu'ils habitaient Bokatola, Molo et Bajunu continuaient à faire la guerre aux gens et à tuer, et les indigènes prirent 1'Ikakota. Ils se battirent contre ces deux et leurs fusils. Jusqu'à ce que ces deux durent s'enfuir à travers la forêt, après s'être battus contre Boulama, Bowele. et Boala et après avoir été battue, parce que Ikakota était très fort. Car les balles ne traversaient plus la peau, mais s'aplatissaient. Et ils passèrent Bokakya et Bolet à travers la forêt. Ils connurent ce chemin par un boy qui travaillait chez eux, un homme de Bolet, près de chez nous, nommé Lokututu. Il connaissait cette forêt parce que c'était la sienne. Ainsi ils ne se battirent plus contre notre village. Bolet et Wafe venaient régulièrement au marché.
Pendant que nos pères avaient l'Ikakota, même s'ils étaient touchés par les balles, celles-ci ne les blessaient pas.
Mais par l'endurance, les Blancs ont vaincu nos pères et les dominèrent jusqu'à maintenant, parce que nos pères ont enfreint les tabous d'Ikakota de ne pas coucher avec les femmes, ils ont eu le désir de coucher avec des femmes et le médicament a perdu sa force.
Après le départ de Molo et Bajunu, Njongonjongo est venu et leur fait aussi la guerre et il fait comme les autres. Tous ceux qui sont arrivés après Is'e'Iwange se sont fixés à Bokatola pour rayonner de là dans tous nos villages. Njongonjongo n'est pas resté longtemps. Mais Ntange et Wilima étaient les premiers chefs. Ils habitaient Eyala; ils sont venus y placer aussi le Blanc Amba qui opprimait aussi le pays. Aussi Ekume, qui l'a trouvé à Bokatola. A son arrivée Ekuma a fait beaucoup de tapages, jusqu'à brûler les habits de nos femmes et leurs ceintures.
Je peux donner aussi l'histoire de Bokatola parce que nous formons avec eux une seule agglomération, différente seulement de nom.
Voici les Blancs qui ont été avec nous au commencement : Ikoka, Boweya, Is'e'Iwange, Molo, Bajunu, Njongonjongo, Amba. Ekuma s'est suicidé à Bokatola où il est enterré. Ils avaient des noms européens mais nous connaissons leurs noms de chez nous. D'autres Blancs sont venus après eux, mais beaucoup ne sont pas venus chez nous.
Plus tard, le Blanc Nkai, Mr. Pien est venu imposer le caoutchouc de 1940. Il n'a pas duré, nos pères le redoutaient trop, ils croyaient que les Blancs allaient recommencer les tueries d'antan. Ils étaient trop tristes parce qu'il avaient été exterminés par les fusils.
Les Blancs qui ont arrêté les premières tueries sont: Bongetola, Ikawakwa. Ils ont donné l'ordre de cesser toute tuerie. Ce sont les récits des patriarches de notre village Bokyakya.
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ETOONTALE
608/244
Gabriel ITOKO, moniteur
RESUME: D'abord un émissaire noir arrive et les Noirs le combattent. Viennent ensuite deux Blancs. Caoutchouc et oppression.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous vaquions à nos occupations lorsque nous apprenions que la guerre avait commencé à partir de l'aval. Peu de temps après, on voyait un premier émissaire venu de l'aval lequel s'appelait Enyala. Il avait des gens à son service. Nous lui avons livré un combat. Et les gens étaient décimés. C'est un souvenir auquel on n'y revient plus. Après son retour, nous apprenions l'accostage des hommes à la peau claire. Ils s'appelaient Nteedele et Bondele. Le premier poste était à Ikenge. Peu après le Blanc Ekuma alla au deuxième poste à Bokatola. Avec son arrivée, nous commençons le caoutchouc, dans nôtre contrée. Nous récoltions le caoutchouc pendant 6 jours. Le 7è jour nous devrions l'apporter au marché. Si la récolte est jugée insuffisante chez vous, on vous tue ou vous coupe la main droite. C'est un souvenir amer. Nous avons récolté le caoutchouc trois fois: la première fois en forme de noix de palme envoyé à Bokatola; la deuxième fois, le caoutchouc. C'était envoyé à Ikenge, puis à Bosaa où le Blanc résidait désormais; la troisième fois est celle au cours de laquelle on vendait aux Blancs des Compagnies suivant le poids. Les lianes à latex qu'on utilisait sont bondongo (Olitandra cymulosa) rencontrée dans la forêt; bombute. rencontrée dans la forêt et dans des marécages; bonkele (Dalbergia isangiensis De Wild) rencontrée dans des palmeraies abandonnées; bongee, rencontrée dans la foret et dans les marécages.
Chers amis, si nous allons dans la forêt ou dans les marécages, et si nous rencontrons telle liane, ne la détruisons pas en la coupant. Elle est comme un homme qui vous sauve de la mort.
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MBOMBE ENGENDE-EKONDA
609/245-250
Jean BOLAMPUNGA, moniteur.
RESUME : Les guerres intestines précèdent l'arrivée des Blancs. Elles sont occasionnées par divers motifs : rapt d'une femme mariée, etc. Les sentinelles-fusiliers étaient recrutées dans les villages Nkundo, mais étaient basées à Bokatola. Ils tuaient hommes, femmes, enfants, Botswa ou Nkundo, avec mutilation de cadavres pour justifier la perte de cartouches chez les Blancs. Ikakota. Les Batswa signent un accord de paix moyennant le caoutchouc. Et un vrai Blanc arriva. Fin du caoutchouc. Un ordre nouveau.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
La guerre contre les autochtones n'était pas provoquée que par les Blancs. Longtemps avant, nos ancêtres vivaient dans leur égarement dans notre contrée des Ekonda. Il est vague de parler des Ekonda. Il ne manque pas de village important comme Mbombe Engende. Jadis nos ancêtres ne connaissaient pas de Blancs. Ils vivaient entre eux mêmes. Ils mangeaient et s'habillaient de leurs propres manières. Ils s'habillaient entre autres d'étoffes de raphia, de haillons de peaux de bêtes. Ces vêtements étaient cousus de raphia par une machine appropriée appelée bosako. Pour installer la bosako, on fixe deux arbres l'un en face de l'autre. On relie ces deux arbres ayant chacun un crochet, au moyen de cordes. On fait entrer les fibres d'un côté et on les fait sortir d'un autre. Et c'est comme cela que se fait le tissage.
Concernant les guerres, ils ne se battaient qu'entre eux. En voici les causes : une femme qui est prise de force par un autre homme alors qu'elle est déjà mariée. Alors on va le massacrer. D 'abord le mari va chez le père et la mère de sa femme réclamer: "Donnez-moi ma femme". Ils répondent : "Votre femme a convolé". Il rétorque: Que voulez-vous que je fasse "? Eux d'ajouter: "Vous êtes un mâle, faîtes ce que vous voulez". Le gendre prend congé d'eux et rentre chez lui. A son village, il appelle son père et s'adresse à lui en ces termes: "Moi, votre fils, voici que la femme pour laquelle vous avez versé la dot, m'a été ravie par un ami. Que ferai-je? Et le père répond:"Si tu es vraiment un homme, vas dans ce village et tues quiconque tu croises. Et si on te tue, qu'on me tue moi aussi". Le fils met sa ceinture et s'enfonce dans la forêt. Il croise le notable de ce village et le blesse à mort à coup de flèche. Il coupe sa main gauche et rentre chez lui. Le père resté prêt à faire la guerre à tout moment, apprêté le nécessaire pour la guerre. L'enfant en revient et lui dit: "Papa, j'ai tué quelque, il est mort". Et le père de demander : "Où est donc la main de la victime ?" Et l'enfant la lui présente Et le père congratule l'enfant: "Mon fils, tu es vraiment un mâle". Il prend le tam-tam et annonce ceci: "Lance et bouclier renforcez-vous très fortement. Nous barbouillons la vase. Trop parler n'est pas bon kikikikiki"! Les mâles accourent, se rassemblent pour demander la cause de la communication : "Qui est mort" ? Et le père du garçon leur dit: "Mon fils avait épousé une femme, qui lui a été ravie par quelqu'un. Moi-même je me suis déshabillé, et j'ai ordonné mon fils à se rendre dans ce village et d'en tuer un habitant. Et il a effectivement tué quelqu'un. Regardez-en la main". Il prépara cette main que lé père consomme. Là dessus, on voyait leur petit-fils qui habitait ce village venir avec une jeune feuille de palmiers. Il dit: "demain matin vous allez vous battre avec les autres" Il leur donne ensuite le bâton qui leur avait été envoyé en signe de déclaration de guerre. Le lendemain, on se battait avec des flèches, des lances, des boucliers. Le tambour de guerre ndungu ou bonkenja excitait les belligérants, en même temps qu'ils les invitait à la modération. Si on tue ceux qui sont venus pour la guerre, ce n'est pas bien. Mais si on tue dans le groupe où la femme a été ravie c'est bien. Cela est un match nul. Mais si on tue encore dans le groupe du ravisseur, cela fait deux cadavres, alors il faut qu'on reprenne le combat.
Voici comment en enterre les victimes d'une pareille guerre. Le cadavre est tout entier enduit de cendres, et il est enseveli le même jour. Si on ne fait pas comme ça, on ne parviendra pas à faire des victimes dans le camp adverse. Si les victimes de la guerre n'appartiennent pas aux familles directement concernées par la guerre, aigre de part et d'autre des deux familles, on doit payer une indemnité de mort. On payait cette indemnité de la manière suivante: une botte de 50 flèches pour deux personnes mortes. Car jadis une personne coûtait 25 flèches. On s'échangeait aussi des esclaves.
Une femme ne traversait pas seule une forêt mitoyenne: elle risquait d'être tuée. A cette époque personne ne mourait des suites d'une maladie. Ceux qui en mouraient étaient rares. A la mort d'un grand chef, ses gendres viennent avec des personnes humaines devant être immolées comme des chèvres. Et l'on s'adresse au mort en ces termes: "Tu est mort, mais ton enfant que tu as laissé t'a fait tuer un homme, protège-le, emportes les maladies, donne nous une progéniture nombreuse donne-nous des vivres, dissipe les maladies". Puis on commence à dépecer la personne capturée à 1'occasion. On commence par couper raz la tête; on en dépèce le corps qu'on consomme par la suite. Pour clôturer le deuil du notable, sa parenté va dans la forêt capturer une personne humaine. On tue l'homme et on procède à la fête circonstancielle. A la mort du notable, on capture un homme, on brise jambes et bras, et on enterre le notable sur cet homme encore vivant et on se moque de lui en disant:"Le notable s'en va avec un berceur qui va le bercer".
Un jour a un village appelé Mbombe Engende, il arrive qu'on percevait des tam-tams résonner à partir du village Losofi, chez les Undo de la chefferie Bombwanja. Ils se levèrent et allèrent à Losofi. Ils demandaient: "Nous avons perçu les sons du tam-tam qui communiquaient: "Lance et bouclier, nous sommes de plus en plus forts. Que se passe-t-il" ? Les Losofi répondaient: "Ecoutez, le frère de la femme de Emama dans le village Lolimola, a tué un éléphant. Il a alors fait appel à sa sœur pour dépecer la bête". Le frère s'appelait Bongele. Il habitait Losenge. Et sa sœur s'en est allé. Là où la sœur était partie, le frère ne lui a donné qu'un tout petit peu de viande. La sœur protesta: "Sapristi! Bongele de ma mère, m'inviterais-tu à dépecer un éléphant pour que tu m'en donnes une toute petite quantité ! (Que dirai-je chez mon mari"? Et elle pleura. Elle quitta Bongele et retourna chez son mari à Lolimola. Elle dit à son mari: "Bongele m'a frappée"! Et Emama de s'indigner: "Le frère de ma femme appellerait-il ma femme qui vaquait à ses occupations sous prétexte de dépecer un éléphant, alors que c'était pour la tabasser" ! Lolimola s'en alla envahir Losenge pour la guerre. Lolimole et Losenge se battaient et se tuaient mutuellement. Les Losofi décidaient de prendre le parti pour Lolimola. Les Mbombe Engende, c'est-à-dire les Ekonda prenaient le parti pour les Losofi. La coalition Mbombe Engende-Losofi-Lolimola s'en alla en guerre contre Losenge. Pendant qu'ils se battaient avec les Losenge, ils croyaient que seules les flèches constituaient leurs armes de guerre. Tout-à-coup, une détonation résonnait. Ils voyaient 4 victimes gisant à terre. Ils voyaient aussi 4 personnes armées de fusils et habillées.
ARRIVEE DES FUSILIERS ET DES BLANCS
Ces gens sont venus faire la guerre. Et les autochtones ont pris fuite. Ils les pourchassaient en disant: "Arrêtez-les". Les autochtones percevaient cet ordre comme suit: "Herbes, arrêtez-les-moi"! Les fusiliers poursuivaient les Lolimola, les Losofi et les Mbombe. La troupe des fusiliers provenait des villages Undo parmi lesquels Losenge, Lolimola et Losofi. On déboucha à Mbombe, c'est à-dire à Ekonda. On avait tué beaucoup de gens à coup de fusils. Et le même jour, ils retournaient à Bokatola, leur poste d'attache.
Après leur passage, c'était terrifiant. Quelques autochtones disaient: "Depuis l'époque de nos ancêtres, nous nous n'avons jamais entendu pareil bruit. Comment une toute petite chose comme une branche d'arbre peut-elle émettre un bruit aussi fort que la foudre. Que ferons-nous ? Les gens sont décimés. Où passerons-nous ?
Le lendemain de leur retour à Bokatola, ces gens continuaient à Bongili via Losofi et atteignaient les villages Ekonda que voici: Mbunga, Loponde, Njale Njombo, Bolobola, Ibitale et Losenge jw'Ekonde. Dans ces villages ils tuaient sans distinction: hommes, femmes, enfants, les Undo et les Batswa. Tous passaient par les fusils. Ils mutilaient la main droite de tout cadavre. C'était un génocide. Puis ils retournaient à Mbombe Engende. Ils y créaient définitivement leur poste et y installaient différents articles. Ainsi se dispersèrent les Mbombe dans tous les villages. Dans les villages où se réfugiaient les Mbombe Engende, les villageois les tuaient. Ils disaient: "C'est vous qui avez provoqué la guerre avec les Undo, raison pour laquelle on est venu nous tuer. C'est pourquoi nous mourons à cause de vous". Cette guerre allait tuer des gens dans chaque village. On mutilait les mains droites des cadavres, puis on les expédiait à Bokatola où résidaient les Blancs, très blancs. Au début les Blancs, très blancs n'arrivaient pas à Ekonda. Ils n'envoyaient que des fusiliers, en fait leurs soldats. Cette guerre était appelée "Enyala". Ces soldats, on les appelait fusiliers. Ils pillaient poules et chèvres, kidnappaient des jeunes gens, des esclaves et-prenaient des femmes parmi des jeunes filles, qu'ils maltraitaient comme des esclaves. Que de mauvais traitements. Et les gens disparaissaient.
LA GUERRE ENTRE LES FUSILIERS ET LES AUTOCHTONES
Tous les autochtones tinrent conseil à Penjwa et décidèrent d'aller combattre les fusiliers. Les autochtones étaient. prémunis de leur talisman Ikakota qui, après avoir été préparé, était placé dans une corne d'antilope. Le talisman interdit de manger ce qui a été préparé par une femme, ni de boire de l'eau qu'elle a puisée. Ils sont partis nombreux à la guerre. La première personne portait la corne, la deuxième portait une flèche, et une autre un goupillon. Ces trois menaient les rangs. La troupe s'ébranla et ils chantaient : "Petite fumée de fétiche dans la corne, oh petite fumée tu es partie en promenade, tu dois rentrer au village, oh petite fumée, que nous avons malaxée et mise dans la corne, oh petite fumée! Apporte-moi un fusil que je l'y mette, apporte-moi le goupillon que je l'arrête, oh petite fumée"! Ils débouchaient sur Mbombe Engende. Ils se partagèrent les positions de combat: ici et là les vieux qui avaient des lances et les boucliers. Les jeunes et ceux qui tiennent la corne, sur le chemin. A leur arrivée près de la clôture, ils furent perçus par des fusiliers qui voyaient se diriger vers eux des colonnes des gens. Ils prirent leurs fusils et disaient: "Les autochtones sont vénus pour la guerre". Et les villageois traversèrent la porte de la clôture. Ils demandèrent aux villageois "Qui est là" ? Celui qui tenait la corne répondit: "Dés amis". C'est à dire : des frères. Il s'agit des gens exténuée par la guerre et qui sortent auprès de vous pour que vous en fassiez de que vous voulez. Puis l'homme à la corne dit au fusilier: "Tirez sur moi"
Les soldats vinrent tirer les fusils, crépitant les balles. Les villageois criaient: "En vain"! Un fusilier blessa à la jambe un homme appelé Nsingi. Celui-ci le perça de sa flèche. La guerre devint atroce. L'homme à la corne disait: "Fusil, ne me reconnaît pas. Que toute balle tirée aille en l'air". Les gens tombaient sans nombre. Les fusiliers se repliaient dans des maisons et tiraient à travers des fenêtres. C'est de là qu'ils ont décimé les villageois. Ne sont pas morts ceux qui tenaient la corne, la flèche et le goupillon. Les villageois se sauvaient dans la forêt. Le lendemain, on les y poursuivait et on les tuait.
Deux jours plus tard, deux Batswa couverts de jeunes feuilles de palmiers sortirent pour signer la paix. Ils pénétraient dans la clôture où habitaient les soldats. Ils leur demandèrent: "Qui est là "? Ils répondirent : "Des amis". Ils leur demandèrent de s'approcher et leur posèrent la question suivante:"Pourquoi êtes-vous venus ici"? Ils répondirent: "Nous avons marre de la guerre, nos pères et mères en sont morts. Nous-mêmes, d'ailleurs, on a assez de rester dons la forêt". Leur chef suprême appelé Bokenge w'Elima dit : "Appelez les gens, la guerre a.pris fin". Il y avait en tout 50 soldats. Tout le monde sortait muni de jeunes feuilles de palmier. Bokenge dit: "La guerre prend fin". Les gens venaient chaque matin au travail; on en tuait des idiots et dès récalcitrants. Mais Bokenge était comme un Blanc. Il ordonna à tout le monde de sortir de la forêt et de venir s'installer dans des maison.
INIES LA GUERRE FRATRICIDE. RESTE LE CAOUTCHOUC
Le Blanc, vrai blanc, arriva. Les autochtones venaient le contempler. Un événement prodigieux On surnomme le Blanc Ema. Le Blanc leur demanda de récolter le caoutchouc. Il dit: "Moi, je rentre à Bokatola, vous allez récolter le caoutchouc. Votre chef Bokenge le recevra et l'enverra à Bokatola". Le Blanc rentra. On institua des chefs pour le caoutchouc: Ilumbe Y'Oluku., Bobangi et Buka.. On s'enfonça dans la forêt pour la récolte Les noms des lianes à caoutchouc exploitées sont : la liane caoutchoutifère Apocynac, l'arbre Funtamia elastica Stapf. Apocynac, la bombute, la Clitandra cymulosa, l'alphanostylis mannii, l'Eremosphatha laurentii, la lobobe, et tant d'autres. Les unes étaient mélangées de liquides amers, les autres étaient bouillies. Chacun devait en faire 40 boules. Et on commençait à payer le caoutchouc. Le Blanc arriva et les villageois apportaient le caoutchouc. Quelques-uns en récoltaient 40 boulettes. Ceux qui n'y parvenaient pas étaient tués. On en mutilait les mains droites qu'on expédiait avec le caoutchouc à Bokatola chez le Blanc. La population diminuait. Certaines personnes s'entretuaient aussi, ou se suicidaient car la souffrance matin et soir était au paroxysme. Chaque matin, on tuait à peu près 50 personnes. D'autres s'enfuyaient. le Blanc lui-même arrive pour résider à Bombe Engende. De là il affectait 2 fusiliers par village. Ceux qui résidaient à Mbombe Engende étaient: Bokenge, Moto, Engemb'a Mbombe, Baluti, Pataki, Betofe, Njei, Basapili. Ceux qui résidaient à Mbunga jusqu'à Ntondo étaient: Bopita, Kamenyenge et Bakelele. A Ebekoli, c'étaient Etuwe et Ngombo. A Waya résidaient Itumbambilo, Etenaka, Bolombi, Ekangambngo et un autre. A Itendo, c'étaient Ekumampulu et Botombo. À Bongili: Epalakwango; à Penjwa: Mbwayeme. D'autres étaient à Bokatola avec d'autres Blancs.
On a récolté le caoutchouc pendant 2 mois. Les gens n'avaient jamais autant souffert. 2 mois Plus tard, 8 Blancs arrivaient à Mbombe. Ils y convoquaient tous les fusiliers affectés dans les villages. Ils y avaient répondu. On rassembla tout le monde et ils informèrent: "Le caoutchouc est terminé ". Les Blancs et les soldats rentraient à Bokatola. Ces Blancs disaient: "La guerre a pris fin. Ne tuez plus les gens, ne tirez plus des coups de fusils, n'achetez plus des hommes". Car à cette époque celui qui récoltait plus de caoutchouc pouvait prendre enfant ou femme de celui qui n'en était pas capable et qui demandait ses services. Si vous tuez les gens, on va refaire la guerre.
Ils sont rentré avec beaucoup d'esclaves, jeunes gens et jeunes filles, aussi bien que les vieux innombrables. On institua chef Bentendi, un homme très sévère. Il résidait toujours à Mbombe Engende. Les deux premiers postes que nous connaissions avant étaient Mbombe Engende et Bokatola-Ingende.
Après une semaine, un Blanc vint inscrire les noms des gens, les noms du père et de la mère et retourne à Bokatola. Puis il revint donner aux gens des livrets d'impôt. Le Blanc disait: "Gardez-les bien. Celui.qui perd le sien est jeté en prison"'. Puis leur parla encore "Récoltez le copal et les noix palmistes".
Ils vaquaient à leurs occupations lorsque arrivèrent 6 Blancs, des Blancs de grande autorité, munis de balances pour peser le copal et les noix palmistes. Un grand panier coûtait 2 FR ou 3. Le Blanc dit: "Que chacun me donne 3 FR et le livret que je lui ai confié" ! C'était le premier impôt. Puis, 4, 5, 7 FR, etc. Mais nous ne voyons plus cette monnaie actuellement..
Nos ancêtres nous disaient: "On a commencé à payer l'impôt à 3 FR". Puis un autre Blanc venait avec la prière et enseignait "Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il". Il leur disait: "Exécutez les travaux de lundi à samedi. Le 7è jour, ne travaillez pas ce jour-là. C'est le dimanche, car le jour où Dieu n'avait pas travaillé". Depuis lors le pays devenait amélioré. On se sentait à l'aise. Plus de tueries. Ces tueries étaient dénommées "koboma". Cette guerre s'appelait Enyala. Chez nos vieux, dire à-quelqu'un "tu es tombé dans la guerre" est comme si vous l'avez injurié sa mère ou son père.
Il convient que nous bavardions avec les grand-parents et avec nos pères pour qu'il nous racontent les choses qui se sont déroulées dans les temps passées. Un proverbe dit: un régime qui n'est pas lié à un arbre ne mûrit pas.
Bien aimés, au cours de ce concours sur l'arrivée des Blancs et la récolte du caoutchouc, je ne vous ai écrit que ce qui s'était passé dans ma contrée. Mais ne cherchez pas à relever des fautes en lomongo mais corrigez-les-moi.
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BOKUKU( BOKATOLA)
610/251-252
Louis YENG9, moniteur
RESUME: Molo et Iboto sont les premiers Blancs qui arrivent dans les parages, à bord d'un grand bateau. Les villageois leur déclarent la guerre. Accrochage. Les Noirs meurent nombreux. Renfort. Les Noirs se réfugient dans la forêt. Puis. en sortent sur l'initiative de Yenge, institué chef par les Blancs à cause de son courage. Fin du caoutchouc et arrivée d'une compagnie huilière.
TEXTE
HISTOIRE DE L'ARRIVEE,DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Au début-les Blancs qui étaient venus chez nous sont Molo et Iboto. Molo et Iboto accostaient d'abord à Ikenge, quittèrent Ikenge et arrivèrent au beach de Bolondo. Ils étaient à bord d'une grande pirogue sans bout, accompagnés de leurs serviteurs. Ce grand bateau, nous l'appelions ememele.(l)
Les riverains ayant remarqué que personne ne les approchait et qu'ils occupaient leur terre, ils leur déclarèrent la guerre. Mais Molo et Iboto ont presque exterminé ces riverains. Les survivants décidèrent de se réfugier dans la forêt non loin des bords. Molo et Iboto envoyèrent le message suivant à leurs chefs restés en aval: "Les gens d'ici sont méchants. Ils nous ont fait la guerre et ont tué quelques-uns de nos serviteurs. Envoyez-nous d'autres Blancs et beaucoup de gens. Ici ils n'aiment pas exécuter la mission dont je suis chargé". On envoya encore 2 Blancs.
Is'e'Iwanga et Ekume. Ils s'installèrent à Bokatola. Ces Blancs et leurs gens répétaient chaque jour: "Donnez nous du caoutchouc". Exaspérés nos ancêtres vinrent attaquer ces Blancs et leur suite. La revanche prit impitoyablement le dessus, et les Blancs devinrent plus meurtriers. Tous les Noirs se réfugièrent dans la forêt même les Elinga. Les Blancs appelaient encore le renfort. La guerre se généralisa sur toute la contrée. Chaque village était occupé par une sentinelle et sa troupe. Deux Blancs sont restés à Belondo et deux autres à Bokatola. Ce ne sont que les sentinelles et les soldats qui semaient la terreur dans la contrée.
Ayant trop souffert, les gens se sont décidés: "Mieux vaut sortir, qu'ils nous tuent tous". Tout cela, c'est à cause de l'arrivée des Blancs, et de ce qu'ils ont commis sur la terre.
RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Dans mon village Bolet il y avait un homme méchant appelé Yenge. C'est lui le premier à sortir chez les soldats. Il coupa une jeune feuille de palmier et le brandissait (2). On le vit et on l'arrêta. On lui demanda de s'expliquer et il dit: "Ma famille et moi nous sommes fatigués de la forêt et nous sortons pour conclure un pacte d'amitié, donnez-nous le travail dont vous avez la mission de faire exécuter". On l'envoya chercher toute la population. Et on lui dit: "Si vous y réussissez, vous serez institué chef du caoutchouc pour votre village". Et les voilà qui sortirent tous. On leur apprit comment récolter le caoutchouc et on dit à Yenge: "Toi Yenge, tu iras à Bokatola vendre le caoutchouc avec ces gens. Chaque village récoltera un panier. Mais d'abord vous emballerez le caoutchouc comme vos femmes emballent les chikwangues. Le jour du départ fractionnez tout le caoutchouc et mettez-le dans un petit panier". On les trompa comme cela au début. Le marché était à Bokatola chez Is'e'Iwang et Ekuma. Et on commerçait ainsi. Puis ces Blancs dirent: "Maintenant n'apportez du caoutchouc que dans un grand panier". Mais lorsque ce panier n'était pas rempli, ces Blancs tuaient les gens. Pour un panier rempli, les propriétaires bénéficiaient d'un couteau et des pièces d'étoffes blanches ou noires: 4 pièces d'étoffes blanches et 4 pièces d'étoffes noires. Une pièce mesurait à peu près 2 mètres.
On allait fréquemment à Bokatola jusqu'au jour ou les Blancs qui y étaient dirent: "le marché de Bokatola est supprimé, allez avec le caoutchouc à Ingende". On rencontra 6 Blancs à Ingende. Leurs noms sont: Bajunu, Ekumbakula, Itumbambilo, Moto; EkumaII, Bakasi, Bonjongo, Njoku ea etoa. La corvée du caoutchouc était identique à celui de Bokatola: tuer ceux qui n'ont pas récolté la quantité exigée, et rétribuer ceux qui ont rempli le panier.
Après avoir envoyé le caoutchouc à Mbandaka, et ayant appris le nombre de morts à chaque marché, les Blancs de Mbandaka demandèrent à Is'e'Iwanga et Ekuma de communiquer à tous les Blancs que le caoutchouc est supprimé, et on ne peut en aucun cas tuer les gens.
Nos ancêtres apprirent comme une plaisanterie: "Les Blancs qui étaient à Bokatola, à Bolondo et à Ingende sont rentrée dans leurs pays, le caoutchouc est supprimé". Et peu de temps après on voit d'autres Blancs arriver, mesurant la forêt avec leur longue corde. De là l'arrivée de la compagnie "Mbile"(3).
NOTES
1.Idéophone reprenant le vrombissement du moteur de ce bateau.
2.En signe de paix. Botembe cfr Dictionnaire, p. 387
3.Mbile en lomongo signifie noix de palme. Ne s'agit-il pas des débuts des Huileries du Congo Belge à Boteka ?
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FLANDRIA-BOTEKA
617/262
François BOMPUKU, élève.
RESUME: Un premier-Blanc, Molo arrive à Bolondo à bord de son bateau. on le prit pour un revenant. Une provocation d'un vieux entraîne un coup de fusil. Un autre Blanc Ekuma arriva, un mauvais Blanc. Un autre encore: Stanley. Un bon Blanc qui distribue à profusion. Ekuma se suicida parce que son chef lui a ravi un instrument de musique envoyé de l'Europe par ses parents.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Chez nous, longtemps avant que les Blancs ne viennent, nous ne possédions pas des vêtements. Nous nous habillions d'étoffes ou de tissus de raphia, et des sacs. Le premier Blanc qui arriva fut Molo. Il était venu à bord d'un bateau que les gens virent accoster à Bolondo, on entoura le bateau en s'exclament: "Qu'y a-t-il ? des mânes ou des esprits ?": un vieux prit un morceau de bois. Là dessus, et on tira un coup de fusil sur les Noirs.
Avant l'arrivée des Blancs, nous n'avions ni sel ni cigarettes. La nourriture était assaisonnée d'ingrédients traditionnels et on se nourrissait d'une nourriture fade. On ne fumait que du chanvre et ses variantes. A cette époque, après Molo, un autre Blanc était venu, appelé Ekuma. C'était un très mauvais Blanc. Un autre Blanc qui était venu apprendre la nature du Congo fut Stanley. Il était venu de l'Europe. Il a voyagé dans toutes les contrées au sud, à l'est, à l'ouest. C'était un Blanc d'une si grande libéralité. Ils distribuait des choses aux gens comme voulait son cœur. Un autre Blanc. aussi était à Bokatola, c'est Ekuma. C'était lors de la récolte du caoutchouc. On cherchait le latex du haut des arbres. On coupait une liane appropriée qui faisait couler le latex dans un tesson assez large de calebasse.
Ekuma s'était suicidé par fureur. On lui avait envoyé un instrument de musique à Bokatola. Là-dessus, l'autorité qui était à Coq l'interpella: "On t'a envoyé un instrument de musique qui est passé par ici sans que j'en sois au courant. Ramenez cet instrument ici". Puis on ravit le fusil à Ekuma, et on le remit à l'autorité. Ekuma écrit à sa mère et à son père pour leur informer qu'on lui a ravi son instrument de musique. Il se suicida à coup de fusil après réflexion. Après avoir demandé à son boy de lui donner la nourriture qu'il mangea. Aussitôt, il lui ordonne: "Prenez le fusil, tuez-moi"! Le boy répondit:"Moi, je ne tue pas un Blanc". Là-dessus, il se renferma dans la maison et se fusilla. Le Blanc Ajunu qui était à Ifome appris la nouvelle et y arriva par camion. Ayant constaté qu'il était effectivement mort on enterra le cadavre. Puis il fit le remplacer par Lomboto.
Lorsque Lomboto aperçut que quelqu'un portait un beau vêtement il s'empressa à lui dire: "Donnez-moi votre vêtement"! Cet homme lui répondit: "T'a-t-on institué chef pour mon vêtement" ? On voulut tuer cet homme lors d'un combat, mais on lui coupa seulement le bras. Cet homme alla se plaindre chez Ajunu à Ifoma. Il alla mener l'enquête à cet effet. La culpabilité de Lomboto fut établi. On l'envoya condamné, à la prison. On le fit remplacer par son frère, un autre Lomboto.
Dès lors la guerre diminue. Tel est le récit sur 1 'arrivée des Blancs et de la récolte du caoutchouc.
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BOKALA-FLANDRIA
441/114-11.5
Pierre NKOLOBISE, moniteur.
RESUME: Avant l'arrivée d'un Blanc, les sentinelles font la chasse à l'homme. Mais les villageois inventent Ikakota. Puis, C'est la paix du caoutchouc des Blancs et leurs sentinelles. Triste souvenir.
TEXTE
DES GUERRES ANCIENNES A MBOMBENGENDE
Auparavant, nos ancêtres vivaient seuls, sans la présence des Blancs. Ils se tuaient, ils se faisaient prisonniers les unes des autres, ils se maltraitaient à qui mieux mieux, ils se revissaient des femmes, tout cela entre eux, sans qu'il y ait un Blanc. Un soldat habitait à Losenge et à Lolimola. Il se rendit dans la forêt entre Undo et Ekonda. Il y rencontra les propriétaires de cette forêt nommée Bokonda Bongoi en train de chasser le gibier. Il les avait repéré en suivant leurs traces. Les autochtones ne l'avaient pas remarqué. ils ont été seulement surpris par la détonation du fusil. Ils se demandèrent: "Qui a frappé contre l'écorce du parasolier"? On surprit ce soldat en train de boucaner la chair d'un pygmée Botswa qu'il avait tué. Il s'apprêtait à en apporter la viande à ses amis restés à Losenga où ils habitaient. Il alla les rejoindre après un jour. Ils arrivèrent à Mbomb'Engende.
Il est resté avec leur chef Bosenge et tous les soldats.. Ils avaient créé un posté à Mbombe et puis généralisèrent la guerre. Ils tuaient des personnes humaines comme des bêtes. Dans la forêt et partout où ils allaient, c'était du carnage. Constatant que la population diminuait, les autochtones allèrent consulter un féticheur qui leur remit un fétiche : Ikakota. Le féticheur habitait Bongili. Pour l'efficacité du talisman, il leur était interdit d'entrer dans une maison où se trouve une femme; de manger tout ce qui est préparé par une femme. Ils ne pouvaient manger que des pains ou des carottes de manioc ou des maniocs doux cuits ou rouit sur des braises. Vient alors la guerre avec les soldats. Nos villageois sont munis qui de la corne à fétiche, qui du balai chasse-mouches. Un des villageois dit: "Fusil, ne me vois pas". Là dessus, ils tuaient beaucoup de soldats. Mais les activités des Noirs ne réussissent pas à cause des femmes. Nos villageois n'observaient plus des préceptes concernant l'efficacité du talisman, tels que recommandés par le féticheur. Et le talisman perdit de son efficacité. Les soldats reprirent alors le dessus. Avant cela, ils livraient un combat égal étant donné le respect aux recommandations concernant l'efficacité du fétiche. Lorsque la guerre devenait plus meurtrière, les villageois prirent fuite. Peu après ils sont sortis munis de jeunes feuilles de palmiers parfois portés au cou. Les corvées étaient diversifiées. Les uns gardaient des poules, les autres les étangs de maniocs, les autres encore étaient des boys et des manutentionnaires..
Les soldats Bokenge et Bosenge et leurs compagnons sont rentrés à Bokala chez le Blanc Ekumampulu. C'est lui le premier Blanc que les ancêtres ont vu. Il avait imposé la récolte du caoutchouc à tout le monde. Celui qui n'accomplit pas la quantité exigée est tué ou a la main coupée. Le chef de la récolte fut Bentendi (un Blanc). Il était remplacé par un autre: Itumbambilo. Il avait agi comme son prédécesseur. On avait acheté le caoutchouc contre du sel européen, mais on ne voulait pas l'utiliser dans la nourriture. Et un autre Blanc Ememe arriva. Il avait imposé et le caoutchouc et les amendes palmistes. Les noms des lianes à caoutchouc sont: Clitandra cymulosa, l'arbuste Balbergia isangiensis et une certaine espèce rare.
Le chef Bentendi obligeait les autochtones à vendre le caoutchouc à Bokatola. Cela a fait souffrir beaucoup d'Ekonda qui en sont mort inutilement.
A cette époque l'impôt n'était payé que par le caoutchouc. Peu après, ils le payaient à 3 frs prélevés de l'achat des amendes palmistes.
Les autochtones ne sont pas contents lorsque nous leur posons ces questions. Beaucoup de leurs parents en sont morts. Et cela à cause des Blancs à qui Dieu donna l'intelligence de fabriquer des armes à feu.
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FLANDRIA
442/116-117(l)
Jean-Ambroise YOLO, moniteur
RESUME: 4 Blancs arrivent d'autres contrées de Noirs, notamment de chez les Ngwaka, Ngbandi, Bakongo, Ngombe et Basankoso, où ils ont recruté des soldats. Guerre. Ikakota. Pacte d'amitié à la demande des Blancs. De nouveau la guerre du caoutchouc. Le roi interdit la guerre.
TEXTE
CE QUI S'EST PASSE ENTRE NOS ANCETRES ET LES BLANCS
Au début ce sont les Blancs suivants qui étaient venus: Nkake, Nkume, Is'e'Iwanga et leur chef Wilima. Tels sont les noms que les vieux leur avaient donnés. Ils avaient néanmoins leurs noms d'Europe. A leur arrivée, ils ont commencé d'abord chez les Ngwaka, les Bangwandi, les Bakongo, les Ngombe et les Basankoso. C'est là qu'ils ont recruté quelques Noirs qu'ils ont fait soldats. Voilà comment ils sont arrivés jusqu'ici chez nous les Undo
Lorsqu'ils sont arrivés chez nous, nos ancêtres disaient: "Ce sont des revenants". C'est parce qu'ils étaient blancs. Ils décidèrent alors de combattre les Blancs, mais ils avaient peur d'eux, car ils avaient des fusils. Ils sont allés alors à la recherche d'un fétiche Ikakota qui les rendrait invulnérables. Le fétiche interdisait entre autres: de manger ce qui a été préparé par une femme et d'avoir des relations sexuelles. On ne se nourrissait que du jus de Costus pressé, par des hommes. On sépara même les habitations entre hommes et femmes. Et pendant qu'on fait bouillir le fétiche, une femme ne peut pas s'y approcher ou tenir le bois. Si elle tient le bois, c'est son mari qui sera tué à la guerre. Et pendant qu'on bouillit le fétiche on chante: "la fumée, embrouillez. Si tu vas en mariage, songes de rentrer dans ton village. La fumée, embrouillez. Le Blanc est venu nous exterminer. La fumée, embrouillez"' Et dans le pot on voit les rangs de la troupe en guerre. A là guerre, si un soldat tire un coup de fusil, et qu'un de nous crie: "ne me voit pas", le fusil ne peut le tuer. Par contre nos gens ont tué les gens du Blanc à coup de lances et de flèches. C'était très spectaculaire. Le diable est puissant. Car ne peut mourir à coup de fusil que le détenteur de ce fétiche qui n'a pas observé des interdits. C'est pourquoi, ceux qui n'avaient pas ce fétiche sont morts par centaines. Les détenteurs avaient exterminés les soldats.'
Lorsque les Blancs remarquaient la diminution de leur personnel, ils ont demandé la fin des hostilités, et la signature d'un pacte d'amitié. Un de vos vieux, Likatsi j'Engambi, s'arma de courage et prit les devants. Il se présenta. Les Blancs lui donnèrent une couverture et un chapeau et l'investirent chef. On lui demande d'aller chercher tous ceux qui s'étaient enfuis dans la forêt.
Après leur sortie de la forêt, les fusiliers en tuèrent un bon nombre pour semer la panique. On leur ravit ensuite femmes et enfants, qui étaient les plus agréables à la vue. Celui qui s'y oppose est tué. On vous ravit une belle ceinture et on la fait remplacer par une liane de bananier. Les puits de chasse, et tout ce qui est planté derrière les maisons, sont pris de force. Qui s'y oppose est tué.
Après cela, on impose la récolte du caoutchouc devant être vendu aux Blancs. Le caoutchouc est-il de bonne qualité, lé chef du village est gratifié de pièces d'étoffes et des morceaux de sel. Si il est de mauvaise qualité, on tue les gens, à l'exception du chef du village. Cette guerre meurtrière avaient duré longtemps. Finalement le Roi interdisait la guerre et rappela les Blancs et leurs fusiliers de rentrer en Europe (2).
NOTES
1. Récit parallèle à 480.
2. Texte du chant en lomongo: "Ilinga lokekola! Ilinga lokekola ! Otswaka liala. Otswak'ola! Bondel'aoy'atooma.
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FLANDRIA
479/195-196
Louis IKILINGANYA, élève
RESUME: Les Blancs.. au nombre de 3, arrivent d'abord à Mbandaka. Faisant la reconnaissance des lieux avec leurs sentinelles, les Ikenge les attaquent. Ces derniers s'enfuient dans la forêt, mais ne peuvent y rester longtemps. Ils sortent faire la paix. A Bolondo, on les attaque aussi. Fuite des villageois dans la forêt, puis la paix. Même phénomène à Waka. Ils créent un poste à Bokatola. Caoutchouc et représailles. Un mauvais Blanc se suicide à Bokatola lorsqu'il fut blâmé. Et un Blanc catholique à Boimbo.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO
Jadis, on ne connaissait pas des vêtements, ni toutes autres choses des Blancs. Les Blancs étaient venus de l'Europe et se sont installés à Mbandaka. On chargea 3 Blancs: Ayuni, Longende et Is'ea Liwanga, et quelques soldats d'une mission de reconnaissance, à partir de la source, d'un terrain devant être amenagé pour un poste. Et ils partaient pour ce faire. Arrivés à Ikenge, ils s'arrêtèrent et retournèrent à Mbandaka. Quelques jours passaient et ils retournèrent encore pour continuer. Les Ikenge ne voulaient pas et leur barrèrent la route. Les soldats les combattirent et ils se réfugiaient dans la forêt pendant 6 jours. Dans la forêt ils se nourrissaient de fougères et de jeunes pousses blanches de Sarcophyrnium. Ces Blancs occupaient leurs-maisons. Ils avaient eu faim et avaient envoyé un d'eux aller voler un régime de banane au village. Mais cet homme fut tué. Le soir, tout le monde sortait de la forêt par l'extrémité du village. Ils disaient: "Nous voici, nous sommes sortis pour signer un traité d'amitié. Nous avons marre de la forêt". Ces Blancs acceptaient de signer le pacte et ils vivaient ensemble. Ces Blancs et soldats continuaient jusqu'à Bolondo. Les Bolondo les combattirent. Mais les Bolondo ne pouvaient pas faire face à cette guerre et ils se sauvèrent dans la forêt. Les villages environnants se disaient: "On apprend qu'une guerre des mânes se déroule à Bolondo, et les soldats ont occupé les maisons des Bolondo". Eux (les soldats) occupaient toujours le village, et les Bolondo se réfugiaient toujours dans la forêt. Huit jours plus tard ils envoient un message en ces termes: "Nous sortons pour signer un pacte de paix, nous ne voulons pas de guerre". Et ils agréaient le message. Ils acceptaient de créer d'autres postes à Bolondo et y affectaient seulement quelques soldats arrivés pour Waka.
Arrivée à Waka, les Waka les combattirent. Mais comme ils ne pouvaient pas y résister, ils firent de même que leurs amis. Et ils créèrent un poste a Waka. Là-dessus ils rentrèrent à Mbandaka.
Et on affecta le Blanc Ekuma. Il avait créé un grand poste à Bokatola. Il y résidait. Il ordonna à Lomboto, le chef des Noirs, d'envoyer un message à tous les villages d'aller dans la forêt récolter le caoutchouc pour en faire le marché. Mais à celui qui ne récoltera pas assez, on coupera une main ou une oreille, ou il sera tué par balle. Cela était arrivé effectivement à ceux qui ne récoltaient pas la quantité de caoutchouc exigée. Mais ayant appris que le Blanc tuait les Noirs, on lui dit: "Vous êtes venu pour tuer les Noirs?" Il eut honte et se donna la mort à coup de fusil. On l'à enterré à Bokatola.
Deux autres Blancs arrivèrent: Ambe et Is'e'Intole. Mais eux, ils arrêtaient des femmes et tuaient des hommes. La toute première corvée fut: tisser des couvertures des toits avec les feuilles du palmacée Delesperma mannii. Celui qui n'atteint pas le maximum est tué. Puis on imposa la chikwangue. Celui qui n'en fournit pas assez est tué. Ce n'est qu'après qu'ils ont imposé la corvée du caoutchouc. Les gens qui n'en récoltaient pas suffisamment étaient attachés contre un arbre, ensuite fusillés. Puis un Blanc de Compagnie, Mbile, arriva. Puis, une activité fut instaurée : les noix de palme. Ceux qui y travaillaient avaient 2 fr comme rémunération.
Un Blanc est venu interdire de tuer les gens, ce fut le Blanc de la SAB Bokukulu. Il résidait à Ingende, mais expédiait le caoutchouc à Mbandaka.
Puis un Blanc catholique commençait à enseigner se doctrine à Boimbo. Il était avec un Blanc de caoutchouc appelé Bakasimingi. Depuis lors les Blancs sont venue au Congo chacun avec son activité.
Si vous percevez le silence, c'est que c'en est fini.
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FLANDRIA
480/19'7-198 (1)
Atoine WINA, élève
RESUME. 4 Blancs viennent de chez les Bakongo, Ngombe, Ngbandi et Ngbaka, etc. Ils étaient accompagnés de soldats originaires de ces contrées. Les villageois décident de les combattre moyennant un talisman Ikakota. A cause de l'efficacité de ce talisman qui diminue l'effectif du personnel des Blancs, ceux-ci prennent l'initiative de faire la paix. Ce ne fut qu'un stratagème. On en profitât pour soumettre les villageois au caoutchouc. Et le Roi interdit la guerre.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Au début, les Blancs qui étaient venus furent: Nkake, Nkuma et Is'e'Iwanga, ainsi que leur chef Wilima. Tout au début leur action a d'abord eu lieu dans les contrées suivantes: chez les Bakone, chez les Ngombe, chez les Ngbandi et Ngbaka, et les autres. Après avoir vaincu ces gens, on donna à certains d'entre eux des fusils, et les voici dans nos villages Undo
A leur arrivée chez nous, les Bombwanja, nos vieux remarquant leur peau claire, se disaient: "Ce sont des mânes, ils ne peuvent pas cohabiter avec nous, en tout cas, nous devons les combattre". Mais se rendant compte qu'ils étaient armés de fusils, ils (nos vieux) sont allés à la recherche d'un talisman. Ce talisman, c'était Ikakota. Le talisman avait beaucoup d'interdits: ne pas manger ce qui a été préparé par une femme; ils ne mangeaient que ce qui était préparé par eux-mêmes; ils pilaient eux-mêmes le manioc. C'est pourquoi ils avaient séparé leur habitation d'avec celle des femmes. Et quand on fait bouillir le pot magique, une femme ne peut s'y approcher. Si une femme parvient même à toucher un bois de chauffage, eh bien à la guerre, c'est son mari qui sera tué. Et pendant qu'on chauffe le talisman, on chante:"fumée, barrage seulement, fumée barrage seulement. Si vous allez-en mariage, songez a avenir au village. Fumée, barrage seulement. Les Blancs sont venus nous tuer. Vapeur, barrage seulement'. Et on regardait dans le pot magique. Si on voit une ligne, c'est que la guerre va arriver. Pendant qu'on se bat, même si le fusilier tire à bout portant, le villageois ne sera pas touché par la balle, car ce faisant il crie: "ne me vois pas", ou encore "en vain". Eux les tuaient à coup de flèches ou de lances. C'était un fétiche très puissant. Car le détenteur ne peut mourir par balles que s'il n'a pas observé les interdits. Les Blancs en sont beaucoup morts. C'était une affaire très étonnante. Vraiment le diable est très puissant. Mais ceux qui n'avaient pas le fétiche sont morts de balles.
Lorsque les Blancs se sont rendus compte que beaucoup de leurs gens mouraient, que les effectifs diminuaient à cause de la guerre, ils ont demandé aux Noirs de signer un accord de paix. A ce temps, un vieux courageux s'est présenté et on l'a institué chef. On lui donna une couverture et un chapeau, et on lui demanda de faire appel à tous ses frères et sœurs. Ce vieux s'appelait Likatsi-Senior. A leur sorti, les fusiliers avaient tué quelques-uns par intimidation pour diminuer leur puissance. Ensuite, on leur ravissait femmes et filles, celles qui étaient jolies. Portez-vous une ceinture faite de la peau de l'antilope zébrée, on vous la ravit et vous ceint d'écorce sèche de bananier. Les clôtures de pèches dans les étangs, les sa fous ou des bananes, tout était ravi. Si vous ne cédez pas ces biens, on vous tue.
Après cela, on imposa aux gens de fournir le caoutchouc, pour le vendre aux Blancs. Au marché on testait la qualité en piétinant le produit. Est-il de bonne qualité parce que non dégonflée, on l'apporte au chef. On rémunérait par des pièces d'étoffes et des morceaux de sel. Mais, si c'est le contraire, alors on tue les gens excepté les chefs. Cette guerre meurtrière avait duré longtemps.
Ensuite le Roi interdisait la guerre, et les Blancs rentraient en Europe avec leurs fusils. On ne redonna par après que les chefs affectés un peu partout, rentrent chacun dans son village d'origine. Et là-dessus les gens recouvraient la propriété de leurs biens ravis. Chacun reprenait ce qui lui appartenait. Ceux dont les femmes n'étaient pas encore mortes, renouaient avec joie avec leurs conjointes. Et la terre devint moins chaude de façon agréable. La guerre a pris fin.
NOTES
1.Récit parallèle à 442.
2.Texte en lomongo: Ilingo o lokekola ! Ilinga lokekola àtswaka liala otswak'ola. Ilinga o lokekola. Bendele baoy'otooma.Ilinga o lokekola!
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FLANDRIA
616/261-262
Pascal-Joseph BASAMBI, élève
RESUME: Les Blancs résidaient d'abord à Mbandaka, puis vont à Ikenge où on les chasse. Puis la guerre Ikenge. Paix. Ils continuent à Bolondo où les flèches des villageois les accueillent. Guerre, Puis paix. Puis Bokatola. Caoutchouc. Un Blanc, missionnaire protestant, vient mettre fin à la guerre.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Jadis, nous ne connaissions pas beaucoup de choses, entre autres les vêtements, du sel, et tant d'autres articles des Blancs. Un jour, les Blancs débarquèrent en premier lieu à Mbandaka. Les villageois n'avaient d'ailleurs rien fait contre eux. Les Blancs résidaient d'abord à Mbandaka, mais ils envoyèrent en mission vers l'amont jusqu'à la source, un Blanc Molo à la tête des soldats. Puis ils remontaient le fleuve. Là-dessus, le père d'Ikenge les chassa: "Rentrez d'où vous êtes venus". Et ils rebroussaient chemin. Quelques jours plus tard, ils reprenaient l'itinéraire, mais ils leur barrèrent encore le passage. Les Noirs leur livrèrent la guerre, Mais les Blancs prenaient le dessus. Les Noirs se sauvèrent dans la forêt. Là, ils ne se nourrissaient que des fougères et des jeunes pousses blanches de Sarcophrynium. Ils y sont restés pendant 6 jours. Et la faim sévissait. Ils envoyèrent un d'eux chercher des bananes, mais on le tua. Un jour, tous les fugitifs sortirent par une extrémité du village, et disaient:"Nous sortons pour faire la paix. Ce qui veut dire : nous nous rendons. Les Blancs agréèrent cette déclaration et on vivait en paix. Ils affectèrent à Ikenge quelques soldats et un Blanc, surnommé Mbwamanga. Les autres remontaient vers la source avec leurs Blancs. Il étaient à Bolondo lorsque les villageois leur lançaient des flèches au bateau. Furieux, les Blancs tirèrent des coups de feu. Là-dessus les Bolondo et d'autres contrées riveraines voisines acceptèrent de faire la paix avec les Blancs. Puis ils vivaient en paix. Puis les Blancs rentraient à Mbandaka, mais ils ont affecté leurs sentinelles, les uns à Ikenge et les autres à Bolondo. Un autre Blanc y était affecté: Ekuma. Il est chargé de créer un poste à Bokatola, en collaboration avec le chef Lomboto. C'est le chef noir qui a commencé à cohabiter avec les Blancs à Bokatola.
La première corvée était la fourniture des tuiles végétales. Tous les villageois allaient les vendre à Bokatola. Le village qui n'en fournit pas assez est arrêté. Et on abandonna cette corvée. On instaura la fourniture des chikwangues. Ceux qui n'en fournissaient pas assez, avaient des mains coupées. Puis on abandonna la chikwangue. Les Blancs qui étaient à Mbandaka communiquèrent à leurs collègues d'ordonner la récolte du caoutchouc. Ceux qui n'en récoltaient pas assez étaient attachée à un arbre, puis fusillés. Et comme Ekuma faisait trop de mal aux Noirs, ses collègues lui avaient envoyé une lettre dans laquelle, il était écrit: "Vous êtes venu travailler, comment se fait-il que vous tuez encore des gens "? Couvert de honte, il se suicida par son propre fusil, à Bokatola.
Et deux autres Blancs arrivaient: Ambe et Is'e'Intole. Ils sont venus arrêter femmes et hommes. Mais un Blanc des missionnaires protestants vint mettre fin à la guerre. C'était Is'a Mpela. Et les Blancs commençaient à faire travailler les gens. Puis on commença la récolte du caoutchouc. Et on commença à payer des impôts sous le Blanc Bakasimingi.
A leur arrivée, les Pères ont d'abord résidé à Bokuma. Mais les protestants avaient créé leur mission à Bokatola. Dès lors arrivaient à profusion missionnaires catholiques et protestants au Congo. Et arrivaient aussi de même manière d'autres Blancs avec chacun sa spécialité professionnelle.
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FLANDRIA
632/285
Victor EKINDA, menuisier H.C.B. à Boteke (Flandria).
RESUME: Arrivée de Bokukulu; Ikakota. Révolte. Replie des Blancs à Ikenge. Iloko chef à Bontole. Récolte de caoutchouc. Sentinelle à Bontole. Tueries. Fin du caoutchouc et arrivée de la compagnie et vêtements.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Il y-a longtemps, pendant que nos ancêtres vaquaient à leurs occupations, ils voient un Blanc qu'on appelait Bokukulu, venir avec des gens. Ils disait: "Moi je ne suis pas venu pour la guerre, je suis venu pour le Commerce". Eux le dévisageaient avec ruse. Ils voulaient l'arrêter pour lui ravir ses biens. Ils voulaient lui percer de lances. Lui la rivière et rentra.
Après cela, en 1885, ils voient la guerre les envahir. Ils avaient un talisman appelé Ikakota. Et ils se battirent. Là-dessus, les Blancs se replient à Ikenge se préparer pour une grande guerre. Ce talisman exigeait qu'on ne pouvait pas faire des rapports sexuels. Maintenant que les Blancs sont rentrés, ils s'unissent avec leurs femmes. Et lorsque la guerre est arrivée, nos gens sont morts par milliers, et on prit fuite dans la forêt. Les Blancs avaient arrêté d'autres personnes et leur dirent: rappelez vos familles, qu'on conclue un pacte et qu'ils récoltent du caoutchouc". En ces temps-là, dans mon village Bontole, Iloko y'Omboli sortit le premier. On l'institua chef. On lui demanda d'appeler tous les autres de sa famille, et il le fit.
Les Blancs rentrèrent à Ikenge et laissèrent un fusil à Bontole. Là-dessus tout le monde sortit pour récolter le caoutchouc. Et ce fusilier ordonna: "Ne mangez plus de viande, ni poisson, ni bananes. Il envoya les hommes au caoutchouc et les femmes à la péché. Mais au cours de ce caoutchouc nos gens sont beaucoup morts. Si le caoutchouc est insuffisant ou de mauvaise qualité, on est tué. Les Blancs qui étaient là sont: Bosenje, Amba ea Yeba, Is'e'Iwanga et Bajunu. Ils habitaient Ikenge. Tels sont les noms des Blancs qui jadis ont habité Ikenge et avaient lutté avec nos ancêtres. Ikumengongo habitait Ingende, Ikoka Coquilhatville, voilà pourquoi les Blancs ont baptisé Coq à cause de ce Blanc. Et une lettre vint d'Ikengo à destination de ce fusilier lui interdisant de tuer les gens. Maintenant il n'y a plus de tuerie; et les Blancs des compagnies vont venir. Il convient maintenant de rétribuer quelqu'un qui récolte le caoutchouc. C'est à partir de ce moment que nos gens se sont procurés des vêtements. On les payait avec des chemises lignées. Nos gens de Bontole avaient surnommé ces chemises njela-ngomo (chemins de tambour cylindrique avec pattes). Après, on licencia ce fusilier, et on envoya le Blanc Ndombe. C'est fini.
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1.2. LA MOMBOYO (LUILAKA) ( back to top / haut de page )
INTRODUCTION
Nous entendons sous ce vocable la partie de la rivière qui continue la Ruki, donc de l'embouchure de la Busira jusqu'à sa source. Les groupes qui peuplent la région sont tous des fractions du peuple mongo ( Nkundo, Imoma-Mpongo, Booli ). Ils côtoient plusieurs groupes de pygmées (Batswa, Bilangi, Iyeki).
L'occupation coercitive par la SAB d'abord, puis par l'Etat y a été aussi active qu'atroce.
C'est encore von François qui a l'honneur de nous informer le premier sur le cours de la Momboyo et sur les peuples riverains de cette rivière, navigable sur 378 Km. Dans son excursion en 1985 il atteignit Yete.
Thierry a également reconnu l'endroit en vue d'en étudier les implantations de la SAB (1893). Jespersen ouvre son livre relatant son séjour dans les postes de la Momboyo.
Au début du siècle les missionnaires catholiques sillonnaient la région, mais ne s'y sont établis qu'en 1917 (Wafanya). Les protestants étaient déjà présents à Lotumbe en 1910. Le rapport Malfeyt "Inspection des régions Busira et Momboyo (cfr D. Vangroenweghe, Du Sang sur les lianes. o.c., p.213 et 281) en évoque l'exploitation économique et ses répercussions humaines en 1904.
BIBLIOGRAPHIE
1888 von FRANCOIS C., Die Erforschung des Tchuapa und Lulongo.
Reisen in Central afrika, Leipzig, 1888, p. 102123
1894 BRUNFAUT E., Le Mouvement Géographique, 1894, p. 102 (Carte jointe au n° du 8 décembre 1895).
1895 FIEVEZ L., Le District de l'Equateur, Le Congo Illustré, 1895, p. 7375; 8495; 9799.
1952 BOELAERT E., "Ntange", Aequatoria 15 (1952) 5862
1984 KANIMBA M., Aspekte der Kulturkontakte und des Kulturwandels am Beispied der Ruki-Momboyo Region (Hässler H.J. et Dotzler G., éds), Archäologie-Uberregional und interdisziplinar, Peter Lang, Frankfurt am Main, 1984, 4145.
1984. PREUSS J. FIEDLER L., Steingeräte aus dem inneren Kongobecken und ihre geomorpbologische Eiribindung. Beiträge zur Allgemeinen und Vergleichenden Archäologie 6 (1984) 220-247
1986 KANIMBA M., Aspects écologiques et économiques des migrations des populations de langues bantu, P. Lang, Frankfurt am Main, 1986, p. 466471
1987 EGGERT M.K.H., Imbonga and Batalimo: ceramic evidence for early seulement of the equatorial rain forest, The African Archaelogical Review (1987) 129145
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BOLONDO
640/300
Pierre BOTONDO, Moniteur à Batsina Nord
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Lorsque vivaient jadis nos ancêtres, ils ne connaissaient pas des Blancs. Sur ces entrefaites, les Riverains qui habitaient les bords des cours d'eaux, virent des gens blancs en train de voguer à bord d'un bateau. On les appelait des mânes. Ces Blancs étaient accompagnés de leurs hommes noirs. Puis, on commença à leur lancer des pierres dans le bateau. Et ils criaient: Nous ne voulons pas la guerre. D'ailleurs nous avons des lances plus nocives". Après cela, ils sont venus s'installer à Bolondo. Nos ancêtres n'en étaient pas d'accord et les combattirent. On s'est battu 3 fois. Au cours de la dernière, ils brûlèrent des maisons, et tuèrent un Blanc. Puis, ils sont rentrés acquérir un renfort, et c'était une guerre très meurtrière. C'était un événement de triste mémoire. Les Blancs qui étaient venus à ce moment étaient: Ntange, Wilima, Bajunu, Engende, Is'e'Iwanga, Ekuma, Njongonjongo et Batalatala. Au même moment, les ancêtres avaient leur fétiche ikakota. Le fétiche les rendait invulnérables aux balles. Après, les Noirs n'en respectaient plus les interdits et les Blancs prirent le dessus. En conséquence, ils sortaient faire la paix avec des Blancs et ceux-ci les soumettaient.
RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Là-dessus, les Blancs ordonnèrent la récolte du caoutchouc. Les ancêtres répondirent: Nous n'en savons pas les méthodes. Les Blancs répondirent: Quoi, allez-vous nier que vous n'avez pas de lianes à latex? Si vous refusez cette corvée, eh bien, on va vous tuer. Il s'en est suivi une épreuve de force. Les Blancs arrêtèrent un homme et l'attachèrent contre un arbre, puis le fusillèrent. Devant ce spectacle, les ancêtres sont entrés dans la forêt récolter le caoutchouc. Ce n'est pas qu'ils n'en connaissaient pas la récolte, mais ils refusaient tout simplement cette corvée. Finalement ils sont venus montrer aux Blancs la boule de caoutchouc et le Blanc en était d'accord. Ils tuaient les ressortissants d'un village qui n'avait pas récolté assez dé caoutchouc et coupaient leurs mains. On vendait ce caoutchouc à Bokatola.
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BOKATOLA/IWANGA
482/200
Joseph BOMBONGO, élève à Flandria
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC (1)
Les Blancs qui étaient arrivés avant dans notre contrée et à Iwanga étaient Ajunu, et Bongenda. Puis, on se battait. Ensuite, on signait un accord de paix. Là-dessus, on nous imposa le caoutchouc. Nous avons exécuté cette corvée, mais elle n'était pas agréable. Ceux qui n'en récoltaient pas assez étaient tués par balles. Les autres avaient des mains coupées qu'on boucanait, et qu'on emportait. C'est pourquoi, un proverbe dit: ce que fait le père, le fils ne le laisse pas. Vous mêmes, vous n'ignorez pas ce proverbe.
Lors de cette corvée, frères et soeurs étaient exterminés. Je ne peux pas déterminer le nombre de morts tombés dans mon village à cette époque.
Là-dessus le Blanc Ekuma arriva à Bokatola. A son arrivée le caoutchouc est interdit. On exécutait seulement des travaux convenables. Puis différentes choses arrivèrent dans notre contrée. Telles sont les choses que je connais, qui s'étaient déroulées dans notre contrée. Je ne vais pas chercher à allonger encore d'autres lignes. Excès de propos réveille un crocodile. Si vous percevez le silence, c'est que la flèche a percé la souche (2).
NOTES
1.Add. Boelaert: cfr 481"
2. Formule de conclusion.
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IKENGE/WAKA/BOKATOLA/BOLONDO
483/201202
François Robert BOSULU, élève à Boteka Flandria
RESUME:
En passage pour créer des postes, les Blancs sont attaqués par les villageois à partir d'Ikenge. Guerre entre les Blancs et les villageois. Refuge des villageois dans la forêt. Sortie et paix. Même scénario à Bolondo, à Waka et à Bokatola. Le caoutchouc est imposé à Bokatola où le Blanc Ekuma tue ou coupe un membre à ceux qui n'en récolte pas assez. Ekuma se suicide de honte à cause de son comportement qui est connu d'autres Blancs. D'autres corvées, e.a. les noix de palme. Missionnaires catholiques et protestants à Bokuma et Boimbo.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Jadis, on ne connaissait pas d'habits ni autres choses de Blancs. Les Blancs sont venus de l'Europe et se sont installés à Mbandaka. Trois Blancs, Ajunu, Longende et Is'a Liwanga, furent envoyés en amont pour faire la reconnaissance d'un endroit où on pourrait ériger un poste. Et ils partirent. Arrivés à Ikenge, on leur barra le passage. Et ils retournèrent à Mbandaka. Quelques jours passèrent, et ils revinrent pour passer. Ils ne furent pas d'accord d'être arrêtés comme la fois passée. Les soldats les combattirent et ils se réfugièrent 6 jours dans la forêt. Dans la forêt, ils ne se nourrissaient que de fougères et de jeunes pousses blanches de Sarcophrynium. Ces Blancs avaient occupé leurs maisons. Ils avaient eu grand faim et avaient envoyé un d'eux voler un régime de bananes au village. Mais cet homme fut tué. Le soir, tout le monde sortit de la forêt pour l'extrémité du village. Ils disaient: Nous voici, nous venons signer un traité d'amitié. Et ils répondirent: Nous en sommes d'accord. Et ils sortiront de la forêt et vivaient en paix.
Ces soldats et ces Blancs continuaient à remonter la rivière, et arrivèrent au village Bolondo. Et les Bolondo les combattirent. Mais comme les Bolondo ne pouvaient pas faire face à cette guerre, ils se sauvèrent dans la forêt. Et les villages environnants se disaient: "On apprend qu'une guerre des mânes se déroule à Bolondo". Et les soldats occupaient les maisons des Bolondo. Ils dormaient dans la forêt pendant 8 jours. Et ils sortirent de l'extrémité du village en disant: "Nous sortons pour signer un pacte de paix". Et ils en étaient d'accord.
Ils commençaient à créer d'autres postes à Bolondo. Ils y affectèrent quelques soldats et continuèrent. Ils arrivèrent à Waka. Les Waka les combattirent, et ce fut le même scénario qu'avant. Et on créa un poste à Waka. Puis ils rentrèrent à Mbandaka.
On affecta un autre Blanc Ekuma. Il avait créé un grand poste à Bokatola, et y résidait. Il ordonna à Lomboto, le chef des Noirs d'envoyer un message à tous les villages d'aller dans la forêt récolter le caoutchouc pour commencer. Mais à celui qui n'aura pas récolté pas assez, on coupera une main ou une oreille, ou il sera tué par balles. Cela arriva effectivement. Mais lorsque ses amis apprirent qu'il tuait beaucoup de Noirs, il en eu honte et se suicida par balles. On l'a enterré à Bokatola. Deux autres Blancs arrivèrent, c'étaient Amba et Is'e'Intole. Mais eux, ils arrêtaient des femmes et tuaient des hommes. La première corvée fut: tisser des couvertures des toits avec les feuilles de la Palmacée Lolesperma manii. Celle qui n'en livre pas assez est tuée. Après cela, on impose la fourniture de la chikwangue. Celui qui n'en fournit pas assez est tué. Ce n'est qu'après qu'ils ont réintroduit la corvée du caoutchouc. Ceux qui n'en récoltaient pas assez étaient attachés contre un arbre, ensuite fusillés. Puis un Blanc de la Compagnie
Mbile, arriva. Et on imposa une autre corvée, celle des noix de palme, qu'on achetait à 2 francs.
Un autre Blanc qui est venu interdire de tuer les gens fut un Blanc de la SAB. Il résidait à Ingende mais expédiait le caoutchouc qu'on récoltait à Mbandaka.
Puis un Blanc catholique commençait à prêcher à Bokuma. Et le Blanc protestant prêchait à Boimbo. Il résidait avec le Blanc du caoutchouc Bakasimingi. Depuis lors, les Blancs se sont installés au Congo, chacun avec sa spécialité. Si vous percevez le silence, c'est que ce dont je disposais a pris fin
NOTES
1.Add.E. Boelaert: "le D.483 = 479"
2. Formule de conclusion.
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IWANGA
481/199
Louis NKANGE, élève à Flandria
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Le Blanc qui arriva le premier dans notre contrée fut Ajunu, puis Bongenda. Il arriva au village Iwanga. A cette époque les Blancs et les Noirs ne se connaissaient pas. Ajunu et Bongende demandaient aux Noirs de signer un accord de paix. La guerre avec les Blancs était tellement atroce que les Noirs décidaient de signer cet accord.
Là-dessus on imposa la corvée du caoutchouc. On exécutait cette corvée, mais la mère des corvées (1). Si vous n'en récoltez pas assez, on vous coupe une main ou un pied. Après que la guerre était devenue atroce, quelques-uns se réfugiaient dans la forêt. La guerre les poursuivait jusque là. Les uns étaient tués à coup de fusil, les autres étaient faits prisonniers. On les reléguait très loin. Les autres avaient des têtes coupées, et les corps boucanés, puis le butin emporté dans les villages.
Lors de cette corvée, les frères et les soeurs étaient morts nombreux. Je ne peux pas vous donner le nombre exact des morts chez nous a cette époque. Là-dessus, le Blanc Ekuma arriva à Bokatola. A son arrivée, le caoutchouc est interdit. On exécutait seulement des travaux convenables. Puis, différentes choses arrivaient dans notre contrée.
Telles sont les choses que je connais concernant notre contrée.
NOTE
1. La corvée la plus désagréable
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MBANGE (BONGILI)
623/269270
Joseph LIKOOLA, charpentier H.C.B./Flandria, originaire de Mbange (Bongili)
RESUME: La SAB s'installa dès 1885 pour le commerce. Avant, elle a été l'objet de provocations par les Noirs. Guerre, et les Blancs rentrent en Europe. Les Noirs croient a les avoir vaincus, alors qu'ils sont allés recruter des sentinelles pour les combattre. Ikakota. Caoutchouc. Autres corvées, par des femmes. Fin du caoutchouc. Impôt et introduction de l'argent.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
En 1885, nous avons vu quelques Blancs commerçants. C'étaient des Blancs de la SAB appelés tous Bokukulu, car nos ancêtres ne connaissaient pas leurs noms. Ils étaient là dès 1885. A cette époque, ils n'étaient pas venus se battre avec nous, les Noirs. Ils étaient venus seulement vendre leurs articles: des perles, du sel, des vêtements et divers autres articles.
Ils étaient d'abord arrivés chez les Bakongo. Puis ils arrivaient à Wangata, à Coquilhatville. Puis ils atteignaient: Ikenge, Longa, Ingende, et tous les Riverains de notre contrée.
Les Noirs, dans leur stupidité, leur ont lancé des pierres, des flèches; ils ont fait la guerre avec eux. C'étaient nos Riverains. Et Blancs disaient: "Comment? On nous combat alors que nous sommes venus commercer". Là-dessus, les Blancs rentrèrent dans leurs villages. Et les Noirs disaient: "Ils nous ont craints à cause de notre férocité". Les Blancs sont allés prendre des fusils albini et des pistolets. Les Blancs revenaient avec la guerre des fusils. Ils ont enrôlé des soldats à Bofiji ainsi que chez tous les peuples de l'aval. On les a entraînés à manier des fusils. Ils accostaient chez nos populations riveraines d'Ingende et d'ailleurs. Puis ils commençaient une guerre générale. Ils ont créé un premier poste chez les Riverains d'Ikenge.
Les Blancs de la guerre étaient Ajunu et Is'e'Iwanga.
C'étaient des Blancs belliqueux. Et la guerre atteignit notre village Mbange, chefferie Bongili, territoire d'Ingende.
Les Moange les combattaient. Ils avaient pris le talisman "ikakota". C'était un fétiche très puissant. Ce fétiche a été acquis à la chefferie appelée Iyonda. On se battait alors. Puis les interdits du fétiche étaient transgressés progressivement. Cette guerre était appelée Nsong'a Lianja. Les Blancs étaient plus féroces que les Mbange. Les Mbange prenaient fuite, tantôt dans la forêt, tantôt sur les bords de la Jwale, vers Iyonda. Les Blancs ont tué la population de Mbange. Ils les tuaient très massivement, hommes, femmes, même des petits enfants. Tous les cadavres avaient des mains coupées.
Les soldats disaient Venez signer un accord de paix. Le notables Ifaso des
Mbange, sortit avec des jeunes feuilles du palmier. Les soldats lui ordonnèrent d'aller chercher tous les autres dispersés partout. Et notre village sortit de la forêt. On institua un chef d'hommes, Ifaso, et un chef des femmes Bakea. Les hommes étaient chargés de récolter le caoutchouc, un panier par village. Si la récolte n'est pas n'est pas suffisante, le chef en est tué, ou toute la population
de Mbange. Les femmes étaient chargées de fournir de chikwangues, de maintenir la propreté du poste. Les enfants étaient faits boys des sentinelles, et étaient aussi chargés de chercher du gibier. Ils ne pouvaient manger ni viande ni poisson, ni bananes. Si la récolte est suffisante, on paie au village du sel, des vêtements et autres articles.
Puis les Blancs abolissaient la récolte du caoutchouc. On démobilisa tous les fusiliers et on resta seulement avec des chefs. Et la terre devint pacifiée. L'argent fut introduit. On paya des impôts. Les Blancs de la prière arrivaient, et la terre devenait paisible.
Il n'y avait pas de poste à Mbange, mais dans un village proche, Bontole. Les fusiliers y résidaient, et c'est là qu'on a signé un traité de paix, et qu'on apportait le caoutchouc
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INGENDE
484/203-204
Jean ESONA, élève à Flandria
RESUME: La SAB arrive pour le commerce, mais se bat avec les Elinga. Le Blanc Ikoka affecte des sentinelles chez les Elinga. Ils font ainsi la guerre contre tous ceux qui ne récoltent pas assez de caoutchouc. Résistance par le talisman ikakota, puis soumission, et corvées. Finies les guerres. Succession des Blancs et suicide du Blanc Ekuma.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous étions entre nous, et la SAB arriva. Elle disait: Le but de mon voyage, c'est le commerce. Et ils accostèrent au beach. Nous, avec fureur, on leur demanda: "Quoi? Qu'êtes vous venus faire ici?. Ils répondirent: Nous faisons le commerce, que voulez vous?". Ces Blancs vendaient des perles que jadis on appelait "bendeli". Puis, ils se battaient avec les Elinga. Là-dessus, ils tirèrent un coup de fusil sur les Elinga. Quelques temps après, nous apprenions qu'ils avaient aussi tiré le long de la rivière Busira, c'est à dire chez les Bonsela.
Nous étions encore là, et Ikoka accosta à Ingende. Il coupa un grand arbre par sa scie, et l'arbre tomba. Et il rentra à Wangata Buya, c'est à dire à Coquilhatville. A ce moment, un mois n'était pas encore écoulé qu'on nous envoya une guerre qui nous avait exterminés. Et on affecta des soldats dans les contrées riveraines que voici Bokele, Nkombo, Bokuma, Ikenge, Isenga, Mpombi, Longa, Ingende,Mpama, Ifoma, Longa-moke, Boteke, Bolondo jusqu'au Lomata-lonene. Toutes les sentinelles apportaient des vivres et du caoutchouc à Bolondo. Ils ont traversé Bempumba, et d'autres Bosaa Loolo. Lors de la cohabitation les villageois n'étaient pas maîtrisables: le matin la guerre, le soir la guerre. Peut-être Dieu leur suscita un talisman appelé "ikakota". Voilà pourquoi ils en ont été un peu sauvés car c'était un fétiche très puissant. En voici les interdits: ne pas associer un lit avec une femme, ne pas manger des chikwangues coupés en morceaux, et tant d'autres. Ce fétiche rendait invulnérable aux balles. Lors du Combat avec les Blancs, ils chantaient: "Petite fumée, originaire du ciel, Oh petite fumée, fait monter le pigeon, pigeon, eau du ciel."Là-dessus, Léopold II décida qu'on arrête la guerre. Stanley arriva de l'Europe avec des lettres interdisant la guerre.
C'est pendant la guerre qu'on récoltait le caoutchouc. Et on affecta un vrai Blanc à Bokatola, et un autre à Ifoku. On ne faisait que récolter le caoutchouc. Puis on exigea le caoutchouc en forme de boule, de l'huile de palme, le copal, et du poisson. Mais nous, on n'en fournissait pas assez. Et Molo affecta les soldats un peu partout. Et les vieux chantaient: Molo a exterminé la parenté. "Empompo fils de Lonola". Là-dessus l'Etat ordonna: Tuez les". Wilima affecta des soldats partout. Ne restez pas chez les Elinga. On nous tuaient... impitoyablement. "Nous vous tuons ainsi à cause d'ikakota. Maintenant soyez des amis, et récoltez le caoutchouc pour nous. Les gens sortent avec des jeunes feuilles de palmier pour sceller l'amitié. Et ils reprennent la récolte caoutchouc. S'ils en récoltent moins, on les tue au cours d'un combat. Si on tue les gens, on leur coupe des mains qu'on envoient en Europe. C'est la main droite. Et ils continuaient à récolter le caoutchouc.
La première station fut Bolondo. Après Bolondo, c'est Bokatola. Léopold II dit: "Ne tuez plus les gens". Il s'en est rendu compte à cause du nombre impressionnant des mains. Il mit fin au caoutchouc. Il ordonna: "Fournissez le caoutchouc en boule, le copal, la chikwangue et de l'huile. Les riverains, du poisson". Puis Molo partit pour son village d'Europe. Et Iboto restait. Quelques temps après, Iboto tomba malade, et partit pour son village, et Esukafaya le remplaça à Mbala. Itumbambilo vint remplacer Boweya à Ikenge. Et il partit pour l'Europe. Bongetola arriva et remplaça Boweya. Là-dessus, Menemene vint remplacer Bongetola. Esofe remplaça Baki, et Boseya remplaça Esofe. Itumbambilo quitta Mbala et alla créer Ingende.
Itumbambilo résidait longtemps à Ingende. Le Blanc Makasi remplaça Amba. Itoko de Bongolomboka arriva à Bokatola. Ekuma is'ea Nkoso fut rappelé par sa famille en Europe. Il refusa et se suicida à Bokatola. Il s'était tué parce qu'on interdisait de tuer les gens, mais lui, tuait (1).
Telles sont l'arrivée des Blancs au Congo et la récolte du caoutchouc. Silence, c'est que c'est fini.
NOTE
1. Ekuma est le nom mongo de Charles Liwenthal (1866-1902),
le chef de poste, suicidé à Bokatola.
Biographie dans BCB V, 561-562, Version proche de la réalité sur sa mort par l'administrateur S. Veys, dans An.Aeq. 16(199.5)129-133
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INGENDE
677/Papiers Hulstaert
IMPOTE Polo (1)
Paul Mpetsi, témoin direct, raconte ses souvenirs sur l'arrivée des Blancs d'abord à Ikenge, puis à Ingende. Grâce à ikakota, on mit en déroute le Blanc et ses hommes. Après s'être repliés, les Blancs, profitant de la non-observance des interdits d'ikakota, réapparaissent et attaquent les Noirs. Le père du narrateur est tué, mais son fils le venge en tuant la sentinelle assassin de son père. Le fils de l'assassin a tenté plus tard de venger son père, mais en vain.
TEXTE:
CE QUE J'AI ENTENDU DU VIEUX MPETSI PAUL, CONCERNANT L'ARRIVEE DES BLANCS CHEZ NOUS A INGENDE
Longtemps avant, nos ancêtres et nos pères ne s'attendaient pas à ce qu'une guerre allait venir chez nous. Mais une information étant comme un oiseau, on apprenait une débandade totale d'Ikenge. C'est pourquoi, les ancêtres et les pères sont allés contracter le talisman ikakota qui exigeait des interdits suivants: ne pas coucher avec une femme, ne pas consommer les vivres préparés par une femme; la femme qui garde le talisman ne peut même pas causer avec un petit garçon pendant que les adultes sont en guerre. Elle ne cause qu'avec de petites filles.
Quelques temps après, la guerre fit irruption. Ils avaient beau appuyer sur la gâchette, en vain, pas de détonation. Beaucoup de soldats tombaient sous les flèches des villageois. Les Blancs, exténués, se repliaient à Mbaka(2). Là, ils demandèrent à leurs conseillers: "c'est quoi, ce phénomène? on appuie sur la gâchette et pas de détonation"! Les conseillers répondirent: Ils ont leur fétiche ikakota dont les interdits sont liés à une femme. c'est comme cette femme d'Ikenge qui nous a logés. Elle garde ce fétiche pour les Ikenge; il en existe d'autres ailleurs. Vous comprenez la cause? Attendons un peu, nous allons rentrer chez eux, et vous verrez. Quelques temps après, les soldats faisaient de nouveau irruption, mais les ancêtres et les pères croyant la guerre terminée, ont repris à manger la nourriture préparée par des femmes, se félicitant que les soldats les ont fuis. Deux jours plus tard, la guerre s'aggrava. En premier lieu, ils tuèrent notre mère d'Ikenge qui les avait hébergés. C'est pourquoi, un proverbe dit: "Il ne faut pas héberger un Blanc, car les Blancs ont tué la dame qui était à Ikenge qui les hébergea". C'est à cause de cet incident. De là, la guerre se répandit jusqu'ici chez nous. Ceux qui étaient à la chasse et qui en revenaient trouvaient la population décimée. Les enfants erraient partout. Le vieux Mpetsi apprit la nouvelle selon laquelle son père avait été tué par les Blancs. On lui demanda de ne pas y aller car la guerre devenait grave. Mais le vieux Paul Mpetsi n'écouta pas ces interventions et alla voir où gisait son père. Et comme il voulait pleurer, les femmes réquisitionnées pour leur préparer la nourriture lui
prévinrent de s'en abstenir car il risquait d'être tué. Il se résigna, mais on lui indiqua celui qui avait tué son père. Il se prépara à la manière d'un homme courageux, et vit l'assassin de son père qui inspectait la nourriture préparée par les femmes. Là-dessus, lé vieux Mpetsi fit sortir son couteau qu'il enfonça énergiquement dans le coeur de Longenga. Les gens accoururent pour le sauver, en vain et l'homme mourut. On arrêta le vieux Paul Mpetsi, on voulait le tuer. Mais, le Blanc s'interposa en disant: "c'est un vaillant garçon. Il convient que nous en fassions un soldat". Il travailla longtemps comme soldat, et regagna en fin son village. Après le service militaire, il devenait catéchiste dans son village Bokulu, secteur Duali, territoire Ingende.
Après quelques années, un soldat originaire de Bobwa vers Wele, appelé Katau Honoré était sergent à Ingende. Ce soldat est le fils de l'homme que le vieux Mpetsi avait tué. Et il savait bien que Mpetsi le catéchiste de Bokulu était l'assassin de son père. Il cherchait à tout prix à venger son père, car il était plein de rancoeur. Il cherchait à le tuer par tous les moyens, mais en vain. Il essaya même de l'empoisonner au cours d'une fête qu'il avait organisée, mais Mpetsi déclina l'invitation. Jusqu'à son départ pour la guerre de 40-45, Katau n'a jamais réussi à avoir le vieux Paul Mpetsi.
Tel est le peu que j'ai reçu de la bouche du vieux Mpetsi Paul.
NOTES
1. Avec 26 titres, P Impote a collaboré entre 1944 et 1959 aux périodiques: Le Coq Chante, Etsiko et Lokole Lokiso, sur divers sujets: chroniques et moralité.
2. Ne s'agit-il pas de Mbala qui est dans les parages?
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BONKOSO/IAMBO
485/2056211 Jean BOENGA, moniteur à Flandria (1)
RESUME: Molo est le premier Blanc qu'on voit ici. C'est un esprit pour les villageois. Il est suivi par la SAB dont les agents sont tués par les Bombomba. Viennent le caoutchouc, les corvées et la guerre. Le Blanc Ekuma se suicide.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS A BONKOSO IAMBO
Le Blanc qui est venu chez nous fut Molo. Molo avait accosté à Bolobo. Les gens qui sont allés au marché l'y ont trouvé installé. Les hommes et les femmes s'en étonnèrent. Ils dirent: "Ce Blanc, d'où vient-il"? Les uns disaient: "un esprit". Les autres: "un esprit". Il est accompagné des gens qu'on appelait pistonniers. De retour du marché, Ils racontaient la nouvelle à ceux qui étaient restés au village: "A Bolondo où nous sommes allés au marché, nous avons vu un être effroyable. C'était un Blanc ou un esprit, ou un revenant qui était entourée de plusieurs personnes". Cette nouvelle se répandit dans tous les villages qui nous étaient proches. Les gens disaient: "Restons attentifs, voyons ce qu'il va faire à Bolondo".
Molo habitait Bolondo. Il prit les vieux de Bolondo et les ordonna de récolter le caoutchouc. Il surnomma les garçons njakala (2), et ils plantaient le café et le cacao.
Les Elinga, ne sachant pas monter sur les arbres, déclarèrent: "Nous ne savons pas monter sur les arbres, il convient que nous allions échanger du poisson contre le caoutchouc chez nos Nkundo: Iambo, Besombo et Likoli". Tous les leur se mirent d'accord.
Un des nôtres nommé Bosekola Senior est tiré à bout portant par des pistonniers. Voici qu'un autre Blanc accompagné de soufflets et de beaucoup de gens vint passer. On l'appelait Bokukulu. Mais les Bombomba le tuèrent.
Molo ne restait qu'à Bolondo. Nous remarquions que les Riverains Elinga apportaient du poisson à profusion. On leur demanda: "Mais de quoi s'agit-il"? Ils répondirent: "Le Blanc que vous avez entendu chez nous a créé un poste, et il a planté du café. Les adolescents nettoient le poste, et plantent le cacao. Nous autres, nous ne savons pas monter sur les arbres. Nous sommes venus troquer du poisson contre le caoutchouc chez vous". Ces Riverains Elinga sont: Bolondo, Boteka, Longa et Bempumba. Ils étaient venus avec des paniers et des paniers de poissons échanger contre le caoutchouc: 8 boules de caoutchouc contre 10 poissons Clarias.
les Riverains étaient venus plusieurs fois pendant près d'une année. Et lui, Molo, toujours à Bolondo. Nous autres, toujours au village.
On avait entendu aussi une autre nouvelle de la part des Bombwanja: "La guerre des mânes est à Bokatola. Molo posta alors des sentinelles dans les plantations. Il y avait ainsi une sentinelle à Longa, à Ifoma, à Boteka, à Bempumba, et lui-même à Bolondo. Et il demanda aux Elinga: "où allez-vous récolter du caoutchouc"? Ils lui répondirent: "Nous échangeons du caoutchouc contre du poisson". Molo appela alors Itongola le chef de Bolondo et lui demanda: "D'où vient le son du tam-tam que j'entends souvent"? Il lui répondit: "Cela vient des Nkundo". Et Molo de répliquer: "Qui sont les Nkundo"? Itongola répondit: "Bonkoso et Bongili sont des Nkundo". Molo demanda: "Qui en sont les patriarches"? Itongola répondit: "Mbango à Bonkoso; Bofeke Is'Ekula à Bongili (Boamba)". Molo lui dit: "Communiquez-leur de m'envoyer deux chèvres". Molo demanda Itongola: "Ces Nkundo, sont-ils proches"? Le chef répondit: "Ils sont proches. C'est là que les Bilinga achètent le caoutchouc. C'est par exemple Iambo, Besombo et Likolo, et les autres (villages)". Molo répondit: "Bien, un jour les fusiliers iront là-bas".
Sur ces entrefaites, les fusiliers arrêtèrent les Elinga venus acheter le caoutchouc. Ils en tuèrent beaucoup parmi les Elinga et les terriens. Les cadavres jonchaient la terre comme des troncs d'arbres. Tout le monde prit fuite dans la forêt. Et les fusiliers rentrèrent à Bolondo. Et les fugitifs sortirent de la forêt. Ils ne trouvaient que des cadavres étendus à même le sol. Ils dépeçaient les cadavres et les mangeaient, surtout ceux des Elinga venus acheter le caoutchouc.
Et voilà que les vieux déclarèrent: "Comment se fait-il que ce Blanc, peut-être Lianja, qui est venu chez nous envoie des fusiliers pour nous tuer. Il faut que nous allions nous battre contre les Bolondo, qu'ils partent de chez nous. D'ailleurs, c'est le rival de Lianja". Les villages qui se réunirent en coalition furent: Bonkoso, Iyonda et Bombomba. Les vieux s'en allèrent et déclarèrent la guerre aux Bolondo. Molo d'une palissade de parasolier, prit tous les garçons qui plantaient du café à son compte, et prit aussi des fusiliers.
Iyonda et Bombomba traversèrent la Jwafa, et accostèrent au beach de Bosaa à Boala. Il s'agit de notre Bosaa de Bonkoso.
Les Bonkoso étaient allés du côté de Bakoka. Iyambo, Besombo et Likolo passèrent du côté de Bongale des Bolenge. Iyonda et Bombomba attaquèrent par la rive. Iyonda et Bombomba sortirent les premiers et le combattaient à Bonkoso même. Iyabo, Besombo, Likoli et Bongili n'étaient pas encore arrivés. La lutte s'engagea. Les détonations de fusils se firent graves. Certains n'y arrivèrent pas fuyant ces détonations. Ils se dispersèrent et se sauvèrent à qui mieux mieux parfois sans ceinture ni habit. Ils retournèrent chez eux à Iyonda et Bombomba.
Lors de la trêve, les coeurs ne sont pas tranquilles. Ils disent: "Rentrons encore le combattre. Chassons-le, qu'il parte de Bolondo". Pendant qu'ils préparent la guerre, Molo envoie ses sentinelles se cacher dans chaque village. Une à Nseke, une autre à Bonkoso et une autre encore à Wofa. Il n'y avait plus moyen pour eux de continuer à conspirer.
Les Elinga reprirent le commerce du caoutchouc. Les sentinelles les poursuivirent encore. Ils étaient à leurs trousses. Ils trouvèrent les Elinga et les Nkundo en train d'échanger le caoutchouc contre le poisson. C'étaient Iyambo, Besombo et Likoli qui commerçaient avec les Elinga. Les gens étaient vraiment en mouvement. Tant Elinga que Nkundo, personne ne s'inquiétait. Vers 4h00, le soir, les fusiliers qui avaient poursuivi les Elinga rencontrent quelqu'un qui s'appelait Lianja Nkange. C'est lui la première victime des fusiliers dans notre contrée. Il fut tiré à bout portant. La guerre se généralisa et n'épargna personne: hommes comme femme, jeunes comme vieux. Tous les Elinga venus pour acheter le caoutchouc furent exterminés à coup de fusil. Les clients des Elinga n'en furent pas épargnés. La guerre prit fin et les fusiliers regagnèrent leurs postes d'affection à Bonkoso. Molo lui-même toujours à Bolondo.
De retour de la fuite, les villageois trouvèrent des cadavres gisant partout. Ils enterrèrent les leurs, mais dépecèrent et mangèrent ceux des Elinga. Tous les Noirs s'enfuirent dans la forêt ou dans d'autres villages, à cause de la guerre des mânes qui se répandait. Tous les Bonkoso se réfugièrent à Bongili et à Bombwanja.
Les fusilier qui résidaient à Ifoma se mobilisaient et allèrent en guerre. Ils sortirent à Elinga, Etoontale et Bokuku. Empole les combattirent. Ils prirent aussi fuite et se réfugièrent dans d'autres villages comme à Boamba. La plupart des Bonkoso et des Bongili résidaient à Boamba.
Là-dessus, un homme nommé Is'Itoko avait un fétiche appelé "Ikakota ". Les Noirs pensaient. qu'ils pouvaient convaincre les Blancs par ce fétiche. Un certain Ntaa de Boamba alla chercher ce fétiche "Ikakota" chez Is'Itoka à Bokala d'Iyonda. Ntaa vint avec le fétiche. Il raconte les interdits et les intérêts liés à ce fétiche. Il dit: "Frères et Soeurs, venez tous voir ce fétiche. Même si on vous tire un coup de fusil, vous ne serez pas blessé; des balles, en vain. Voici les interdits de ce fétiche ikakota:
1) ne pas manger des morceaux de chikwangues, mais des beignets;
2) ne pas manger les mbaala;
3) si vous préparez quelques chose, que les bois ne se heurtent pas;
4) que maris et femmes s'abstiennent des rapports sexuels.
Et pour les hommes qui vont en guerre: qu'ils se lavent avec le fétiche, et qu'ils le portent en bandoulière. Ce n'est que comme cela que personne ne sera atteint d'une balle.
On construisit une maison pour ikakota, et on l'y installa lui seul. Et on clôtura cette maison. On mit le fétiche dans un pot en terre. On coupa la tête de quelqu'un et on mit son sang et des poumons dans le pot où se trouvait le fétiche. On les mélangea d'autres fétiches et les hommes s'en servaient pour prendre bain. Ceux qui s'étaient induit d'ikakota ne pouvaient plus s'enduire du fard rouge, mais seulement du kaolin blanc.
Les fusiliers partirent en patrouille dans la contrée. Itela y'Ebongola à Etoontale. A Bongili, c'est Is'Emela venu du côté de Bokatola. Après l'acquisition d'ikakota, tous les vieux décidèrent de faire la guerre. Ils sont allés combattre is'Emela. Ils encerclèrent sa maison.
Ils étaient 9 fusiliers. Et ils crachèrent des coup de feux. Les vieux répliquaient en criant: "Ulumo; ulumo" (3). Mais les soldats continuaient à tirer. Là-dessus 2 soldats trouvèrent la mort. Bakea est mort, il était originaire de Bonkoso. Is'e'Iwanga alla rendre l'âme à Bonganga où était affecté un autre fusilier appelé Ekombe ea joso j'Eyenga.
L'efficacité magique du fétiche fut édulcorée. On viola les interdits d'ikakota. On faisait des rapports sexuels. Et ce fétiche perdit sa puissance. Si les vieux avaient pu tuer 2 soldats, c'est grâce uniquement à ce fétiche. Les vieux de Bonkoso, Bongili et Elongo se dispersèrent fuyant la guerre. Il traversèrent la Jwale et allèrent s'installer à Iyonda chez Is'Otoka à Bokala où ils avaient pris le fétiche.
En ces temps-là, un Blanc surnommé Ekuma arriva de l'Europe et débarqua à Bolondo. Beaucoup de soldats, innombrables. Ekuma n'était pas désigné pour occuper Bolondo, il était désigné plutôt pour Iyonda où habitaient les gens au fétiche ikakota, à Bokala. Ekuma envoya ses gens en guerre à Iyonda. Une bataille subite alla par Balemba et une autre par Isoombo. Et toutes les factions furent irruption à Bokala. Aucun vieux ne fit face, tous s'enfuirent, et allèrent s'installer à Wele. Et Ilange et Iyonda prirent fuite. Wele est un village d'Iyonda.
Ekuma habitait toujours à Bokala. Il affecta des sentinelles dans toute la contrée de Bokala. Les vieux d'Iyonda et d'Ilanga se liguèrent et partirent combattre Ekuma et ses soldats. La sentinelle qu'Ekuma avait placée à Iute fut tuée à coup de lance la nuit. Il parvint à rejoindre son collègue près du feu, et là il tomba et mourut. Le Blanc Ekuma réunit tous les soldats. Les vieux l'attaquèrent par surprise lui et ses soldats. Les vieux prirent leur fétiche ikakota. Ils crièrent fort: "égares-toi devant moi, fusil". Ekuma et ses gens tiraient, mais les vieux répondaient toujours: "égares-toi devant moi, fusil". Quelques soldats moururent sur place. Ekuma et d'autres prirent fuite. Ils allèrent très loin. Ils traversèrent la Jwale et arrivèrent chez le Ngombe. Il quitta Ngombo et alla à Iyambo où était affecté le soldat Loola. Molo l'avait affecté à Iyambo. Ekuma rencontra Loola. Ekuma fuyait la guerre de Bolondo jusqu'à Iyambo. Il descendit à Bolondo chez Molo.
Ekuma ne mangeait que les frites de bananes et des carottes de manioc. Les provisions qu'il avait apportées de l'Europe étaient systématiquement pillées. Ekuma fuyait la guerre et alla habiter Bolondo avec Molo. Quelques temps après, on réaffecta Ekuma à Bokatola.
On fit appel à 2 Blancs avec 200 ou 300 soldats. Les noms de ces Blancs sont Bajunu et Bongena. Ils partirent en guerre à Iyonda. Ekuma fuyait ikakota. Arrivés à Iyonda, ces Blancs combattirent les vieux. Ils prirent le dessus sur les vieux. Ils en tuèrent beaucoup. Les uns faits prisonniers, les autres s'en fuirent. Encore une fois leur fétiche ikakota perdit de sa puissance magique.
Les Ilanga qui étaient partis pour Iyonda devenaient comme esclaves. A la moindre incartade, ils étaient tués. Bajunu et Bongena s'installèrent à Mbala. Ils créèrent une station à Mbala Iyonda. Les Ilanga, excédés par l'esclavage à Iyonda dirent: "Venez et allons au village, retournons à nos emplacements délaissées du village. Que le Blanc nous tue au village". Là-dessus, les Bofili viennent, ils sont désignés sentinelles. Leur chef Ekombe et Wilima. Sans tarder on les fit traverser la Jwale. Ils vont s'installer à Boamba. Ekombe ea Wilima, le chef, habitait Boamba. Ekombe ea Wilima dispersa ses hommes dans tous les villages et forêts pour tuer les gens. Tous ceux qui étaient dans la forêt en sortirent craignant la mort. Ils se dirent: "Sortons, demandons au Blanc de conclure la paix et demandons lui pardon".
PACTE DE PAIX ET DE NON AGRESSION RECIPROQUE
Le chef des soldats, Ekombe ea Wilima des Bofiji. dit: "Venez avec vos arcs pour les garder sur l'étagère et revenez le lendemain matin les rechercher pour que nous allions dans la forêt à la recherche des gens".
Ils vinrent avec leurs arcs et les déposèrent sur l'étagère. Les soldats le reprirent et s'en approprièrent. C'était un ruse. Ekombe ea Wilima dit: "Je vous ai ravi les arcs. La guerre a complètement pris fin. Mais le Blanc veut que vous récoltiez le caoutchouc".
Les vieux répondirent: "Nous ne savons pas récolter le caoutchouc". Les soldats répliquèrent: "Venez que nous vous apprenions comment récolter le caoutchouc. Les vieux étaient d'accord. Et ils partirent récolter le caoutchouc dans la forêt avec les soldats. Les soldats dirent: "Que chaque village remplisse un panier de caoutchouc sinon on va tuer les contrevenants".
On sort de la forêt. Ceux qui ont récolté la quantité exigée ne sont pas tués. Mais ceux qui n'en ont pas accompli sont tués. "Vites au gibet". On tuait sans exception, hommes et femmes. Tous les vieux allaient vendre le caoutchouc à Bokatola. Si la quantité n'est pas suffisante, on les tue sur place. Ils y allaient deux fois par mois. Le vendredi, on rassemble le paquet. Le samedi, ils vont à Bokatola. Et les vieux continuaient à récolter ainsi le caoutchouc, Et on continuait toujours à tuer ceux qui n'en récoltaient pas assez. Et le mot d'ordre contre eux était: "Vite au gibet".
A ce moment, Lomboto et Itota étaient des chefs. Lomboto, originaire de Bokatola, et Itota, originaire de Boulama. Et les Blancs: Ekuma et Bajunu, Botigena Is'Ewanga, et à Bolondo, Molo. Is'Ewanga partit pour Iyoko. Bajunu quitta Bokatola et alla combattre les Bolondo. Molo qui voulait s'installer à Bolondo ne faisait que la guerre aux vieux, et ce matins et soirs. Il ne put donc résider à Bolondo. Il partit. D'autres Blancs se disséminèrent ailleurs dans de nouvelles stations.
Ekuma resta à Bokatola. Quelques temps après, Ekuma commanda une fanfare de chez son père et sa mère en Europe. La musique résonna à Bokatola. Ekuma accueilli la fanfare. Ekuma appela toutes les sentinelles des villages à Bokatola chef-lieu du poste administratif. La guerre prit fin. Mais les vieux continuaient le caoutchouc et la vente des chikwangues. Ils les vendaient en même temps que le caoutchouc. Les chefs livraient le caoutchouc et les chikwangues. Si la quantité est inférieure on les tue. N'a la vie sauve que le chef qui fournit assez de caoutchouc et de chikwangues.
Et Ekuma dit: "Maintenant que la guerre a pris fin, que tous les soldats viennent ici à Bokatola faire la parade au rythme de la fanfare. Commandant Polo résidait à Mbandaka. A ce moment Mbandaka n'était encore qu'une brousse, sans encore l'aspect d'une ville. Commandant Polo apprit qu'une fanfare résonnait à Bokatola chez Ekuma. Il envoya une lettre à Ekuma lui demandant de venir avec sa fanfare. "Ekuma dit-il, serait-il devenu un autre commandant à Bokatola"? Ekuma reçut la lettre, mais répondit: "Cette fanfare, je né l'ai pas obtenue de leur service; c'est la fanfare que mon père et ma mère m'ont envoyée de l'Europe. Je refuse, je n'y vais pas". Ekuma répondit ainsi donc à la lettre du Commandant Polo. Ce dernier répliqua: "Lui, Ekuma a usé de la désobéissance; il cherchera par où aller dans son village en Europe. Je l'ai d'ailleurs communiqué même à ses parents en Europe. Le Commandant quitta Mbandaka et alla à Bokatola accompagnés de soldats pour reprendre la fanfare. Il voyageait à bord du vapeur Ngbangba. C'était une sorte d'allège, mais motorisée. C'était un moteur abasourdissant. D'où l'idéophone ngbangba. Le vapeur accosta à Ikenge. Ils débarquèrent et s'en allèrent. Tous le villageois et les soldats se rassemblèrent à la station de Bokatola. Le Commandant prit la fanfare et sans y passer la nuit, retourna pour passer la nuit à Ikenge. Et il rentra à Mbandaka avec la fanfare.
Un Blanc était à Ikenge et s'appelait Boweya w'isok'Etoko. S'il avait ainsi barré la rivière, c'est parce que les Bofiji enlevaient nos gens vers eux. Boweya installa une alarme et des surveillants pour suivre le passage des gens. Touchait-on à la corde, l'alarme sonnait. Les surveillants l'entendaient et réveillaient le Blanc. Les soldats sortaient avec des fusils et tuaient tous les récalcitrants. Les surveillants passaient des nuits au beach. Les morts et les blessés flottaient sur la rivière. On n'enterrait pas des victimes.
Ekuma toujours à Bokatola. Il communiqua à son père et sa mère que le Commandant lui a ravi la fanfare qu'ils lui avaient envoyée. Son père et sa mère le réprimandèrent sévèrement. Ils lui dirent: "Vous avez tort. Il fallait tout simplement remettre la fanfare au Commandant". Il se fâcha violemment. Il se dit: "Je n'irai plus jamais en Europe". Il rassembla nourriture et boissons; mangea et but. Il écrit une lettre et la déposa sur la table. Il appela son domestique appelé Efumbu, originaire de Ngombe Etoontale. Ekuma lui dit: "Prends ce fusil et tue-moi". Efumbu répondit: "Moi, je ne tue pas un Blanc". Ekuma s'habilla de ses plus beaux habits et se coucha dans un fauteuil. Il plaça le canon sous le menton, décrocha la détente par le pied et le coup de fusil se fit entendre. Ekuma mourut.
Les gens se dirent: "D'où sort ce coup de fusil"? Le clairon sonna, la troupe se rassembla, et remarqua par la fenêtre que le Blanc s'était suicidé. Tous les gens se rassemblèrent, on sortit le cadavre. On cria: "Ekuma s'est tué lui même, par coup de fusil. Là-dessus le Blanc qui était à Ikenge, Boweya w'Isok'Etoko et les soldats partirent pour Bokatola.
Le Blanc Boweya prit connaissance de la lettre (testament) d'Ekuma. Il s'est vraiment suicidé. Boweya enterra le cadavre à Bokatola. Il appela tous les soldats et les permutèrent. Les uns furent envoyés à Mbandaka et les autres à Iyoko. Il leur dit: "Si un Blanc arrive à Bokatola, on fera alors appel à vous". Il n'y a que Lomboto qui resta à Bokatola au même titre qu'un Blanc. Itota était à Boulama. Les deux avaient le même âge. Les deux imposaient aux autochtones: de l'huile de palme, du poisson frais, même séché, ainsi que toutes sortes de nourriture. Ils les envoyaient ensuite à Ikenge chez le Blanc Boweya. Lomboto en faisait aussi beaucoup de prélèvements, la majeure partie était à lui. Il arrêtait des gens, en tuait les uns, et en faisait d'autres ses esclaves. Si un de ses parents venait a mourir, il lui sacrifiait un homme comme on sacrifie une chèvre ou un chien. Aucun Blanc n'arrivait plus à Bokatola. Il n'y avait qu'un Blanc à Iyoko, nommé Is'Ewanga, et un autre à Ikenge, Boweya.
Un certain Efoloko, originaire de Bowele était venu du service avec un grand manteau imperméable, de couleur noire. Et Lomboto l'ordonna: Efoloko apporte moi ce manteau qui me convient à moi qui suis chef". Efoloko répondit: "j'ai acheté mon manteau avec des mitako, je ne vous le donne pas. Vous n'êtes pas chef pour les biens d'autrui. Lomboto ne supportait pas la réponse. Il envoya une expédition punitive à Bowele. Un homme fut tué par balles. Il s'appelait Nkondo. Efoloko lui coupa la main et l'apporta au Blanc à Ikenge. Il dit au Blanc: "Maintenant on a interdit d'utiliser des fusils et de tuer des gens, alors pourquoi Lomboto tue-t-il des gens? Voilà qu'il vient de tuer Nkondo à cause de mon propre manteau. Si doute il y a, voici la main de Nkondo après que Lomboto l'ait tué". Ce Blanc, c'est Abaki qui avait créé le poste de Boweya. Et Abaki répondit: "Donc Lomboto continue à user du fusil, et de tuer les gens?. Alors qu'il ne se conforme pas aux instructions de l'Etat. Il convient ainsi de prévenir les Blancs Bajunu et Bongena, que nous leur envoyons cette main qu'ils la voient".
Là-dessus les commandants s'en allèrent en guerre. Ils accostent à Ikenge chez le Blanc Abaki. Ils débarquèrent à Bokatola. Ils demandèrent: "Dites-nous ce que fait Lomboto ici". Les gens répondaient: "Il tue les gens et en vend d'autres. Il tue les gens qu'il arrête. Il vient d'en tuer un Bowele à cause du manteau d'Efoloko. Il avait demandé à Efoloko son manteau que ce dernier lui a refusé. Il déclara alors la guerre et Nkondo fut tué". Le Commandant ordonna: "Demain matin, Lomboto et son frère Bongoso viendront m'accompagner à Ikenge".
Lomboto et son frère cadet se levèrent et l'accompagnèrent à Ikenge. De passage à Boulama et à Bowele les gens déclarèrent: "Commandant, ne remettez plus Lomboto et son frère ici". Et c'est comme cela que tous les villages déclaraient.
On arriva à Ikenge. Les juges leur firent perdre le procès et les arrêtèrent. On les achemina à Mbandaka. Lomboto était un vieillard, très âgé. On le relégua à Boma.
Son frère Bongoso fut empoisonné par une purge et rendu impuissant. Il ne pouvait plus épouser. Là-dessus le Commandant Polo partit et aucun Blanc ne revint plus.
Quelques temps après, les Blancs arrivaient en grand nombre, hommes et femmes. Au début ils n'étaient pas aussi nombreux. A leur arrivée, ils ont vécu en bons termes avec les Noirs. C'est le règne de la Belgique, en d'autres termes, le début de la civilisation. Voilà les Noirs au service des Blancs. Les noms des soldats qui étaient dans chaque village: à Iambo, Loola et Bokali et les autres; à Esombo, Bampoko et Kongo; à Ilongo, Ifumbwanjanga et Lofele, à Engonjo et Boyeka, Ebote et Boyeka. Les premiers Commandants à Mbandaka étaient: 1) Ntange, 2) Wilima, 3) Ampoloso. Wilima alla à Bolondo. Il fut chassé par la guerre comme Molo. On l'a chassé à coup de flèches et il s'en alla à Bankanja. Ntange resta à Mbandaka. Ampoloso aussi. Celui qui était à Kitambo Léo ordonna: "Cessez de tuer les gens, la guerre a pris fin". Ntange ne voulait pas que la guerre prenne fin. Ils remplissaient des paniers avec des mains mutilés des cadavres humains.
N.B.: J'ai oublié une chose lié à la relégation de Lomboto. C'est au moment où on avait interdit de tuer les gens.
NOTES
1. Auteurs de 7 articles, entre 1938 et 1959 dans le Coq Chante, et Lokole Lokiso, sur les fables, la chronique de Boteka et environs et sur les funérailles. En 1956, il pose une question au Père Boelaert sur le Concours de l'ARSOM (Lokole Lokiso, 15 nov. 1956, p.2).
2. Mot d'origine étrangère, signifiant adolescent (D.1442)
3. Cri de guerre pour rendre inopérants les coups de feu.
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FLANDRIA
615/260
Justin ITOKO, élève à Flandria
RESUME: Les guerres intestines précèdent l'arrivée des Blancs. Les Blancs viennent pour le commerce, mais les Noirs les importunent, et la guerre de Lofembe s'en suit. Les Noirs tuent un Blanc de la SAB. Fuite des Noirs dans la forêt par suite des représailles. Les Noirs prennent des Blancs pour des mânes. L'Etat interdit de tuer. Caoutchouc. Exactions, puis la paix.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Aux temps où vivaient les ancêtres, dans le village, les gens s'entre-tuaient et se blessaient; les gens se décimaient par des guerres intestines. Les Blancs ont ensuite cherché des voies et moyens pour atteindre notre terre. Ils y sont venus et ont trouvé cette terre. Les gens ont aussi cherché les voies et moyens pour tuer les Blancs. Et les Blancs avaient arrêté beaucoup de gens. Et comme les gens ne cessaient de les importuner, les Blancs ont fait appel aux gens qu'ils connaissaient: les anciens combattants. Ceux-ci avaient fusillé beaucoup de gens et en avaient fait d'autres prisonniers. Cette période est appelée la guerre de Lofembe.
Les Noirs avaient tué un Blanc de la SAB à Lokongwa Wilima. Dans certains villages, il n'y a plus de survivants, à l'exception de ceux qui avaient pris fuite. Devant ce spectacle, on arrêta de les tuer, mais la guerre de Lofembe continuait quand-même. Certaines personnes en étaient terrifiées et se réfugiaient dans la forêt. D'autres y étaient restées. Ceux qu'on arrêtait étaient conduits à un village appelé Ekombe où on les tuait à l'ombre dé l'arbre Pseudospondias microcarpa. Les gens commençaient à résister. Mais les Blancs les tuaient à cause de leur propre stupidité. Ils prenaient des Blancs non pour des hommes mais pour des mânes. Ils s'en exclamaient: "Quel genre d'hommes avec une peau si claire". Mais l'Etat interdit de tuer. Et ce fut la fin des tueries massives. Mais, ils se tuaient en cachette entr'eux. l'Etat ne se lassait pas de pacifier par la guerre et trouva un moyen qui mit fin à des tueries.
DU CAOUTCHOUC
Lorsque les villageois ont commencé à abandonner de mauvaises habitudes, la première corvée que l'Etat a imposé fut le caoutchouc. Il demanda à celui qu'il avait institué capita de venir avec des gens au jour et à l'heure fixés. Il en fit le recensement avec indication du nom, du père, de la mère et du village d'origine. Puis il ordonna à tout le monde de récolter le caoutchouc. Et l'on se dispersait. On rapporta le caoutchouc, et rien d'autres. Ceux qui n'avaient pas de caoutchouc étaient fusillés devant tous, non en cachette. Puis il imposa à chacun le poids précis à apporter, à défaut de quoi le récalcitrant était tué. Par peur de mourir, ils commençaient à en fournir autant qu'imposé. Mais avant c'était très compliqué, car ils ne savaient pas comment récolter le caoutchouc. Ce n'est qu'après que les autochtones ont retenu de bonnes lianes à caoutchouc: la Clitandra cymulosa, la bomuke et l'intsic.
Les gens commençaient à se rendre visite, et passer seul à travers une forêt mitoyenne. On n'en sortait pas survivant jadis. Actuellement, c'est bien. Si vous percevez le silence, c'est que ce récit est terminé.
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BOLONDO
611/253-255
Albert ILUO, moniteur à Flandria
RESUME: Ikoka arrive en bateau. Il est attaqué près de Flandria. Un soldat originaire de cet endroit aide à riposter et le village est attaqué par 50 soldats. Le patriarche Iyole de Bolondo conclut la paix avec Ntange. Imposition du caoutchouc.
TEXTE:
La venue des Blancs et le temps du caoutchouc à Bolondo. Au retour d'une inspection de chasse, nous apprenions qu'un Blanc appelé Ikoka avait remonté la rivière jusqu'à Ifoma d'aval, où il est descendu à terre. Il est allé à Nkelengo, et y a tué deux hommes. Il retourna au beach, reprit place à bord de son bateau, et rentra en aval.
Nous sommes restés et six mois s'écoulèrent. Après ces mois, un autre Blanc nommé Ntange arriva en bateau et accosta à Benkombo, près de Longa d'aval, dans une crique nommée Botendo. Lui, il ne voulait pas se battre, il voulait que les indigènes fassent paix et s'unissent à lui. Mais beaucoup ne voulaient pas la paix. Aussi il se fâcha, tira et tua des gens. Puis il débarqua chez les Nkundo de Bolondo et Ikengo. Il y resta un jour et retourna au beach monter à bord du bateau et remonter la rivière. Pendant cette montée, il ne s'est pas battu en route. Mais arrivé au grand Longa d'Eambela c.à.d. le Longa près de Boteka, on l'attaqua. Ils lui barrèrent la route et il ne put accoster à la rive, car les gens l'y attendaient. Aussi il resta au bateau, sur la rivière, avec beaucoup de soldats. Parmi ces soldats, il y avait un nommé Ilanga originaire de Longa d'aval. Il dit à Ntange: "N'accostons pas, pour ne pas être tués. Mais donnez moi 50 soldats, je les conduirai par Ifoma d'aval et le sentier Bansende". Le Blanc lui donna 50 soldats. Ilanga les mena par un chemin raccourci. Ils débouchent sur un étang près de Longa et attaquent le village qui est battu. Le Blanc fait cesser le combat, puis il dit aux soldats: "Passez par terre tandis que je continue par eau, et rejoignez-moi à Belondo". Partout où ils passent ainsi à l'improviste les soldats tuent toute personne qu'ils rencontrent.
Les soldats qui sont passés par route, venaient de Longa. Ils passèrent par Bongale et arrivèrent à l'improviste à Belondo. Et Ntange s'installa ici à Bolondo sans faire la guerre. Il dit: "Que le chef d'ici vienne, que je l'informe". Iyole, le patriarche de Belondo, alla chez Ntange conclure la paix. Ntange le félicite, et lui dit: "C'est bien comme tu as conclu la paix avec moi; je vous informe que je veux habiter ici. Vos enfants et vous d'un côté, et moi de l'autre".
Après que Ntange s'est installé, il dit à Iyole,: "Appelez tous les Elinga du bas que je leur dise ce qu'ils doivent faire". Iyole appela les Elinga, mais deux jours passèrent sans qu'ils ne viennent. Ntange se fâcha et ordonna à ses soldats de poursuivre les Elinga partout dans les marais pour les tuer, leur couper la main et lui apporter ces mains. Et les soldats partirent en pirogues, traquant les Elinga et tuant un grand nombre. Voyant qu'ils ne pouvaient y résister, les Elinga viennent demander la paix au Blanc.
Quand ils sont venus se soumettre, Ntange était content, mais il leur dit: "Vous êtes des imbéciles. J'ai d'abord envoyé Bokukulu (un Blanc) pour faire du commerce avec vous, et les gens d'Ifulu l'ont tué, et quand je m'amène moi même, Bekombe m'attaque. Maintenant vous aussi vous m'avez attaqué en négligeant mes ordres. C'est pour cette négligence que je vous ai tués. Mais ma colère est finie. Je vous donne mes soldats pour vous surveiller dans les travaux que je vous impose. Ces travaux sont faire du caoutchouc, tant par les Elinga que par les Nkundo".
RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Ce sont les Elinga qui ont commencé la récolte du caoutchouc. Voici comment Ntange leur apprit le travail. Ils devaient couper les lianes à caoutchouc; puis enduire le latex sur le ventre. Quand ce latex est séché, ils devaient l'enlever du ventre et en faire des caillots mais sans les salir. Là-dessus Ntange affecta des soldats comme sentinelle dans chaque village, pour surveiller le travail du caoutchouc. Chaque fois qu'on apporte du caoutchouc la sentinelle doit regarder s'il y en a assez et s'il n'est pas sale. Quand il n'y en a pas assez ou quand il est sale, il vous tue. Quand la sentinelle a inspecté ce caoutchouc, il conduit tous les hommes avec leur caoutchouc chez le Blanc. Puis le Blanc pèse le caoutchouc et paye les récolteurs avec des chapeaux de feutre, des mitakos, des couvertures et du sel.
DEPART DE NTANGE
Ntange part pour fonder le poste de Nouvelle Anvers. Molo lui succède et vient occuper le poste de Bolondo-Isili. Mais pendant qu'il est là, les Elinga ne supportent plus le travail du caoutchouc. L'un après l'autre s'enfuit.
Voyant cela Molo comprend que les Elinga ne supportent plus ce travail, et il le supprime. Mais il leur impose d'autres corvées: du poisson, le copal, les lianes.
Et voici qu'apparaît le talisman ikakota. Les Nkundo avaient ce talisman. Ils l'apportèrent chez les Elinga tuer des soldats qui surveillent la pêche, pour qu'eux, ils volent des poissons. Voyant que les Nkundo tuent beaucoup de sentinelles avec leur talisman ikakota, on envoya une lettre à Ntange, à Bankanja (1) pour lui faire part de la situation. Ntange écrit une lettre au Blanc Wilima qui résidait à Coq pour prendre 300 à 400 soldats. Il doit les répartir en deux groupes qui doivent aller tuer les Nkundo parce qu'ils ne veulent pas prendre l'initiative de conclure la paix. Ils ont tué les sentinelles de Bolondo par leur talisman ikakota.
Wilima rassembla les soldats, et les répartit en deux groupes. Il prit 300 soldats et les confia au Blanc Bajunu. Il dit: "vous passerez par Bikoro et vous irez jusqu'à Bombomba. Partout où vous passerez, après avoir tué les gens, vous placerez immédiatement des soldats et vous imposerez la corvée du caoutchouc à tous les Nkundo et ces soldats vont les surveiller".
Voici comment les Nkundo devaient faire du caoutchouc: Ils devaient couper des lianes et en recueillir le latex dans des récipients, puis y ajouter du suc de bosanga; ils devaient mélanger ce suc avec le latex et en faire des boules qu'ils devaient apporter au marché où le Blanc les achèterait, comme il fait avec le caoutchouc des Elinga.
Un autre groupe de soldats, il le confia au Blanc Bongenda. Il dit: "Vous prendrez ces soldats-ci à bord du bateau Ewolo, et vous irez jusqu'à Boyela. Partout où vous passerez, l'un tuera les gens de l'intérieur, l'autre ceux de la rivière. Et vous placerez des sentinelles". Wilima voulut ainsi que ces deux groupes se rencontrent à un même endroit.
Après cela arriva une lettre d'Europe, du Roi Léopold II, disant: "La guerre est finie dans les chefferies Bongili et Bonkoso; les indigènes sont fatigués et n'ont plus de force pour se battre. Supprimez le poste de Bolondo-Isili et commencez un nouveau poste à la contrée des Iyonda et Bombomba". Molo supprima le poste de Bolondo sur ordre du Roi Léopold II.
Après, un autre Blanc nommé Ememe, venant de Bikoro, arriva à Bolondo, mais n'y resta que six mois. Alors le Blanc Bongenda de Mbandaka, prit Ememe et alla avec lui fonder le poste à Mbala. Bongenda ne fit que conduire puis redescendit avec son bateau.
Pendant qu'Ememe était au poste de Mbala, Léopold II mourut en Europe. Le Roi Albert prit le pouvoir et promulgua ses nouvelles lois, défendant les guerres au Congo. Il envoya au Congo les Blancs du commerce et ordonna aux Blancs de l'état de gouverner le pays. Il envoya les Blancs de la Prière pour enseigner la religion. C'est le commencement de la civilisation. Nous remercions le Roi de nous avoir libéré du règne des Arabes. Deuxièmement nous le remercions d'avoir défendu les guerres entre région au Congo; 3è d'avoir envoyé les Blancs des compagnies et de l'Etat. mais surtout d'avoir envoyé les Blancs de la prière pour que tous les hommes connaissent Dieu, pour que la civilisation accroisse dans notre pays, le Congo.
NOTE
1. Bankanja = Makanza (ex Nouvel Anvers)
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FLANDRIA
613/258
Petelo WENGA, élève à Flandria (1)
RESUME: cfr celui de 612
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO (2)
Pendant que nous étions entre nous, S.A. arriva et nous informa: "Le but de mon voyage, c'est le marché". Puis ils accostaient au beach. Nous y accoururent pour la guerre en leur demandant: "Qu'êtes vous venus faire ici?". Et ils répandirent: "Nous vendons des articles, mais que voulez-vous?" Ces Blancs vendaient des perles qu'on appelait "Bendeli". Puis ils se battaient avec les Elinga. Ils tirèrent un coup de fusil sur les Elinga. Nous apprenions par la suite qu'ils ont remonte la Busira jusqu'à Bonsela. Là-dessus, Ikoka accosta à Ingende. A peine débarqué, il coupa un grand arbre à l'aide de sa scie et l'arbre tomba. Puis il rentra à Wangata-lez-Coq. En moins d'un mois, on nous surpris par une grande guerre qui nous décima sans pitié. On affecta des soldats dans tous les villages Elinga que voici: Bokele, Nkombo, Bokuma, Ikenge, Mpama, Isenga, Mpombi, Longa, Ingende, Longa Moke, Boteka, Bolondo. Toutes les
sentinelles acheminaient la chikwangue et le caoutchouc à Bolondo. Les sentinelles traversaient Bempumba. Les autres Loolo. Les villageois étaient têtus. Ils ne se laissaient pas faire: la guerre le matin, la guerre le soir. Là-dessus, peut-être Dieu suscitât un certain talisman appelé ikakota. D'où un peu de salut pour eux, car c'était un fétiche très puissant. Ce fut vraiment un talisman de Dieu en ce qu'il imposait des interdits que voici: ne pas avoir des relations sexuelles avec une femme, ne pas manger des chikwangues coupées en morceaux. Pendant la guerre le talisman rendait les villageois invulnérables au balles. Ce que faisant, ils chantaient: "Fumée originaire du ciel remonte comme un pigeon". Là-dessus, Léopold II interdit la guerre. Stanley apporta une lettre de l'Europe, lettre selon laquelle la guerre avait pris fin.
RECOLTE DU CAOUTCHOUC
C'est pendant la guerre qu'on récoltait le caoutchouc. On envoya alors un Blanc de l'Europe pour résider à Bolondo. Il s'appelait Molo. Molo affecta des soldats partout. A ce moment on chantait: "Molo a décimé les parents; tourterelle qui déplante. Puis on affecta un autre Blanc appelé Wilima à Bolondo. Il nous a tués en grand nombre et sans pitié. Les Blancs disaient: "Nous vous avons tués à cause d'ikakota, maintenant concluons la paix, et fournissez le caoutchouc, le copal, les amendes palmistes et les chikwangues pour nous". Là-dessus, les Noirs sortaient avec des jeunes feuilles de palmiers pour conclure la paix. Ils cueillaient le caoutchouc, mais ceux qui en fournissaient moins étaient tués et la main droite coupée, puis envoyée en Europe. Léopold II dit: "Il y a trop de mains, cessez de tuer les gens". Il interdit le caoutchouc et en recommanda ceux en forme de boulettes. Il exigea aussi le copal, de la chikwangue, de l'huile de palme, et aux Riverains Elinga du poisson.
Après cela, Molo partit pour l'Europe, et Imboto le remplaça. Imboto, malade, retourna dans son village, et fut remplacé par Esukafaya, à Mbala, et à Bolondo Itumbambilo prit sa place. Boweya qui était à Ikenge retourna en Europe. Il fut remplacé par Botetola. Puis Esofe, révoqua Baki Bosenja. C'est fini. Si vous percevez le silence, c'est que la machette a coupé la souche.
NOTE
1. Auteur d'une moralité et d'une chronique de Bokuma dans Lokole Lokiso 1 et 15 déc. 1955, p.5 et 15 juillet 1956, p.2.
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ELANGA
661/334335
BOKETSU Is'a Mbangela (témoin direct)
RESUME: L'arrivée de la SAB précédée des prodiges dans le ciel. Le Blanc avait des marchandises, mais il a été attaqué lors de son passage, et dépossédé de ses fruits par les Noirs. Le Blanc Ikoka arrive et tue un homme. Il lui coupe la main. D'autres Blancs viennent, et c'est le génocide. Occupation policière des villages. Caoutchouc. Exactions et tueries. Révocation des sentinelles et fin du caoutchouc. Copal, huile de palme, Argent.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous vivions entre nous, mais d'abord on disait: "Les grains de maïs sont arrivés". Puis une épidémie de jiques nous envahissait. Quelques-uns en moururent. Un mois plus tard, c'était "là torche de Lianja": pendant que nous fermions les poules, une grande étoile fila à l'Est. Nous avons crié croyant que c'était la guerre. Après le passage de cette étoile, de nombreuses autres fusaient dans le ciel.
Après cela, un Blanc de la SAB arriva avec des cauris, de longues perles assez minces et d'autres marchandises. Il naviguait vers la source. A son retour, on lui barra le passages. Nous lui avons ravi ses Mbole. Un mois seulement après, le tout premier Blanc, Ikoka, arriva. Il avait tué une personne, et lui avait coupé une main. Il remonta là rivière. Après Ikoka, ce furent successivement, Ntange Wilima et Molo. Le génocide s'installa. Et nous ne disposions même plus de forêt où se réfugier. La guerre devenait atroce. Des mères jetaient leurs enfants. Ces Blancs disposaient d'à peu près 80 mille soldats. C'était seulement pour décimer les Congolais. Un village comptait-il 200 habitants, il n'en restait que 50; un autre avait 400 habitants, il en resta 130 seulement.
Ils continuaient en amont mais laissaient des sentinelles fusiliers, à raison de 2 par village. Ils convoquèrent les villageois et leur dirent: "Venez pour que nous vous apprenions à récolter le caoutchouc". Nous allions vers eux et ils nous disaient: "Laissez coaguler le latex sur votre poitrine et détachez-en le caoutchouc en boulette. Des poitrines furent écorchées. Ces boulettes étaient données aux sentinelles qui les faisaient expédier chez le Blanc Molo à Bolondo. Puis, on imposa l'usage des paniers. Chaque village avait 5 à 6 paniers. En récolte-t-on moins qu'exigé, on tue 10 personnes du village concerné. On en coupait des mains qu'on expédiait ensuite à Bolondo. Et comme Bolondo, était loin, nous allions à Bokatola chez Is'e'Iwanga. Lorsque le caoutchouc était encore expédié à Bolondo, Molo arrêta 50 personnes qu'il ligota et jeta dans la rivière. Du génocide. Molo fut révoqué. Puis c'était à Bokatola et à Ikenge. Is'e'Iwanga fut remplacé par Ekumankunja.
Longtemps après, pendant que nous vivions ainsi, une lettre parvint à Ekuma avec l'ordre suivant: "Renvoyez des sentinelles, la guerre a pris fin. Et les fusiliers étaient révoqués. On fournissait seulement du copal et de l'huile de palme. Ainsi, l'introduction de l'argent.
D'abord ce fut la SAB, ensuite Ikoka, puis Ntange, Wilima et Molo. La SAB n'avait pas tué des gens. Ce n'est qu'Ikoka qui a tué. Il avait tué deux hommes et leur avait coupé des mains.
Mais le plus grand nombre d'assassinats ont été commis par Ntange, Wilima et Molo. La SAB n'était venue que pour son commerce. Elle allait en amont acheter ses fruits comestibles du Canarium. Revenue pour passer, nous lui avons ravi ses fruits que nous avons ensuite emportés. Peu après Ikoka arriva. Nous ne nous sommes pas battus avec lui. On le fuyait plutôt. Il ne faisait que tuer. Wilima, Ntange et Molo étaient escortés d'au moins 8.000 soldats. On ne s'est pas battu. On fuyait seulement la détonation des fusils. Mais il nous décima littéralement. Il est venu nous apprendre le caoutchouc. Il voyait comment on pourrissait dans la forêt et en plein air. Voyez, on pouvait se battre si on y était resté. On l'a essayé en vain, car on ne supportait être exposé à l'extermination croissante.
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BAONJE (FLANDRIA)
607/243
Jacques NJOKU, moniteur
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Les Blancs qui étaient venus les premiers au Congo étaient: Ikoka, Ntange et Wilima. Les subalternes en étaient:.Molo, Is'e'Iwanga, Molo, Iboto, Bajunu, Longenda. A la fin de la guerre, on affecta Boweya et Bongetola à Ikenge. Au départ de Ntang'ea Wilima, on affecta Lomami, chef à Coq. Puis Abaki remplaça Boweya et Longetola à Ikenge. Abaki fut remplacé par Esofe.
C'est Ntang'ea Wilima qui leur avait imposé le caoutchouc. La première récolte se faisait par des paquets; la deuxième par des petits paniers; la troisième par des paniers à écopage; la quatrième par des paniers fermés lorsqu'il s'agissait du copal. Si ces récipients ne sont pas remplis, on fusille le capita.
Le premier poste où on achetait le caoutchouc fut Bolondo. Mais à cause de la guerre, on le transféra à Bokatola. Puis on le transféra à Mbala Loonje pour que le caoutchouc soit acheminé en aval, à Ikenge. Les Blancs étaient appelés de différentes manières: Nsong'a Lianja, Ntendele, Bondele, Etumba ey'ambulu mbuli.
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FLANDRIA
612/256-257
Joseph ILOKO, élève école HCB
RESUME:SAB arriva. Le commerce des perles contre vivres; les Blancs se battent avec les Elinga; ils remontent la Busira vers Lokumo; Ikuka (Ikoko?) à Ingende; Suicide de Ekum'is'ea Nkoso à Bokatola.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO
En ces temps là, la SAB arriva. Elle disait: "Le véritable but de mon voyagé, c'est acheter des vivres". Puis ils accostaient au beach. Et notre réponse fut: "qu'êtes-vous venus faire ici?". "Nous vendons des vivres, nous vendons des vivres" répondirent-ils. Et ils disent encore "Nous vendons des vivres, mais que voulez-vous?" Et on acheta les premières perles vues chez nous. Puis ils se battirent avec les Elinga. Entre temps, ils ouvrirent le feu sur les Elinga. Ensuite ils passèrent par la rivière Busira à destination de Lokumo. Sur ces entrefaites, Ikuka accoste à Ingende. Après avoir accosté à Ingende, il coupa un grand arbre à l'aide d'une scie. Et il retourna à Wangata, vers Coquilhatville. Quelques temps après, ils nous livrèrent une grande guerre qui extermina tout le village. il commença par Bokele, et affecte des soldats dans tous les Elinga. Au-delà de Bokele, il installa quelqu'un à Nkombo; de Bokuma, Ikenge, Isenge, Mpombi, Longa, Ingende, Mpama, Ifoma, Longa-moke, Boteka, Lomata lonene jusqu'à Bolondo. Les sentinelles apportaient les chikwangues et le caoutchouc à Bolondo. Ils traversaient Bempumba. Les autres à Bosaa-Loolo. Lors de la cohabitation, les indigènes étaient têtus: la guerre le matin, la guerre le soir. Ils dirent: "Vous autres, combattez toujours".
LE FETICHE APPELE IKAKOTA
Voilà qu'advint un fétiche appelé "Ikakota". Et les gens se firent initiés à cette pratique magique. On fit alors la guerre aux Blancs qui étaient à Bolondo. Et Blancs se réfugièrent sur l'autre rive. Et ainsi "Ikakota" se répandit partout. Là-dessus les Blancs écrirent une lettre, Ici nous ne sommes pas en paix nous nous sommes réfugiés de l'autre côté de la rivière, car les indigènes nous attaquent. Ils ont un talisman très puissant. Quelques temps après, le talisman perdit de sa puissance. Les interdits en étaient: ne pas coucher avec une femme, ne pas déplacer le bois du foyer. Les hommes ne peuvent pas manger le poisson etate (Gnathonemus), mais plutôt le poisson bosombo (Gephyronglanis conginus), manger, sans laisser des reliefs. Si vous mangez du poisson etate, on vous abat dans votre maison. Ils s'enduiront du kaolin blanc et s'affrontèrent. Au coup de feu, ils répondent:"A côté". Ils sont rangés comme suit: le premier porte la corne à fétiche, le deuxième avec la lance, et le troisième tenant la liane rotin. Et ils invoquent: "O fumée qui enlèves les obstacles, O fumée originaire du ciel! Fais monter une colombe originaire du haut". Et ils accostent de nouveau à Ingende.
Ils nous dispensèrent d'un trait. Ce talisman veut qu'on ne partage pas de lit avec une femme. Entre-temps, le talisman perdit de sa puissance, et on nous tua. Ensuite Léopold II interdit les tueries. Il envoya Stanley. Un autre Blanc s'appelait Wilima. Et Léopold II ordonna qu'on tue de mauvaises gens.
LE TEMPS DU CAOUTCHOUC
Après la guerre, on commença à récolter le caoutchouc. On envoya un Blanc à Bokatola, un autre Ifoko, pour faire récolter le caoutchouc. Là-dessus on commanda de fournir les fruits Anthoclitandra robustior, de l'huile, du copal et du poisson. Mais nous ne leur avons pas suffisamment fourni ces produits. Et Molo envoya partout hommes et soldats. Et les vieux de faire observer: "Molo a fait changé de parenté - Empompo à Lonola". Et l'Etat ordonna:"Tuez-les" et. Wilima affecta des soldats partout. "Ne restez jamais à Elinga". On nous tua impitoyablement: Nous vous tuons ainsi à cause de ikakota. Maintenant, concluons la paix et récoltez du caoutchouc pour nous. Les gens sortirent avec des jeunes feuilles de palmiers pour conclure la paix. On récoltait le caoutchouc. Et si les gens n'en apportent pas assez, on les tue, à la guerre. Lorsqu'on tue les gens, on les coupe la main droite. Et on envoie (ces mains) en Europe. Et on continuait à récolter le caoutchouc.
Le premier poste, c'est Bolondo, puis Bokatola.. Léopold II ordonna: "Ne tuez plus des gens". Cela veut dire qu'il a vu beaucoup de mains. Il supprima le caoutchouc. On ne fournissait que les fruits Anthoclitandra, le copal, la chikwangue et de l'huile de palme. Les Elinga fournissait du poisson.
Ensuite Molo rentra dans son village en Europe. Iboto resta. Par après Iboto devint malade et rentra chez lui. Et Esuk'afaya remplaça à Mbala. Et Botetola remplaça Boweya. Et Manemane remplaça Botetola. Esofe remplaça Baki. Et Bosenja licencia Esofe. Et Itumbambilo remplaça Imbala. Et Imbala alla travailler à Ingende. Itumbambilo habitait longtemps à Ingende et il fut rejoint par Amba. Après, le Blanc Bakasi vint remplacer Amba. Itoko y'ongolomboka arriva. A Bokatola, c'est Ekuma is'ea Nkoso. Ses parents le rappelèrent en Europe, mais il refuse. Il avait contracté beaucoup de dettes de ses amis. On lui avait tellement envoyé des lettres réclamant des dettes qu'il se suicida à défaut de les payer, parce qu'on avait interdit de tuer les gens. Et il se suicida. C'était un dimanche. Il s'habilla élégamment, s'assied sur une chaise et se suicida à coup. de fusil. Terminé.
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BOLONDO
649/310-311
Gaston WABI, moniteur Bolondo-Plantation
RESUME: Boyau w'onkandela et Enyala sont les noms de tous les Elinga. Refuges dans là forêt après coups de feu; Ikakota. Dans la fuite les villageois se tuent entre eux. Paix. Buka institué chef. Comment on fonde un village. La forge.
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Jadis, nos ancêtres ne connaissaient pas des Blancs. "Boyau w'onkandela", tel est le surnom qu'on avait collé aux Blancs. Les Blancs qui sont venus faire là guerre chez nous étaient tous appelés Enyala. Ils sont venus de chez les Nkundo. Nos gens avaient pris fuite après avoir entendu une détonation de fusil. Ils abandonnaient vivres et bétail. Ils se cachèrent loin, dans la forêt ou dans d'autres villages. Ils pensaient que la guerre ne pouvait pas arriver aussi loin. Mais on les poursuivait jusque là et on les tuait.
A cette époque, même les autochtones étaient des criminels. Ils tuaient des femmes enceintes dans la forêt. Les Bambulu étaient comme des soldats des Blancs. Ils rapportaient la main gauche du cadavre à leur chef. Les ancêtres avaient utilisé le fétiche "ikakota" lors de cette guerre. Il rendait les villageois invulnérables aux balles des soldats. Le fétiche interdisait de consommer la nourriture préparée par une femme. A la guerre, ils exécutaient des chants de guerre.
Après la guerre, celui qui s'était présenté le premier chez le Blanc s'appelait Buka. Il fut institué chef. Puis il sonna le tam-tam pour rassembler tous les fugitifs. Et on tua beaucoup de gens. On déporta d'autres. Mais au début les Blancs étaient venus vendre des perles.
LE PROPRIETAIRE DU VILLAGE
Nos ancêtres, pérégrinaient avec leurs vassaux Batswa. Arrivaient-ils dans la foret, ils s'y installaient. Le maître se reposait, mais demandait au vassal de le précéder par un sentier. S'il y trouve un cours d'eau ou une forêt inhabitée, il s'en approprie. Ensuite, il retourne chercher le maître. Il lui informe: J'ai obtenu un ruisseau et une forêt. Ils s'y rendent, défrichent le terrain et posent des fondations pour des maisons. Ils s'y installent. Puis d'autres personnes les suivent et viennent habiter avec eux. Et un grand village est créé. Dès lors, c'est celui qui était arrivé le premier qui est le propriétaire du village, car il en est à l'origine.
SOUFFLEMENT DU HAUT FOURNEAU
On active le haut-fourneau par des mains. On chauffe des pierres qu'on ne rencontre pas n'importe où, mais au fond des ruisseaux. On utilise du charbon à partir de l'arbre Uapaca guieenis. La pierre devient une arme après avoir été forgée. Le forgeron ne mange jamais le serpent cobra.
Le soleil se couche, c'est que l'obscurité est devenue totale (1).
NOTE
1. Formule de finale.
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NGONDA
(WAKA)
459/141-144
Robert EALE
RESUME: SAB responsable de la récolte du caoutchouc; un Blanc à Ifulu; sentinelles dans le groupement Besombo; 6 mois de marché de caoutchouc sans problèmes; Blanc tué à Iyonda-Bombomba; les Besombo refusent de tuer les sentinelles; sentinelles tués à Lotumbe par Isenge; On pensé être libérés dés Blancs; deux Blancs et 3 sentinelles à Mbala pour le caoutchouc; les sentinelles tuent, les Blancs emprisonnent; contrôle sur la consommation de vivres; les sentinelles installent des capitas; Tueries pour le caoutchouc; on quitte Mbala pour Belondo et après à Lotoko; répression à Boangi; récolte de copal.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS DANS LA PROVINCE DE L'EQUATEUR (1)
On a beaucoup souffert à cause du caoutchouc. L'Etat ne faisait pas récolter le caoutchouc pour tuer les gens. Mais la SAB était autorisé à acheter le caoutchouc. Cette compagnie agissait de son propre chef. On lui concéda toutes les contrées pour y surveiller la récolte du caoutchouc entre les années 18951909.
RECOLTE DU CAOUTCHOUC
A ce moment, à Besombo, on, n'avait pas encore vu un Blanc. Puis, nous apprenions qu'un Blanc était arrivé à Ifulu. Là-dessus, il envoya trois sentinelles Eanga, Ngoleangombe et Ebunabuna. Ces sentinelles allèrent s'installer à Ngonda de Esukulu. C'est alors que les gens récoltaient le caoutchouc et le vendaient chez un Blanc qui était à Ifulu. Ce Blanc était surnommé Ifumo. Il échangeait le caoutchouc contre les objets suivants: diverses sortes de perles, des cauris, et des vêtements. Ils ne donnaient pas de vêtements à n'importe qui, seulement au capita: une pièce d'étoffe d'environ un mètre. Et les gens venaient contempler cette pièce d'étoffe. Le marché du caoutchouc dura à peu près 6 mois sans incident.
Puis, les Bombomba et Iyonda nous communiquèrent: "Nous avons tué un Blanc. Alors, vous, les Besombo. attaquez ses sentinelles qui sont chez vous". Mais nous ne les avons pas attaqués, et ils sont rentrés dans leurs villages. On les tua plutôt à Lotumbe, lorsqu'on les fit traverser la rivière. C'est Isenge qui les noya.
C'est Bompengo qui nous informa que les Bombomba et Iyonda avaient tué un Blanc. Après la mort du Blanc, nous n'avons plus été soumis à la corvée du caoutchouc. On s'amusait beaucoup, on buvait. Nous pensions que les Blancs ne reviendraient plus, que nous ne récolterions plus du caoutchouc. Cela a duré longtemps.
RECOLTE ULTERIEUR DU CAOUTCHOUC
Là-dessus on apprit que deux Blancs étaient arrivées à Mbala. Leurs noms: Ememe et Longwango. Les deux ont créé un poste pour habitation des Blancs à Mbala. Puis, ils y affectèrent 3 sentinelles: Embembele, Etuku et Ikanjambo. Ces gens sont arrivés ici, pour la corvée du caoutchouc, à envoyer à Mbala, chez le Blanc. Ce caoutchouc était sous la forme ovale, et chaque village devait en fournir 3 à 5 paniers. Si la quantité n'est pas suffisante, on tue 4 à 6 personnes. Ce sont des sentinelles qui tuaient ces gens. Mais lorsqu'ils arrêtent quelqu'un, ils l'acheminent chez le Blanc à Mbala; les Blancs ne tuaient pas des gens mais les mettaient en prison seulement.
Ces gens que les Blancs avaient envoyés étaient très mauvais. Si un autochtone mange une banane, ils le tuent. S'ils apprennent que les autochtones ont mangé de la viande, ils les tuent. Si quelqu'un est dans leur champ visuel ils le tuent. A cette poque, les sentinelles avaient institué des capitas pour: la viande de l'huile du poisson, du sel, des bananes, des noix de palme, et du fard rouge. Il suffisait qu'un capita dénonce quelqu'un pour avoir mangé ceci ou cela pour qu'on le tue. Les indigènes ne consommaient que des légumes belu, des feuilles de manioc banganju ou imbondo.
Les sentinelles avaient beaucoup d'adjoints qui ne se nourrissaient que de la chair humaine. Ils prenaient en esclavage certaines personnes qu'ils expédiaient dans leurs villages d'origine.
Puis Ememe et Longwango quittèrent Mbala et rentrèrent en aval. Et deux Blancs les remplacèrent: Bajunu et Bongende. Eux deux habitaient Mbala et faisaient récolter le caoutchouc suivant les mêmes méthodes que Ememe et Longwango.
Les sentinelles avaient des serviteurs qu'ils instituèrent capitas du caoutchouc. Puis Bajunu rentra en aval. Bongende alla à Byanga. Puis le Blanc Ngonga remplaça Bajunu et Bongende.
LE BLANC NGONGA
Le Blanc Ngonga remplaça ces Blancs. Et les sentinelles qui étaient à Ngonga quittèrent. On les fit remplacer par Bombenga. La récolte du caoutchouc continuait. Proportionnellement au nombre de ses habitants, chaque village devait en fournir 4 à 6 paniers. Lorsque la quantité n'est pas suffisante, ils tuent 5 à 6 personnes. Et voilà que Ngonga partit de Mbala et le Blanc Yambayamba le remplaça. Là-dessus le sentinelle Bombenga partit et Janga le remplaça.
YAMBAYAMBA
Yambayamba arriva à Mbala et affecta une sentinelle à Ngonda. Mais maintenant on ne tue plus les gens. Si on n'a pas récolté suffisamment de caoutchouc, on est arrêté et acheminé à Mbala chez le Blanc. La sentinelle de Yambayamba fut Janga, originaire de Ngombe. Maintenant les Blancs quittent Mbala et le Blanc Bafutamingi va à Belondo chez les Boangi.
BAFUTAMINGI
Bafutamingi arriva à Belondo. Mais il n'y fit pas longtemps. Il était sévère pour la récolte du caoutchouc, car il arrêtait les gens. A ce moment les Besombo et les Boangi apportaient leur caoutchouc à Belondo. Puis Bafutamingi quitta Belondo et rentra en aval. Sous Bafutamingi, c'est la fin du caoutchouc en paniers. Le poste fut transféré à Lotoko, pour compte de l'Etat. Le Blanc Isweswe alla créer ce poste.
ISWESWE A LOTOKO
A ce moment Isweswe envoya à Ngonda un homme en fusil, appelé Biofe. C'est en même temps la période du caoutchouc, non dans les paniers, mais dans de petites calebasses. On ne tue plus les gens, seulement la chicotte. Lorsque la fourniture du caoutchouc n'a pas été suffisante, on prend en otage le chef du village, quitte à ces sujets de le délivrer par le caoutchouc. Là-dessus, Isweswe quitta Lotoko et fut remplacé par Ikomakoma.
IKOMAKOMA A LOTOKO
Ikomakoma arriva à Lotoko et envoya à Ngonda un fusilier appelé Biofe. Et notre village lui fournit du caoutchouc comme à Isweswe. Puis Ikomakoma quitte et la station des Blancs à Lotoko fut supprimé, car abandonné par les Blancs et leurs sentinelles fusiliers. A ce moment, les Blancs n'étaient pas arrivés chez nous, seulement les sentinelles fusiliers.
LE BLANC MOTO
A l'improviste, le Blanc Moto arriva à Boangi, brûla des maisons et tua 3 personnes. Mais lorsque nous apprenions qu'il brûlait des maisons et tuait des gens, nous nous sommes sauvés dans la forêt. De nouveau il brûla 4 maisons dans notre village et continua sa route ailleurs. Après lui, on sortit de la forêt. Seul le Blanc Moto arriva dans notre village. Et finie la guerre.
LE BLANC EKATAMBA
Après le Blanc Moto, nous avons connu le Blanc Ekatamba qui n'était que de passage. Il n'a rien fait d'autre.
LE BLANC YACHINON
Après le Blanc Ekatamba, Yachinon arriva nous montrer ' les premières pièces de monnaies, et nous informa de la récolte du copal dans les marais.
NOTE
1. Un texte de 49 pages dans le cahier original. Les 34 premières pages constituent l'histoire livresque du Congo/Zaïre. Copie et traduction des pages suivantes, (Add.E.Boelaert).
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BOKALA (Boangi)
633/286-289
Jean-Robert NGUA, chef de secteur Lolongo à Bokala/Boangi
RESUME: Iyambo à Mbilankamba Bongende le premier Blanc rencontre Is'Esanga à Mbilankamba. Au début ça marche bien; les tricheries provoquent la guerre, querelles locales à Lotoko. Marchés à Lotoko, à Mpombo. La répression; Poste de Belondo; un Blanc tué à Ifulu. Poste de Belondo; placement des sentinelles; guerre entre sentinelles et gens de Lokondola; siège de Lokosa. Tueries; caoutchouc des Boangi et Injolo. SAB arrive: l'huile de palme; nouvelle campagne de caoutchouc avec Bafutamingi. Poste à Lokondola; marché de caoutchouc. Déclin de la récolte du caoutchouc. Tueries reprise du caoutchouc; copal et impôt; recensement.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC TELLES QUE SE SOUVIENNENT LES VIEUX DE BOANGI
Au début, ils vaquaient à leurs occupations lorsqu'ils apprennent que les riverains Baenga ont accosté à Mbiliankamba. Ils venaient de l'aval. Ils étaient venus chez un notable Is'Esanga à Mbilankamba. Ils étaient venus acheter des pointes d'ivoires. Ils laissèrent à Is'Esanga une étoffe à raies bordées de franges et une parapluie. Ils regagnèrent l'aval. Il étaient accompagnés de leur chef Iyambo.
Après Iyambo, un Blanc surnommé Bongende arriva. A ces temps, les vieux ne connaissaient pas les noms européens des Blancs. Bongende rencontra Is'Esanga à l'embouchure du ruisseau Bosongo, et lui demanda: "Qui êtes vous?" "Moi, Is'Esanga". Bongende demanda encore: "Vous habitez le beach, mais est-ce qu'il y a des gens au-delà de vous?". Il répondit: "Il y a beaucoup de Nkundo". Is'Esanga l'interrogea: "Etes-vous venu acheter des pointes d'ivoires?" Bongende répondit: "Moi, je suis venu acheter le caoutchouc. Regardez, j'échange le caoutchouc, contre des perles et des cauris." Bongende donna à Is'Esanga un sachet de perles et de cauris, pour montrer aux gens afin de les séduire à récolter le caoutchouc, et l'échanger pour éviter de palabres. Is'Esanga rentre chez lui, et Bongende navigua en amont vers Busira-Lokumo.
Peu après Bongende envoya ses serviteurs Ekakya et Njolu aller acheter du caoutchouc. Is'Esanga appela tout Boangi pour commercer, caoutchouc contre perles et cauris. Auparavant, ils en étaient contents, et arrivaient commercer à intervalle de 3 semaines. Une deuxième fois, ils en rapportèrent beaucoup de perles et de cauris. 0n commençait ainsi à merveille, alors que ce n'était qu'un stratagème.
Une troisième fois, cela prit des allures d'une guerre. On alla jusqu'à procéder à l'inspection du caoutchouc. Ils arrêtèrent Ingele de Byonga à Bokala, parce qu'il y avait mélangé le caoutchouc avec l'excroissance de liane Haumania. Cela devenait plus harassant; chaque villageois objecta; " Si' c'est comme cela, moi, je ne viendrai plus. Ayant entendu ces paroles, les acheteurs répliquèrent: Attendez, cette fois-ci nous achèterons le caoutchouc; prochainement, vous le récolterez gratuitement".
Au 4è marché, on disait: "Bongende envoyé d'autres acheteurs à Lotoko. Allons-y vendre notre caoutchouc, car Ekakya et Njoku ont bouleversé le marché. Ils s'y rendirent chez Efunda et Bongoi. Ils y arrivèrent. Alors qu'ils étaient au marché, Efunda réquisitionna la femme d'un vieux de Bombomba, Is'ea Nkwa, pour lui prépare la nourriture. Pendant qu'elle préparait la nourriture, Is'ea Nkwa de fureur fit irruption, et brandissant un couteau, il demanda: "Ou se trouve ma femme? qu'elle sorte ici". Ayant entendu cela, Efunda comprit que cet homme voulait la guerre. Il prit un fusil et tira sur ce vieux à bout portant. Il en mourut sur le coup. Voilà le début de la guerre. Les indigènes se sauvèrent à qui mieux mieux devant ce premier cadavre d'un fusil.
Entre-temps, Ilanga et Mpakama qui avaient acheté leur caoutchouc au beach de Mpombo, arrêtèrent 2 personnes, mais en tuèrent une. Les gens de Ngombe se disaient: "Comme cela est devenu une guerre"! Ils se battirent contre Ilanga et Mpakama. Puis Ilanga et Mpakama, et leurs serviteurs s'enfermaient dans une maison. Ils en percèrent les murs des trous à travers lesquels ils firent sortir des canons des fusils qu'ils tiraient à l'aveuglette. Et les villageois brûlaient les bois des flèches et les jetaient sur le toit. Et la maison commença à prendre feu. Quand Ilanga en sortit Lofete, originaire de Lokondola, lui perça la poitrine d'un coup de lance, et il en mourut. Et Lofete récupéra le fusil. Alors que Mpakama en sortait. Njate, originaire de Bondamba le frappa d'une lance, et il en mourut. Njate récupéra le fusil, et on parvint à exterminer tous les serviteurs de Efunda et Mpakama.
Ayant appris que ses hommes étaient tués, Bongende piqua une forte colère, et descendit vers l'aval. Pendant qu'ils naviguaient les travailleurs qui étaient restés avec lui chantaient: "Les Boangi, fabriquez bien vos flèches tranchantes, Bongende est allé prendre des munitions en Europe. Alors que Bongende est allé prévenir l'Etat.
Entre-temps, deux Blancs arrivent à Mbala au secteur Momboyo. Leurs noms furent Ememe et Longwango. Ememe envoya des soldats à Belondo. Ils y créèrent un poste administratif. On avait même tué un Blanc de la SAB à Ifulu, chez les Iyonda. C'est pourquoi Entente et Longwango arrivent très courroucés. A l'arrivée des soldats à Belondo, ils tuent beaucoup de personnes surtout à Iyonda, et créent une station à Belondo. Le chef des soldats, Botoli, envoya encore ses hommes en guerre, et beaucoup de villageois furent tués. On se réfugiait vers Bonginji. Les soldats disaient: "Cessez de fuir, et signons l'armistice. Mais un certain Ikete, originaire de Belondo et d'autres personnes furent abattus alors qu'ils sortaient de là forêt pour signer l'armistice. Et les gens continuaient à se réfugier ainsi. Cependant, les gens de Bolondo étaient morts par milliers. Là-dessus, Botoli envoya trois sentinelles: un à Bokendola, un autre à Bolondo, et un 3è à Bokala. Il envoya deux fusiliers à Bonginji voir ceux qui avaient pris fuite. Mais tout le monde se réfugia à Lokondola. Lorsque les gens ont appris qu'il y a 2 soldats armés de fusils à Bonginji, on vint la nuit pour les combattre. Alors que déjà, ces soldats étaient rentrés à Bokala après qu'ils n'avaient vu personne. De Bokala, les soldats apprirent que les gens étaient revenus à Bonginji. Les soldats vinrent la nuit tuer des gens. Un véritable massacre. Les survivants rentrèrent se réfugier de nouveau à Lokondola. Pendant qu'ils y étaient encore, les soldats rentrèrent à Mbala en informer le Blanc Entente.
Là-dessus, Entente envoya Longwango et des soldats. Ce dernier est le premier Blanc qui a débarqué chez nous, et c'est bien lui le Blanc qu'on a vu le premier. En ce temps-là, les gens s'étaient enfuis à Lokosa, et avaient dressé une palissade. Arrivé à Lokosa, Longwango le trouva fortifié. Un homme de Lokosa, appelé Nkombo longea la palissade et lança une flèche en direction du Blanc et ses hommes. Mais il n'avait blessé personne. On arrangea le lit du Blanc dans ce qui a été l'habitation de Bofala w'Ifenjele. Alors qu'ils étaient clôturés, un certain Inengwa Etsaka s'était caché derrière la maison, armé de flèches. Mais tout au bout, derrière ces maisons, un soldat montait la garde. Ce soldat n'avait pas remarqué Inengwa. Là-dessus, Inengwa lui tira une flèche à la poitrine et il en tomba. On le ramassa. Le Blanc ordonna: "Tirez des fusils à l'aveuglette pour que ceux qui sont proches d'ici en meurent si possible". Alors qu'il n'y avait personne à l'entour. Inengwa prit la fuite. Le lendemain, étant allé à Bokala, ce soldat rendit l'âme et y fut enterré. Le Blanc rentra à Mbala, mais y laissa 4 soldats: notamment Bonkesi, Isolo, Etota et Bokali W'atswa. Il donna des instructions suivantes: "Vous resterez ici attendant que je vous envoie du renfort pour rentrer en guerre vers Ngombe".
Là-dessus, d'autres soldats vinrent rejoindre ces 4 autres qui étaient restés. Ils passèrent du côté de Bongiji traversant. les fourrés jusqu'à déboucher derrière Lokosa, à Ikengo. Personne ne savait que la guerre était en train de venir. Et les voilà qui exterminaient la population. Ceux qui avaient pris fuite en furent fatigués, et sortirent signer l'armistice. C'étaient les Boangi et les Injolo. Les soldats ordonnèrent: "Récoltez du caoutchouc et nous n'allons plus vous tuer". Ils allèrent alors récolter du caoutchouc sans paiement au profit de l'Etat. Mais au moindre déficit, on tuait des contrevenants. La récolte du caoutchouc dura longtemps. Sur ces entrefaites, Entente et Longwango s'en allèrent. D'autres Blancs arrivèrent. Leur surnoms étaient: Bajunu et Is'Iwanga. Ils habitaient Mbala. Itumbambilo partit et Ekuma alla à Bokatola. En ce moment, les soldats étaient partis. On les avait remplacés par les Bonsela w'Akula, c.à.d. les gens d'Iyonda. Ils étaient munis de flèches pour surveiller la récolte du caoutchouc comme le faisaient les soldats. Ils avaient tué aussi beaucoup des gens.
Là-dessus, un Blanc de la SAB appelé Lokoka arriva. Bolongo arriva aussi avec ses serviteurs fusiliers. Il déplaça les Bonsela w'Akula. Ils rentrèrent à Mbala, remplacer le Blanc qui était là: Yambayamba. Lokoka et Yambayamba se rencontrèrent à Bokala. Lokoka dit: "Monsieur, vous partez car vous avez exterminé les gens. Le caoutchouc ne progresse plus parce que vous tuez beaucoup de gens. Je n'en suis plus d'accord, vous partez".
Et Yambayamba partit, Lokoka alla le reconduire à Belondo. Lokoka rentra à Bolongo.
On commença la récolte du caoutchouc pour Lokoka. Tantôt il le paie contre les pièces d'étoffes, tantôt contre les sacs de sel, tantôt il ne paie même pas.
Eala partit pour Lokumo. Le caoutchouc prit fin, et il ne resta plus que de l'huile de palme seulement. On la fournissait à Bombambe qui avait remplacé Eale.
Après cela, un Blanc appelé Bafutamingi accosta à Belondo. Il envoya 33 soldats jusqu'à Bokala w'Afumba appeler tous les capitas des villages pour les conduire à Belondo. Arrivés à Belondo, le Blanc ordonna: "Enjoignez vos gens de récolter de nouveau du caoutchouc". Les capitas rentrèrent répercuter le message à leurs sujets, qui récoltèrent le caoutchouc pendant 4 semaines. Les soldats qui surveillaient la récolte étaient éparpillés jusqu'à Bokala w'Afumba, mais un soldat traversa cette limite et atteignit Eanja où on le tua. Lorsque Bafutamingi apprit qu'on avait tué un soldat, il envoya une lettre à Bajunu qui était à Mbala. Bajunu sonna l'alerte de guerre: il s'en alla à Eanja tuer impitoyablement les gens, et emmena les otages à Mbala. Il dit à Bafutamingi: "Allez commencer un poste de l'Etat à Lokondola. Et Bafutamingi partit pour Lokondola. Tous apportaient le caoutchouc à Lokondola. Quelques temps après, le Blanc partit, il avait chicoté quelqu'un appelé Is'ea Mbombe. Mais cet homme avait un crocodile magique. Et pour avoir chicoté cet homme, le Blanc attrapa une violente maladie qui le mit au bord de la mort. On partit à Bolingo conjurer cette bête maléfique et on bénit ce Blanc et il en fut guérit sur place. Bafutamingi partit. Un autre Blanc Ikoma arriva. On apportait le caoutchouc à Ikoma mais la quantité et la rigueur diminuaient. Ce n'était plus comme auparavant.
Ikoma partit. Un autre Blanc Isweswe arriva, mais le caoutchouc continua à baisser. Isweswe déclencha la guerre. On tua beaucoup de gens, et on reprit le caoutchouc.
Mais ça ne progressait pas. Les indigènes se désintéressaient du caoutchouc. On recommença à se battre avec eux, et on les tua dans nombre. Là-dessus, un Blanc surnommé Moto arriva. Il envoya une expédition punitive qui tua beaucoup de gens. Après cela, un Blanc appelé Ngeletino arrive et proclama: "Le caoutchouc est terminé. La guerre est terminée, je ne veux plus la guerre. Et un autre Blanc viendra vous faire votre recensement. Vivez en paix."
Le Blanc Itoko arriva et procéda au recensement. L'ayant terminé il ordonna de fournir le copal. Il dit:"Un autre Blanc viendra par après faire payer l'impôt". Après cela, le Blanc Lokonga arriva et commença les impôts. Ce que faisant, les Belges arrivèrent.
N.B: Ces noms des Blancs ont été donnés par les vieux, car ils ne connaissaient pas leurs noms de famille.
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BOKANJA
622/267-268
Antoine BOLEJA, planteur
RESUME: Précurseurs: les Baenga; ils achètent le caoutchouc; Ikakota arrive. Bombolo Is'e'Esanga demande du caoutchouc; 5 sentinelles habitent chez Bombolo; Combat avec Lofembe; mort de Boseko; Ikakota; victoire sur les Blancs; Ntange à Belondo; Tueries à Belondo; SAB envoie aussi ses sentinelles; tueries; Installation de l'Etat; Lokoka, premier Blanc à Boangi; Suppression caoutchouc; Imposition de l'huile; Bafutamingi à Lotoko pour le caoutchouc.
TEXTE:
L'ARRIVEE DES BLANCS CHEZ NOUS
Dans notre contrée, on a vu d'abord les Baenga, gens de l'aval. C'étaient comme des éclaireurs envoyés par les Blancs. Il venaient avec des bakele, des cauris, des banunu, des perles. Ces objets constituaient notre première monnaie. Ils demandaient aux gens de récolter le caoutchouc à être acheté par eux.
Nous le récoltions et ils venaient l'acheter avec cet argent. Puis les Baenga partirent. Un peu après, le vieux Bombolo Is'e'Esanga était dans son campement de poche appelé grand Bolako. Il vit arriver au loin une grande chose flottante. Cette grande chose vint accoster à l'embarcadère où étaient attachées ses pirogues. Il y avait des hommes à bord, même un corps d'albinos, ayant une bouche comme un perroquet, c.à.d. un Blanc. Son nom était Ikooka. Et son bateau appelé Boondoluta. Ikooka demanda à l'indigène: "quel est votre nom?". Et le vieux de répondre: Mon nom est Bombolo, Is'e'Esanga". Le Blanc: "Habitez-vous toujours sur la rive"? Et lui: "J'ai une terre où je ne vais qu'en pirogues". Le Blanc: "Je cherche une terre pour habiter. Bombolo répond: "vous trouverez une terre près de la rivière, au delà de moi?". Le Blanc dit: "Y a-t-il beaucoup de gens là-bas?". Et Bombolo: "c'est une grande terre avec beaucoup de gens". Le Blanc prit une pièce d'étoffe et une caisse de perles fines et un chapeau noir et les lui donna. Bombolo lui donna quatre poules et un panier de poisson. Ikooka lui dit: "Je pars chercher une terre. Rentrez chez vous et dites à vos gens de me faire du caoutchouc que j'achèterai.
Bombolo arriva chez lui et réunit tous les Buya. Il leur dit: "J'ai rencontré le résident. Nous avons conclu un pacte de sang. Puis il m'a dit de vous demander de lui faire du caoutchouc qu'il achètera. Faites-le". Tous ont accepté: "ça ne fait rien, nous le ferons". Ils rentrèrent chez eux et allèrent faire du caoutchouc. Peu après, Ikooka envoya ses cinq fusiliers pour acheter le caoutchouc. Fusiliers veut dire soldats. Leurs noms: Ekakya, Ejojo, Loma, Ekondo et Basambi. Ils sont allés habiter chez Bombolo, disant: "le Blanc nous envoie acheter le caoutchouc". Bombolo avertit les villages d'apporter le caoutchouc.
Chaque semaine on apportait le caoutchouc qu'on vendait. Le commerce se faisait avec la monnaie apportée par les Baenga. Les fusiliers donnaient aux patriarches une étoffe dès le premier marché. Cette étoffe s'appelait lokanga et bojuu.
Au cours de ce marché, Lofembe arriva chez les Elanga et les attaqua. Dans leur fuite les Elanga se réfugièrent chez les Boangi. Voyant cela, les Boangi se joignent à leurs fusiliers et traversent la rivière pour combattre Lofembe. Ils attaquent et Lofembe se retire. Après ils rentrent chez eux à Boangi. Le lendemain les fusiliers vont acheter le caoutchouc à Bokulu.
Lorsque Boseko qui était d'une bravoure extrême, apprend que les fusiliers sont venus acheter le caoutchouc à Bokulu, i1 dit:"Où viennent-ils acheter du caoutchouc?". Et il les chassa. Les fusiliers s'enfuirent. Arrivés à la forêt mitoyenne, ils se cachèrent; et le voyant passer, ils tirèrent sur lui et le tuèrent. Quand les gens apprirent que les Blancs avaient tué Boseko, ils se dirent: "Les Blancs vont nous tuer tous". Ils se rassemblèrent et allèrent attaquer les fusiliers. Quand les fusiliers remarquèrent que le combat devenait atroce, ils replièrent.
Voyant que leur homme fort était tué, Is'e'Enyangoji de Losilika alla s'initier au talisman ikakota. L'ikakota était un talisman de guerre très puissant qui rendait invulnérable aux balles. Dès son arrivée à Bonsela, Mokemoke affecta des fusiliers. Ils attaquèrent d'abord Iyambo. Boyaka perdit la guerre, et on conclut un pacte d'amitié. Entre Blancs et Noirs, plus de guerre. Et on pouvait de nouveau danser.
Nous dansions lorsque les gens de Ntange accostèrent à Belondo. C'étaient des Noirs. Trois fusiliers. Ntange, Mboyo et Bongondo. A Belondo ils tuaient des gens en masse. Apprenant cela, les Boangi se préparèrent au combat. Ils allèrent les attaquer avec leur talisman ikakota. Mais les indigènes se mobilisèrent. Et les gens de Ntange se répartirent l'espace. Ntange resta à Belondo; il était sergent. Mboyo alla se fixer à Waka. Lui et Bongondo envoyaient leurs rapports à Ntange. Mokemoke était surnommé Bokukulu. Lui aussi envoyaient ses fusiliers dans les villages. Ils imposa aussi le caoutchouc. Qui n'en apportait pas assez était tué. Ils coupaient la main des tués. Ces mains étaient mises dans les paniers et envoyées au Blanc de Bonsela. Les fusiliers étaient des émissaires du Blanc; aucun Blanc ne venait chez les Boangi. Ce sont les fusiliers qui nous tuaient. Après les tuerie, il y a eu un apaisement.
Puis viennent par la Busira de Bakula les gens de l'Etat et leurs auxiliaires. Ils tuaient aussi. Puis Mokemoke envoya Lokoka. C'est le premier Blanc vu par les Boangi. Il accosta à Bolondo et s'y fixa. Il supprima le caoutchouc et imposa l'huile. Tous devaient apporter de l'huile qu'il achetait. Aux chefs et aux sujets, il payait des perles et des cauris. Puis Lokoka partit et l'huile supprimée.
Après le Blanc de l'Etat, Bafutamingi, arriva à Lotoko. Il imposa de nouveau le caoutchouc. Chaque village devait en apporter six paniers. Il emprisonnait ceux qui ne donnaient pas satisfaction, mais il ne tuait pas. Bafutamingi fut remplacé à son départ par Njete Mabe qui continua avec le caoutchouc. Njete Mabe quitta. Le Blanc Isweswe arriva pour la corvée du caoutchouc. Si la récolte diminue, il t'arrête. Parfois il tue sans autre forme de procès. Il partit et le Blanc Moto arriva. Il demande le caoutchouc dans les hottes, chacun la sienne, comme impôt. Qui n'en a pas va en prison. Pendant cette période il envoyait aussi de fusiliers tuer les gens. Puis Moto s'en alla. C'est la fin du caoutchouc. La fin des combats. Le commencement de la joie. Le retour des jeux et l'impôt.
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BOANGI (LOLONGO, INGENDE)
467/159-163
Gabriel BONDJILO, Greffier de secteur Lolongo, territoire Ingende
RESUME: La présence des Blancs dans les parages est signalée par les riverains Baenga en vogue sur les sources de la Tshuapa et de la Momboyo. Un homme, qui habitait son campement sur les bords de la Tshuapa avec sa famille, perçoit les vrombissement d'un bateau à bord duquel il y avait un Blanc qui l'institue Chef. Le Blanc le fait quitter la rivière pour les terres fermes afin de récolter le caoutchouc. Il est adjoint de 6 sentinelles. Un autre chef est nommé pour la corvée. Ennuis au chef dont les sujets n'ont pas récolté assez de caoutchouc. Boseko se révolte, mais il est tué. Une révolte générale s'en suivit et la corvée prit fin, momentanément. Encore du caoutchouc sous la surveillance des sentinelles. Tueries. L'Etat met fin au caoutchouc et aux tueries.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS SUR LA TERRE DE BOANGI, SECTEUR LOLONGO, TERRITOIRE INGENDE
Au début, nos, ancêtres à nous les Boangi avaient appris ceci de l'aval: l'existence de certaines personnes appelés Blancs, ayant la peau très brune; ils n'ont pas de flèches ni de lances; leurs flèches, ce sont des fusils dont le détonation est pareille à la foudre du ciel. Nos ancêtres, eux, en étaient tenus au courant par des Riverains Baenga. Les Baenga sont des riverains habitant en aval. Eux, les Baenga effectuaient leurs voyages aux sources de rivières Tshuapa et Momboyo. Voilà pourquoi il racontaient ces nouvelles à nos ancêtres.
Sur ces entrefaites, un homme nommé BOMBOLO Is'Esanga, originaire riverain de Mbiliankamba, vint habiter son campement au bord de la rivière Tshuapa, lui, ses enfants et ses femmes. De l'aval, il entendit un grand vrombissement. Tout le monde en eut peur. Peu après, ils voyaient un bateau bourré de beaucoup de passagers. A bord de bateau était un Blanc. Ils accostèrent. Après quoi, le Blanc appela Is'Esanga. Ce Blanc, son nom, était Bongende. Bongende déclara: "Vous, Is'Esanga, maintenant je viens chez vous, et je fais de vous un Chef. Venez, quittez la rivière et allons sur la terre ferme. Moi, je veux le caoutchouc. Je veux que tout le monde récolte le caoutchouc, et on commercera avec eux. Moi, j'achèterai le caoutchouc avec mes valeurs. Moi je dispose des cauris, et des perles, eux du caoutchouc. Ordonnez à tout le monde de récolter le caoutchouc, qu'il me l'apporte que je l'achète".
Puis, ils quittaient la rivière, entraient sur un ruisseau et le Blanc retourna sur le fleuve, laissant à Is'Esanga 6 fusiliers. C'étaient Bompembe et Ememe et d'autres dont je ne peux me souvenir des noms. Et le Blanc remonta jusqu'à la source de la Tshuapa. Il accosta à Lokumo, un village des Bonsela. Il y créa un poste pour le compte de la SAB. Puis les Boangi récoltaient le caoutchouc, l'apportaient à Mbiliankamba, et le vendaient chez les gens de Bongende qui sont les fusiliers que le Blanc avait laissés. Ils achetaient le caoutchouc qu'apportaient les Boangi avec des perles, et des cauris. Ce caoutchouc, on l'envoyait chez le Blanc à Lokumo.
Après cela, Bongende, le Blanc, revint une deuxième fois visiter son chef Is'Esanga et ses fusiliers. Il accosta à Mbiliankamba et y institue un autre chef appelé Ikomboloko y'Ekofa. Bombolo Is'Esanga et Ikomboloko y'Ekofa étaient les responsables du caoutchouc. Ils ordonnaient aux gens de récolter le caoutchouc. S'ils ne récoltaient pas assez de caoutchouc, cela provoquait des ennuis aux chefs. Et on récoltait le caoutchouc qu'on vendait aux fusiliers qui l'achetaient. Mais un fait étonnant avait eu lieu. Un homme appelé Boseko, qui était très méchant, disait que les Blancs ne pouvaient pas fouler le sol de Bokuku. Mais ayant appris la nouvelle selon laquelle les fusiliers étaient chez Ikomboloko y'Ekofa, il alla combattre les fusiliers. Il blessa un fusilier de sa flèche. Mais les fusiliers tuèrent Boseko à coup de fusil, Boseko mourut.
Lorsque tout le monde apprit que Boseko était mort, on s'arma de boucliers et flèches pour combattre des Blancs. Mais ayant appris que les gens voulaient les combattre, ils quittèrent Mbiliankamba, et allèrent chez le Blanc à Lokumo. L'affaire du caoutchouc était close, car ceux qui l'achetaient étaient partis.
ARRIVEE DES GENS DE NTANGE A BELONDO BOANGI
Les gens de Ntange, c'est l'Etat. Un Blanc de l'Etat appelé Ememe était venu de Mbandaka. Il était accompagné de ses fusiliers et s'installe à Mbala-riverain. Il y créa un grand poste. Puis il envoya beaucoup de fusiliers à Belondo Elinga. Même si je ne peux pas citer tous leurs noms je peux quand même nommer ceux que je connais: Botoji, Mboyo ea Loboma, et Bondongo. Il accostaient à Belondo. Ayant appris que ces gens sont arrivés à Belondo, les notables de Boangi tinrent conseil et déclarèrent: "Il n'y a pas longtemps que ces gens ont tué Boseko. Maintenant, nous avons pensé qu'ils étaient partis pour du bon, mais les voici revenus". Là-dessus tout le monde prit lances et boucliers; flèches et arcs, et on prit le chemin de Belondo combattre le Blanc et ses hommes. A leur arrivée, ils insultaient ces gens et leur lançaient flèches et lances. Les fusiliers prirent aussi leurs armes, c'est-à-dire des fusils. Finalement les fusiliers eurent le dessus sur les Boangi. Après cela, tous les Boangi se réfugièrent dans la forêt. Mais les Blancs restaient toujours à Belondo.
Lorsque les gens de Besombo ont appris que les Boangi avaient fui les fusiliers, ils se disaient: "Allons nous battre contre ces gens. Les Boangi sont des femmes parce qu'ils ont fui les fusiliers. Quant à nous, allons déloger ces gens de notre pays". Là-dessus ils furent irruption chez les fusiliers. Mais les Besombo n'ont pas résisté aux fusiliers. Les fusiliers les ont tués à tel point qu'il était impossible de compter des cadavres. Et les survivants se sauvaient comme firent les Boangi.
Le Blanc affecta ses fusiliers dans chaque village de Boangi pour créer ses postes. Le grand poste fut Belondo. Là fut affecté Botoji. A Ikengo, un fusilier nommé Ngweeji y fut affecté. A Bokendela un autre fusilier appelé Ifanjankombo y resta. A Bokuku, ce fut le fusilier Lokwa. A Bokala, deux fusiliers appelés Etota et Bokosola. A Bokoji un fusilier Njale. A Isako un fusilier Is'Ebutsi. A Bokandja, un autre fusilier appelé Bokali w'Atswa. Excepté les villages de Buya de Bonginji. Eux n'ont pas eu de fusiliers étant donné qu'ils n'avaient pas signé un accord de paix. Mais tous les villages avaient eu de fusiliers. Le conflit avec les fusiliers était très aigu. Car les fusiliers tuaient beaucoup de gens, et ordonnaient aux gens de récolter le caoutchouc. Si la quantité était insuffisante, on tuait le capita du caoutchouc. Dans chaque village les Blancs avaient installé le capita du caoutchouc. Les Boangi récoltaient le caoutchouc qui était acheminé à Mbala chez le Blanc.
A Besombo le Blanc avait affecté beaucoup de fusiliers, mais les plus célèbres furent Bongondo et Mboyo. Le caoutchouc de Besombo était aussi acheminé chez les Blancs à Mbala où ils tuaient beaucoup de gens. Si nous les Noirs, on s'était comporté honnêtement avec les Blancs, ils ne nous tueraient pas. Au début les Blancs ne provoquaient pas de guerres, c'étaient bien nous qui avons commencé la guerre.
Les Blancs avaient tué beaucoup de gens, des milliers et des milliers. Celui qui fournissait moins de kilos exigés était tué. Les Nkundo récoltaient le caoutchouc, et les Elinga fournissaient du poisson.
Après cela, les gens de Ntange, c'est-à-dire l'Etat, quittaient les terres de Boangi et allaient à Injolo, au secteur de Salonga.
Et la SAB en prit la relève à Boangi. Ils habitaient aux mêmes postes créés par l'Etat. Ils recrutaient aussi des gens à leur service comme faisait l'Etat, et imposait aussi le caoutchouc qu'ils n'achetaient plus comme jadis. On tuait le capita du village qui n'avait pas fourni assez de caoutchouc. On coupait les mains des gens. On y mettait un produit pour qu'elles ne pourrissent, et on les expédiait à Mbandaka. Que de souffrances endurées par les Boangi à l'arrivée des Blancs.
A cette époque,, les rivières et ruisseaux aux bords desquels habitaient des gens, et jusque là inconnus, étaient désormais connus. Les Blancs et les gens à leur service arrêtaient les villageois et les déportaient vers l'aval. Voilà qui était triste. La plupart des gens qui peuplent l'aval sont originaires de Boangi. Des Blancs avaient créé de nombreux postes comme Bombomba wa Lotoko où ils résidaient en permanence. Même à Mabala-riverain, sur les bords de la Momboyo, les Blancs résidaient en permanence. Puis ils envoyaient leurs sentinelles un peu partout. Ceux qui n'ont jamais récolté le caoutchouc, ce sont des pygmées Balumbe, car ils s'étaient réfugiés dans la forêt où les Blancs leur envoyaient des expéditions punitives.
ARRIVEE DES BLANCS DANS NOTRE PAYS
Celui qui les avait rencontré en premier lieu reste Bombolo is'Esanga. Tout ce qui ne passait sur la rivière Tshuapa était connu des Blancs par Bombolo is'Esanga. Et c'est lui seul le premier chef qu'ils avaient institué. Lui et les Blancs avaient signé un grand pacte d'amitié.
LA FIN DU CAOUTCHOUC
Puis arriva un Blanc de l'Etat qui était au poste de Waka. Il s'appelait Lokoka. Mais avant que Lokoka n'interdise de tuer les gens, le dernier Blanc à tuer des gens fut Moto. Après ses tueries, Lokoka interdit de tuer des gens. Lokoka envoya un émissaire qui était un fusilier appelé Kasongo. Kasongo était venu de Waka avertir les Blancs de la SAB de ne plus tuer des gens. Puis tous les fusiliers quittaient des postes et rentraient chez les Blancs. Et la palabre du caoutchouc prit fin. Que de joie éprouvée par tout le monde: on dansait Iyaya (1) et autres nombreuses danses.
Peu de temps après, un autre Blanc appelé Itoko remplaçait Lokoka. Il convoquait le capita de la récolte du caoutchouc et les institua chefs médaillés dés villages. Chaque capita recevait une médaille, un bouc, et une chèvre. Voici les capitas en question: Bolila wa Yoela à Bokala, Bombambo à Bolondo, Bosolo à Bokuku, Efole à Bokendela, Bayanga à Isako, Lofombo à Boeke, Nkulufa à Belondo, Lomboto à Ikelemba, Etoko à Loango et Boenjola, Iyanda à Bonginji, Pelenjwa à Bondo, Mbuji à Iyambo, Etale à Bofana, Is'e Inuka à Bokonji, Boimbo à Mbiliankamba II, Momili à Mbiliankamba I.
Puis les missionnaires protestants et catholiques sont venus avec les affaires de la prière. Les Blancs des compagnies de plusieurs natures étaient venus dans notre pays. Et Lokiyo, un de nos enfants déporté en aval arriva. Il accosta au beach de Ifoku vers Besombo. Les Blancs l'instituèrent chef des Boangi parce que c'est lui qui connaissait les bonnes manières de civilité.
Nos gens noirs ne savaient ni lire ni écrire pour qu'ils fixassent les dates de ces événements. S'ils le savaient, nous, leurs enfants serions en mesure de préciser l'année au cours de laquelle tel ou tel autre événement a eu lieu.
C'est fini. Tels sont les récits que je connais sur l'arrivée des Blancs dans notre contrée.
NOTE
1. Sur Iyaya, lire entre autres: D. Vangroenweghe, Bobongo. La grande fête des Ekonda (Zaïre), (Afrika-Studien 9), Dietrich Reimer, Berlin, 1988, pp.114s
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BELONDO
658/328-329
Joseph LOLIFA, catéchiste, M.C. Wafanya, témoin direct
RESUME: L'écho d'une invasion des Blancs est perçu pendant que le narrateur était en pleine festivités funèbres en mémoire de son grand-père. La fête est interrompu et c'est le sauve-qui-peut. A l'occasion de cette fête une dernière sacrifice humaine de personnes eut lieu. On se réfugia chez les Ekonda qui après leur avoir accordé asile, leur livrèrent la guerre. Ils apprennent par la suite que leur village est occupé par les Blancs, ayant fait 4 victimes parmi lesquels l'oncle du narrateur. Les Blancs exigent la présence du patriarche Embenga qui s'y rend accompagné dés fugitifs. Le Blanc Ekuma propose la paix, mais il a ravi les armes aux villageois. Ils sont attaqués par les Ekonda pendant que les Blancs sont encore là. A la fin de la guerre, le Blanc institua les chefs Embenga et Nkokoli. Le caoutchouc; exactions aux contrevenants et aux réfractaires. Suppression des sentinelles; impôts en lieu et place de caoutchouc à partir de 1911.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Jadis nous ne savions ni lire ni écrire; nous ne connaissions pas non plus les Blancs. Voici le début de la vue des Blancs.
Et j'invitai les gens de mon grand-père paternel. il était l'unique père de celui qui me donna la vie. C'est pourquoi j'ai organisé une fête en sa mémoire. Pendant que nous étions en pleine fête, nous apprenions une information importante; une guerre meurtrière est en train de progresser vers nous: l'imminence d'une guerre des Blancs.
La contrée devenait troublée. Mes enfants, cette fête ne dura pas longtemps. On ne pouvait pas en accomplir le délai réglementaire étant donné que nous étions tous frappés par une grande frousse. A l'occasion de cette fête deux personnes étaient décapitées: Bonkako et Bafolu. Là-dessus la fête prit fin. Les invités se retirèrent. Dans notre contrée, ce fut la dernière fête au cours de laquelle des personnes humaines étaient ainsi immolées.
La rumeur sur le Blanc se répandait. Nous tous, parents y compris, on traversa la rivière. On se rendit à Ekonda. S'étant présentés chez les autochtones, ceux-ci
nous donnèrent asile. Deux jours plus tard, les Ekonda nous faisaient la guerre et on se battait avec eux.
C'était une importante guerre. Les enfants dormaient affamés. Faire la guerre est une chose fatigante. Il ne convient pas de s'en souvenir.
Cinq nuits plus tard, au matin du 6è jour, nous vîmes deux personnes en provenance de notre village et qui disaient: "Les Blancs ont déjà occupé votre village. Nous en avons été faits prisonniers, et on nous a demandé d'aller chercher tous nos compatriotes. Nous, on leur posa la question suivante "N'ont-ils tué personne?" Ils répondirent: "Il n'a tué que 4 personnes. "Quels en sont les noms?. Ils répondent: "Le Blanc a tué Botuwa et les autres". Mon coeur en ressentit la douleur, car c'est mon oncle paternel qu'on avait tué. Les porteurs de la nouvelle s'appelaient Imponga et Ekotomba. Ils nous en parla avec insistance en précisant que le Blanc n'attendait que notre grand-père Embenga. Et le grand-père d'ordonner: "Debout et allons-y tous. Là-dessus, on retourna au village.
A notre arrivée au village, nous avons rencontré le Blanc Ekuma. il s'adressa au grand-père en ces termes: "Ne vous enfuyez plus. Vivez en paix avec vos petit-fils". Nous avons accueilli cette proposition de paix avec joie. Et on vivait comme auparavant. Mais il nous a ravi des lances et des flèches. Nous étions comme des femmes, sans armes.
Trois jours plus tard, pendant que le Blanc était encore là, les Ekonda nous envahissaient avec une guerre de nouveau. Lors de cette guerre, plusieurs personnes ont été tuées: innombrables. A la fin de la guerre, le Blanc convoqua Embenga et Nkokoli. Il les institua chefs de notre village Bafake. Il nous dit: "Je m'en vais. A mon retour, je vais vous apprendre à récolter le caoutchouc".
Quelques jours plus tard, un Blanc appelé Bajunu arriva à Belondo. Il affecta de récolter le caoutchouc sous leur surveillance. Voici les noms des soldats qui étaient dans nos villages: Likatankoi, Eboma, Njango et Is'a Mponde à Bie. Ces gens nous ont exterminés. Ils nous ont interdit toute notre nourriture. Ils tuaient tous ceux qu'ils attrapaient en train de manger du poisson, de la viande ou des bananes. Ils nous ont causé beaucoup de torts. Il n'y avait plus chez nous ni maïs, ni manioc ni pointes d'ivoires.
Les Blancs n'ont pas tué beaucoup de gens chez nous. Ce ne sont que des fusiliers qui nous ont exterminés. En plus, l'épidémie de la variole nous a décimés. Lorsque le Blanc arriva, il ne tuait pas des gens. Il n'a pas fait la guerre. Mais il faisait la guerre à ceux qui lui projetaient des lances et des flèches.
Nous avons commencé à récolter du caoutchouc que nous apportions à Belondo. Le Blanc transféra le poste à Mbala et on allait aussi à Mbala. Les postes de Mbala et de Belondo étaient supprimés. Il n'en resta que le poste de Bokoli. Après Bokoli, on affecta des fusiliers pour nous surveiller lors la récolte du caoutchouc. A ce moment, on ne tuait plus des gens.
Quelques jours seulement après, les fusiliers recommençaient à tuer les hommes, mais le Blanc les révoqua. recruta plutôt des messagers et institua des capitas de villages. Il leur confia à eux-mêmes la surveillance du caoutchouc. En 1911, fini le caoutchouc.
Moi, je me rendis chez des prêtres à la mission d'Ibeke. J'y ai payé l'impôt à 2,50 fr. C'est à Ibeke qu'on m'envoya la quittance de l'impôt. Depuis lors me voici travaillant toujours chez des prêtres. D'abord j'étais à la mission d'Ibeke, et me voici aujourd'hui dans notre mission de Wafanya. J'ai raconté des choses que J'ai vues moi-même.
Terminé, moi Lolifa Joseph.
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IFULU
443/145
Paul BOKOLOK0, moniteur M.C. Flandria
RESUME: Le Blanc de la SAB s'y installe pacifiquement et achète du caoutchouc contre perles. Plus tard, il devient exacerbant et combat les villageois tout en infligeant la chicotte. Révolte de la population qui le tue.
TEXTE:
RECITS SUR L'ARRIVEE DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Tout au début, chacun habitait chez soi. Ensuite, on apprenait l'arrivée du Blanc de la SAB qui convoqua aussitôt la population. Il précisa ses intentions: "Je suis venu chez vous pour commercer. Vous me fournirez du caoutchouc et moi, je vous donnerai des perles". On se mit d'accord.
Et on commença à récolter le caoutchouc. Ce produit était en forme d'un ballon. La vente était appelée "échange", ou "marché" et le caoutchouc était de bonne qualité. Remarquant cela, le Blanc imposa à la population d'en remplir un grand panier. Toujours est-il qu'on ne parvenait à remplir le panier. Et le Blanc commença à arrêter les autochtones. On n'est libéré qu'à condition d'être racheté par d'autres caoutchouc qu'apportent vos familiers. Cette pratique dura quelques temps. Le Blanc alla jusqu'à infliger la chicotte. Les autochtones se fâchèrent de ce qu'on les déshabillait devant femmes et enfants, alors que les fesses d'un homme ne peuvent pas être perçus par femme ni enfants. Ils décidèrent de se battre avec la SAB. L'Etat prit le parti de la SAB et la guerre se généralisa, car les autochtones avaient tué le Blanc de la SAB qui avait instauré le caoutchouc. C'est depuis cette guerre que jusqu'à présent les Blancs habitent les villages indigènes. Le Blanc dont allusion était installé à Ifulu, chefferie Iyonda, sur les bords de la Momboyo. Auparavant le Blanc achetait des pointes d'ivoires, du fard rouge et une espèce de champignon comestible et fort apprécié. En contrepartie, les Blancs remettaient à la population des perles et des bracelets. Ces perles étaient semblables à celles utilisées il y a quelques temps pour le jeu de hasard.
Pendant cette période, les autochtones avaient beaucoup péri. Ils mouraient même de faim, dans la forêt. Ils mangeaient parfois de la nourriture insalubre dans leur refuge. Si une femme a un enfant de 4 à 7 ans qui pleure beaucoup, le père peut fracasser sa tête contre un arbre, et la mort s'en suit. Le caoutchouc avait entraîné l'extermination à cause des tueries, des emprisonnements et de la chicotte. C'est à cause de cela qu'il y a eu guerre.
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FLANDRIA
614/259
Augustin ESANGA, élève (1)
RESUME: SAB échange, caoutchouc pour marchandise; méthode de conservation caoutchouc; marché d'Ifulu; répression et mort du Blanc à Ifulu; le Blanc s'installe à Belondo; l'Etat arrive en provenance des Ekonda. Affaiblis, les gens font la paix.
TEXTE:
L'ARRIVEE DES BLANCS ET L'EPOQUE DU CAOUTCHOUC
Le premier Blanc qui arriva chez nous est la SAB. Il arriva pour le commerce. Il avait beaucoup de marchandises, e.a. des perles, des cauris etc. Il dit: "Nous vendons ces marchandises contre du caoutchouc". Puis il leur montra comment faire du caoutchouc. il le frotta sur sa poitrine, et demanda aux autres de se frotter le latex sur la poitrine, puis de le décoller. Le premier marché du caoutchouc était à Ifulu.
Mais après il rencontra des gens de Bomboma et leur infligea la chicotteparce qu'ils n'avaient pas assez de caoutchouc. Sous la douleur des coups les gens disaient: "Ce n'est plus un marché, ça devient une séance de coups qu'il nous inflige, il faut nous battre avec lui". Pris de colère, ils décidèrent de le tuer. La guerre s'aggrave et il s'enferma dans une maison. Après ils mirent feu à la maison, et voulant en sortir, ils le saisirent et le tuèrent. C'est Iyonda et Bombomba qui l'ont tué.
Ils jetèrent ses biens: fusils et sels. Ils crurent que c'était du sable blanc. Mais certains soldats qui avaient pu fuir allèrent chercher de l'aide auprès de leurs compagnons. Là-dessus le Blanc Ekumampulu arriva faire la guerre à Bokala, mais il perdit et fuit. Par sa fuite la guerre se renforça et il se retira à Bosaa. Mais les indigènes le suivirent à Bosaa et il se retira à Bolondo. Ici, les combattants prirent la fuite.
Un long temps s'écoula et on avait déjà oublié. Mais des Blancs avec leurs soldats arrivèrent par les Ekonda. A leur arrivée, nous n'avions plus de force comme avant. Lui n'était pas fatigué, mais nous, on fuyait dans la forêt. Après, nous sortions de la forêt en disant: "Nous voulons conclure la paix avec vous, nous ne voulons plus nous battre. Vivons en paix". Mais nous voici toujours dans la misère.
Nos vieux ne pouvaient y tenir: ils ne pouvaient courir; chacun allait de son côté. Si tu ne sais pas courir, tout va se retourner contre toi (2).
NOTES
1. L'auteur a publié un poème en lomongo dans Lokole Lokiso 15/10/1959, p.4
2. Proverbe: sens inconnu.
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EKOMBE (Imoma-nord)
653/319-320
Ambroise Ifale
RESUME: Le Blanc Imemya à Mbala; il tue le juge Bompeme; désarme le village; impose le caoutchouc. Tueries à Waka. Fin des tueries. Caoutchouc de guerre; Impôts avec chicottes et prison; arrivée des Pères, des compagnies et des vêtements; domination des Blancs.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous avons remarqué que le Blanc Ememya n'arrivait pas chez nous. Il habitait seulement à Mbala. Mais il envoyait son chef Yambo. Yambo vint signer la paix avec nous. Les infirmiers habitaient chez lui. A son arrivée, il nous ravit nos flèches et nos lances. Le juge Bompeme dit: "Pourquoi nous avez-vous ravi nos armes"? Il lui répondit: "Toi, tu oses me répondre, tu vas mourir". Il prit son fusil et le tua à portant devant tout le monde. C'est là le début de sa colère.
Désormais, vous récolterez le caoutchouc. Si le caoutchouc n'est pas suffisant, je vous tuerai comme je l'ai fait avec votre parent en votre présence".
Et on récolta les premiers caoutchouc. Banyele, Bokombe, et Iliko apportèrent avec Yambo les premiers caoutchouc à Mbala. A leur arrivée à Mbala, le Blanc fit rentrer Bokombe et Benyele, et tua Iliko. Il dit: "C'est un exemple pour que vous ne désobéissiez plus à Yambo. Alors, entre nous et les Blancs, qui a commencé à provoquer qui?"
Et Itumbambilo arriva à Waka, et envoya son sergent Botoli. A son arrivée, il tua Bakofe. Il lui demanda: "Tu n'as pas récolté la quantité exigée, viens que tu meurs". Et il le tua. "Je vois vos figures briller de chagrin pourquoi?". Et il choisit quelques-uns qu'il tua. Puis il ordonna qu'on récolte le caoutchouc. Et on s'exécuta et on apporta le caoutchouc à Waka. Après le marché, il tua Ikangu, à coup de fusil. Il dit: "Ne faites plus de palabres à Botoli. Voilà un exemple". Tels sont les méfaits que les Blancs nous ont infligés, nous les Ekombe.
A partir de cela, c'est la fin des gens. On nous tuait comme des bêtes; on mourait comme du gibier. Itumbambilo ordonna: "Tuez la mère en présence de son fils pour que le fils la mange. Tuez la femme devant son mari pour que le mari la mange". Si le mari refuse, on le tue. Itumbambilo tua Ikangu et ordonna à ses parents de le manger. "Mangez-le sinon je vous tue tous". Et ils l'ont mangé pour obéir au Blanc. Et c'est ainsi qu'on était exterminé. Puis il nous interdit des bananes et de la chikwangue. C'est Itumbambilo qui nous l'avait interdit. On ne mangeait que des fruits de l'arbre Bosqueia angolensis et de l'arbre Ricinodendron africanum. Celui qui mangeait des bananes ou des chikwangues était tué. Beaucoup de gens étaient morts de chagrin et de faim. Car ils n'avaient rien à manger. Les petits enfants étaient morts de faim et ainsi exterminés. Ensuite du caoutchouc.
Le caoutchouc au cours de la récolte duquel on tuait beaucoup de gens dura 2 ans.
On interdit de tuer les gens. On récoltait un panier de caoutchouc par personne. On nous arrêtait et on nous chicotait de 50 coups. Et beaucoup étaient morts en prison. La 3è campagne de caoutchouc, ce fut pendant la guerre.
A la fin du caoutchouc, on instaura l'impôt avec de l'argent. Et nous voici ployant sous la chicotteet les emprisonnements. Après l'impôt, c'est l'arrivée des Pères. Plutôt après le caoutchouc. A leur arrivée, nous commençons à nous habiller.
On peut se plaindre à qui peut vous écouter ou prendre parti: Le Pape est un Blanc; le Roi est un Blanc; le gouverneur est un Blanc; les juges sont des Blancs. Et pour notre déposition, qui est jugé? Voilà notre déposition telle que nous avons vécu les événements. C'est bien vous les Blancs qui êtes venus avec la guerre, et c'est a vous que nous avons fait notre déposition Et c'est notre déposition des Ekombe. Et ce sont nos vieux: Bonyongo Jembo, Bombenga François. Récoltés par Bonyeku Paul et Ifale Ambroise.
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LOSO/BOLANDA
663/337-338
Antoine BOKONA, greffier-comptable, secteur Loso/Bolanda
RESUME: La guerre des Blancs fait émigrer les Bombomba sur les bords de la Tshuapa. Les villageois réagissent violemment d'avant les exactions du Blanc et de ses hommes lors de la récolte du caoutchouc. Le Blanc de la SAB et ses sentinelles sont tués. Un Blanc vient les venger en imposant cruellement le caoutchouc et autres corvées. Tueries, mains coupées. Succession des Blancs et déplacements des postes. Copal, impôts.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
A cause des rumeurs sur la guerre des Blancs, qui venaient de l'aval, les Bombomba sont allés habiter sur les bords de la Tshuapa. Cette guerre étant appelée la guerre de Lianja, nous avons déménagé par le chemin de Bosenja, au bord de la rivière Momboyo, et avons traversé la Lokolo. On appelait cette guerre, "la guerre des Baenga".
Nous vivions entre nous, lorsque un premier Blanc, le Blanc de la SAB, nous invitait à commercer. Les vieux évoquaient le proverbe suivant: "Le désaccord lors du commerce ne crée pas l'inimitié". Se rendant à ce marché, quelques femmes furent arrêtées. Leurs maris en étaient au courant. Ils réagissaient: "Comment? Le marché, c'est marché; alors pourquoi arrêter?". Une fois encore, d'autres femmes furent arrêtées. Ils réagissaient encore: "Comment? Qu'allons-nous faire? Le marché, c'est le marché. Alors pourquoi arrêter femmes et enfants?" Là-dessus, les femmes, et les garçons se rendirent au marché. On y arrêta le fils du patriarche. Le patriarche réagit: "Chers frères et soeurs, le Blanc nous a appelés au marché seulement, mais il frappe nos femmes et nos enfants. Il a arrêté mon fils. Aujourd'hui nous devons aller le combattre. Il nous provoque carrément. Ce n'est pas du commerce ça". Ils se levèrent et partirent. Ils arrivèrent au village en question: Ifulu. Ils surgirent devant le Blanc et ses serviteurs. Après une lutte acharnée, ils tuèrent le Blanc et ses serviteurs, puis ils retournèrent.
Après cela, ils vivaient pendant à peu près une année et demie. Puis un Blanc est venu venger celui qui a été tué. Ce Blanc s'appelait Ikumampulu. Il n'était venu que pour la guerre. Il ne faisait que tuer des gens. Ils ont commencé à Bomangola, et sont allés jusqu'à Bafake. Ils avaient tué une quantité innombrable de gens, Il y avait affecté 5 soldats.
Après lui, le Blanc Bajunu vint imposer la récolte du caoutchouc. Ne demandez pas concernant les assassinats. Les uns tués, les autres mains coupés. Ils nous interdisaient des bananes, des chikwangues, du poisson, et de la viande. Notre nourriture des amendes palmistes, et des fruits. On tuait des femmes qui ne fournissaient pas de poissons. A cette époque, femmes et hommes ne se fréquentaient pas, et on mettait plus au monde. On tuait aussi ceux qui ne récoltaient pas assez de caoutchouc. Ce Blanc résidait à Belondo.
Bajunu partit et fut remplacé par Longwango. Il vint continuer avec la palabre du caoutchouc. Mais à son arrivée le Blanc Longwango décida de mettre fin aux assassinats. Quelques temps passaient et Bafutamingi arriva pour le caoutchouc. On frappait atrocement des gens et on en prisonnait d'autres.
Le poste de Bolondo fut supprimé et on s'installa à Mbala. On y expédiât le caoutchouc à Mbala. On a habité Mbala pendant quelques années. Puis Bafutamingi partit. Le poste fut transféré a Eyengo. Le Blanc qui y était affecté était Iketekelenge. A ce moment, on récoltait le caoutchouc sans qu'on tue des gens. Mais la prison et les bastonnades étaient toujours en vigueur. Cela dura 8 à 10 ans.
Puis le poste fut transféré à Byanga sous le Blanc Bakasi. On continuait avec la même corvée du caoutchouc. La prison et les bastonnades toujours en vigueur en cas d'infractions, et cela sans pitié. Et le Blanc Bongende arriva nous imposer le copal qu'il achetait avec de l'argent qui nous permettait de payer l'impôt. C'est le début de l'impôt.
Les vieux ont dit dans un proverbe: "Sur la tête que tu as blessée, tu viens chercher des poux (1). Nous vivons avec nos misères alors pourquoi nous interrogez-vous? Salutations et compliments.
NOTE
1. G. Hulstaert, Proverbes mongo, no 724.
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MBALA 618/263
Louis NGUMBA, élève à Flandria
RESUME: Les Blancs de l'état arrivent à Bolondo. Ceux de la SAB à Mbala. On se répartit le terroir en deux: l'Etat prend les villages entre Loolo et Bokala, et la SAB les villages entre Ingonju et Ifuto. Exactions à Mbala. Réactions de la population qui tue un Blanc. Expédition punitive par l'Etat.
TEXTE:
Les Blancs sont arrivés d'abord à Bolondo. C'étaient les Blancs de l'Etat. On affecta des sentinelles dont les noms étaient: Ekoongo, Boyamba et un autre. Et les soldats et le Blanc habitaient Mbala. C'était un Blanc de la SAB. Il s'appelait Bongonda, alias Bokukulu. On nous répartit en deux groupes: de Loolo à Bokala, pour le compte de l'Etat; et de Ingonju à Ifuto, les gens de la SAB. Puis il imposa le caoutchouc à acheter contre des perles et des laitons de cuivre. Et on récoltait contre paiement.
Mais voilà que le Blanc quitte Mbala et s'en va à Ifulu. Il laissa des sentinelles à Mbala. Ces sentinelles convoquèrent le notable de Mbala: Is'ea mpata de Loonje. Imote, le soldat, l'interpella: "C'est bien toi Is'ea Mpata qui interdit qu'on fasse la cour aux femmes?". Et il le fusilla. Là-dessus. Botefela alias Eongo alla prendre le renfort chez les Wele. Les Wele, après avoir pris connaissance de l'incident se battaient avec les soldats. Il y a eu deux morts de chaque côté. Les soldats quittèrent les lieux et s'en allèrent à Ifulu. Et le Blanc réprimanda Eongo: "Moi, je n'ai jamais ordonné de tuer des gens. Pourquoi as-tu agi ainsi?".
Les Bombomba et les soldats se sont battus aussi à cause du caoutchouc. Il y a eu dé nombreuses victimes de part et d'autres; tant chez les Bombomba que chez les soldats. La guerre devenait meurtrière à un haut degré. Les soldats prirent fuite, et on brûla le Blanc après avoir mis du feu sur sa maison. L'Etat apprit que le Blanc était tué après avoir mis du feu sur sa maison. Il envoya une expédition meurtrière à Iyonda et Bombomba rentra à Bolondo. Mais il y est revenu deux fois. Puis le Blanc de l'Etat y affecta deux Blancs: Bajunu et Itumbambilo. Et lorsque les villageois ont été soumis, ils se séparèrent: l'un à Mbala et l'autre à Waka.
(Le reste est la copie de D.614) (1)
NOTE
1. Add. à la copie dactylographiée de l'original.
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MBALA
619/264
joseph BABOLONGO, élève à Flandria (1)
RESUME: Les Blancs de l'Etat arrivent à Bolondo. Ceux de la SAB à Mbala. On répartit la Population: l'Etat prit les villages entre Loolo et Bokala, tandis que la SAB s'occupa des villages entre Ingonju et Ifulu. A Mbala les sentinelles commettent des exactions. Les villageois se défendent et se battent. Caoutchouc. Le Blanc d'Ifulu assassiné, l'Etat envoie une expédition punitive.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Deux premières pages sont copies du n° 6l4 et 618(2)
ARRIVEE DES BLANCS ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Tout au début, ce sont des Blancs de l'Etat qui arrivèrent à Bolondo. Puis il y affecta des sentinelles qui étaient: Ekoonga, Boyamba et un autre. Les soldats et le Blanc résidaient à Mbala. C'était un Blanc de la SAB. On l'appelait Bongenda ou Bokukulu. On nous répartit en deux Groupes: de Loolo à Bokala, les hommes de l'Etat; et d'Ingonju jusqu'à Ifulu, pour le compte de la SAB.
Puis il imposa le caoutchouc qu'il achetait avec des perles et dés laitons de cuivre. On enduisait le ventre du latex qu'on enlevait ensuite après dessèchement. Puis le Blanc quitta Mbala pour Ifulu. Mais il laissa des sentinelles à Mbala.
Les sentinelles restées convoquèrent les patriarches de Mbala, à savoir Is'ea Mpata de Loonje et Is'ea Imote. Le soldat s'adresse à Is'ea Imote en ces termes: "Toi, Is'ea Imote, interdirais-tu aux gens de chercher des femmes?". Et il le fusilla. Là-dessus, Botefela alias Eyongo alla chercher le renfort chez les Wele. Lors de la bataille entre les Wele et les soldats, il y a eu deux morts de part et d'autre. Les soldats quittaient les lieux pour Ifulu Là, le Blanc désapprouva Eyongo en ces termes: "Moi je n'ai pas ordonné de tuer des gens. Pourquoi as-tu agi de la sorte?".
Il fouettait les Bombomba qui apportaient le caoutchouc. Il y a eu de nombreuses morts et du côté des soldats et du côté des Bombomba. Lorsque le combat s'aggrava, les soldats prirent fuite et on tua le Blanc après avoir mis feu sur sa maison. On prenait du sel pour du sable. Après avoir appris que le Blanc de la SAB a été tué, l'Etat envoya une expédition meurtrière chez les Iyonda et les Bombomba. Puis il rentra à Bolondo, mais y est revenu deux fois.
Puis deux Blancs de l'Etat vinrent s'installer à Mbala, notamment: Bajunu et Itumbambilo. Et comme les gens devenaient soumis, ils se séparèrent: l'un à Mbala et l'autre à Waka.
NOTES
1. Auteur d'un article sur la propreté dans Lokole Lokiso 15 avril 1955, p.2
2. Add. de Boelaert sur la copie dactylographiée de l'original.
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BOMPOMA
679 Lokole Lokiso 15/2/1955, P8
Albert ILANGAMONGO, D.C.C.M. Coq'Ville (1)
Né: 1930
RESUME: Blancs à Bompoma; transfert du poste à Lotumbe.
Recrutement des jeunes de Bombomba pour: la guerre 1914-18. ils se dissipent; le ruse du sergent Iyomi échoue. Le cas de Mbowina qui se fait protestant pour s'échapper du service militaire.
TEXTE:
Vous avez appris que jadis, avant d'ériger le Territoire d'Ingende on avait d'autres Postes, parmi lesquels Bompoma, dans le Secteur Momboyo. Actuellement le Poste est transféré à Boyela, Chefferie Bombomba, Secteur Momboyo, Territoire Ingende. Laissons un peu cette direction pour parler des événements du passé.
Pendant que le Poste était à Bompoma, on a eu des Blancs suivants: Lonkonga, Bonkoto-Mpembe, Bolabola, Malomalo et Nkoi qui supprima le poste et le transféra à Lotumbe. Ils avaient beaucoup de soldats et de policiers. A ce moment on appelait ces soldats "fusilier", et les policiers "soase". Le chef des soldats était le sergent Iyomi. Le chef des Bombomba était Mbembe. A cette époque on arrêtait les gens de Bombomba pour en faire des soldats lors de la guerre 14-18. Les Bombomba étaient tellement rusés qu'on n'a pas vraiment réussi à recruter beaucoup de soldats. Une façon' de s'échapper était de ne pas passer par la grande route, mais de longer des sentiers.
Celui qui passait devant eux était arrêté et jeté en prison pendant 7 jours. C'est terrible! Un étranger devient un léopard et un natif une civette. L'oppression devenait grave. Mais l'Etat ne parvint pas à enrôler les Bombomba dans l'armée. Tout simplement 'Parce que les Bombomba avaient une devise: "A malin, malin et demi". On les traquait, mais ils ne se laissaient pas prendre.
Le sergent Iyomi perdit sa femme et invita les Bombomba au retrait de deuil en mémoire de sa femme. Il a déjà prévenu le Blanc en ces termes: "Lorsque les Bombomba viendront ici, nous allons les arrêter pour l'armée. Pendant qu'ils étaient chez Iyomi, les Bombomba chantaient: "Si Iyomi invite les gens à la fête, c'est qu'il a un plan de guerre". Ayant entendu cette chanson, Iyomi demanda aux soldats de les arrêter, mais différa le projet en disant: "Ne les arrêtez pas maintenant, attendez la fin de la fête funèbre". Les Bombomba en étaient au courant et chantaient: "Vous avez un projet, moi avec un contre projet". A la fin de là fête Iyomi ordonna d'arrêter les Bombomba. Et les Bombomba de répondre: "Oh feuilles de là forêt, cachez-nous". Et ils étaient tous dans là forêt. Arrivés au milieu de la forêt, ils entendaient quelqu'un se lamenter. Ils se rendirent compte qu'Iyomi avait arrêté' un pygmée Botswa de Etumbola. Et les Bombomba criaient: "Vous pouvez vous en aller avec un botswa pour vous". On apporta ce pygmée au Blanc. Le Blanc réagit: "Je vous ai ordonné d'arrêter les Bombomba et vous venez avec un Botswa? Frappez-le seulement et relâchez-le ensuite".
La guerre devenait de plus en plus grave. Un certain jour, un homme appelé Mbowina originaire de Jombo, un hameau de Bombomba, était allé acheter du savon à Boyela. On l'arrêta. Le Blanc dit: "Ce jeune homme est apte au service militaire". Peu après les catéchistes de D.C.C.M. Lotumbe passaient à Lotumbe pour laisser les enfants à l'école. Mbowina n'avait jamais envi d'étudier, mais à cause de cette misère, il demanda au catéchiste d'aller à l'école. Il s'adressa au catéchiste Paul Esile en ces termes: "Catéchiste, je suis en train d'aller à Lotumbe à l'école, mais on m'a enrôlé dans l'armée". Le catéchiste s'adressa au Blanc de l'Etat: "Celui-ci est mon élève, relâchez-le". L'Etat ne tergiversa pas et on le relâcha. Ils partirent pour Lotumbe et Mbowina devenait écolier. A Lotumbe, Mbowina fut reçu le premier de sa promotion et fut choisi pour l'I.C.C. Bolenge (2). Il y décrocha son diplôme. Il a mis au monde 4 enfants (3 filles et un garçon). Le fils fut aussi le premier de sa classe à l'I.C.C. où il décrocha aussi un diplôme. Son nom: Pierre Mbongo. Actuellement son père est pasteur à Lotumbe.
Quelle bonne action que celle accomplie par Paul Esile en libérant Mbowina! N'eut été lui, on n'aurait pas à Lotumbe un pasteur appelé Mbowina M., et encore moins un moniteur à l'I.C.C. appelé Mbongo P.B.
Je pense qu'aujourd'hui, ça suffit comme ça. On pourra bavarder une autre fois. Une lettre longue, c'est à cause des recommandations finales d'un ami qui reconduit pour retourner ensuite. La narrateur est un fils de Bompoma, né en 1930. Ce récit je le tiens de mon père qui avait vécu ces événements.
NOTES
1. Auteur d'un article sur les arrestations arbitraires à Coquilhatville, dans Lokole Lokiso 15 novembre 1955, p.5.
2. Bolenge, à 10 Km au sud de Mbandaka, l'I.C.C. (Institut Chrétien Congolais) y a été créé en 1928.
Sur le poste protestant de Bolenge, lire Mayota Ndanda, dans Mbandaka hier et aujourd'hui (Etudes Aequatoria 10), 169-174.
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MBANJA INJOLO
659/330-331
André BOKETSU, ancien moniteur
RESUME: Des guerres intestines précèdent l'arrivée du Blanc de la SAB. Un talisman ikakota rend les villageois invulnérables aux balles des sentinelles de la SAB, et les villageois l'emportent. Pour non observance des interdits y afférents ce talisman perd de son efficacité et les Blancs reprennent le dessus. Caoutchouc et impôts. L'auteur présente les Blancs comme civilisateurs.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
1. Au début, nos vieux, c.à.d. nos ancêtres se battaient entre eux.
A ce moment, ils n'avaient vu aucun Blanc, ni entendu parler de lui. Il y avait des disputes à Injolo entre les Waka et les Boangi w'Elondo, entre les Ngombe, les Wese, les Bongonjo. S'il y avait guerre entre eux, ils utilisaient des lances, des flèches et des boucliers ainsi que des bâtons. On se tuait, on arrêtait des prisonniers, on se mangeait. Par exemple si on tue une mère, on oblige à son fils de la manger. En tout cas, il y avait entre eux beaucoup de mauvais traitements. Là-dessus, le premier Blanc de la SAB arriva chez les injolo. Les ancêtres l'appelaient Bokukulu. Le Blanc qui habitait à Bonsele, avait recruté des soldats et leur avait remis des fusils pour combattre les Injolo. Les soldats créent un poste chez les injolo. Ayant vu que les non-originaires avaient installé un poste dans leur village, les injolo se décident d'aller prendre un talisman pour la guerre. Le talisman est appelé "Ikakota". C'est alors qu'ils vont combattre les soldats de la SAB. Leur talisman était très puissant. Il rendait tous invulnérables aux balles. Et voilà qu'ils remportent la victoire contre la SAB. Ayant ainsi gagné la SAB, ils pensaient que la guerre avait pris fin. Ils ont alors négligé les interdits liés au talisman. Le fétiche perdit de sa puissance, et on ne savait plus comment le redynamiser.
2. Le deuxième Blanc fut Itumbambilo qui résidait à Waka avec ses soldats. C'était un Blanc de l'Etat. Il avait soumis férocement notre contrée.
3. Un troisième Blanc fut Bandunu qui résidait à Mbala avec ses soldats.
4. Un quatrième fut Ikoma, qui résidait à Lokondola avec ses soldats.
Ils avaient rassemblé tous leurs soldats et combattaient notre chefferie Injolo. Et les villageois se réfugièrent dans la forêt. Les Blancs ordonnèrent: "Appelez les gens qu'ils sortent de la forêt, qu'on conclue 1a paix. Ils présentent une noix palmiste et une cartouche. Les gens répondent: " Nous préférons la noix de palme''. Et l'on conclue la paix. Les Blancs ordonnèrent: "Désormais vous récolterez le caoutchouc. On tuera par conséquent deux personnes par village qui n'en récoltera pas assez. L'avez-vous compris?". Oui, nous l'avons compris, répondent les villageois. Les voilà qui s'en vont dans là forêt pour la besogne. Le soldat qui avait tué un des nôtres, c'est un certain Mboyo ea Loboma (1). Un deuxième autre soldat fut Ngweli, un autre encore fut Longomo j'Ofumbo. Mais ce ne sont là que les noms des plus gradés. Somme toute, ils étaient légion. puis on instaura l'impôt. On commença d'abord à payer 3 francs seulement par personne, puis 9 francs. Puis arrivèrent les vêtements et le copal en grande quantité. On majora encore l'impôt au fur et à mesure que les Blancs devenaient nombreux chez nous. Et les Blancs interdirent de tuer les gens.
Au début, nos ancêtres ne s avaient rien d'un fusil, encore moins d'un Blanc, ni des vêtements. Ils connaissaient des perles. Mais ils ne connaissaient pas l'argent. Tout ce qui est du Blanc, nos ancêtres ne connaissaient pas. On connaît tout cela avec l'arrivée des Blancs chez nous.
Les Blancs sont venus nous civiliser Ils sont venus maintenant pour nous faire sortir de l'ignorance. Actuellement, nous avons remarqué une différence entre les choses des ancêtres et celles des Blancs. Il y a une grande différence entre les deux ordres. Remerciements aux Blancs pour avoir interdit les choses des ancêtres. Car tuer quelqu'un n'est pas une bonne chose. C'est une très mauvaise chose. Nous rendons grâce à Dieu pour avoir inspiré les Blancs à pacifier notre pays. Voilà ce qui c'est passé chez nous les Injolo à l'arrivée des Blancs. Si vous n'entendez plus rien, c'est que la tortue est rentrée dans la carapace (2).
NOTES
1. Mboyo-le-tueur
2. Finale pour exprimer qu'on n'a plus rien à dire.
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BOENJOLA
460/145
louis LINGOLO, capita Boenjola
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Le Blanc qui a commencé à nous combattre fut Itumbambilo. A son arrivée, il noua convoqua. Il ordonna.." Venez avec des flèches" Il nous confisqua les flèches et nous ordonna de récolter le caoutchouc. Après cet ordre, il tuait tous ceux qui ne récoltaient pas assez de caoutchouc. On se dit entre nous: "Il est venu non pour acheter du caoutchouc mais plutôt pour tuer des gens".
On ne faisait rien contre lui, on ne le combattait pas; ce n'était que lui-même qui est venu nous tuer. Ayant exagérer dans les tueries, nous avons fini par nous soumettre et d'aller dans la forêt récolter le caoutchouc. Dans la forêt, on ne mangeait que des fruits. On institua Ilufa pour convoquer les gens et acheter le caoutchouc. A cette époque si lui, le Chef n'est pas là, personne d'autre ne vend lé caoutchouc. Il avait d'abord tué quelqu'un appelé Wilima, puis Is'Efelo.
Nous posons la question de savoir qui a initié cette enquête sur l'arrivée des Blancs. Parce qu'ils ont exterminé nos ancêtres, nous voulons connaître celui qui nous demande cette affaire.
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IMBONGA
655/324
François ILAJA, catéchiste (1)
RESUME: Premier Blanc: Bakukulu; Blanc à Ifulu et Bomputu. Installation des capitas dans les Injolo et Boangi; caoutchouc et désarmement des indigènes, répression; assassinat du capita Ekutsubolo et répression; assassinat du capita de Bombembe et répression; L'Etat à Bolondo, à Mbala, Waka. Caoutchouc et répression.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS SUR LA TERRE DES INJOLO OU BOANGI
Le Blanc, qui est arrivé le premier dans notre terroir, fût Bokukulu de la SAB. puis il désigna les Blancs subalternes pour créer de mini-stations à Bomputu et à Ifulu. Lui-même résidait à Bonsela de Lokumo. Le nom de ce Blanc c'est Bongende alias Lonkonga.
ARRIVEE DES CAPITAS AUTREMENT APPELES FUSILIERS
Puis, il affecta des fusiliers chez les Injolo; Efunda à Bombomba de Lotoko, Mpakama à Lokosa de Aliya, Bolinda alias Loboma à Nkuse, Botsw'Ompinji à Isaka. Ces fusiliers on' provoqué là guerre contre les indigènes. C'est que Bongende avait ordonné aux indigènes de récolter le caoutchouc pour qu'ils commercent. Car la S.A.B. échangeait le caoutchouc contre des perles, les mitako et les cauris. Les fusiliers achetaient ainsi le caoutchouc qu'ils envoyaient à Bonsela. Un jour du marché, les fusiliers ravirent aux villageois leurs flèches qu'ils jetèrent dans la forêt. C'est à partir de là que les indigènes se fâchèrent et
commencèrent la guerre contre les fusiliers. Et les fusiliers vainquirent les indigènes.
DEUXIEME GUERRE
Après cela, les indigènes revinrent pour le marché du caoutchouc, mais les indigènes rééditèrent leurs provocations. Ils reprirent la guerre et les indigènes tuèrent Ekutsubolo. Et les fusiliers allèrent prévenir Bongende. Il arriva avec beaucoup de fusiliers combattre les indigènes. Il les vainquit et en tua beaucoup. Puis les indigènes disaient: "Nous n'allons plus récolter le caoutchouc. Et Bongende rentra à Bonsela. Celui qui était à Ifulu se battit avec les indigènes de Bombomba et Iyonda, mois on le tua. Ce Blanc était appelé Bombende. Ayant appris cela Bongende alla demander le renfort de l'Etat. L'Etat en fut très furieux et déclara la guerre à Bombomba et Iyonda: il les tuèrent impitoyablement. Il créa son premier poste à Bolondo puis il quitta Bolondo pour s'installer à Mbala. Delà, il affecta son premier fusilier à Ifoku de Besombo. Son nom était Bongondo. Et ce fut le début de l'affectation des fusiliers sur notre terroir des Boangi. Puis Longwango alias Bokatajamba, un Blanc de l'Etat accosta, et alla explorer le Pays des Injolo, et choisit le poste de Waka. Il y affecta un Blanc subalterne. Lui-même retourna à Mbala. Ce fut le début de la corvée du caoutchouc. Un village qui n'en récolte pas assez est exterminé. Depuis lors jusqu'aujourd'hui, nous voici sous le joug coloniale.
Vous autres qui demandez ces récits, les patriarches vous posent la question suivante: "quel juge tranchera cette palabre?".
NOTE
1. Auteur de 2 articles sur 1a polygamie et sur la dot dans Le Coq chante et lokole Lokiso.
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BAENGA
458/139-140
Chef INGONJU, M.C. Imbonga
RESUME: Selon deux versions concordantes, le narrateur évoque la paix qui a précédé l'arrivée des agents noirs de la SAB, venus semer la terreur. Caoutchouc. Ikakota. Fin des tueries sous le Blanc Longwango de l'Etat.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Voici ce que disent le vieux Nkanga Albert et Efanga Silotsi, les notables de Lingonju. Ils disent: "Nous avons vu 3 hommes noirs: Ekakya, Lofundo et Njoku armés de fusils que nous appelions "nkulo" ou pistolets. Ils demandaient d'apporter du caoutchouc qu'ils allaient acheter avec des perles, des cauris et des clochettes. Et on leur apporta le caoutchouc. Après examen, ils disaient: "c'est mauvais". Ils arrêtèrent l'homme qui avait apporté le caoutchouc et le tuèrent à coup de fusil. Puis on apporta autre caoutchouc aux beaches de Ikongo, Iyonge et Bolonga. Le fusilier Mpakama tua les gens qui avaient apporté le caoutchouc. Pris de fureur, on se battait avec Mpakama et ses hommes. Il fuit le combat lui livré chez nous et alla à Lokumo Bonsela le rapporter au Blanc de la SAB.
Et on resta dans la Paix, festoyant et dansent à l'aise. On se disait: "La guerre a pris fin. Soudain", on apprend qu'il y a encore une guerre au beach de Belondo. L'Etat y a envoyé beaucoup de fusiliers nous combattre encore. Leurs noms étaient: Ekakya, Lofundo et Njoku. Ils étaient venus nous combattre avec des fusils de marque albini. Ils nous tuaient en surnombre. Nous avons fui cette guerre dans la forêt. On se lassa d'y rester par manque de nourriture. Nous en sommes alors sortis, munie de jeunes rameaux de palmiers signer un traité de paix avec des fusiliers en disant: "Protégez-nous, vous qui nous combattez". Là-dessus la fureur des fusiliers s'apaisa. On nous demande dé rappeler de la forêt tous les fugitifs, et, on annonça la fin de la guerre entre eux et nous. Cela a été fait ainsi. Et encore, les fusiliers demandèrent: "Qui, parmi vous, sont de vaillants combattants?". On les désigna, et voilà, un fusilier les tua. Après cela, on nous imposa le caoutchouc, alors qu'on a signé la paix avec eux. On entassait le caoutchouc dans les paniers. Celui qui ne remplit pas un panier est tué à coup de fusil. En dépit du traité d'amitié, si un fusilier remarque que quelqu'un a une belle fille, il la prend de force. Celui qui proteste est tué à coup de fusil. Ceux qui ont un champ de manioc, de bananes, d'ignames, de courges ou une palmeraie, ne peuvent pas en manger. Si on en mange, on est tué à coup de fusil. La récolte du caoutchouc nous a sensiblement exterminés par des tueries à coups de fusils. A son arrivée au beach de Lotoko Bombomba, le Blanc de l'Etat Longwango interdit de tuer les gens. On cessa de nous tuer. La guerre prit fin.
II.
Les vieux de Efoto (Ikolongo et Mbembe Albert) donnent la version suivante. "Nous étions chez nous lorsque nous vîmes un Noir, Mpakama, envoyé chez nous par le Blanc de la SAB, accompagné de guerriers armés de fusils. Il était accompagné de: Imbongo, Iyonge et Bolonge. Mpakama ordonna: "Venez avec du caoutchouc et je l'achèterai avec des perles, des cauris et des clochettes. Et on récolta le caoutchouc. Et on l'apporta au marché. Voyant nos flèches, Mpakama nous les ravit et les fixa sur une branche du kapokier. Remarquait-il une belle femme mariée, il la prenait de force. Constatait-il du mauvais caoutchouc, il en tuai les récolteurs.
Nos vieux en eurent le coeur gros. Un vieux d'Injolo appelé Is'e'Ekafela alla à Elanga chez quelqu'un qui avait un talisman très puissant. Il prit un talisman appelé ikakota. C'est un fétiche très puissant de guerre. En possession de ce fétiche, on se battit avec la SAB. On tua Mpakama et ses hommes. Là-dessus ils ont fui la guerre que leur livrions. La SAB retourna à Lokumo Bonsela.
Après cela, on vivait en paix chez nous. On festoyait et on se disait: "la guerre avec la SAB a pris fin". Alors qu'entre-temps, le Blanc de la SAB, Itumbambilo, avait envoyé un rapport à l'Etat en aval. En conséquence, l'Etat envoya beaucoup de fusiliers au poste de Belondo. Une guerre meurtrière s'en suivait dans notre pays, tuant des gens à coup du fusil albini. Notre talisman "ikakota" avait perdu de son pouvoir magique. Ce talisman interdisait des rapports sexuels. A la fin de la guerre avec la SAB, celui qui était allé prendre ce fétiche avait été en contact avec une femme. Le fétiche perdit de son efficacité. L'Etat nous tuait. Et on s'est réfugié dans la forêt.
Après cela, nous sommes sortis de la forêt pour pactiser avec des fusiliers. Ils nous demandèrent: "Indiquez-nous vos vaillants combattants". On les leur indiqua. On les mit dans un filet et on les tua à coup de fusil. On nous imposa le caoutchouc à remplir dans des paniers. Celui qui ne remplissait pas le sien était tué.
A son arrivée à Lotoko pour y créer un poste le Blanc Longwango interdit les tueries. Et les soldats ne tuaient plus. Les tueries avaient pris fin.
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ISAKA
466/154-158
Joseph BOYEYE, originaire de Isaka, M.C. Imbonga (1)
RESUME: Les migrations des Isaka fuyant Lofembe depuis Safala, près de Mbandaka, jusqu'au site actuel. C'est là que les Basongo les trouvent pour la traite des esclaves. Les agents de la SAB viennent à leur tour acheter du caoutchouc contre divers objets. Ils y créent, un poste et quelqu'un parmi eux épouse une femme du lieu. Les fusiliers ou agents de la SAB interdisent aux autochtones d'aller à la poche. Il s'en suit la guerre. Des morts de chaque côté. Le Blanc de la SAB à Lokumo leur prête main forte et les fusiliers reviennent tuer et reléguer les Isaka. Les fusiliers brûlent tout sur leur passage. Chez les Injolo, on utilise l'ikakota et on parvient à tuer les fusiliers. Un seul se sauve. Fin de la SAB et arrivée des agents de l'Etat, qui imposent aussi le caoutchouc. Puis l'Etat pacifie le pays, introduit l'argent, impose le copal et la fourniture des vivres pour le personnel. L'impôt et l'arrivée des missionnaires.
TEXTE:
ARRIVEE DU BLANC ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Les gens de Bonsela, Bombomba Nkuse, et Bolenge sont venus de Safala. C'est aux environs de Mbandaka. Ils fuyaient la guerre de Lofembe. C'est lui le premier Blanc qu'ils ont commencé à voir. Ainsi, ils ont remonté la rivière et sont allés sur les bords de la Tshuapa. Les Bombomba étaient restés, et avaient longé le ruisseau Lotoko. Les Bonsela remontèrent aussi la Tshuapa. Les Isaka et les Bolenge entrèrent à la Salonga et se divisèrent comme suit: les fils d'lyomi restèrent au ruisseau appelé Boliy'a Mpongo et les fils de Lomama remontèrent aussi la Salonga pour s'installer en amont de la rivière Momboyo.
Après la séparation, les Isaka ont créé un site sur les bords de leur ruisseau. Ils y vivaient leur vie lorsqu'ils virent les Basongo accoster chez eux. Les patriarches leur demandèrent des nouvelles. Les Basongo leur répondirent: "Les Blancs nous ont envoyés acheter des gens pour ensuite les leur amener". Là-dessus, les patriarches qui avaient des esclaves les leur vendirent à cette occasion. Les Basongo avaient acheté beaucoup de personnes qu'ils amenaient en aval chez les Blancs. C'est pourquoi les gens disent: "l'aval des Basongo". Puis les Basongo mirent fin à cette traite. Et les gens eurent une période de paix dans leurs villages.
Après la traite, les Isaka aperçurent d'autres gens débarquer encore chez eux. Leurs noms étaient: Ingeli, Botsw'Ompinji, Bongengele, Elenga, Ngubo et les autres. On les appelait fusiliers ou agents de la SAB Puis les notables se réunirent et leur demandèrent des nouvelles. Ils y répondirent: "nous sommes venus pour le commerce. Nous avons des perles, des bracelets, des clochettes et des cauris". Ainsi, les Isaka les accueillirent bien. Les patriarches rassemblèrent des gens et leur offrirent des cadeaux. Et les fusiliers créèrent leur poste à Bolondo, et s'y installèrent. Et ils continuaient avec le commerce des objets qu'ils avaient apostés contre le caoutchouc. Puis les fusiliers épousèrent une femme des Isaka, appelée Kongonyeme. Les fusiliers et les Isaka coexistaient ainsi en paix.
Vint la saison sèche. Les Isaka prirent les objets de pêche et allèrent à la recherche du poisson. Ikete et Bongengele leur demandèrent: "Où allez-vous?". Ils répondirent: "Nous allons à la recherche du poisson à la crique". Les fusiliers renchérirent: "De qui en avez-vous obtenu l'autorisation?". Les Isaka rétorquèrent: "Vous autres, vous êtes des étrangers. Comment allons nous vous en demander l'autorisation?" Après avoir entendu cela, les fusiliers pris de fureur, chargèrent leurs fusils et tuèrent une première victime appelée Lokate j'Onyomi, puis on lui coupa la main. Et le patriarche d'Isaka Esangaoi déclara "comment? Vous êtes venus chez moi et je vous ai accueillis à l'amiable; alors, pourquoi tuez-vous mon fils"? Devant ce spectacle, les Isaka pris de peur disaient: "Ce sont bien eux des gens que nous avons fuis à Safala, voilà qu'ils nous poursuivent jusqu'ici. Là-dessus, les gens pris de panique se réfugièrent dans la forêt. Un Isaka appelé Bokondo w'Ayaka déclara: "Je ne me laisserai pas faire". Et il tua un fusilier appelé Ekutubolo et le laissa pour mort, gisant à terre. D'autres fusiliers l'enterrèrent par après. Puis les fusiliers survivants rejoignirent leur Blanc à Lokumo. Lokumo était le chef-lieu de la SAB. Après lui avoir donné le rapport, le Blanc leur donna un renfort en hommes. Et les fusiliers rentrèrent de nouveau à Isaka pour la guerre. De retour de Lokumo, ils ont tué d'abord Eangaoi-Isongo y'Osau. Ils ont même tué leur femme Kongonyeme et sa mère. La guerre devenait plus meurtrière. Les fusiliers tuaient beaucoup de gens. Il reléguaient certaines personnes en aval. D'autres, ils les remettaient à leur parents. Depuis lors nos gens se dispersèrent un peu partout.
Sur ces entrefaites, les fusiliers débarquaient dans les villages. Brûlaient des huttes, et tuaient des gens. A ce moment les Blancs n'étaient pas encore arrivés chez nous. Ils n'habitaient que Lokumo et Bomputu. Et les fusiliers sont allés s'installer à Injolo. Les Injolo firent la remarque suivante: "Comment! vous êtes étrangers, vous nous envahissez; vous nous ravissez nos femmes, et alors pourquoi nous tuez-vous "?. Là-dessus, les Injolo combattirent les fusiliers. Les Injolo avaient un fétiche appelé ikakota. On enroula ce fétiche contre la manche d'une flèche avec des feuilles sèches de bananiers. On jeta alors le fétiche sur le toit de la maison où se trouvaient des fusiliers et leurs femmes. La maison prit feu et les fusiliers ainsi que leurs femmes moururent. Un seul fusilier s'en sauva, mais il avait abandonné son fusil dans ladite maison.
Après la fuite de cette sentinelle, les gens croyaient que la guerre avait pris fin. Alors que la sentinelle était allée faire le rapport au Blanc en lui disant que les villageois avaient tué tous les fusiliers. Les villageois se regroupèrent à Injolo et brûlèrent le poste des fusiliers. Et c'était la fin de la guerre avec la SAB. Mais les gens pensaient que tout était terminé là, alors que la SAB est partie prendre la rescousse de l'Etat. Et voilà qu'un jour, on apprit le débarquement d'autres fusiliers au beach de Belondo. Le chef de ces fusiliers s'appelait Bongondo. Lui même Bongondo resta à Bolondo, mais il affecta Mboyo ea Loboma à Eungu; Ingondoolo, Njoku, Bokungu et Lokoka étaient affectés aux stations de Bofanjwa et Isaka. Balunguma et Ngbama étaient à Elonda et Ngaola à Efoto. Les fusiliers affectés à Isaka et Bofanjwa, à savoir Bokungu et Lokoka, n'ont pas fait longtemps, et ils s'en allèrent. N'y étaient resté que Njoku et Ingondoolo. A l'arrivée de ces fusiliers, ils avaient trouvé des gens encore en fuite dans la forêt. Ils n'avaient trouvé que quelques groupuscules qui étaient restés au village. Ils arrêtèrent une à deux personnes par hameau. Njoku et Ingondoolo arrêtèrent Botunju w'Imposo et Mpong'Ilaka à Bofanjwa. Ils dirent à leurs otages: "Allez chercher vos frères, et dites-leur que nous sommes venus signer un accord de paix. Nous ne les tuerons plus. Dites-leur cela". Et Botunju et Mpong'Ilaka pénétrèrent dans la forêt appeler leurs frères et soeurs. Ils leur dirent: "Sortez-en, les Blancs sont venus pour signer un accord de paix. Ils viennent de l'aval, ils ne vont plus tuer. Venez, au village". Et les gens sortirent au village, chez les fusiliers. Les fusiliers leur dirent: "Cessez de vous enfuir dans la forêt, nous ne vous ferons plus rien. Apportez vos flèches et lances pour que vous preniez un breuvage. Ainsi dit, les gens apportèrent leurs flèches et lances, et les fusiliers les prirent. Après avoir ravi ces armes, les fusiliers leur ravirent aussi femmes et enfants et leur ordonnèrent: "vous-mêmes allez récolter le caoutchouc pour que nous l'achetions. Mais les femmes et les enfants resterons ici à la cour". Les villageois l'acceptèrent et allèrent dans la forêt.
Après eux, les fusiliers se partagèrent les femmes entre eux et leurs adjoints appelés "hommes de flèches".
Ils se partagèrent aussi des enfants de la même façon. Puis ils leur apprirent comment exécuter les travaux du poste, chacun suivant sa tâche. Si quelqu'un faillit à sa tâche, on le tue et on oblige aux autres de le manger. Si quelqu'un refuse de manger de cette viande humaine, oh le tue aussi. On exilait certaines personnes dans les villages des fusiliers. Ils avaient imposé beaucoup d'interdits ne pas manger de bananes, ni des noix de palme, ni de la viande. Les villageois ne mangeaient qu'une nourriture insalubre. Les fusiliers tuaient beaucoup de gens, et en exilaient d'autres. Chaque fusilier avait recruté ses adjoints dans son propre village. Dès lors, le caoutchouc que les villageois récoltaient, était envoyé à Belondo chez Bongondo qui était le chef, et lui seul le destinait en aval. Puis les fusiliers apprenaient la nouvelle selon laquelle l'Etat avait interdit de tuer les gens. En conséquence, tous les fusiliers partirent, et avec eux leur chef Bongondo. Mais les "hommes de flèches" n'ont pas tous survécu, car les Isaka et les Bofanjwa les massacrèrent. On se vengeait du fait qu'ils avaient exterminé femmes et enfants. Ceux qui étaient retournés dans leurs villages d'origine étaient très peu nombreux.
Peu de temps après, ils apprenaient que l'Etat avait débarqué au beach de Lotoko. Il envoya ses hommes appelés Pataki. Les Pataki sont des gens qui étaient venus avec l'Etat lui même. Comme on appelait ceux venus avant "fusiliers", ceux ci sont appelés "Pataki". Puis l'Etat affecta des Pataki dans chaque village. Il interdit des tueries, et ordonna qu'on lui apportât du caoutchouc à Lotoko pour qu'il achetât lui même. Ce Blanc s'appelait Bafutamingi. Les premiers Pataki arrivés chez nous à Isaka furent: Engetele, Ekotaka, Esale, et Ilambe. Ils expédiaient le caoutchouc à Lotoko.
Peu de temps après, les Eanja assassinent un Pataki, appelé Yampala. Le Blanc se fâche et fait appel aux vrais militaires armés de vrais fusils pour combattre les Eanja. Mais ils n'avaient pas tué beaucoup de gens. Puis le Blanc appela les militaires et les Pataki, et déguerpit de Lotoko. Les villageois en étaient très joyeux, dansant Iyaya et festoyant comme auparavant.
Quelques moments après, on apprend que deux Blancs ont débarqué à Waka. Ils s'appelaient Itumbambilo et Engende. Ils sont venus créer un poste à Waka. Ils ont demandé aux femmes de fournir des chikwangues et aux hommes de fournir du caoutchouc. On échangeait le caoutchouc contre des perles et des mitako. Les femmes fournissaient de la chikwangue pour les travailleurs, les soldats et les prisonniers. Là-dessus, Engende mourut et Itumbambilo partit.
Un autre Blanc appelé Ikoma arriva à Waka et continua le travail du caoutchouc. comme ses prédécesseurs. Puis un autre Blanc arriva à Eanja, pour acheter aussi du caoutchouc. Depuis le Blanc qui résidait à Lotoko jusqu'à ceux qui venaient à Waka, aucun ne voulait tuer les gens. Les gens disaient: c'est l'arrivée des Belges. Et le caoutchouc n'existait plus.
Ensuite un autre Blanc Itoko arriva à Waka, remplacer Ikoma. Il dit: "le caoutchouc a pris fin, mais vous avez une nouvelle chose, l'argent. Pour avoir cette chose, vous récolterez le copal que vous vendrez; ainsi vous aurez de l'argent. Avec cet argent, vous achèterez des vêtements et payerez l'impôt. Les gens ne cherchaient le copal à ce moment que du haut des arbres. Ils ne savaient pas qu'on pouvait s'en procurer en bas. Le Blanc leur en apprit la méthode en utilisant le harpon. Dès lors, les gens savaient comment récolter le copal en bas. Ils le vendaient aux Blancs de la Compagnie, ce qui leur permettait d'acheter des objets divers, et de payer l'impôt. Les premiers impôts étaient payés à 3 francs.
Les Blancs de la prière et les Blancs des impôts étaient arrivés chez nous en même temps. Il n'y avait pas une grande intervalle entre les deux. Depuis lors nous nous sommes habitués avec les Blancs, et cela jusqu'à présent.
Mais nos ancêtres et nos vieux ne savent pas expliquer avec précision là notion "date" telle que l'entendent les Blancs. Ils connaissent plutôt des saisons et
des époques. De même moi, non plus, je ne sais pas expliquer les dates.
NOTE
1. Auteur d'une chronique en collaboration avec Arsène Nkolobise sur le congé du Père De Rop, fondateur et curé à Imbonga, en Europe (Lokole Lokiso 1 septembre, 1995, p.6)
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IMBONGA
654/321-323
Joseph IKIYO, enseignant
RESUME: Blanc de la SAB; Bongende (Lonkonga) crée Bomputu et Ifulu; Nkoi à Bomputu, Bombende à Ifulu, Affectation des capitas. L'assassinat de Bombende à Ifulu. Installation de l'Etat à Belondo. Mbala et Ifulu; installation de leurs capitas; nouvelle campagne de caoutchouc; création de Waka par Longwango; fini le caoutchouc; vient l'impôt. Installation des catholiques et protestants; fondation de la mission catholique d'Imbonga par A. De Rop.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS CHEZ LES INJOLO ET CHEZ LES BOANGI ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
1. Le premier Blanc, qui est arrivé chez nous les Injolo, fut un Blanc de la SAB. Il habitait Bonsela wa Lokumo, mais venait séjourner chez les Injolo et inspecter partout. Il affecta quelques jeunes Blancs pour créer d'autres petits postes et y résider, afin de commercer avec les indigènes.
2. CREATION DE PETITS POSTES
C'est lui-même Bongende alias Lonkonga qui allait avec ses travailleurs créer un poste à Bomputu. Ensuite il partit en créer un autre à Ifulu. il y affecta un Blanc, Bombende. Il affecta un Blanc surnommé Nkoi à Bomputsu et lui même résidait à Bonsela.
3. AFFECTATION DES CAPITAS
Ensuite il affecta des capitas qu'on appelait fusiliers. Il affecta d'abord un premier capita, Efunda Bonkombola, à la station de Bombomba wa Lotoko. Il y résida. Mpakama débarqua à la station de Lokosa jw'afiya et y résida. Bolinda wa Loboma débarqua à Nkuse. Botsw'ompinji à Isaka. Tous ceux là sont ses auxiliaires noirs commis à son service de récolte du caoutchouc chez les indigènes.
4. DES CAPITAS OU DES FUSILIERS
Les fusiliers ou des capitas commençaient la guerre contre les indigènes. C'est que la SAB ordonna aux indigènes de récolter le caoutchouc pour qu'ils commercent. Elle apportait des perles et des cauris, et les indigènes apportaient du caoutchouc pour échanger. Mais lorsque les indigènes venaient commercer, les fusiliers leur ravirent des lances, et les jetèrent dans la forêt. Et cela, sans raison. Après cela, les indigènes étaient très fâchés, et commençaient à se battre contre les fusiliers. Et les fusiliers l'emportèrent.
Et c'est cela le début de la guerre. Après cela, les indigènes continuaient à apporter du caoutchouc, et les fusiliers répétaient à jeter les lances des indigènes contre l'arbre Chloroexcelsa Benth. Morac. Mais les indigènes n'avaient pas supporté cette blague. Et ils livrèrent un autre combat et les indigènes l'emportèrent. On tua sur place un fusilier appelé Ekutsubolo. Là-dessus, les fusiliers allèrent prévenir Bongende de ce meurtre. Bongende arriva avec de nombreux fusiliers combattre les indigènes et les vainquit. Les indigènes se dirent: "Nous ne récolterons plus le caoutchouc". Et Bongende rentra à Bonsela.
5. A LA STATION D'IFULU
Celui, que Bongende avait affecté à Ifulu, surnommé Bombende se battit contre les indigènes de Bombomba et Iyonda et en mourut. Bongende se fâcha et alla chercher le renfort chez l'Etat. Et l'Etat vint ignoblement exterminer les gens.
6. ARRIVEE DE L'ETAT
Lorsque l'Etat vint prendre parti contre les indigènes, il créa un premier poste à Bolondo. Lorsque sa colère devenait grave il quitta Bolondo et transféra le poste à Mbala, près de Lotumbe et Ifulu pour anéantir l'insoumission des indigènes Bombomba et Iyonda. Puis, il affecta son premier fusilier nommé Bongondo. C'était un corporal. Il accosta au beach de Ifoku à Besombo et y résida. Les autres étaient Lolembe et Nkoi-ea-Komsa Il les affecta à tous les villages de notre Boangi. Ils avaient combattu énergiquement et l'emportèrent sur les indigènes. Les indigènes déclarèrent la paix et supplièrent les fusiliers de cesser la guerre avec la promesse qu'ils seraient entièrement au service de l'Etat.
7. DEUXIEME CAMPAGNE DU CAOUTCHOUC
Après cela, l'Etat imposa avec fureur la récolte du caoutchouc. Chaque village devait remplir un grand panier de caoutchouc, sinon, on tuait ce village ou on reléguait les villageois. Cette campagne extermina nos villages. C'est pourquoi les gens chantent encore: "C'est la SAB qui a commencé la guerre; l'Etat fut appelé pour le renfort. Son renfort a été exagéré". C'est parce que l'Etat a tué plus de gens lors de la campagne du caoutchouc.
8. ARRIVEE DES BLANCS A WAKA
Le premier Blanc de l'Etat que nous avons vu, c'est Longwango, alias Bokatajamba. Il accosta au beach Ifoku de Bembo et inspecta tout notre Injolo. Il alla à Waka, et y créa une station. Lui-même n'y est pas resté longtemps. Mais il rentra à Mbala et y envoya le Blanc Apisoso. Ensuite d'autres Blancs s'y succédèrent. Et ils vinrent interdire la corvée du caoutchouc pour instaurer l'impôt en argent jusqu'à présent.
9. LES BLANCS DE LA PRIERE (LES MISSIONNAIRES)
Là-dessus, les catholiques et les protestants arrivèrent de chez eux. Le catholique résidait d'abord à Bamanya, et à Bokuma. Ensuite, il entra dans la Momboyo et créa ses missions à Wafanya et à Boteka, puis remonta la Tshuapa. Le protestant créa la mission à Lotumbe à Bonyeka, mais il résidait d'abord à Bolenge. Tous les deux parcouraient toutes les contrées. Depuis lors jusqu'à présent, un Blanc de Compagnie appelé Bosekota alla résider à Imbonga. Il y resta longtemps et partit. Depuis lors aucun autre Blanc n'y est arrivé. Ce n'est qu'en 1940 que les catholiques, ou les pères, vinrent créer une mission à Imbonga. Celui qui vint créer cette mission c'est le Père Albert. C'est alors que les Injolo quittèrent la mission de Wafanya et de Boteka pour regagner leur mission d'origine Imbonga. Depuis lors que d'arrivée des Blancs. Si vous entendez le silence, c'est que l'oiseau Podica est rentré dans la forêt inondée.
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EFOTO
464a/149
Joseph ENGUNDA, Léproserie II
RESUME: Le narrateur s'étonne des tueries perpétrées par les Blancs, alors que les Noirs n'ont rien fait de provoquant. C'est Léopold I, le premier Blanc qui est venu tuer les Noirs après qu'il à envoyé un émissaire de la SAB. Le narrateur demande qu'on prête foi au récit, car c'est bien le Blanc Bajunu qui tuait les gens.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous et eux, les Blancs, on n'avait pas de palabres. Soudain, nous remarquions qu'ils étaient venus nous tuer. Qu'est-ce qu'ils avaient appris de chez nous pour venir nous tuer ainsi?. Après tout, ils nous tuaient comme des poules, nous empêchant de manger nos propres bananes. Pourquoi tout cela? Ne doutez pas de ces récits, car celui qui nous tuait ainsi fut le Blanc Bajunu qui avait travaillé à Mbal'a Loonje.
Voyez, Papa Monseigneur, vous nous demander de raconter la raison des tueries.. Eh bien, on était surpris par la guerre et on se battait. On fournissait du poisson, on fournissait de là viande; on n'avait pas refusé des devoirs lors de là corvée du caoutchouc. Et on était surpris que la guerre nous ravageait.
Le Blanc qui est venu nous tuer fut Léopold I,. qui l'avait ordonné à ses agents et aux Blancs à son service. A la première campagne du caoutchouc, on avait envoyé un Blanc de la SAB muni de perles en qualité d'espion. Il nous dit: "Récoltez de petites boules de caoutchouc que j'achèterai". Cela s'est fait ainsi. Mais ce que faisant, il commença à tuer un premier homme. Son nom était Bots'atuku, originaire de Boenjola, à notre beach d'Imbonga. Et chez nous-mêmes à Efoto, il tua une femme appelée Bofunga. Après cela, la SAB ne venait plus ni pour la guerre, ni pour le commerce.
Parlant de la SAB, c'est toujours Léopold I qui est venu nous exterminer. Il tuait à l'extérieur, il nous poursuivait aussi dans la forêt. Mais jadis, on vivait en paix, on jouait nos jeux. Avec l'Etat on n'avait pas de problèmes. Nous avons été surpris qu'il nous tuait.
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EFOTO
464b/150-151
Joseph ENGUNDA
RESUME: Un Blanc de la SAB vient pour l'achat du caoutchouc. Puis il en impose la récolte en tuant les gens. Fuite dans la forêt. Traité de paix. L'Etat ordonne le caoutchouc par son soldat interposé. Il tue aussi.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nous habitions toujours notre village, lorsque nous voyons arriver les Blancs. Le premier Blanc venu était pour le compte de la SAB. Il nous ordonne: "Récoltez du caoutchouc que j'achèterai". Nous en avions récolte en petites boules qu'on mettait dans de petits paniers, qu'on échangeait contre des perles. Au préalable, le produit était séché dans un petit entonnoir. Après cela, nous avons remarqué qu'il avait affecté ses soldats. Avec lui on s'était bien entendu de fournir du caoutchouc contre des perles. C'était un marché de gré à gré. Au moment de ce commerce entre lui et nous, il habitait son poste de Lokumo., mais envoyait ses gens à Nkuse pour commercer avec nous.
Il affecta ensuite un autre Blanc à la station d'Ifulu. Nous étions entre nous, lorsqu'il remonta la rivière depuis Ifulu et accosta Imbonga où il tira un coup de fusil. Il provoqua ainsi la guerre chez nous. A cette première sortie, il n'y avait pas eu de morts. Il avait tiré ce coup en l'air. Et les indigènes se dispersaient. A la 2è sortie, il tua quelqu'un à Boenjola. Son nom, Botsatuku, un notable. A la 3è sortie, il arriva à Efoto et tua un homme d'Efoto, appelé Bofunga. Depuis lors, il ne venait plus. On vit encore en paix, et voilà qu'une guerre atroce survient. Cette grande guerre était provoquée par l'Etat. Il avait affecté ses fusiliers et soldats. C'est en ce moment que la guerre devint meurtrière et sanglante. On nous tuait, tuait et on se dispersa dans la forêt. Se réfugiant dans la forêt, il nous demanda de faire la paix avec lui. Il arrêta un de nos compatriotes appelé Bondele. Il lui dit: "Va appeler tes familiers". C'est lui qui nous a appelés. Et on en sortit signer la paix. Et un de ses soldats dit: "Tous les villages, venez ici que je vous dise quelque chose". Et nous tous on se dirigea vers lui. Et il dit: "Je suis venu vous annoncer que l'Etat vous ordonne de récolter le caoutchouc". Puis il nous présenta la mesure: un grand panier pour 5 personnes. Chez nous les Efoto, il laissa 450 paniers, qu'on avait rempli sans opposer un refus. Revenu pour se faire présenter le caoutchouc, il dit: "Les paniers ne sont pas remplis". Et ce jour-là il tua 20 personnes. Un autre jour nous rentrions encore pour le caoutchouc et il nous révéla: "Moi je ne vous ai pas tué pour rien. Je l'ai fait sur injonction de l'Etat qui me l'a ordonné au cas où vous ne remplissiez pas les paniers. Ce soldat qui travaillait avec nous s'appelait Baata.
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WAKA/Wafanya
496/225
Ambroise IYEKI, enseignant (1)
RESUME: Installation de soldats à partir de Waka; d'autres soldats imposent le caoutchouc, tueries et anthropophagie; fondation d'un poste à Eyengo; transfert à Bianga puis à Wafanya, pas encore de l'argent mais des mitako.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS, ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Notre premier Blanc ici c'est Itumbambilo. Et il résidait à Waka. Et il avait installé ses soldats un peu partout. Le soldat chef qu'il avait envoyé chez nous, c'est Ntange et les autres. Ntange était originaire de Boloki. Ceux qui nous avaient imposé la récolte du caoutchouc sont d'autres soldats. Le soldat le plus gradé lors de la récolte du caoutchouc fut Lokinangonda. Il avait tué beaucoup de gens sur ordre d'Itumbambilo. C'est à dire on tuait celui qui n'avait pas récolté la quantité exigée. A ce temps là, on récoltait le caoutchouc, on le mettait dans des paniers. Si le panier n'est pas rempli on est tué.
Voici les affectations des fusiliers: Kayomba résidait à Byanga; Bojilo à Likongo; Tsilombo à Ikanja, Ngunda à Boyeka, Bosolo a Bombimbi, Boketsu à Mbombelongale, Ngweli à Likatankoi; Bokolongo à Lokofa; Baleji à Bompoto et à Bontole. Leur chef Ntange résidait à Lilangi de Jengenga. Ce sont là les soldats qui tuaient les gens sous les ordres du Blanc Itumbambilo. A ce temps là ils mangeaient les cadavres de leurs victimes. Ou une mère mangeait son enfant, ou un enfant mangeait sa mère.
Le 2è Blanc chez nous, c'est Engende. Le 3è, c'est Menya. La 4è, c'est Isiyoko. Au temps d'Isiyoko, les tueries prirent fin. Après les 4 premiers, un Blanc Iketekelenge arriva. Il alla créer une station à Eyengo. Le Blanc Kapiteni se retira, et Bondele Ngonga lui succéda. C'est alors que Ngonga supprima le poste d'Eyengo. Il le transféra à Byanga. Ngonga partit et fut remplacé par le Blanc Longwango. Longwango partit et le Blanc Babelu le remplaça. Le Blanc Babelu quitta et fut remplacé par le Blanc Bakasi. Bakasi fut succédé par le Blanc Bongende. Le Blanc Bongende fut remplacé par le Blanc Bambenga. Bambenga fut remplacé par le Blanc Inganga. Inganga fut remplacé par le Blanc Malomalo. Tous ces Blancs se sont succédés au poste de Byanga.
Puis, le poste de Byanga fut supprimé. Et on alla construire une maison pour les Blancs à Wafanya, mais ils n'y habitaient pas. Seulement un Blanc, un Iketekelenge bis qui venait de Waka, inspecter Ntomba, Wafanya et Waka pour y gérer l'administration.
Le caoutchouc qu'on récoltait, on l'apportait au marché chez le Blanc Itumbambilo. Celui qui en récoltait suffisamment recevait des laitons de cuivre, et un morceau d'étoffe appelé njelengem. Cela était ainsi parce que l'argent n'y était pas encore introduit. Mais celui qui ne récoltait pas assez de caoutchouc était tué sans autre forme de procès.
NOTE
1. Auteur de 15 articles (dont un collaboration) entre 1950 et 1962, dans Etsiko et Lokole Lokiso sur la chronique de Wafanya et Boende; sur la finalité de la dot; sur l'importance de la langue maternelle, et sur les Batswa qui réclament leur indépendance aux Nkundo.
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LOILAKA-LOKOLO
438/103-109b
Joseph BATOYWA, enseignant (1)
RESUME: Signe avant-coureur de l'arrivée des Blancs: "Nkoko" un revenant erre dans la région enlevant des fétiches. Le Blanc désarme le village. caoutchouc, sentinelles; tueries, anthropophagie; paiement en vêtements et sel; marché à Belondo, ensuite à Waka. Les Blancs interdisent de tuer, mais les sentinelles continuent; le poste de Eyengo de Bianga, marché de caoutchouc; introduction de l'argent; copal remplace caoutchouc. Un Blanc de la SAB à Ntomba; instauration de l'impôt; récolte des amandes palmistes; commerce ambulant; livraison de vivres, travail aux routes, ponts et digues; transport en typoy; route de Lokofa; organisation administrative selon les appartenances ethniques; arrivée de l'administration, mission, compagnies, reprise du caoutchouc en 1942
TEXTE:
LES RECITS DE L'ARRIVEE DES BLANCS ET DE LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Chers amis, un proverbe dit: "Les récits résultent des palabres". Je suis Nkundo du secteur Luilaka-Lokolo, territoire de Monkoto. Je vais vous raconter ce qui s'était passé chez nous.
Un autre proverbe dit: "Avant la mort, il y a toujours des signes avant-coureurs. Avant l'arrivée des Blancs, en effet, il s'est passé une chose formidable juste après que nos ancêtres revenaient de la guerre contre les Bolendo et les Bilangi. Après la guerre contre les Bilangi, un passager extraordinaire parcourait le village. On l'appelait "Nkoko" (2). Il ne passait pas seul de façon à être visible. Il était plutôt emballé de natte, de rameaux et de feuilles de bananiers déchiquetées. Il était porté par des enfants dont les mamans avaient des frères dans ce village. On ne le portait pas le jour. On le portait toujours la nuit. Les porteurs ne pouvaient pas être en nombre impair, toujours six personnes par village. On ne le soulevait pas de dos pendant qu'on le portait. On ne parlait pas non plus. On n'entendait que des cris ou des sifflements et autres bruits. On ne s'adressait à lui que par des sifflements, des signes de mains ou des soufflements de cor. En le transportant ainsi, les enfants et les femmes ne doivent pas le voir.
Lorsque les porteurs arrivent avec lui à l'entrée d'un village, ils le suspendent quelque part. Ensuite, ils communiquent aux habitants de ce village: "Eoka" tel village, éoka.. éoka ceci. Par là ils énumèrent les villages par lesquels Nkoko est passé. Puis ils disent: "Kubyaka.. ekolo o" (3).
Alors les habitants de ce village viennent le matin le saluer, seulement les vieux. Le saluant, ils font une génuflexion en battant des mains creuses: "Nkoko toi que voici". Et il répond: "Oui". On ne le voyait pas, mais seulement la botte emballée. Maintenant qu'il est arrivé, les femmes et les enfants ne peuvent le voir, ni sortir des maisons. Ils y sont enfermés. Toute personne qui a un fétiche doit le déposer là où Nkoko est déposé. On prépare un mélange de tous les aliments comestibles. Ce jour-là, il n'y a pas de travail. A 8h00 du soir, les garçons dont les mamans ont des frères dans ce village le portent à un autre village. Pendant le transport, vous n'entendez que des bruits de pas, les sons de cors et les flûtes en bois de parasoliers ou de cornes d'antilope, ainsi que d'autres instruments de musique et ce jusqu'à la forêt entre deux villages. Là, le village suivant exécute les mêmes rites que les autres villages précédents, et ainsi de suite.
1. LES BLANCS
Sur ces entrefaites ils commencent à apprendre des nouvelles selon lesquelles les Blancs sont arrivés à Bompoto et à Bentole. Et c'est de ce côté que Nkoko est apparu en premier lieu. Peu de temps après, un Blanc Ntang'ea Ngonda fait irruption, accompagné des soldats et de ses serviteurs civils. Foulant notre sol, ils sont allés habiter chez les Bilangi. Après leur installation qu'ont-ils fait en premier lieu? Ils ont dit: "Demain matin, tout le monde apporte tous ses armes". Et c'est là que le Blanc a commencé sa duperie. "Maintenant que vous les avez apportées, dit-il, lorsque vous entendez la détonation d'un fusil, tout le monde doit déposer ses armes (flèches, couteaux, lances...) Qui ne le fait pas meurt sur le champ". La nuit tombe, ils vont dormir, et le matin tout le monde revient avec ses armes. Les gens sont attentifs et attendent ce qui leur avait été dit. Et voilà qu'on fait détoner un fusil. Maintenant qu'ils ont entendu la détonation, les uns s'affaissent, les autres ne font que déposer leurs armes par l'effet de la peur. C'est à ce moment que les serviteurs des Blancs passent pour ramasser toutes ces armes, et vont les garder quelque part dans une maison. C'est ce qui s'est passé entre nous et les Blancs. Nous avions deux Blancs, dont un, surnommé Itumbambilo, habitait à Waka, et l'autre surnommé Ajunu, habitait Belondo des Indole.
2. RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Après que les Blancs ont pris les fusils, le lendemain, ils convoquent les villageois par le tam-tam. Ils leur ordonne de prendre des couteaux et de commencer la récolte du caoutchouc. On leur impose des gardiens, puis ils partent pour la besogne.
Ils ont passé une à deux semaines dans la forêt avant d'en sortir pour vendre le premier lot du caoutchouc. Les gens de chaque village rassemble leur caoutchouc dans, au moins, 50 paniers. En dessous de ce chiffre, c'est la chicotteou la mort. Beaucoup de gens en sont morts. On vous obligeait de manger la chair de votre mère ou de votre enfant. On pouvait même vous envoyer sous la pluie chercher des bananes dans les champs pour qu'ils mangent la chair des êtres qui vous sont chers. Incroyable et effroyable, mais c'était vrai.
Après chaque marché, on nous donnait des vêtements, des flèches, et du sel. Au début, on allait commercer à Belondo où habitait le Blanc Ajunu.
Les vêtements qu'on nous donnait, étaient: njelangomo (4), mbende (5), mbenja (6), kipoi.(7), mapesa (8), beju (9), nsanja (10), ntakamambula (11), mpili (12), belebo (chapeaux) (13).
Il y avait des couteaux et des laitons de fer. Cent laitons de fer équivalaient dix francs.
Les sacs de sel étaient aussi grands que les sacs de farine actuels. Il y en avait de gros et de petits sacs. Celui qui procédait au partage de ces biens, c'est la sentinelle Ntange.
Sur ces entrefaites, Ntange quitta son travail, et fut remplacé par Loola. Il habitait Bilangi. On continuait à récolter le caoutchouc et à en procéder à la vente. On supprima le marché de Belondo. Le caoutchouc de Lilaka-Lokolo (Nkundo-Bengolo) ira désormais à un autre endroit à Waka précisément.
Vint le jour où les indigènes dénoncèrent la pratique meurtrière des auxiliaires des Blancs. On déféra l'affaire devant le Blanc Ajunu qui interdit de tuer les gens. Mais les auxiliaires n'écoutaient pas. Il continuaient à le tuer. On se référa à Iketekelenge, le Blanc de Waka. Il interdit sévèrement de tuer les gens. Il dit notamment: "que je n'apprenne plus que vous continuez à tuer les gens".
On alla à Waka pour vendre le caoutchouc. Mais les villageois remarqueront que leur rétribution n'arrivait pas en totalité à destination. Ils allaient se plaindre chez le Blanc en ces termes: "Que de biens vous nous rétribuez, mais ça n'arrive pas exactement comme vous l'avez prévu. Ceux à qui vous les confiez pour nous les partager, les détournent. Le Blanc répondit: "Désormais, chacun viendra vendre lui-même son caoutchouc". C'est depuis ce moment qu'il n'y a plus eu d'intermédiaire entre l'acheteur et le vendeur. Le chef, dont le village n'accomplit pas la quantité exigée, est arrêté. Mais l'homme coupable de l'infraction est relâché et rétribué selon sa quantité de caoutchouc.
3. ARRIVEZ DU VRAI BLANC SUR LA TERRE DES NKUNDO-BENGOLO
A ces temps-là, on envoya un vrai Blanc sur la terre des Nkundo-Bengolo. On l'appelait Longwango. Vous savez que les indigènes ne connaissaient pas les vrais noms des Blancs. Longwango alla ouvrir une station à Eyengo. Il était accompagné de trois premiers sergents majors. Iketekelenge vint les remplacer. Puis Ngonga vint succéder à Iketekelenge. Le caoutchouc continua à Waka. Ngonga alla ouvrir une station à Bianga, laissant de côté celle de Eyengo. C'est alors que le marché du caoutchouc s'installa à Bianga et plus à Waka. Le Blanc engagea des travailleurs à Wafanya et ils descendaient la rivière. Longwango II remplaça Ngonga. Ce dernier continua le travail de caoutchouc. Il ne fit pas longtemps et Babelu lui succéda. Bondelakasi vint succéder à Babelu. Et Bongende vint remplacer Bondelakasi.
4. LA FIN DU CAOUTCHOUC
Avant qu'on abandonne le caoutchouc, Bongende dit ceci: "Une nouvelle monnaie "franc" va bientôt être instaurée, et va occasionner la mort de beaucoup de gens, la perte des frères". Il ne tarda pas et fit sortir de sa poche une pièce de 0,10 frs qu'il montra à l'assistance. Il en distribua aux chefs pour qu'ils aillent la montrer aux gens. Les gens dirent: "Voilà la monnaie qui va rester avec nous, mais ça vient avec des intentions diverses". Il mit alors fin à la récolte du caoutchouc. Il dit: "Terminé avec le caoutchouc, un autre travail rémunérateur arrive: le copal".
5. ARRIVEE DU COPAL
Bongende dit: "La corvée du caoutchouc a pris fin, mais nous l'avons remplacée par un autre travail, la récolte du copal. C'est un travail qui vous procurera la vrai richesse et il en restera ainsi pour longtemps. Comment allez-vous le récolter? Vous ferez comme suit: vous irez avec des récipients suivants: panier à poisson à espaces allongés ou autres paniers. Vous irez aux ruisseaux; au marais et sur les bords des cours d'eaux. Là vous verrez le copal accolé tantôt aux racines, tantôt sur les troncs, tantôt sur les branches des arbres Waka, arbre du copalier Guibourtia demeusie.Ce n'est qu'alors que vous en décollerez pour le mettre dans les paniers. Vous le vendrez chez les Blancs de Compagnies qui vous en achèteront avec beaucoup d'argent qui vous permettront de vous procurer de plusieurs bien matériels.
Les gens ont appliqué ce que Bongende leur a dit. Les voilà à la recherche du copal. A ce temps-là le premier Blanc de la SAB habitait au beach de Ntomba. C'est à lui qu'ils allaient vendre le premier lot de copal. Il leur remit de l'argent et d'autres biens comme du sel, des perles et des écharpes. Ils continuaient avec ce travail malgré le fait que certaines personnes tombaient des arbres et mouraient ou en devenaient infirmes.
Nos chefs appelés Nkoko envoyaient des messagers chez Bongende. C'était à l'époque Nkok'Engende à Bofonge, le père de Mbuku et de Bowane à Bianga, Mpako à Imoma-Mpako, Ibunekolo à Waka. Chacun envoyait son messager pour rapporter à Bongende que les gens tombaient des arbres, et en mouraient. Ils demandaient la solution à envisager. Bongende leur répondit: "Il n'y a pas question de monter sur des arbres à la recherche du copal. Messagers, allez leur dire ceci. "Qu'ils fabriquent des piques en fer pour ne chercher désormais du copal que dans les marécages. Le copal ainsi obtenu sera séché rendu propre et vendu comme par le passé". Les messagers répandirent la nouvelle. Et les gens suivirent ces nouvelles instructions. C'est à cette époque que Bongende instaura l'impôt.
6. LE PAIEMENT DE L'IMPOT
Voilà que Bongende instaure l'impôt. Il dit: "Les adultes et les jeunes payent 3 frs; les invalides, les vieux et les enfants en sont exemptés". Puis ils payaient 2 fois 3 frs. Bongende imposa encore de concasser des amendes palmistes. Il dit: "Ne jetez ni ne brûlez plus des amendes palmistes après avoir pilé des fruits de palme pour votre sauce ou pour l'huile de palme. Entassez-les et ensuite écrasez l'amende et jetez-la. Mettez les noyaux dans les paniers et vendez-les comme le copal. Ce qui fut fait.
En ce moment nous avions beaucoup de Blancs de la SAB Les uns au beach de Wafanya, les autres au beach de Ntomba. Le commerce ambulant prospérait: une pièce d'étoffe coûtait 3 4 ou 8 frs; et maximum 12 frs. Une cuillerée de sel.: 0,05 frs, une couverture: 3 frs; une autre marque de couverture à 2,50 frs. Les pièces d'étoffes de notre temps étaient plus longues que les actuelles trop courtes. On ne sait pourquoi.
De 3 frs d'impôt, Bongende en majora à 6 frs. Nous n'avons payé 3 frs que 2 fois seulement. Les contrevenants faisaient la prison. Après deux ans, Bongende majora.l'impôt à 9 frs. Ensuite, cela passait à 12 frs, et deux ans plus tard, cela ment atteignit 15 frs. Ceux qui payaient régulièrement leur impôt avaient une plaque d'aluminium qui témoignait qu'ils en étaient quittes. Le prix était majoré au fur à mesure des années, jusqu'à atteindre des centaines de francs aujourd'hui.
Les derniers temps, on nous a imposé d'apporter des vivres au marché pour que les agents du Blanc en achètent, et de construire des routes. A ce moment, les Blancs, les chefs médaillés et les patriarches étaient transporté en tipoi. Nous avons même aménagé des routes avec des lianes pour traverser des cours d'eaux. Entre-temps les messagers répandaient les ordres des Blancs. De petites choses, on commença a nous imposer des grandes. Ils nous imposaient encore de créer des routes sur des marais. Au passage du Blanc lors des impôts, les chefs de villages dont les routes étaient mal entretenues subissaient la chicotteet étaient jetés en prison.
Le Blanc Ebukabuka vint instituer des chefs médaillés en tenant compte de la généalogie. Ainsi on rencontre le patriarche Botondo à Bofonge et le patriarche Yoka à Bombimbi.
Le Blanc Bafutamingi appela les Wafania avec la nourriture pour qu'ils aillent construire une route chez Nkundo Bengolo. Lorsqu'ils commençaient ce travail des routes, on ferma la station de Bianga. On rassembla les villages suivants dans un même territoire de Monkoto. Il s'agit de Nkundo-Bengolo, Bolenge, Imoma Mpako, Yongo, Loele, Etete, Mpenge, Mpongo, Nkengo. Le territoire de Monkoto s'appelait territoire des Mbole, car il était situé au beach des Mbole. Waka resta rattaché au territoire d'Ingende. Oh supprima de petites stations, et on créa des territoires. C'est en ce moment qu'on fit connaissance des "Blancs noirs", c'est-à-dire des percepteurs d'impôts, de race noire. Plusieurs autres Blancs arrivèrent: les missionnaires catholiques et protestants, les agents de sociétés, les fonctionnaires de l'Etat, tous firent disséminés dans nos stations. On créa des écoles, on recruta des policiers, des greffiers et des juges dans et pour chaque village.
Les premiers "Blancs noirs" sont: Edouard, André et Félix Njoli, le même qui est à Bokuma. Ils étaient tous originaires de l'aval. Mais lorsque Eembélé Léon revint de Kinshasa, on l'engagea comme percepteur d'impôts. Par là ils commençaient à engager nos propres fils instruits. Ainsi on mit à la disposition de chaque chef coutumier des policiers, de greffiers, un percepteur d'impôts et de juges. Chaque chef présenta des candidats pour aller étudier le génie civil et l'agronomie A leur retour, on commença à rémunérer les travaux des routes, travaux jadis forcés et gratuits.
Tardivement en 1942, on reprit la récolte du caoutchouc. Cette corvée était bien rémunérée jusqu'à la fin en 1945. Maintenant tout le monde devient comme un Blanc par l'accroissement du nombre des instruits, des maçons, des charpentiers, des tailleurs.. Et voilà que la civilisation commence à caractériser tout homme.
NOTES
1. Entre 1938 et 1968, auteur de 4 chroniques dans Le Coq Chante et Lokole Lokiso.
2. Mouvement anti-sorcellerie, et le mot signifie grand-parent.
3 Kubyaka.. ekolo.. signification inconnue, mais semble une formule de finale d'un chant.
4. Etoffe au début de la colonisation, très vulgaire et sans beauté, disparue actuellement (D.1444)
5. Signification inconnue
6. Blanchâtre
7. Signification inconnue
8. idem
9. idem
10. idem
11. idem
12. Noirâtre
13. Chapeau de feutre (D.205)
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BOENJOLA-BOKANGO
462/147
Pius BEKAJWA, Chef de Boenjola-Bokango
TEXTE:
ARRIVEE DU BLANC ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Jadis, nos ancêtres n'avaient pas vu des Blancs. Le premier Blanc habitait Ifulu et était un Blanc de la Compagnie. Il avait envoyé ses acheteurs à la recherche
des pointes d'ivoire. Puis ils sont rentrés. Cela avait duré longtemps. A ce temps, nous ne savions pas diviser le temps en années.
Après cela, nous avons été surpris par la guerre. Nos parents se sauvaient sans savoir de quoi il s'agissait. On voyait qu'on s'enfuyait et qu'on était traqué. Ils y affectèrent leurs fusiliers. Par ruse, les fusiliers nous ravissaient des flèches et nous imposaient le caoutchouc. Là-dessus, on commença avec le caoutchouc.
Puis on nous interdisait la consommation de notre nourriture. Nos femmes et enfants étaient restés. On les avaient tous tués. A notre sortie, il n'y avait pas assez de caoutchouc. Et on tua des gens à coups de fusils sur place. Notre Blanc qui résidait à Waka, et qui envoyait ses soldats, fut Bawaka. Après cela, on interdit de tuer des gens. On institua la chicotte. On infligeait chacun 50 coups de chicottes. Des femmes en mouraient. Nous voici en train d'être maltraités très atrocement.
Nous autres on n'avait pas de pirogue qui nous conduise en Europe. Nous, on ne provoque pas les Blancs. Ce sont plutôt les Blancs qui nous maltraitent, pas nous.
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IFUTO
461/146
Louis IMELE, chef Ifuto
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Abbé Nicolas Bowanga (1) voici l'histoire du pays. La guerre entre les Blancs et nous a été provoquée par les Blancs, car ils avaient envoyé leurs émissaires, les soldats, pour nous combattre. Ils nous ont tués. Les fusiliers étaient conduits par un soldat. Ce soldat s'appelait Iyambo. C'est lui qui commandait les soldats du Blanc. Iyambo était venu le premier dans notre contrée. Puis un Blanc arriva à Waka, toujours pour cette guerre. C'est ça le début de la guerre. Mais nous, on ne savait pas d'où était venu le Blanc. Soudain, on vit que Iyambe était venu pour faire la guerre, exécutant ainsi les ordres du Blanc. Iyambe n'était qu'un exécutant. Il n'était pas Blanc, il était plutôt soldat. Les Blancs, ce sont eux, qui ont provoqué la guerre.
Le premier Blanc à Waka, c'est, Itumbambilo. C'est bien lui qui est venu nous tuer.
NOTE
1. Premier prêtre mongo en 1947, originaire des parages d'où.provient le récit. Né vers 1910. Décédé en janvier 1997 (voir Chronique Nécrologie)
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BILANGI/WAFANYA
625/272
Joseph BAMBENGA
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
D'abord, les Basongo sont venus acheter des esclaves des pointes d'ivoires, en échange avec des bouteilles, bassins et des perles de Bakongo.
Nous avons perçu 2 signes avant-coureurs de la guerre. La 3è fois, la guerre nous a envahis. Les Bombomba et les Iyonda nous ont fait la guerre. Ntange et Yambo demandèrent à tout le monde de remettre des flèches. Après quoi, Yambo tira un coup de feu qui paniqua les gens. mais déjà les flèches leur étaient ravies. Ntange dit: "Allez récolter du caoutchouc". Ntange habitait chez les Bilangi. Yambo à Bombomba et Iyonda. On a tué beaucoup des nôtres ici. On expédiait le caoutchouc à Waka chez le Blanc Itumbambilo. Bosukumanyi demanda aux Bombomba et aux Iyonda de rentrer chez eux. Il ordonna aux gens de cultiver des champs et d'approvisionner régulièrement les travailleurs en nourriture. Et Bosukumanyi se renseigna: "Comment obtenez-vous des machettes"? Et les villageois répondaient: "Nous les achetons après que les forgerons ont travaillé sur des morceaux de fer trouvée dans la terre". On ne tuait plus des gens. Bosukumanyi quitta Bilangi et résida successivement aux beaches de Bompofya 1, Bofonge et Wafanya. Tout cela 'est déroulé dans mon village de Bilangi.
Voici les premiers Blancs venus dans notre poste de Byanga: Ngonga, Longwango, Babelu, Bondelakasi, Bongende, Bambenga, Malomalo. Ce dernier nous fit payer l'impôt à 15 fr.
Tels sont les souvenirs que nos pères gardent de l'arrivée des Blancs et de la récolte du caoutchouc chez les Bilangi.
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WAFANYA 626/273
Camille LOMBE, tailleur, M.C. Wafanya
RESUME: Deux Blancs font irruption dans le village, mais ils sont repérés par deux villageois qui le racontent aux compatriotes. Les sentinelles sont affectés dans les villages Ils ravissant aux villageois leurs armes et leur interdisent de manger leur nourriture habituelle. Tueries le jour du marché de caoutchouc. Fin du caoutchouc: Copal; impôt; recensements.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Nos Parents vivaient sur la terre, ignorant toutes choses sauf Dieu. Ils vivaient entr'eux lorsqu'ils virent deux hommes nommés Indole et Ifoku s'enfuir. A 1a question de savoir pourquoi ils s'enfuyaient, les deux hommes répondirent: "Nous avons vu deux personnes en train de venir ici. Nous ne les connaissons pas". Ensuite ils voyaient le soldat Yamba délégué par les Blancs. Ces Blancs étaient Itumbambilo et Bongende. Tels sont les deux Blancs qui sont venus tuer nos grand-parents.
Ntange arriva, et affecta deux soldats par village. Ces soldats disaient: "Apportez vos flèches et lances". Puis ils leur ravissaient ces armes, puis des champs aussi. Il leur était interdit de couper des régimes de noix de palme également. Les soldats leur interdisaient toutes leur propre nourriture. Nos grand-parents n'avaient plus rien à manger. Ils ne se nourrissaient que de légumes Ancistrophyllum et Sarcophrynium baccatum, ainsi que d'ignames. Là commençait la récolte du caoutchouc. La récolte était simultanée aux assassinats. Ces soldats mettaient des pelures de bananes derrière les maisons des villageois et accusaient ensuite les villageois d'avoir transgressé l'interdiction de manger des bananes, sous prétexte seulement de les tuer. Ce village était-il peuplé de 100 ou de 200 personnes, on les tuait tous en un seul jour. Le jour du marché de caoutchouc, le jour de la grande boucherie humaine. Chers amis, il est très impressionnant d'écouter nos ancêtres vous raconter. ces récits. Vous serez profondément triste.
Alors qu'on tuait des gens, Itumbambilo envoya son soldat Bosukumai transmettre le message suivant: "Va dire à Ntange de cesser de tuer des gens. La guerre a pris fin". Bosukumani donna à nos grand-parents le nécessaire pour cultiver des champs, des machettes, et des haches. On améliorait désormais les conditions de vie. Puis Bosukumai s'en alla.
Puis un autre Blanc arriva. Il s'appelait Ngonga. Il dit: "que les vieux cessent de récolter le caoutchouc, que les jeunes le fassent plutôt. Le Blanc Bakasi arriva, puis Njoku, et Bongende. Ce dernier ordonna aux villageois de lui dire leurs noms ainsi que ceux de la mère et du père. C'est à ce moment qu'on commença à inscrire les gens dans un registre. Puis deux Blancs d'une Compagnie arrivèrent pour récolter le copal. Les Blancs de l'Etat arrivaient et imposaient l'impôt. Nous voici payant de l'argent sans en savoir la raison.
Tels sont les souvenirs des vieux. Moi-même, je n'en sais rien.
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WAKA (WAFANYA)
657/327
François BASELE, M.C. Wafanya
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
D'abord le Blanc Itumbambilo s'installa à Waka. Son auxiliaire noir s'appelait Ntange. Celui-ci habitait Wafanya. Le Blanc Iketekelenge résidait à Eyengo. Ensuite arrivaient des gens qui sont venus nous décimer. Et le Blanc qui arriva pour interdire des assassinats fut Ngonga. Il résidait à Byanga.
Après lui, ce fut Longwango. Puis Pabelu, Bondel'Akasi et Bongende.
Tous ces 5 blancs habitaient Byanga.
Concernant le caoutchouc, tout était expédié à Waka.
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WAFANYA
449/128-129
Léon IYOMBE boy des frères (1)
RESUME Premier Blanc: Itumbambilo; sentinelles; caoutchouc, capitas, répression; copal, impôt; mission à Wafanya.
TEXTE:
ARRIVEE DES BLANCS SUR NOTRE TERRE, LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC ET LE MASSACRE DES HOMMES
Nous avons d'abord vu un Blanc appelé Itumbambilo commencer à travailler chez nous. Il était accompagné d'un sergent appelé Ntangé, originaire de Bokele des Nkombo. Il affecta Ntangé à Bilangi, un village de Wafanya. Puis Itumbambilo affecta 4 fusiliers par village.
Là-dessus, Itumbambilo sonna le gong. Il demanda aux indigènes de lui apporter les flèches et les arcs, les couteaux et les haches, les lances et les boucliers, pour qu'il leur annonce une information. Alors il leur dit: "Je suis venu sur votre lettre avec un travail. Récoltez du caoutchouc".
Il prit un porteur de fusil à silex, le nommé Lokina Ngonda, et le plaça à Lokong'a tuu. Il prit Lokongo et Aleji et les plaça à Ikanja. Ngweeji à Wale, Ngonda à Boyeka, Kayombo à Binga. Itumbambilo était comme un chef administrateur et Ntange comme un chef.
Les porteurs de fusils à silex (des sentinelles) étaient des chefs adjoints.
Itumbambilo et Ntange donnèrent l'ordre suivant aux indigènes: "Allez dans la forêt pendant trois semaines pour récolter le caoutchouc; à la quatrième semaine, sortez-en et venez au marché. Celui qui a la mauvaise qualité ou une quantité moindre du caoutchouc je vais le tuer. Au cours d'un jour de marché, ses subalternes tuèrent près de 50 personnes. S'il envoie des femmes chercher du poisson et qu'elles n'en trouvent pas, il les tue. Il en tué 40 à 50 femmes en un jour. Itumbambilo habitait Waka. Et il venait ici rendre visite à Ntange et à ses subalternes.
Il envoya par la suite un Blanc appelé Iketekelenge. Il alla habiter un village appelé Eyengo. On continuait à récolter le caoutchouc, et à tuer les gens. Le mandat d'Iketekelenge et de Ntange arriva à terme. On envoya le Blanc Ngonga et son sergent Bosukumanyi. Ils donnèrent leur ordre: "Reprenez vos flèches et arcs; on ne tue plus les gens". Cultivez vos champs, mais continuez à récolter
du caoutchouc. Mais celui qui néglige le caoutchouc sera emprisonné ou fouetté. Leur mandat arriva à terme sans qu'ils n'aient tué des gens. On institua dans chaque village un Capita originaire.
En ces temps, un Blanc Bongende alla habiter Bianga où il établit un grand poste. Il donna son ordre à lui: "Récoltez le copal". Puis il donna à chaque homme son livret d'impôt. On avait le premier impôt à 3 frs. C'est le début des Belges.
On vit alors le Père Georges Dubrulle et le Père Albert, le chauve, de son vrai nom Smolders, et le catéchiste Bonguma Ignace. Ils le confièrent à Bianga et rentrèrent à Mbandaka.
En 1917, nous vîmes encore le Père Georges Dubrulle, le Père Albert Smolders et le Frère Adrien aller créer une mission à Wafanya (2). En ce qui concerne les Blancs des compagnies, le premier ici fut un Blanc de la S.A.B.
Voilà ce qui s'est passé chez nous à l'arrivée des Blancs.
NOTE
1. Entre 1952 et 1957, auteur (seul ou en collaboration) de 18 articles dans Etsiko, et Lokole Lokiso sur la chronique de Wafanya, l'éducation des enfants et sur les problèmes liés au mariage.
2. Wafanya-sacré-coeur fondé en 1917
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WAFANYA
418/65
François BASELE, M.C. Wafanya
RESUME L'arrivée de Blancs est précédée entre autres par la disparition d'un patriarche après qu'on a procédé à sa procession. Puis des visions et des prodiges. Un Noir, Yambo au service des Blancs vient tuer sur son passage. Un autre, Ntange, par ruse, ravi aux villageois leurs armes. caoutchouc. Le Blanc Ngonga vient interdire les tueries, et Bongende, lui introduit l'argent.
Le premier événement qui s'est produit chez nous fut qu'on avait emballé notre grand-père de feuilles de papiers. Il sillonna toutes les contrées, et partit on ne sait où. Ensuite nos prophètes eurent la vision qu'ils se promenaient avec des plumes de perroquets sur la tête.
Quelques moments après arrivèrent des Basongo Mais ils étaient noirs. Ils étaient venus acheter des pointes d'ivoires. Quelqu'un qui s'était rendu à la chasse remarqua un bateau naviguer. Il retourna rapporter l'événement aux siens en des termes: "J'ai vu la maison de Dieu voguer au milieu de la rivière". Etant revenu sur les lieux où s'était opéré la vision, on trouva gisant à terre: une assiette, une bouteille et une botte en fer. Et les vieux attribuèrent ces ustensiles à Dieu.
Après cela, un homme nommé Yambo arriva chez nous. Il sillonnait nos villages tuant 2 ou 3 personnes par village. Nos gens prirent fuite. Et il partit ailleurs. Si on savait compter les jours à cette époque, on pourrait évaluer à un mois le temps qu'il avait passé chez nous. Ceux qui étaient en fuite demandèrent à ceux qui étaient restés au village:"Comment évolue la guerre?". Ils répondirent: "Ce n'était pas une guerre éternelle, ce n'était que passager".
Puis arrivèrent les premiers Blancs. Le premier fut 'Iketekelenge. Il résidait à Eyengo. Le deuxième Blanc fut Itumbambilo qui résidait à Waka. Ntange arriva et alla s'installer à Wafanya. Ce dernier était un Noir. On recruta les fusiliers. On les affecta à tous les villages. Chaque fusiliers sonna le gong et rassembla les gens de son poste. Il leur dit: "Apportez ici tous vos arcs et flèches". Ce qui fut fait. Puis on ordonna: "Mettez toutes ces armes dans la maison, et demain, après avoir cherché un talisman, nous irons en guerre dans un autre village". Ce n'était qu'une ruse.
Le lendemain les gens s'y présentèrent et on leur dit: "maintenant on va commencer à tuer. Allez dans la forêt récolter le caoutchouc". Ayant remarqué que le caoutchouc de la première personne n'était pas de bonne qualité, on le tua à coup de fusil. C'était le début des assassinats chez nous. Et on nous extermina.
Si nos gens savaient compter les jours, on pourrait s'imaginer une année comme durée de ce malheur. C'est le Blanc Ngonga qui a interdit de tuer. Les Blancs
suivants lui succédèrent: Longwango, Babelu, Bakasi et Bongende. C'est Bongende qui introduisit l'argent. C'en est fini. Voilà ce qui était dans mon coeur.
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BOKALA/WAFANYA
497/226
Bernard ESONGAKA, Bokala, M.C. Wafanya
RESUME: Le Blanc Itumbambilo arrive le premier, et avec lui le caoutchouc et les soldats. Tueries.
TEXTE
ARRIVEE DES BLANCS ET RECOLTE DU CAOUTCHOUC
Lorsque la guerre des Blancs est arrivée, notre premier Blanc fut Itumbambilo. Itumbambilo y affecta 3 gradés mais nous n'avons connu que Ntange, originaire de Boloki. Il était venu avec des soldats que le Blanc lui avait donnés. Ces soldats ordonnaient aux gens de récolter le caoutchouc. Le soldat qui nous envoyait au caoutchouc était Lokinangonda, originaire de Bokala. Lonkinangonda tuait des gens sur ordre de Itumbambilo, le Blanc. Le Blanc ordonna: "s'il y a peu de caoutchouc tuez les gens". A cette époque, on apportait le caoutchouc dans de grands paniers. Si le panier n'est pas rempli, on vous tue. Vint le moment où on ordonnait d'apporter du caoutchouc dans de petits paniers. Depuis lors, on ne tuait plus des gens.
Voici l'affectation des soldats: Kayomba à Byanga, Bojilo à Likongo, Tsilombo à Ikanja, Ngunda à Boyeka, Bosolo à Bombimbi, Nkake à Nkoi; Boketsu à Mbombe et Bongale, Ngweli Likatankoi à Bokolongo. Leur chef gradé résidait à Bilangi. Il s'appelait Ntange. Baliji, Bompoto et Bontolé sont des soldats qui tuaient des gens sur ordre du Blanc Itumbambilo. Tels sont des soldats qu



